Les marqueurs de
l’effondrement de l’empire
Par Dmitry Orlov | Source Club Orlov
En réfléchissant à l’effondrement de l’empire américain
qui se déroule (jusqu’à présent) graduellement, l’effondrement de l’URSS, qui
s’est produit il y a près de trente ans, continue d’être une utile mine
d’exemples et d’analogies. Certains événements survenus pendant l’effondrement
soviétique peuvent servir de panneaux de signalisation utiles dans le contexte
américain, ce qui nous permet de formuler de meilleures hypothèses quant au
calendrier des événements qui peuvent soudainement transformer un effondrement
graduel en sa version accélérée.
Quand l’effondrement soviétique s’est produit, la réaction universelle a
été « Qui aurait pu le savoir ? » Eh bien, je le
savais. Je me souviens distinctement d’une conversation que j’avais eue avec un
chirurgien au cours de l’été 1990, juste au moment où j’allais passer sur le
billard pour me faire opérer de l’appendicite, en attendant l’anesthésie. Il
m’a demandé ce qu’il adviendrait des républiques soviétiques, de l’Arménie en
particulier. Je lui ai dit qu’elles seraient indépendantes en moins d’un an. Il
avait l’air positivement choqué. Je ne m’étais trompé que de deux mois.
J’espère pouvoir prévoir l’effondrement américain avec le même degré de
précision.
Je suppose que
j’étais bien placé pour le savoir, et je suis tenté de deviner comment j’ai
réussi cela. Mon domaine d’expertise à l’époque était l’électronique de mesure
et d’acquisition de données pour les expériences de physique des hautes
énergies, pas la soviétologie. Mais j’avais passé l’été précédent à Leningrad,
où j’avais grandi, et j’avais une bonne idée de ce qui se passait en URSS.
Pendant ce temps, toute la cohue des experts professionnels sur la
Russie, payés pour le faire, qui étaient installés dans divers organismes
gouvernementaux à Washington ou qui consommaient de l’oxygène dans diverses
fondations et universités des États-Unis, n’avaient absolument aucune idée de
ce à quoi s’attendre.
Je soupçonne
qu’il y a un principe là-dedans : si votre carrière dépend de l’existence de X,
et si X est sur le point de cesser d’exister, alors vous ne serez pas très
motivé pour prédire avec précision sa fin. Inversement, si vous parveniez à
prédire avec précision la fin programmée de X, alors vous seriez également
assez intelligent pour changer de carrière à l’avance, donc vous ne seriez plus
un expert sur X et votre opinion sur le sujet serait négligée. Les gens
penseraient que vous avez quitté un excellent travail et que vous êtes
maintenant aigri. À l’heure actuelle, j’observe le même phénomène à l’œuvre chez
les experts de la Russie aux États-Unis : ils ne peuvent pas imaginer que les
diverses choses qu’ils ont passé leur vie à étudier ont rapidement perdu de
leur pertinence. Ou peut-être qu’ils le peuvent, mais qu’ils gardent cette
prise de conscience pour eux-mêmes, de peur de ne plus être invités pour des
talk-shows.
Je suppose que
puisque l’expertise est une question d’en savoir beaucoup sur un sujet
circonscrit, tout savoir sur rien – une chose qui n’existe pas – est
son point final logique. Quoi qu’il en soit, je pense que nous autres
non-experts, armés du recul parfait que nous offre l’exemple de l’effondrement
soviétique, nous pouvons éviter d’être pareillement aveuglés et abasourdis par
l’exemple américain. Ce n’est pas une question académique : ceux qui jaugent la
situation avec précision peuvent être en mesure de se faufiler et sortir de
l’enfer à l’avance, alors que les lumières sont toujours allumées, pendant
que le monde ne se promène pas encore dans une brume mentale induite par la
drogue et des fusillades de masse et que d’autres types de chaos sont toujours
considérés comme dignes d’intérêt par les médias.
Ce recul nous
permet de repérer certains marqueurs qui se sont manifestés à ce moment-là et
qui se manifestent maintenant. Les quatre dont je veux discuter maintenant sont
les suivants:
1. Les alliés
sont aliénés;
2. Les inimitiés se dissipent;
3. L’idéologie devient non pertinente;
4. La posture militaire devient flasque.
Tout cela est
évident à voir dans l’effondrement américain. Comme pour l’effondrement
soviétique, il y a une certaine période d’incubation pour chacune de ces
tendances, pouvant durer peut-être un an ou deux, au cours de laquelle peu
de choses
semblent se produire, mais quand c’est le moment, tout décolle d’un seul coup.
1. Alliances
Au fur et à
mesure que l’effondrement soviétique s’est déroulé, les anciennes amitiés se
sont détériorées, d’abord à cause d’un manque de pertinence, puis ont
tourné a une inimitié pure et simple. Avant l’effondrement, le rideau de fer a
couru entre l’Europe de l’Est et de l’Ouest ; trois décennies plus tard, il
court entre la Russie et les pays baltes, la Pologne et l’Ukraine. Alors que
dans l’après-guerre, les pays du Pacte de Varsovie tiraient de nombreux
avantages de leur association avec la Russie et sa puissance industrielle, vers
la fin leur adhésion au camp soviétique devenait de plus en plus gênante pour
le progrès, entravant leur intégration avec les pays prospères et moins
troublés plus à l’ouest et avec le reste du monde.
De même, avec
les États-Unis et l’Union européenne, ce partenariat montre également des
signes majeurs de tension alors que Washington tente d’empêcher l’Europe de
s’intégrer au reste de l’Eurasie. La menace particulière de sanctions
économiques unilatérales dans le cadre d’un effort vain pour bloquer d’autres
gazoducs russes vers l’Europe et forcer les Européens à acheter un projet de
gaz naturel liquéfié américain incertain et surévalué a mis en évidence le fait
que la relation n’est plus mutuellement bénéfique. Et alors que la
Grande-Bretagne se sépare de l’Europe et se rapproche des États-Unis, un
nouveau rideau de fer émerge peu à peu, mais cette fois, il traversera la
Manche, séparant le monde anglophone de l’Eurasie.
Des
développements similaires sont en cours à l’Est, affectant la Corée du Sud et
le Japon. La volte-face de Trump entre tweets tumultueux et rhétorique
conciliatoire vis-à-vis de la Corée du Nord a mis à nu le vide des garanties de
sécurité américaines. Ces deux pays voient maintenant la nécessité de prendre
leurs propres dispositions de sécurité et de commencer à réaffirmer leur
souveraineté en matière militaire. Pendant ce temps, pour les États-Unis, être
incohérent n’est qu’un « arrêt au stand » sur le
point de devenir insignifiant.
2. Les inimitiés
Pendant toute la
période de la guerre froide, les États-Unis étaient l’ennemi juré de l’Union
soviétique, et tout effort de Washington pour donner des conseils ou dicter sa
volonté se heurtait à des aboiements bruyants, synchronisés et idéologiquement
fortifiés de Moscou : encore l’agresseur impérialiste ; n’y faites pas
attention. Ce bruit vertueux a très bien fonctionné pendant une période
étonnamment longue, et a continué de fonctionner pendant que l’Union soviétique
réalisait de nouvelles conquêtes impressionnantes – dans l’espace, la
technologie, la science et la médecine, dans des projets humanitaires
internationaux, etc. Mais lorsque la stagnation s’est installée, il a commencé
à sonner creux.
Après
l’effondrement soviétique, cette immunité contre la contagion américaine a
disparu. Des « experts » et des « conseillers » occidentaux
ont envahi le pays et proposé des « réformes » telles
que le démembrement de l’URSS en 15 pays distincts (piégeant des millions de
personnes du mauvais côté de la frontière nouvellement inventée) avec une
thérapie de choc (qui a appauvri presque l’ensemble de la population russe),
les privatisations (qui mettaient des biens publics importants entre les mains
de quelques oligarques politiquement associés, pour la plupart des oligarques
juifs) et divers autres projets visant à détruire la Russie et à faire
disparaître sa population. Ils auraient probablement réussi s’ils n’avaient pas
été arrêtés à temps.
Symétriquement,
les Washingtoniens considéraient l’URSS comme leur ennemi juré. Après sa
disparition, il y a eu un peu de confusion. Le Pentagone a essayé de parler
de « mafia russe » comme d’une menace majeure à la
paix mondiale, mais cela semblait risible. Puis, à l’occasion de la démolition
de quelques gratte-ciels à New York, peut-être en plaçant de petites charges
nucléaires dans le soubassement sous leurs fondations (ce sont les plans de
démolition qui étaient enregistrés 1), ils ont embrassé le concept de « guerre
contre le terrorisme », bombardant divers pays qui n’avaient pas de
problème de terrorisme avant mais en ont certainement maintenant. Puis, une
fois que ce plan stupide a suivi son cours, les Washingtoniens sont retournés à
leur premier os à ronger pour harceler la Russie.
Mais maintenant
une odeur étrange flotte dans le vent à Washington : l’odeur de l’échec. L’air
commence à fuiter de cette campagne pour calomnier la Russie, et c’est putride.
Pendant ce temps, Trump continue à faire des bruits qu’un rapprochement avec la
Russie est souhaitable et qu’un sommet entre les dirigeants devrait avoir lieu.
Trump emprunte aussi quelques pages du livre de règles russe : tout comme la Russie
a réagi aux sanctions occidentales par des contre-sanctions, Trump commence à
réagir aux barrières douanières occidentales par ses propres barrières
douanières. Nous devrions nous attendre à ce que l’inimitié américaine contre
la Russie se dissipe quelque temps avant que l’attitude américaine à l’égard de
la Russie (et de beaucoup d’autres choses) ne devienne insignifiante. Nous
devrions également nous attendre, une fois la bulle de la fracturation
hydraulique [pétrole de schiste, NdT] explosée, à ce que les
États-Unis deviendront dépendants du pétrole russe et de son gaz naturel
liquéfié, qu’ils seront forcés de payer avec de l’or. (La fracturation implique
un processus de combustion en deux phases : la première phase brûle de l’argent
emprunté pour produire du pétrole et du gaz, la seconde brûle le pétrole et le
gaz.)
D’autres
inimitiés sont aussi sur le déclin. Trump vient de signer un document
intéressant avec Kim Jong-un, président de la Corée du Nord. L’affaire (si nous
l’appelons ainsi) est un acte de capitulation tacite. Il a été orchestré par la
Russie et la Chine. Il affirme ce que la Corée du Nord et la Corée du Sud
avaient déjà accepté : la dénucléarisation éventuelle de la péninsule coréenne.
Tout comme Gorbatchev a consenti à la réunification de l’Allemagne et au
retrait des troupes soviétiques de l’Allemagne de l’Est, Trump s’apprête à
accepter la réunification de la Corée et le retrait des troupes américaines de
la Corée du Sud. Tout comme la chute du mur de Berlin a marqué la fin de l’imperium
soviétique, le démantèlement de la zone démilitarisée coréenne marquera la fin
de l’ère américaine.
3. Idéologie
Alors que les
États-Unis n’ont jamais rien eu d’aussi rigoureux que le dogme communiste de
l’Union soviétique, leur mélange de propagande pro-démocratie, de capitalisme
du laissez-faire, de libre-échange et de domination militaire a été puissant
pendant un certain temps. Après avoir cessé d’être la plus grande puissance
industrielle du monde, cédant la première place à l’Allemagne et au Japon, puis
à la Chine, les États-Unis accumulent des dettes prodigieuses, confisquant et
dépensant l’épargne mondiale tout en défendant le dollar américain sous la
menace de rétorsion militaire. Il fut pendant un certain temps compris que le
privilège exorbitant de l’impression monétaire sans fin devait être défendu
avec le sang des soldats américains. Les États-Unis se voyaient et se
positionnaient comme le pays indispensable, capable de contrôler et de dicter
des conditions à la planète entière, terrorisant ou bloquant divers autres pays
selon les besoins. Maintenant, tous ces schibboleths idéologiques sont en ruines.
La rhétorique en
faveur de la démocratie est toujours utilisée consciencieusement par les
porte-parole des médias politiques, mais dans la pratique, les États-Unis ne
sont plus une démocratie. Ce pays a été transformé en un paradis des
lobbyistes qui ne sont plus confinés dans le hall en bas mais se sont
installés dans les bureaux du Congrès et rédigent des quantités prodigieuses de
lois pour répondre aux intérêts privés des entreprises et des oligarques. Le
penchant américain pour la démocratie n’est pas non plus visible dans le
soutien que les États-Unis prodiguent aux dictatures du monde entier ou dans sa
tendance croissante à promulguer et appliquer des lois extraterritoriales sans
le consentement international.
Le capitalisme
du laisser-faire est également bien mort, supplanté par le capitalisme de
copinage nourri par une fusion complète des élites de Washington et de Wall
Street. L’entreprenariat privé n’est plus libre mais concentré aux mains d’une
poignée de sociétés géantes, alors qu’environ un tiers de la population active
aux États-Unis travaille dans le secteur public. Le département américain de la
Défense est le plus grand employeur du pays et du monde entier. Environ 100
millions d’Américains en âge et en capacité de travailler ne travaillent pas.
La plupart des autres travaillent dans des emplois de service, ne produisant
rien de durable. Un nombre croissant de personnes garde des moyens de
subsistance précaires en travaillant de manière sporadique. Tout le système est
alimenté – y compris les parties qui produisent le carburant, comme
l’industrie de la fracturation hydraulique – par de la dette. Aucune
personne saine d’esprit, si on lui demandait de fournir une
description réaliste du capitalisme, ne fournirait u plan aussi délabré.
Le libre-échange
était prôné jusqu’à très récemment, même si de nos jours le mouvement est en
perte de vitesse. Le commerce sans entraves sur de grandes distances est la
condition sine qua non de tous les empires, y compris l’empire
américain. Dans le passé, des navires de guerre et la menace d’une occupation
ont été utilisés pour forcer des pays, comme le Japon, à s’ouvrir au commerce
international. Tout récemment, l’administration Obama a été très active dans
ses tentatives de faire passer divers partenariats transocéaniques, mais aucun
n’a réussi. Et maintenant, Trump s’est mis à détruire le libre-échange en
combinant sanctions et barrières douanières, dans une tentative malavisée de
raviver la grandeur perdue de l’Amérique en se tournant vers l’intérieur du
pays. En cours de route, les sanctions sur l’utilisation du dollar américain
dans le commerce international, en particulier avec les principaux pays
exportateurs d’énergie tels que l’Iran et le Venezuela, accélèrent le processus
par lequel le dollar américain est détrôné en tant que monnaie de réserve
mondiale, démolissant le privilège exorbitant de l’impression monétaire sans
fin.
4. Militarisme
L’effondrement
soviétique était dans une certaine mesure déjà acté avec le retrait soviétique
de l’Afghanistan. Avant cela, il était encore possible de parler du « devoir
international » de l’Armée rouge pour rendre le monde (ou du
moins les parties libérées) sûr pour le socialisme. Après cela, le concept même
de domination militaire a été perdu, et les interventions qui étaient possibles
auparavant, comme en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968, n’étaient
même plus pensables. Lorsque l’Europe de l’Est a connu une rébellion en 1989,
l’empire militaire soviétique s’est simplement replié, abandonnant ses bases et
son matériel militaire en se retirant.
Dans le cas des
États-Unis, pour l’instant, ils restent capable de faire beaucoup de dégâts,
mais il est devenu clair que la domination militaire de la planète entière
n’est plus possible pour eux. L’armée américaine est encore énorme
numériquement, mais elle est déjà bien flasque. Elle n’est plus capable de
déployer une force terrestre d’une quelconque envergure où que ce soit et se
limite aux bombardements aériens, à l’entraînement et à l’armement de « terroristes
modérés » et de mercenaires, et au patrouillage inutile des
océans. Aucune des aventures militaires récentes n’a abouti à quelque chose
ressemblant à la paix à des conditions que les planificateurs américains
avaient initialement envisagées ou que l’on aurait pu juger souhaitables :
l’Afghanistan a été transformé en incubateur de terroristes et en usine
d’héroïne ; l’Irak a été absorbé par un croissant chiite continu qui s’étend
maintenant de l’océan Indien à la mer Méditerranée.
Les bases
militaires américaines sont toujours présentes dans le monde entier. Elles
étaient destinés à projeter le pouvoir américain sur les deux hémisphères du
globe, mais elles ont été largement neutralisées par l’avènement de nouvelles
armes de précision à longue portée, d’une puissante technologie de défense
aérienne et d’une magie de guerre électronique. Ces nombreux « nénuphars », comme on les appelle parfois, sont à l’opposé d’actifs
militaires : ce sont des cibles inutiles mais coûteuses situées dans des
endroits difficiles à défendre mais faciles à attaquer pour des adversaires
potentiels. Ils ne peuvent être utilisés que pour faire semblant de combattre,
et la série interminable d’exercices d’entraînement militaire, tels que ceux
dans les États baltes, juste à la frontière russe, ou ceux en Corée du Sud,
sont des provocations, mais ils sont des Parangons d’inutilité, car attaquer la
Russie ou la Corée du Nord serait un geste suicidaire. Ce sont essentiellement
des exercices de renforcement de la confiance, et leur intensité croissante
témoigne d’un déficit de confiance prononcé et croissant.
Les gens ne se
lassent jamais de souligner la taille énorme du budget militaire américain,
mais ils oublient presque toujours de mentionner que ce que les États-Unis
reçoivent par unité d’argent est dix fois moindre que, par exemple, la Russie.
C’est un plan d’extorsion boursouflé et inefficace qui produit de grandes
quantités de gaffes – une éponge d’argent public sans cesse assoiffée. Peu
importe combien d’argent elle absorbe, cela ne résoudra jamais le problème
fondamental de l’incapacité à faire la guerre à un adversaire adéquatement armé
sans subir des dommages inacceptables. Partout dans le monde, les États-Unis
sont maintenant détestés, mais on les craint de moins en moins : une tendance
fatale pour un empire. Par contre l’Amérique a très bien réussi à militariser
ses services de police locaux, de sorte que le moment venu, elle sera prête à
faire la guerre … contre elle-même.
Conclusion
Cette analyse
peut se lire comme une enquête historique détachée de considérations pratiques
et quotidiennes. Mais je crois que cela a un mérite pratique. Si les citoyens
de l’URSS avaient été informés, avant les événements de 1990, de ce qui allait
leur arriver, ils se seraient comportés différemment, et beaucoup de tragédies
personnelles auraient pu être évitées. Une distinction très utile peut être
faite entre l’évitement des effondrements (ce qui est futile, tous les empires
s’effondrent) et l’évitement des scénarios les plus défavorables, qui
deviendra, lorsque l’effondrement va s’accélérer, votre préoccupation la plus
importante. Votre approche peut impliquer de fuir vers un terrain plus sûr, ou
de vous préparer à survivre là où vous êtes. Vous pouvez choisir vos propres
marqueurs d’effondrement et faire vos propres prédictions sur leur calendrier
au lieu de compter sur le mien. Mais, ayant été témoin d’un effondrement, et
étant témoin d’un autre, la seule approche que je ne recommanderais vraiment
pas, est de ne rien faire et d’espérer le meilleur.
Dmitry Orlov
Le livre
de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle «
discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire
l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.
Traduit par
Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone
Notes
1. Avant de construire un gratte-ciel à
Manhattan, les lois locales exigent des architectes de déposer un plan de
démolition à utiliser pour démanteler la structure plus tard. Le plan déposé
pour les tours jumelles était une « démolition atomique » : le
placement d’une petite charge nucléaire de 50 mètres dans le roc. L’explosion
devait créer une cavité de gaz surchauffé dans laquelle la tour s’effondre et
est incinérée. C’est précisément ce qui semble s’être passé. Si vous regardez
les vidéos, les tours tombent dans des trous dans le sol.
EX CINERVBVS NASCITVR.
Je renais de mes cendres.
-----Original Message-----
From: Asselin Charles <
asse...@hotmail.com>
To: asselinch <
asse...@yahoo.com>
Sent: Sun, Jul 1, 2018 12:41 pm
Subject: Le Saker francophone: "Les marqueurs de l’effondrement de l’empire"
Le Saker francophone
(19 juin 2018)
Les marqueurs
de l’effondrement de l’empire
Par Dmitry Orlov | Source Club Orlov
En
réfléchissant à l’effondrement de l’empire américain qui se déroule (jusqu’à présent) graduellement, l’effondrement de l’URSS, qui s’est produit il y a près de trente ans, continue d’être une utile mine d’exemples et d’analogies. Certains événements survenus
pendant l’effondrement soviétique peuvent servir de panneaux de signalisation utiles dans le contexte américain, ce qui nous permet de formuler de meilleures hypothèses quant au calendrier des événements qui peuvent soudainement transformer un effondrement
graduel en sa version accélérée.
Quand l’effondrement soviétique s’est produit, la réaction universelle a été « Qui aurait pu le savoir ? » Eh bien, je le savais. Je me souviens distinctement d’une conversation que j’avais eue avec un chirurgien au cours de l’été 1990, juste au moment
où j’allais passer sur le billard pour me faire opérer de l’appendicite, en attendant l’anesthésie. Il m’a demandé ce qu’il adviendrait des républiques soviétiques, de l’Arménie en particulier. Je lui ai dit qu’elles seraient indépendantes en moins d’un an.
Il avait l’air positivement choqué. Je ne m’étais trompé que de deux mois. J’espère pouvoir prévoir l’effondrement américain avec le même degré de précision.
Je
suppose que j’étais bien placé pour le savoir, et je suis tenté de deviner comment j’ai réussi cela. Mon domaine d’expertise à l’époque était l’électronique de mesure et d’acquisition de données pour les expériences de physique des hautes énergies, pas la
soviétologie. Mais j’avais passé l’été précédent à Leningrad, où j’avais grandi, et j’avais une bonne idée de ce qui se passait en URSS. Pendant ce temps, toute la cohue des experts professionnels sur la Russie, payés pour le faire, qui étaient installés
dans divers organismes gouvernementaux à Washington ou qui consommaient de l’oxygène dans diverses fondations et universités des États-Unis, n’avaient absolument aucune idée de ce à quoi s’attendre.
Je
soupçonne qu’il y a un principe là-dedans : si votre carrière dépend de l’existence de X, et si X est sur le point de cesser d’exister, alors vous ne serez pas très motivé pour prédire avec précision sa fin. Inversement, si vous parveniez à prédire avec précision
la fin programmée de X, alors vous seriez également assez intelligent pour changer de carrière à l’avance, donc vous ne seriez plus un expert sur X et votre opinion sur le sujet serait négligée. Les gens penseraient que vous avez quitté un excellent travail
et que vous êtes maintenant aigri. À l’heure actuelle, j’observe le même phénomène à l’œuvre chez les experts de la Russie aux États-Unis : ils ne peuvent pas imaginer que les diverses choses qu’ils ont passé leur vie à étudier ont rapidement perdu de leur
pertinence. Ou peut-être qu’ils le peuvent, mais qu’ils gardent cette prise de conscience pour eux-mêmes, de peur de ne plus être invités pour des talk-shows.
Je
suppose que puisque l’expertise est une question d’en savoir beaucoup sur un sujet circonscrit, tout savoir sur rien – une chose qui n’existe pas – est son point final logique. Quoi qu’il en soit, je pense que nous autres non-experts, armés du recul parfait
que nous offre l’exemple de l’effondrement soviétique, nous pouvons éviter d’être pareillement aveuglés et abasourdis par l’exemple américain. Ce n’est pas une question académique : ceux qui jaugent la situation avec précision peuvent être en mesure de se
faufiler et sortir de l’enfer à l’avance, alors que les lumières sont toujours allumées, pendant que le monde ne se promène pas encore dans une brume mentale induite par la drogue et des fusillades de masse et que d’autres types de chaos sont toujours considérés
comme dignes d’intérêt par les médias.
Ce
recul nous permet de repérer certains marqueurs qui se sont manifestés à ce moment-là et qui se manifestent maintenant. Les quatre dont je veux discuter maintenant sont les suivants:
1.
Les alliés sont aliénés;
2. Les inimitiés se dissipent;
3. L’idéologie devient non pertinente;
4. La posture militaire devient flasque.
Tout cela est évident à voir dans l’effondrement américain.
Comme pour l’effondrement soviétique, il y a une certaine période d’incubation pour chacune de ces tendances, pouvant durer peut-être un an ou deux, au cours de laquelle peu
de choses semblent se
produire, mais quand c’est le moment, tout décolle d’un seul coup.
1. Alliances
Au
fur et à mesure que l’effondrement soviétique s’est déroulé, les anciennes amitiés se sont détériorées, d’abord à cause d’un manque de pertinence, puis ont tourné a une inimitié pure et simple. Avant l’effondrement, le rideau de fer a couru entre l’Europe
de l’Est et de l’Ouest ; trois décennies plus tard, il court entre la Russie et les pays baltes, la Pologne et l’Ukraine. Alors que dans l’après-guerre, les pays du Pacte de Varsovie tiraient de nombreux avantages de leur association avec la Russie et sa puissance
industrielle, vers la fin leur adhésion au camp soviétique devenait de plus en plus gênante pour le progrès, entravant leur intégration avec les pays prospères et moins troublés plus à l’ouest et avec le reste du monde.
De
même, avec les États-Unis et l’Union européenne, ce partenariat montre également des signes majeurs de tension alors que Washington tente d’empêcher l’Europe de s’intégrer au reste de l’Eurasie. La menace particulière de sanctions économiques unilatérales
dans le cadre d’un effort vain pour bloquer d’autres gazoducs russes vers l’Europe et forcer les Européens à acheter un projet de gaz naturel liquéfié américain incertain et surévalué a mis en évidence le fait que la relation n’est plus mutuellement bénéfique.
Et alors que la Grande-Bretagne se sépare de l’Europe et se rapproche des États-Unis, un nouveau rideau de fer émerge peu à peu, mais cette fois, il traversera la Manche, séparant le monde anglophone de l’Eurasie.
Des
développements similaires sont en cours à l’Est, affectant la Corée du Sud et le Japon. La volte-face de Trump entre tweets tumultueux et rhétorique conciliatoire vis-à-vis de la Corée du Nord a mis à nu le vide des garanties de sécurité américaines. Ces deux
pays voient maintenant la nécessité de prendre leurs propres dispositions de sécurité et de commencer à réaffirmer leur souveraineté en matière militaire. Pendant ce temps, pour les États-Unis, être incohérent n’est qu’un
« arrêt au stand » sur le point de devenir insignifiant.
2. Les inimitiés
Pendant
toute la période de la guerre froide, les États-Unis étaient l’ennemi juré de l’Union soviétique, et tout effort de Washington pour donner des conseils ou dicter sa volonté se heurtait à des aboiements bruyants, synchronisés et idéologiquement fortifiés de
Moscou : encore l’agresseur impérialiste ; n’y faites pas attention. Ce bruit vertueux a très bien fonctionné pendant une période étonnamment longue, et a continué de fonctionner pendant que l’Union soviétique réalisait de nouvelles conquêtes impressionnantes –
dans l’espace, la technologie, la science et la médecine, dans des projets humanitaires internationaux, etc. Mais lorsque la stagnation s’est installée, il a commencé à sonner creux.
Après
l’effondrement soviétique, cette immunité contre la contagion américaine a disparu. Des
« experts » et des « conseillers » occidentaux ont envahi le pays et proposé des
« réformes » telles que le démembrement de l’URSS en 15 pays distincts (piégeant des millions de personnes du mauvais côté de la frontière nouvellement inventée) avec une thérapie de choc (qui a appauvri presque l’ensemble de la population russe), les
privatisations (qui mettaient des biens publics importants entre les mains de quelques oligarques politiquement associés, pour la plupart des oligarques juifs) et divers autres projets visant à détruire la Russie et à faire disparaître sa population. Ils auraient
probablement réussi s’ils n’avaient pas été arrêtés à temps.
Symétriquement,
les Washingtoniens considéraient l’URSS comme leur ennemi juré. Après sa disparition, il y a eu un peu de confusion. Le Pentagone a essayé de parler de
« mafia russe » comme d’une menace majeure à la paix mondiale, mais cela semblait risible. Puis, à l’occasion de la démolition de quelques gratte-ciels à New York, peut-être en plaçant de petites charges nucléaires dans le soubassement sous leurs fondations
(ce sont les plans de démolition qui étaient enregistrés 1),
ils ont embrassé le concept de « guerre contre le terrorisme », bombardant divers pays qui n’avaient pas de problème de terrorisme avant mais en ont certainement maintenant. Puis, une fois que ce plan stupide a suivi son cours, les Washingtoniens sont
retournés à leur premier os à ronger pour harceler la Russie.
Mais
maintenant une odeur étrange flotte dans le vent à Washington : l’odeur de l’échec. L’air commence à fuiter de cette campagne pour calomnier la Russie, et c’est putride. Pendant ce temps, Trump continue à faire des bruits qu’un rapprochement avec la Russie
est souhaitable et qu’un sommet entre les dirigeants devrait avoir lieu. Trump emprunte aussi quelques pages du livre de règles russe : tout comme la Russie a réagi aux sanctions occidentales par des contre-sanctions, Trump commence à réagir aux barrières
douanières occidentales par ses propres barrières douanières. Nous devrions nous attendre à ce que l’inimitié américaine contre la Russie se dissipe quelque temps avant que l’attitude américaine à l’égard de la Russie (et de beaucoup d’autres choses) ne devienne
insignifiante. Nous devrions également nous attendre, une fois la bulle de la fracturation hydraulique
[pétrole de schiste, NdT] explosée, à ce que les États-Unis deviendront dépendants du pétrole russe et de son gaz naturel liquéfié, qu’ils seront forcés de payer avec de l’or. (La fracturation implique un processus de combustion en deux phases : la première
phase brûle de l’argent emprunté pour produire du pétrole et du gaz, la seconde brûle le pétrole et le gaz.)
D’autres
inimitiés sont aussi sur le déclin. Trump vient de signer un document intéressant avec Kim Jong-un, président de la Corée du Nord. L’affaire (si nous l’appelons ainsi) est un acte de capitulation tacite. Il a été orchestré par la Russie et la Chine. Il affirme
ce que la Corée du Nord et la Corée du Sud avaient déjà accepté : la dénucléarisation éventuelle de la péninsule coréenne. Tout comme Gorbatchev a consenti à la réunification de l’Allemagne et au retrait des troupes soviétiques de l’Allemagne de l’Est, Trump
s’apprête à accepter la réunification de la Corée et le retrait des troupes américaines de la Corée du Sud. Tout comme la chute du mur de Berlin a marqué la fin de l’imperium soviétique, le démantèlement de la zone démilitarisée coréenne marquera la fin de
l’ère américaine.
3. Idéologie
Alors
que les États-Unis n’ont jamais rien eu d’aussi rigoureux que le dogme communiste de l’Union soviétique, leur mélange de propagande pro-démocratie, de capitalisme du laissez-faire, de libre-échange et de domination militaire a été puissant pendant un certain
temps. Après avoir cessé d’être la plus grande puissance industrielle du monde, cédant la première place à l’Allemagne et au Japon, puis à la Chine, les États-Unis accumulent des dettes prodigieuses, confisquant et dépensant l’épargne mondiale tout en défendant
le dollar américain sous la menace de rétorsion militaire. Il fut pendant un certain temps compris que le privilège exorbitant de l’impression monétaire sans fin devait être défendu avec le sang des soldats américains. Les États-Unis se voyaient et se positionnaient
comme le pays indispensable, capable de contrôler et de dicter des conditions à la planète entière, terrorisant ou bloquant divers autres pays selon les besoins. Maintenant, tous ces
schibboleths
idéologiques sont en ruines.
La
rhétorique en faveur de la démocratie est toujours utilisée consciencieusement par les porte-parole des médias politiques, mais dans la pratique, les États-Unis ne sont plus une démocratie. Ce pays a été transformé en un paradis des lobbyistes qui ne sont
plus confinés dans le hall en bas mais se sont installés dans les bureaux du Congrès et rédigent des quantités prodigieuses de lois pour répondre aux intérêts privés des entreprises et des oligarques. Le penchant américain pour la démocratie n’est pas non
plus visible dans le soutien que les États-Unis prodiguent aux dictatures du monde entier ou dans sa tendance croissante à promulguer et appliquer des lois extraterritoriales sans le consentement international.
Le
capitalisme du laisser-faire est également bien mort, supplanté par le capitalisme de copinage nourri par une fusion complète des élites de Washington et de Wall Street. L’entreprenariat privé n’est plus libre mais concentré aux mains d’une poignée de sociétés
géantes, alors qu’environ un tiers de la population active aux États-Unis travaille dans le secteur public. Le département américain de la Défense est le plus grand employeur du pays et du monde entier. Environ 100 millions d’Américains en âge et en capacité
de travailler ne travaillent pas. La plupart des autres travaillent dans des emplois de service, ne produisant rien de durable. Un nombre croissant de personnes garde des moyens de subsistance précaires en travaillant de manière sporadique. Tout le système
est alimenté – y compris les parties qui produisent le carburant, comme l’industrie de la fracturation hydraulique – par de la dette. Aucune personne saine d’esprit, si on lui demandait de fournir une description réaliste du capitalisme, ne fournirait u plan
aussi délabré.
Le
libre-échange était prôné jusqu’à très récemment, même si de nos jours le mouvement est en perte de vitesse. Le commerce sans entraves sur de grandes distances est la condition sine qua non de tous les empires, y compris l’empire américain. Dans le
passé, des navires de guerre et la menace d’une occupation ont été utilisés pour forcer des pays, comme le Japon, à s’ouvrir au commerce international. Tout récemment, l’administration Obama a été très active dans ses tentatives de faire passer divers partenariats
transocéaniques, mais aucun n’a réussi. Et maintenant, Trump s’est mis à détruire le libre-échange en combinant sanctions et barrières douanières, dans une tentative malavisée de raviver la grandeur perdue de l’Amérique en se tournant vers l’intérieur du pays.
En cours de route, les sanctions sur l’utilisation du dollar américain dans le commerce international, en particulier avec les principaux pays exportateurs d’énergie tels que l’Iran et le Venezuela, accélèrent le processus par lequel le dollar américain est
détrôné en tant que monnaie de réserve mondiale, démolissant le privilège exorbitant de l’impression monétaire sans fin.
4.
Militarisme
L’effondrement
soviétique était dans une certaine mesure déjà acté avec le retrait soviétique de l’Afghanistan. Avant cela, il était encore possible de parler du
« devoir international » de l’Armée rouge pour rendre le monde (ou du moins les parties libérées) sûr pour le socialisme. Après cela, le concept même de domination militaire a été perdu, et les interventions qui étaient possibles auparavant, comme en
Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968, n’étaient même plus pensables. Lorsque l’Europe de l’Est a connu une rébellion en 1989, l’empire militaire soviétique s’est simplement replié, abandonnant ses bases et son matériel militaire en se retirant.
Dans
le cas des États-Unis, pour l’instant, ils restent capable de faire beaucoup de dégâts, mais il est devenu clair que la domination militaire de la planète entière n’est plus possible pour eux. L’armée américaine est encore énorme numériquement, mais elle est
déjà bien flasque. Elle n’est plus capable de déployer une force terrestre d’une quelconque envergure où que ce soit et se limite aux bombardements aériens, à l’entraînement et à l’armement de
« terroristes modérés » et de mercenaires, et au patrouillage inutile des océans. Aucune des aventures militaires récentes n’a abouti à quelque chose ressemblant à la paix à des conditions que les planificateurs américains avaient initialement envisagées
ou que l’on aurait pu juger souhaitables : l’Afghanistan a été transformé en incubateur de terroristes et en usine d’héroïne ; l’Irak a été absorbé par un croissant chiite continu qui s’étend maintenant de l’océan Indien à la mer Méditerranée.
Les
bases militaires américaines sont toujours présentes dans le monde entier. Elles étaient destinés à projeter le pouvoir américain sur les deux hémisphères du globe, mais elles ont été largement neutralisées par l’avènement de nouvelles armes de précision à
longue portée, d’une puissante technologie de défense aérienne et d’une magie de guerre électronique. Ces nombreux
« nénuphars »,
comme on les appelle parfois, sont à l’opposé d’actifs militaires : ce sont des cibles inutiles mais coûteuses situées dans des endroits difficiles à défendre mais faciles à attaquer pour des adversaires potentiels. Ils ne peuvent être utilisés que pour faire
semblant de combattre, et la série interminable d’exercices d’entraînement militaire, tels que ceux dans les États baltes, juste à la frontière russe, ou ceux en Corée du Sud, sont des provocations, mais ils sont des Parangons d’inutilité, car attaquer la
Russie ou la Corée du Nord serait un geste suicidaire. Ce sont essentiellement des exercices de renforcement de la confiance, et leur intensité croissante témoigne d’un déficit de confiance prononcé et croissant.
Les
gens ne se lassent jamais de souligner la taille énorme du budget militaire américain, mais ils oublient presque toujours de mentionner que ce que les États-Unis reçoivent par unité d’argent est dix fois moindre que, par exemple, la Russie. C’est un plan d’extorsion
boursouflé et inefficace qui produit de grandes quantités de gaffes – une éponge d’argent public sans cesse assoiffée. Peu importe combien d’argent elle absorbe, cela ne résoudra jamais le problème fondamental de l’incapacité à faire la guerre à un adversaire
adéquatement armé sans subir des dommages inacceptables. Partout dans le monde, les États-Unis sont maintenant détestés, mais on les craint de moins en moins : une tendance fatale pour un empire. Par contre l’Amérique a très bien réussi à militariser ses services
de police locaux, de sorte que le moment venu, elle sera prête à faire la guerre … contre elle-même.
Conclusion
Cette analyse peut se lire comme une enquête historique
détachée de considérations pratiques et quotidiennes. Mais je crois que cela a un mérite pratique. Si les citoyens de l’URSS avaient été informés, avant les événements de 1990, de ce qui allait leur arriver, ils se seraient comportés différemment, et beaucoup
de tragédies personnelles auraient pu être évitées. Une distinction très utile peut être faite entre l’évitement des effondrements (ce qui est futile, tous les empires s’effondrent) et l’évitement des scénarios les plus défavorables, qui deviendra, lorsque
l’effondrement va s’accélérer, votre préoccupation la plus importante. Votre approche peut impliquer de fuir vers un terrain plus sûr, ou de vous préparer à survivre là où vous êtes. Vous pouvez choisir vos propres marqueurs d’effondrement et faire vos propres
prédictions sur leur calendrier au lieu de compter sur le mien. Mais, ayant été témoin d’un effondrement, et étant témoin d’un autre, la seule approche que je ne recommanderais vraiment pas, est de ne rien faire et d’espérer le meilleur.
Dmitry
Orlov
Le
livre
de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages
fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.
Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour
le Saker Francophone
Notes
- Avant de construire un gratte-ciel à Manhattan,
les lois locales exigent des architectes de déposer un plan de démolition à utiliser pour démanteler la structure plus tard. Le plan déposé pour les tours jumelles était une « démolition atomique » : le placement d’une petite charge nucléaire de 50 mètres
dans le roc. L’explosion devait créer une cavité de gaz surchauffé dans laquelle la tour s’effondre et est incinérée. C’est précisément ce qui semble s’être passé. Si vous regardez les vidéos, les tours tombent dans des trous dans le sol.
EX
CINERVBVS NASCITVR.
Je
renais de mes cendres.