sur la controverse autour du CNU

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Frédéric NEYRAT

unread,
Jun 24, 2009, 11:45:54 AM6/24/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
Un long article de Sylvestre Huet, journaliste à Libération, sur les récentes promotions en section 19 du CNU

Patrick TACUSSEL

unread,
Jun 24, 2009, 3:52:12 PM6/24/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com, jan....@free.fr
> Un long article de Sylvestre Huet, journaliste à Libération, sur les
> récentes promotions en section 19 du CNU
> http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/06/sociologie-une-nouvelle-affaire-maffesoli-.html#more
>
> >
> Monsieur,

Vous avez été à l'origine, avec l'ASES (et qui vous le permet ?), dont
je ne suis pas adhérant, mais au sein de laquelle je compte des amis
écoeurés par vos manoeuvres) un texte sans consulter les membres de
l'AFS 'dont je suis également cotisant) et vous parlez au nom de
collègues, également membres d'une association qui ne sont pas prêt à
endosser votre déclaration. Vous n'êtes pas l'Ordre des médecins, mais
une association loi 1901 ...jusqu'à preuve du contraire. J'ai été nommé
au CNU par un gouvernement légal et légitime d'un gouvernement de la
République Française, et non par un Etat totalitaire. Mon dossier de
promotion a été examiné par deux membres élus du CNU (et non nommés,
sans doute vous l'ignoriez !). J'ai écrit mes thèses de Troisième Cycle,
puis d'Etat sans faire l'apologie de régimes politiques ignobles, ainsi
que mes livres, assumer nombre de responsabilités administratives et
scientifiques depuis plus de dix ans.
Je ne connaissais même pas votre nom - à la différence de vous - depuis
hier.
Je vous invite à consulter la liste des collègues promus par les CNU
précédents. Vous tentez de monter "un coup médiatique" dont vous ne
manquerez pas de porter la responsabilité. Vous n'êtes point au-dessus
des lois, et moins encore des règles de la décence. A bientôt.

Je vous prie d' agréer, Monsieur, une considération adéquate à la fonction
dont vous utilisez une disctutable autorité.

Patrick Tacussel

P. S : Si vous souhaitez des informations sur des livres et des thèses de
sociologie qui louent des systèmes ignobles dans lesquels des familles
entières ont été détruites, dans les années 70, pendant que leurs auteurs
"fabriquaient" en France( un pays démocratique), sans remord ultérieurs
et en toute connaissance de cause, de "belles carrières" dans les
universités de notre pays...loin de ceux où ils se féliciataient qu'on
élimine physiquement les intellectuels et les autres non moins
respectables.




Frédéric NEYRAT

unread,
Jun 24, 2009, 6:40:28 PM6/24/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com

Cher Collègue

Le simple renvoi à un article de presse vous met visiblement mal à l'aise et est sans doute à l'origine de ce message que vous m'adressez personnellement.

 

Vous êtes vraiment "exceptionnel" M. Tacussel, c'est pour cela que nous vous connaissons d'ailleurs. Et je suis plutôt flatté que vous ne me connaissiez pas, pour les mêmes raisons.

 

Vous invoquez, dans un post scriptum bien peu lumineux (les astres se dérobent visiblement), je ne sais quelle dérive passée de notre discipline. On chercherait vainement le lien avec le sujet des promotions à la section 19 du CNU…

 

Cordialement

 

 

Frédéric Neyrat

Président de l’ASES

zarifian philippe

unread,
Jun 29, 2009, 4:04:21 AM6/29/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
Je voudrais introduire un nouveau thème d'échange entre nous : celui du devenir de la sociologie à l'université, et, indirectement, dans le monde de la recherche.
Il convient d'abord d'opérer un diagnostic, avant de voir comment agir.
Mon diagnostic est assez radical : d'ici 10 ans, la sociologie n'existera plus comme discipline scientifique vivante. Et pour une raison simple : il n'existera plus de sociologues aptes à porter à la fois sa transmission, son renouvellement, ses avancées conceptuelles.
Pour le voir, on peut partir du constat suivant : les deux dernières grandes réformes de l'enseignement supérieur portent, pour effet cumulé, une extinction de l'enseignement de la sociologie en tant que telle (en sociologie générale, comme, dans une moinde mesure, en sociologies spécialisées), à un niveau apte à former les générations futures de sociologues à un niveau suffisant pour continuer à la faire vivre comme véritable discipline scientifique.
La première réforme, le LMD, associé à l'usage croissant de la première année de licence comme moment d'orientation pour les étudiants et à la disparition de la maîtrise, fait qu'un étudiant, obtenant une licence de sociologie aura, au mieux, bénéficier de trois années de formation, et plutôt, si on regarde les horaires qui y sont consacrés, de deux années. Un étudiant sortant de licence possède des bases en sociologie, mais certainement pas une connaissance et réflexion suffisante pour en faire un sociologue apte à faire avancer la discipline. Sauf cas individuel d'étudiants particulièrement motivés et qui se seront cultivé seuls.
Passé la licence, on trouve les masters. Or on constate une tendance lourde, désormais clairement encouragée par le ministère, à privilégier les masters thématiques, de préférence tournés vers la professionnalisation, doté du titre ronflant et désormais valorisé d'interdisciplinarité. Je dirige un master de ce type. Mais je dois faire le constat lucide que l'interdisciplinarité, à laquelle j'ai toujours été favorable, est un interdisciplinarité bas de gamme, les disciplines étant sollicitées pour éclairer un thème (le management des compétences par exemple) à un niveau conceptuel limité, inférieur d'ailleurs au niveau de la licence. Sachant qu'une partie des étudiants ne viennent pas de sociologie. Et de même pour l'économie, la gestion, la psychologie, etc. Bref : les étudiants progressent sur le thème du master, c'est incontestable, mais ils ne font aucun progrès, voire régressent dans la connaissance de chaque discipline et n'apprennent pas l'interdisciplinarité, c'est-à - dire la confrontation des disciplines entre elles (à des niveaux réellement bac+4 et bac+5) et donc leur enrichissement mutuel.
Au-delà des masters, on trouve les doctorats. Fort bien. Mais d'abord, vue les possibilités d'accès à des postes d'enseignants et de chercheurs, se lancer dans la réalisation d'un doctorat est un acte particulièrement courageux et désintéressé pour un futur docteur en sociologie. Ensuite, cet étudiant va se confronter à la réalisation d'une thèse, alors qu'il a arrêté de faire de la sociologie théorique, ancrée dans des concepts, pendant les deux années du master. Il part avec un sérieux handicap pour réaliser une thèse qui apportera du nouveau à la discipline, permettra réellement de la renouveller/ On le voit déjà : les thèse noutenues dans la dernière période sont d'excellente qualité sur un plan méthodologique et empirique. Mais, sauf exception, n'apportent rien de neuf à l'avancée conceptuelle de la discipline. Et les "recherches" qui sont ensuite faites ressemblent bien d'avantage à de bonnes "études" sur tel ou tel sujet, qu'à de vraies recherches.
Enfin, la récente réforme sur l'autonomie des universités parachève cette évolution. Outre l'accent structurellement mis sur la professionnalisation et le rapport aux entreprises, les instances garantes de la solidité interne et de la vie d'une discipline sont démantelées, au niveau recrutement des enseignants chercheurs, comme au niveau évaluation, comme au niveau du recrutement d'enseignants (puisque la voie est ouverte aux recrutements sur contrats privés et que n'importe qui pourra, parce qu'il aura fait du consulting par exemple, se réclamer de la compétence à enseigner la sociologie...)
Ceux qui défendent une discipline sont désormais vus comme de ringards. Mais, pour avoir été toujours un chaud partisan de l'interdisciplinarité, et l'avoir pratiquée moi-même, puisque je viens de l'économie, je ferai cette remarque simple : pour qu'il y ait interdisciplinarité - ce qui est un choix juste, mais exigeant -, encore faut-il qu'il reste des disciplines à un niveau suffisant...
Il y aura toujours des sociologues : je n'ai pas de crainte à ce sujet. Mais des sociologues apte à faire vivre et enrichir la discipline sur un plan conceptuel, j'en doute fortement.
 
Zarifian Philippe
Professeur des Universités en sociologie
Université Paris-Est Marne-la-Vallée
co-directeur du Master MACOR

PG Dubois Orange

unread,
Jun 29, 2009, 4:55:17 AM6/29/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
Enfin un texte de réflexion, lucide et courageux, sur le devenir de la sociologie à l'université. Bravo et merci, Philippe. Je partage ton diagnostic à plus de 100 %.
 
La sociologie est morte ! Vive la sociologie ! La sociologie peut mourir en tant que discipline enseignée à l'université et donnant lieu à la délivrance de diplômes. Pourquoi pas ? La discipline est "jeune" : la première chaire de sociologie ne date que de la fin du 19ème et la licence de sociologie n'a formé et diplômé des étudiants qu'à partir de 1958. Un premier exemple de discipline institutionnalisée qui meurt : beau défi pour toutes les disciplines qui se sont progressivement fragmentées, sous-fragmentées au fil des siècles.
 
La sociologie est morte ! Vive la sociologie ! Nos maîtres de la première moitié du 20ème siècle n'étaient pas diplômés en sociologie ; ils "étaient venus" à la sociologie. On ne s'en plaignait surtout pas. La discipline "suprême" : la sociologie l'est ; la société a absolument besoin de sociologie et de sociologues. Mais, je pense profondément qu'il faut se former à la sociologie à l'âge adulte et non immédiatement après le bac.
 
Un commentaire pour aller dans le même sens que Philippe Zarifian : oui, le LMD est une des causes du début de la fin de la sociologie ! Les sociologues sont entrés droit dans le tunnel noir. Les professeurs n'ont eu de cesse que d'avoir une spécialité de master. Et le cycle "licence" a été abandonné. Abandonné à qui ? Aux maîtres de conférences, aux PRAG, aux ATER, aux moniteurs et aux vacataires (bien sûr, des professeurs y enseignent encore quelques heures...). J'admire ces enseignants dévoués et qui n'ont pas à faire à un public étudiant motivé et de bon niveau ("il y a bien sûr des exceptions). Dans le cycle licence, on ne forme plus à et par la recherche !
 
La sociologie est morte : les enseignants y sont largement pour quelque chose. L'intérêt général passe quelquefois derrière leur intérêt particulier (cf. les promotions au CNU).
 
Vive la sociologie ! Et en urgence, ne pas demander la réhabilitation des cycles "licence" !
 
Pierre Dubois

Ali AÏT ABDELMALEK

unread,
Jun 29, 2009, 5:15:34 AM6/29/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com

Merci cher collègue;
D'accord, malheureusement sur une bonne partie du diagnostic (mais un
peu moins pessimiste pour l'avenir quand même). En effet, pour parler
de pluri ou de transdisciplinarité, il faut des disciplines...
contrairement aux sciences de l'éducation ou aux sciences de l'info et
de la communication, la sociologie, comme la psychologie ou
l'histoire, a déjà une longue "histoire", des méthodes et des modes
d'interprétation spécifiques ; il faut sauvegarder cet acquis, qui
n'est pas, loin s'en faut, antinomique d'une discipline ouverte et qui
s'interroge...

Sur un tout au sujet, j'ai lu dans un "blog" ou sur la liste... que
l'actuel président du CNU19 - Jan SPÜRK, professeur à Paris V - avait
été promu... par le CNU19 ! c'est totalement faux et si l'on eut
débattre sereinement et éviter les invectives, on se doit d'éviter
aussi les ragots et de laisser passer des rumeurs. Nous avons tout à y
gagner... et je remercie notre collègue d'avoir relancé le débat à un
niveau qu'il ne doit plus quitter. Je note en effet, que les problèmes
des autres disciplines - tout aussi nombreux - ne se passent pas sur
la place publique ou dans les medias ; je n'en prendrais qu'un exemple
: la véritable guerre entre les psychologues cognitistes (pas tous
d'accord entre eux non plus) et les cliniciens (les "lacaniens", en
particulier), tant au CNU16 que dans les Comités (universités) ou
Ecoles doctorales.

Un dernier mot : celles et ceux qui ont des recettes pour évaluer
correctement les dossiers peuvent bien sûr nous faire part de leurs
bonnes idées... mais qu'on nous (re)serve pas la bibliométrie
objective et les I.F., et le "scientisme quantophrénique", qui nous
feraient seulement régresser dans la discussion... il faut qu'on
avance !

Encore merci à toutes et à tous de votre collaboration active et
encore une fois, à Philippe Zarifian pour l'analyse ci-dessous, qui
donne à penser, et c'est l'essentiel.

Bien entendu, une synthèse écrite de tous ces échanges sera faite et
proposée, par mes soins, d'abord au Snesup (sociologie), puis à
l'ensemble des collègues élus et nommés, du CNU19 (en septembre 2009),
en attendant d'autres initiatives.

Ali AIT ABDELMALEK, Professeur des Universités en Sociologie
Directeur du Département "Sociologie - Langage - Communication" et du
Master "S.L.C.",
Directeur du LADEC-LAS,
Université de Rennes 2 (U.F.R. " Sciences Humaines ")
6, Avenue Gaston Berger 35043 - RENNES-Cédex
02 99 14 19 79 (répondeur)
02 99 14 19 05 (Fax)
mailto:ali.aita...@Uhb.Fr
ou : aitabdel...@orange.fr
http://www.uhb.fr



----- Message de philippe...@orange.fr ---------
Date : Mon, 29 Jun 2009 10:04:21 +0200
De : zarifian philippe <philippe...@orange.fr>
Répondre à : sociologuesdelens...@googlegroups.com
Objet : devenir de la sociologie à l'Université
À : sociologuesdelens...@googlegroups.com
----- Fin du message de philippe...@orange.fr -----



François Vatin

unread,
Jun 29, 2009, 6:32:19 PM6/29/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
Cher Pierre,

Je ne comprends pas pourquoi tu te dis d'accord à "plus de 100 %" avec
Philippe Zarifian, alors que tu me sembles dire exactement le contraire.
Fort heureusement, à mon jugement.

Je ne vois pas en quoi il faudrait 5 ans d'études spécialisées à
l'Université en sociologie pour devenir un "bon" sociologue. Toi, moi
... et Philippe Zarifian (car nous sommes tous les trois d'excellents
sociologues, personne ne le mettra en doute sur cette liste) illustrons
ce fait que la formation mono-disciplinaire à la sociologie n'est pas
forcément la meilleure manière de former un sociologue.

A la différence de Philippe Zarifian, je pense que la
pluri-disciplinarité doit être la règle, sur des modes différents, en
licence et en master.
- En licence, il s'agit de constituer un solide socle de culture
générale, ce que font les classes-préparatoires. As-tu remarqué que nous
acceptons sans difficulté en L3 de socio des étudiants issus de classes
prépas, qui ont peut-être consacré le quart du temps théoriquement
consacré à la discipline dans les DEUG de sociologie et qui pourtant
réussissent sans problème leur troisième année ? Pourquoi cette
pluri-disciplinarité est-elle pratiquée dans toutes les formations
d'excellence en France et est-elle considérée comme un abâtardissement
de la formation, dès lors que l'on est à l'université ?
- En master, il s'agit de construire un parcours autour d'un champ de
questionnement (que ce soit à visée professionnelle ou de recherche) et
il est bien rare qu'une seule discipline suffise pour éclairer ce champ.
Voir, par exemple, les questions du travail qui nous ont mobilisé tous
les trois.

Je partage pourtant le pessimisme de Philippe Zarifian, mais pour des
raisons radicalement inverses. Je n'ai aucune inquiétude sur la
disponibilité de bons jeunes sociologues pour l'université française
dans les dix ans qui viennent. Je dirige personnellement d'excellents
doctorants et mon expérience des ex-commissions de spécialistes et des
nouveaux comités de sélection me conforte à chaque fois dans l'idée que
la discipline n'a jamais disposé d'autant de jeunes chercheurs si bien
formés.

Pourtant, la sociologie risque bien de disparaître du paysage
universitaire, mais pas faute d'enseignants de qualité, mais bien faute
d'étudiants, et notamment d'étudiants de qualité. Les étudiants fuient
de façon générale l'Université en direction de formations
professionnalisantes, souvent privées et payantes (voir mon article dans
le dernier numéro de la Revue du Mauss consacré à l'Université). Mais
ils fuient particulièrement la sociologie, du fait que cette discipline
n'a pas réussi à se faire reconnaître dans un champ professionnel. Et
comment pourrait-il en être autrement quand les sociologues ont accepté
la création de toutes ces disciplines ad-hoc à leurs portes: gestion,
sciences politiques, sciences de l'éducation, information-communication,
aménagement, urbanisme... et maintenant STAPS ! Allons-nous continuer
dans cette voie: créer une discipline au sens du CNU dès qu'un champ
d'activité émerge et constituer ainsi une myriade de chapelles
professionnelles, plus préoccupées de gestion des carrières que de
rigueur épistémologique ?

Il est temps de revenir à la raison en la matière et de distinguer
clairement, comme je le propose dans une de mes 11 propositions,
co-signées avec Alain Caillé et que tu as reprises sur ton blog, - les
disciplines, qui doivent constituer des repères intellectuels, et -
les cursus, qui doivent être pluridisciplinaires, en Licence comme en
Master, mais, comme je l'ai dit plus haut sur des modes différents. Il
est sûr en tous cas que si nous voulons sauver notre discipline, nous ne
pouvons attendre que les étudiants reviennent miraculeusement dans nos
cours. Le gonflement des cursus de socio ces vingt dernières années
avait une base artificielle. Il a résulté de la croissance globale des
effectifs étudiants et de jeux de vases communicants entre les
disciplines. Dans le contexte de décrue actuelle des effectifs étudiants
et d'une attente croissante, à tort ou à raison, de la valeur
professionnelle des diplômes, la situation risque de devenir très
difficile dans les années à-venir pour ceux qui n'ont pas comme toi la
chance d'être à la retraite, mais aussi et surtout, pour tous ces
excellents docteurs que nous avons formés.

Autrement dit, si l'on veut avoir une chance de sauver la discipline, de
transmettre le flambeau intellectuel entre générations, il faut
absolument que les sociologues redeviennent offensifs dans une politique
de création de cursus originaux en nouant le maximum de collaborations
avec les disciplines connexes, voire lointaines (la médecine, les
sciences de l'ingénieur, etc.) et que, s'ils ne peuvent obtenir que
l'on revienne sur les disciplines artificielles qui ont été créées ces
dernières décennies, qu'au moins ils s'assurent que les nouveaux champs
qu'ils investiront ne se transforment pas en nouvelles disciplines.

Je crains qu'en dehors d'une telle stratégie, ce soit effectivement la
mort assurée d'ici quelques années. Mais le pire n'est pas toujours sûr !

Amicalement à toi.

François









PG Dubois Orange a écrit :
> *From:* zarifian philippe <mailto:philippe...@orange.fr>
> *To:* sociologuesdelens...@googlegroups.com
> <mailto:sociologuesdelens...@googlegroups.com>
> *Sent:* Monday, June 29, 2009 10:04 AM
> *Subject:* devenir de la sociologie à l'Université
> *From:* Frédéric NEYRAT <mailto:frederi...@gmail.com>
> *To:* sociologuesdelens...@googlegroups.com
> <mailto:sociologuesdelens...@googlegroups.com>
> *Sent:* Wednesday, June 24, 2009 5:45 PM
> *Subject:* sur la controverse autour du CNU

zarifian philippe

unread,
Jul 1, 2009, 4:11:32 PM7/1/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
Je voudrais éviter que l'intervention de François Vatin conduise à une
mauvaise interprétation de ma position et de mes propos.
Ecartons déjà ce qui ne fait en aucun cas divergence : l'importance de se
nourrir de l'apport d'autres disciplines. Je n'ai même pas à en parler
tellement, pour ceux qui connaissent ce que j'ai écrit, il est évident que
je n'ai jamais cessé de pratiquer cette confrontation : avec l'économie,
avec la philosophie (on m'a d'ailleurs souvent reproché d'être trop
philosophe), avec l'histoire des religions orientales, avec, de manière plus
récente, la physique de la matière, les avancées en astrophysique, dont tous
mes derniers textes, sur mon site, sont remplis, etc. Dans la mesure où ce
que l'on pratique exprime ce que l'on pense, je n'ai rien à ajouter sur ce
point. Il n'y a pas débat avec François.
Je ne défends pas une pureté imaginaire de la sociologie. Par contre je
défends fortement deux postures inséparables : l'approfondissement et
l'invention. Je ne tiens pas à un nombre d'années particulier, par contre je
pense que l'enseignement universitaire doit procurer cette opportunité, pour
des étudiants, d'approfondir, en permanence, une ou plusieurs disciplines.
Et il n'y a pas approfondissement, s'il n'y a pas continuité dans une
discipline que l'on creuse chaque fois plus, retour sur des auteurs que l'on
croyait avoir compris, maturation, et, en définitive, capacité à devenir
critique. Et on ne devient jamais critique dans une discipline, voire
critique vis à vis d'une discipline, si on ne l'a pas approfondie. Par
exemple ; je suis arrivé à la conclusion très assurée que le couple
"individu/société" est une pure fiction, qu'il s'agit d'un paradigme creux,
sans substance. Qu'il n'existe pas de concept d'individu ou de société qui
soit crédible, qui tienne la route. Mais pour arriver à cette conclusion, il
aura fallu malgré tout que je fasse le tour de cette fiction, que je la
découvre comme telle. Cela demande approfondissement. Le temps, lui, va
varier selon les individus. Ce qui compte, c'est la permanence de l'effort.
Or le parcours des étudiants, par rapport à la sociologie, est actuellement
un parcours brisé, au cours duquel il ne leur est pas donné l'occasion
d'approfondir. De plus, il leur arrive ce fait étrange et pourtant
difficilement contestable, que, dans un master thématique, ils vont devoir
baisser leur niveau d'approche de la sociologie, le banaliser, le détourner
vers du "concret", abandonner les débuts d'ambition théorique (et donc
aussi, car on ne comprend jamais mieux le concret qu'avec des concepts, de
bien comprendre le thème sur lequel ils se concentrent, de saisir
l'actualité du monde).

Mais je fais un pas de plus : qu'est ce qui m'importe ? Ce n'est pas de
reproduire la sociologie, qui plus est sur un mode académique. Ce qui
m'importe, c'est que les générations actuelles et futures inventent,
innovent, inventent de nouveaux concepts, tentent de nouveaux paradigme,
bousculent l'héritage sociologique, se saisissent de l'actualité de notre
monde. L'approfondissement critique n'est pas un but en soi. Mais c'est
néanmoins la condition pour être capable de mettre en cause des paradigmes
dominants et d'en inventer des nouveaux. On n'invente jamais dans la
"brillance", dans le "surf", dans le superficiel. Mes meilleurs étudiants,
je ne les ai pas trouvés à l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, où j'ai
enseigné et mené des recherches pendant plus de 10 ans. Non. Je les ai
trouvé dans les étudiants "de base" de l''Est parisien, qui, dès lors qu'ils
se prenaient d'une certaine passion pour la sociologie, tout en étant
incités sans cesse à la mettre en cause, s'avéraient capables de se
transformer, d'évoluer beaucoup plus profondément que les élèves ingénieurs
(de dernière année de l'Ecole, puisque j'enseignais à ce niveau ! ).
Mais, ni les enseignants, ni les étudiants, ne sont placés aujourd'hui en
condition de faire ce que je décris. Ou s'ils le font, c'est l'exception.
J'aimerais pouvoir m'extasier devant les nouveaux thésards, les féliciter
chaleureusement, voire les admirer. Je l'aimerais sincèrement. Mais je me
pose la question : quels nouveaux concepts, quelles nouvelles manière de
penser, quels débuts de nouveaux paradigmes, en bref : quel renouvellement
de la sociologie ont-ils produit ? En quoi puis-je me dire "la sociologie,
après la soutenance de cette thèse, n'est plus comme avant" ? . Car en
définitive, pour une thèse, c'est la seule question que l'on devrait avoir à
se poser. Décliner la Xème version de tel courant ou école, sur tel ou tel
"terrain", est d'un intérêt nul pour moi dans le cas d'une thèse. Mais je
reconnais que je ne siège pas dans beaucoup de jurys et je suis prêt à
prendre connaissance des thèses dont parle François avec tant d'éloges. Et
surtout, ce qui m'inquiète, ce n'est pas le présent. C'est le futur. Car
c'est dans le futur que les actuelles réformes de l'université vont
pleinement produire leurs effets.
Philippe Zarifian

François Vatin

unread,
Jul 1, 2009, 6:13:38 PM7/1/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
Cher Philippe Zarifian,

Nous pourrions discuter longuement épistémologie, apprentissage et
heuristique de la discipline. Et nous pourrions tomber d'accord sur
certains points et pas sur d'autres.

Mais mon propos est plus trivial: l'université française est en danger,
et, en son sein, les sciences sociales, et, tout particulièrement, la
sociologie. On pourra toujours critiquer les réformes ineptes et il n'en
a pas manqué. Mais cela ne changera rien à une réalité têtue comme seuls
les faits savent l'être: nous devons faire face à une demande du public
en faveur de formations qui rassurent en termes d'insertion
professionnelle. Il ne s'agit pas de céder à cette demande, mais de
comprendre qu'elle oriente les comportements universitaires et d'en
tenir compte.

En d'autres termes, tout est à reprendre à la base: il nous faut nouer
une nouvelle alliance entre la société et l'université (j'entends pas
là, non tel ou tel institution existante, mais l'esprit même de la
connaissance et de la recherche). Une telle démarche ne saurait
s'inscrire dans une défense étroite de nos corporations disciplinaires
dont les césures et les conflits sont devenus obscurs au citoyen
ordinaire et à l'honnête homme.

La sociologie pourrait jouer un rôle majeur dans un tel projet, car elle
est, par nature, une discipline-carrefour, comme en a toujours témoigné
l'accueil en son sein de personnes issues des disciplines voisines et
même parfois plus lointaines: tel médecin, tel ingénieur, qui venaient
moins là pour changer de métier que pour pouvoir réaliser ce que les
frontières trop étroites de leur discipline d'origine ne les
autorisaient pas à faire. Elle pourrait jouer ce rôle aussi, parce qu'en
même temps qu'elle élabore des catégories d'analyse, elle s'ouvre sur le
social, dans un lien permanent entre la théorie et la praxis.

Mon jugement est que l'université française a failli, pour de nombreuses
raisons que je ne reprendrai pas ici, mais que la sociologie française,
aussi, a failli, en se constituant en chapelle académique
professionnelle à côté des autres, et en oubliant ainsi la large
ouverture intellectuelle qui avait fait sa force. Il n'était peut-être
pas possible d'agir autrement dans le paysage universitaire que nous
avons connu ces trente dernières années. Mais il faut prendre acte que
le paysage est en train de changer radicalement et que si une telle
stratégie professionnelle a pu être opératoire (en termes de création de
cursus, d'expansion du corps, de placement des meilleurs de nos
étudiants), elle ne saurait plus l'être aujourd'hui.

Quand tout est ruine, tout est aussi à réinventer. "Cela s'appelle
l'aurore" nous disait Giraudoux.

Bien à toi

François Vatin



zarifian philippe a écrit :

Maryse Bresson

unread,
Jul 2, 2009, 5:35:30 PM7/2/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
pour ma part, je ne suis pas convaincue par ces derniers échanges ;
tout n'est pas en ruine dans la sociologie à l'Université, et il faut donc
préserver et défendre ce qui existe et fonctionne. Sans doute s'agit-il de
faire évoluer et reconstruire ce qui ne va pas ou plus, mais il est
important de préserver des éléments d'identité et des principes simples -
comme l'exigence en recherche de viser la connaissance même quand cela ne
satisfait pas des commanditaires économiques ou politiques ; ou encore pour
des enseignants-chercheurs, de porter ensemble formation et recherche ; et
de faire vivre les instances démocratiques élues...
Quant à la conceptualisation mourante, peut-être sommes nous simplement dans
une phase d'épuisement de paradigme avant l'émergence d'un ou plusieurs
nouveaux.
Bref, au lieu de l'aurore un peu trop floue annoncée, je plaide pour ma part
pour des propositions pragmatiques visant "simplement" l'intérêt général
plutôt que la somme d'intérêts particuliers.
Cordialement, Maryse Bresson.

PG Dubois Orange

unread,
Jul 6, 2009, 2:13:56 AM7/6/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com

PG Dubois Orange

unread,
Jul 6, 2009, 2:15:05 AM7/6/09
to sociologuesdelens...@googlegroups.com
Contribution en ligne sur Histoire d'universités
http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/07/04/zarifian-et-vatin/
Cordialement. Pierre Dubois

----- Original Message -----
From: "zarifian philippe" <philippe...@orange.fr>
To: <sociologuesdelens...@googlegroups.com>
Sent: Wednesday, July 01, 2009 10:11 PM
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