Dis Julien,
Je crois sincèrement que ta réaction ne manque pas d'intérêt.
La maîtrise de la gestion de la collectivité constitue un sérieux obstacle au décollage de notre pays. C'est certainement ce constat qui t'a poussé à poser une question pertinente:
Les Congolais de Lumumba savaient, cela est sûr, d'où nous venions (la construction d'un état moderne dans un contexte discrimination et de coercition coloniales), mais, savaient-ils au moins vers où nous devrions aller?
Tu indiques en outre qu'une opportunité se fit jour à l'époque : le plan Van Bilsen, et tu penses que les lumumbistes auraient pu le mettre de l'avant, tu regrettes pour cela que Lumumba et ses hommes aient choisi plutôt la rupture avec les Belges. Ce qui auraient des répercussions jusqu'à ce jour dans la vie du Congolais.
Julien, mon ami,
J'entreprends humblement de commenter cette intervention.
Au bout de 51 ans d'indépendance, le Congo économique n'a pas réussi ne fus-ce qu'à faire du sur place. Il a littéralement reculé. Les enfants né depuis 1974 ignorent completement les dimensions du marché économique interne et le niveau de dynamisme que notre pays avait atteint, en terme de croissance. Ainsi, est-il souvent révoltant de lire les commentaires inappropriés qui reviennent souvent dans nos écrits sur les processus d'hier comme ceux d'aujourd'hui.
J'apprécie ainsi, ton invitation à analyser ce que tu crois être les erreurs de Patrice Lumumba. Si les faits que tu as retenus (notre sysnthèse ci-haut) s'avèrent, alors les propositions correctives que tu faits ont des chances d'être pertinentes. L'inverse est aussi vrai.Il est difficile de projetter l'avenir à partir d'une lecture érronée du passé. Dès lors, une rectification s'entend sur les aspects qui ont perdu leur intégité dans ta relation des faits ci-haut.
Voyons d'abord ce qu'il en est de ton équation selon laquelle ''les Congolais de Lumumba savaient d'où nous venions, mais, ne sauraient pas où nous devions aller''.
Nous savons, cher Julien, que l'incident majeur qui a déclenché la première crise post-indépendence entre le Congo de Lumumba et la Belgique, c'est la mutenerie de la Force Publique. Réagissant contre les agressions dont les familles belges de Léopoldville, de Thysville, de Kamina et d'Élizabethville avaient subies de la part des mutins, le gouvernement belge, sans en informer le gouvernement congolais, fit intervenir des paracommandos aéroportés des ''forces métropolitaines ''dans la majeure parties des bases militaires congolaises. Plusieurs centaines des soldats congolais avaient été tués, blessés ou faits prisonniers. La phrase ''la Belgique reprend ce qu'elle a donné il y a quelques jours'' résume la perception au Congo, en Afrique et dans le monde de cette réaction militaire belge. Au même moment, le gouvernement belge a de sa propre initiative instruisit tous les Belges du Congo de quitter notre pays au moyen d'un pont aérien qu'il a organisé.
Au regard de ce qui précède, à quel niveau situes-tu la responsabilité personnelle de Patrice Lumumba (en lieu et place du général Jansens) dans la rupture intervenue alors entre le Congo et la Belgique, cher Julien? N'oublie pas que c'est l'histoire de la RDC, notre pays à nous tous. Nul n'a le droit de prendre trop de liberté dans son interprétation sans se confronter à une faible maléabilité du factuel.
Tu sais, Julien, que les faits évoqués ici traduisent la gravité du conflit intervenus entre les deux pays dès l'aube de l'indépendence. Si personne ne peut soutenir la commission des atrocités contre les familles des Belges sur le sol congolais, aucun Congolais, patriote, ne peut accepter l'entrée des troupes de combats de l'armée belge sur le territoire congolais, sans en avoir obtenu l'accord des autorités congolaises suivant une procédure légale, tout au moins en informer le gouvernment nationale qui,à son tour, devrait se référer au parlement. Les événements récents dont tu te rappeles bien, ont conduit aux mêmes conclusions.
Cependant, Julien, tu sais aussi que cette mutenerie dont la personne de Lumumba était loin d'être la cause (Cfr le général belge Jansens),a eu lieu cinq jours seulement après l'entrée en fonction du gouvernement de ce regreté compatriote. La gestion des conséquences multiformes de cette crise a dominé les activités du premier ministre Lumumba jusqu'à sa révocation le 5 septembre 1960, à la demande de l'Ambassadeur des États-Unis et suivant un texte rédigé par par le professeur Van Bilsen, devenu alors conseiller du président Kasavubu.
Au regard de ces circonstances, la critique sur ce que tu considères comme une négligence de la gestion économique du Congo par Patrice Lumumba peut-elle être réellement crédible? Qu'aurais-tu voulu que Lumumba réalise en cinq jours de pouvoir, malgré le poids des attentes de notre peuple envers lui? As-tu oublié que certains ministres de Lumumba n'avaient pas encore de bureau effectif lorsqu'ils ont été mis dans l'impossibilité de gouverner?
Lorsque tu présentes le plan Van Bilsen comme une opportunité que les gouvernants du temps de Lumumba auraient pu exploiter, je me demande si tu n'a pas oublié qu'à la différence du plan Buisseret (du nom du ministre libéral Belge en 1955) pour le développement de l'enseignement laic, l'histoire a parlé du plan Van Bilsen, ce document ne constituait pas un plan au sens développemental du terme. Il ne s'agisait, non pas d'un condensé élaboré, prévoyant l'affectation des ressources pour l'atteintes des objectifs précis, mais, plutôt d'une courte déclaration d'intention sur le principe de décolonisation du Congo.Il est important pour nous de maîtriser ces éléments de notre histoire pour ne pas formuler des acusations non fondées et proposer de la fumée comme solutions à nos problèmes multiformes.
Malgré ce contexte exceptionnellement difficile dans lequel devait travailler Lumumba, l'histoire montre que son gouvernement (une coallition des partis politiques, ne l'oublie pas)travaillait sur un draft de plan de développement alors que la crise s'amplifiait. Tu n'ignores pas que des intellectuels tiersmondistes invités par le même Lumumba convergeaient vers Léopoldville pour prêter main fortes sur la mise sur pied d'une stratégie nationale, notamment le cas du Camérounais Félix Eboue qui était déjà à Kinshasa, et le latino-américain Frantz Fanon qui faisait déjà ses valises à Alger pour joindre Léopoldville lorsqu'il apprit la déclaration du 5 septembre 1960. Je crois bien, cher ami Julien, que le Congo naissant de 1960, de Lumumba,de Thomas Kanza et plus tard de Stephane Kashama Nkoyi, se préparait à ouvrir des perspectives économiques qui auraient pu justifier la confiance que les populations nationales leur avaient accordée.
Voilà, voilà, cher ami, le commentaire que je tenais à faire sur ta réaction au mien. Je ne crois pas que Lumumba était simplement un impulsif, agresseur patenté des Belges, un ignorant, si pas un insouciant des questions relatives à l'avenir économique du Congo. C'était un visionnaire. Son péché n'était autre chose que l'antinomie exacerbée dans la pensée de ses ennemis, entre son rêve pour le Congo et les intérêts capitalistes de l'Occident.
Amicalement,
Lambert Opula.
De : julien afata <julie...@yahoo.fr>
À : congoc...@yahoogroups.ca
Envoyé le : Vendredi 6 Janvier 2012 16h51
Objet : Re : [congocitizen] ue journee en memoire de LUMUMBA / 14.01.2012 à Frankfurt !
| A mon tres cher ami Lambert,
Merci de déroger délibérement a ma recommandation de ne pas réagir a ce message. Considérant qu'il me serait difficile de changer d'avis. J'apprécie ce geste et m'empresse de vous y répondre.
Tres cher Lambert, aussi loin que peut me reculer le temps, Lumumba a toujours été considéré par les Boyomais comme étant originaire de Kisangani et non de ton Sankuru natal. Tellement il était aimé...et meme vénéré. Si bien qu'il est encore des gens parmi les vieilles générations qui continuent a croire que Lumumba n'est pas mort. Ou alors s'il l'est vraiment, il reviendrait comme Jésus-Christ. - Pourquoi une telle introduction? Ma réponse : Lumumba a suscité un tel espoir dans le devenir du Congolais que beaucoup imaginaient qu'une simple blague de sa part équivalait a la parole d'Évangile ex. : nous nous transformerions tous en blancs le jour de l'indépendance. Je connais combien la présence de Lumumba était plus que nécessaires aux cotés de ses compagnons leaders de l'indépendance. Merci pour ton rappel qui ne vient que renforcer davantage ma conviction, mais aussi ma déception (voir hachurée en rouge dans ton texte).
Tout cela était bien beau. Mais une fois le principe de l'indépendance arraché (ce qui était déja une victoire a 60 ou 70%), le plan ``Van Bilsen`` devait etre pris en considération. Car on savait tous a l'époque d'ou nous sommes venus mais pas ou nous allons..., l'essentiel a mon avis étant la deuxieme partie de l'équation. C'est-la ou Lumumba a péché avec ses compagnons. Je pense que plusieurs années apres, Nelson Mandela a été plus prudent en demandant a ses compatriotes d'accepter sa proposition de ne pas se débarrasser de l'ancien colonisateur dans la brutalité, allant meme jusqu'a l'intégrer dans la gestion new look de la Nouvelle Afrique du Sud`` en tant que pays indépendant.
Je crains une chose a date Lambert : notre pays est dirigé plus par les hommes en uniforme que par les technocrates rompus a la gestion de la chose publique. Les générations passent mais rien de vraiment constructif ne se pointe a l'horizon. Raison???==> elle est a trouver dans le manque de formation adéquate en matiere de gestion. Les Écoles qui devaient s'en charger disparaissent comme des chateaux de sable. Les décideurs qui ne privilégient que leurs intérets ne se soucient de rien pour corriger le tir. Si bien qu'en désespoir de cause, je n'hésite pas a dire : ``leur faute remonte au déluge``==> les peres de l'indépendance au premier chef desquels je cite Lumumba, Chef du tout premier gouvernement qui avait tout bousculé des le départ pour rompre avec l'ancienne métropole qui , brutalement tres choquée, a du maille a collaborer chaque fois que la communauté internationale lui confie pour avis (oui pour avis) le dossier de son ancienne colonie. Lumumba éttait de ceux-la qui les avaient humiliés. Nous sommes en train de payer le pot cassé...que nous continuerons a payer tant notre propre ``buzobologie`` n'arrete de se détériorer. La derniere est celle a laquelle nous assistons...ébetés : la gestion des résultats des élections de novembre 2011.
D'ou nous viendra le secours??? Meilleures et amicales salutations Lambert.
JAyT
--- En date de : Ven 6.1.12, Lambert Opula <odiholam...@yahoo.fr> a écrit :
De: Lambert Opula <odiholam...@yahoo.fr>
Objet: Re : [congocitizen] ue journee en memoire de LUMUMBA / 14.01.2012 à Frankfurt !
À: "congoc...@yahoogroups.ca" <congoc...@yahoogroups.ca>
Date: Vendredi 6 janvier 2012, 21h21
Salut mon ami Julien,
Comme tu le sais, j'éprouve beaucoup de respect envers l'ami que tu es. Cela ne constitue pas une raison valable pour me lorsque la vérité historique subit un chevauchement inacceptable.
As-tu oublié Julien, que Patrice Lumumba croupissait encore dans sa cellule de prison, à Bulowo, près de Likasi au Katanga, lorsque les étudiants congolais de Bruxelles, parmi lesquels Justin-Marie Bomboko, entreprirent de réunir les délégués congolais à la Conférence de la Table-Ronde? Le ''Front commun'' issu de cette rencontre avait quel objectif?
En documentant cette question avec moins de subjectivisté, un peu de distance vis-à-vis des idéologies,il pourrait t'être donné de nous apporter un peu plus de lumière.
As-tu oublié que la date de l'indépendence, retenue après discussion, était postérieure à celle proposée par Lumumba?
Quant au caractère impulsif, je m'imagine que tu le mets en liason avec le discours du 30 juin 1960. Tout en respectant ton opinion, je me demande si tu prends en considération le contexte de l'époque : libération ou continuité de l'asservissement, révolution ou réforme,bloc capitaliste et bloc communiste avec des affinités différentielles entre les États, allant de l'amitié jusqu'aux allinaces. Les Belges, par exemple, pouvaient-il condamner le gouvernement de leur majesté roi pour avoir accepté le principe de l'indépendance du Congo (à l'opposé du Portugal et de l'Espagne), alors que le discours de Brazzaville, prononcé en face de Léopoldville par le général de Gaule faisait des vagues en Afrique? Pourquoi dès lors s'en prendre à un Lumumba, qui lui s'est trouvé dans la perspective de la Conférence d'Accra?
Je pense que tu aurais dû commencer par définir et faire accepter une échelle de valeurs, dans laquelle les gens pourraient évaluer la pertinence du choix de certains pour la Francafrique et ceux des autres pour l'indépendence totale; aussi, évaluer le Non guinéen versus le oui sénégalais. La norme sur ce jugement de valeurs devrait être élaborée sur ce fond africain de l'époque, ce qui te permettrait, par inférence, de classer Lumumba dans ce qui t'apparaitrait comme un mauvais camp.
Agir autrement c'est nous proposer juste une prise de position teintée de déterminisme idéologique, auquel cas, les considérations exprimées ne seraient pas pertinentes.
Bien à toi,
Ton ami Lambert Opula.
De : julien afata <julie...@yahoo.fr>
À : congoc...@yahoogroups.ca
Envoyé le : Vendredi 6 Janvier 2012 14h21
Objet : Re : [congocitizen] ue journee en memoire de LUMUMBA / 14.01.2012 à Frankfurt !
| LUMUMBA est la source de nos malheurs...a cause de son caractere impulsif vis-a-vis du blanc-belge et de la précipitation a obtemir coute que coute l'indépendance du Congo en 1960 sans aucun préparatif. Tout en soutenant le Nationaliste J.Kabila, je tiens a exprimer ici mes regrets, meme si Mende Omalanga réagissait avec la derniere énergie comme il a l'habitude de réagir face a une opinion comme la mienne(!). C'est cette impréparation qui nuit a la bonne marche du Congo contemporain. La journée du 17 janvier 2012 sera une journée comme les autres. Regrets. NB. Inutile de réagir a ce message car je ne changerai pas d'avis.
JAyT
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