Dieu merci, nous avons le 7 février !
Par Jean H. Charles
La République d’Haïti compte plusieurs dates charnières qui façonnent son histoire et son identité nationale : le Jour de l’Indépendance, célébré le 1er janvier ; la bataille de Vertières, commémorée le 18 novembre ; et la création du drapeau national, observée le 18 mai.
Heureusement, nous avons aussi le 7 février — la date à laquelle le peuple haïtien a chassé du pouvoir le régime Duvalier après trente-trois années de dictature.
Le peuple haïtien possède une capacité extraordinaire à endurer l’injustice pendant de longues périodes. Il lui a fallu quatre siècles (400 ans) pour se débarrasser des colonisateurs blancs qui le maintenaient en esclavage dans des conditions inhumaines et dégradantes. Et pourtant, il fut le premier — et le seul peuple à accomplir un tel exploit épique. Il a ensuite fallu trente-trois (33) ans pour renverser la dictature des Duvalier, suivis de trente (30) autres années à subir des gouvernements illibéraux marqués par la corruption, la mauvaise gouvernance et le pillage éhonté des biens publics.
Dieu merci, le 7 février se profile à nouveau à l’horizon. Sera-ce encore la même chose ? Ou le peuple haïtien se lèvera-t-il enfin pour chasser les bandits — et les politiciens qui les soutiennent ?
Un vent d’espoir souffle à travers le monde :
En Iran, la population se soulève contre le régime khomeiniste qui gouverne le pays depuis plus de trente ans.
Au Venezuela, le mandat d’arrêt émis contre Nicolás Maduro par les États-Unis pour trafic de cocaïne a ouvert la voie à l’espoir d’un changement de régime.
En Bulgarie, la génération Z a contraint le Premier ministre à démissionner après des semaines de manifestations de rue contre la corruption et la mauvaise gouvernance.
Le président Jovenel Moïse a ignoré la date fatidique du 7 février ; pourtant, la nature — et les dieux qui protègent Haïti — ont exprimé leur mécontentement. D’ici un mois, le CPT, qui n’a pas fait progresser la démocratie d’un seul iota, sera contraint de décider s’il doit se retirer ou rester au pouvoir à ses propres risques et périls.
Lors d’une récente visite en Haïti, j’ai eu l’occasion de constater de visu l’incapacité de ceux qui détiennent le pouvoir à prendre les décisions les plus élémentaires dans l’intérêt du peuple. La route reliant Cap-Haïtien à la commune de Grande-Rivière — une portion de la Route nationale no 3 reliant Port-au-Prince à Cap-Haïtien — est dans un état de délabrement médiéval, reflet de plus de trente années de négligence.
Et pourtant, Haïti est tout à fait capable de retrouver la splendeur de son époque coloniale, lorsqu’elle était connue comme la « Perle des Antilles ». Un gouvernement bienveillant pourrait organiser les paysans en coopératives afin de produire des fruits de saison destinés aux grands marchés de Londres, Paris et New York : des oranges en hiver (Grande-Rivière, notamment la zone rurale de Bonamy, produit certaines des meilleures oranges au monde) ; des corossols et des chérimoles au printemps ; des mangues, des abricots et des fruits de la passion en été (Haïti produit la célèbre mangue Francis, reconnue mondialement) ; et des avocats et du quinoa en automne.
Grâce à ses chaînes de montagnes, Haïti pourrait devenir un leader mondial dans la production de bois precieux à travers une gestion durable des forêts d’acajou et de cèdre — transformant ainsi sa richesse naturelle en actifs négociés à Wall Street et générant des rendements supérieurs pour les fonds de pension mondiaux, bien au-delà des modes spéculatives comme les cryptomonnaies.
En tirant parti de son histoire épique, de ses paysages spectaculaires et de son riche patrimoine culturel — y compris des fêtes religieuses d’inspiration médiévale — Haïti pourrait développer une industrie touristique rivalisant avec Bali, en Indonésie. En effet, les voyageurs chevronnés affirment souvent qu’il n’existe que quatre paradis perdus sur Terre : le Kerala en Inde, Bali en Indonésie, Hawaï dans le Pacifique et Haïti dans les Antilles.
Pourtant, les politiciens haïtiens persistent à maintenir le pays dans la pauvreté et le désespoir, contraignant une grande partie de la population à fuir par bateau à la recherche d’un avenir plus sûr et plus digne pour leurs enfants.
Le 7 février approche à grands pas. Haïti aura-t-elle enfin un gouvernement digne de ses grands dirigeants du passé — Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines et Henry Christophe ?
Que saint Charbel, le saint aux mille miracles, pose un regard compatissant sur Haïti, et que ce 7 février marque un véritable tournant pour une nation qui endure l’indignité depuis plus de cinq cents ans.
Jean Hervé Charles, LLB, MSW, JD, fut candidat à l’élection présidentielle haïtienne de 2016. Il peut être joint à l’adresse jeanhc...@aol.com ou par téléphone au 1 (646) 248-1171.