Bonjour chers internautes,
Depuis quelques jours les fora s’enflamment sur la question du « retour de l’armée » et, comme si souvent, nous laissons libre cours à nos émotions, sans même nous soucier d’aller au fond du problème et analyser la question de manière plus pragmatique et par conséquent plus juste. Afin de ne pas prolonger à outrance cet article, je me réfèrerai dans mon post scriptum à juste une absurdité, parmi beaucoup d’autres publiées sur les fora durant la semaine dernière au sujet des « crimes » des FAdH.
Cependant et pour ne pas nous perdre dans les détails, laissons, pour le moment, le PS aux post scripta ; donc voici ma contribution au débat à brûle-pourpoint d’aujourd’hui :
J’aimerais d’abord et avant tout attirer l’attention de tous ces défenseurs « farouches et engagés » de la Constitution haïtienne que l’existence d’une Force Armée Haïtienne est jusqu’à date garantie par notre Constitution, votée par le peuple.
Qu’est-ce qui permet alors à une personne ou groupement des personnes de dénier le droit d’existence à cette institution constitutionnelle ? … son abolition le 6 janvier 1995 par un simple arrêté présidentiel (= trait de plume) représentant une des violations les plus extraordinaires de notre loi mère ? La Constitution n’est pas un souffre-douleur que l’on aime ou que l’on combat à sa guise, et l’argument favori depuis toujours que « elle a été déjà violée tant des fois, pourquoi se formaliser à cause de ce nouveau viol », ne tient pas et nous le savons d’ailleurs tous. Peu importe alors, si nous avons aimé ou détesté cette institution, son abolition, comme chaque violation de la Constitution, reste et demeure un crime de haut trahison et impossible à justifier.
Les institutions « per se » ne sont pas mauvaises et ne seront jamais mauvaises, mais elles sont composées d’êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses. Partout on y trouve des individus professionnels, honnêtes et nobles, comme on y trouve des farceurs, faussaires, traitres et criminels.
Une armée n’a jamais « fait » un coup d’état, et ceci d’ailleurs nulle part au monde. Elle est par contre un outil par excellence d’un individu ou d’un groupement d’individus militaires et/ou civiles, qui -en voulant s’emparer du pouvoir- abusent de cette institution pour arriver à ses propres fins.
Il faudrait peut-être se poser les 4 questions suivantes pour pouvoir mieux cerner la problématique du sujet et de l’heure:
Quelle était l’armée que nous avons eue ?
Etait-elle une armée « conventionnelle » ?
L’année 1990 n’était-elle pas l’année durant laquelle cette armée était le plus proche de son idéal d’une armée moderne et professionnelle, indifférente aux tentatives quasi omniprésentes de vassalisation par les différents secteurs de notre société civile et politique, oh si juste et étique ?
Avons-nous appris des expériences de cette année d’or des relations entre les FAdH et la population, comme beaucoup d’observateurs nationaux et internationaux ont qualifié cette époque ?
Depuis sa création en 1918 la Gendarmerie d’Haïti/ Garde d’Haïti/ Armée d’Haïti/ FAdH n’a jamais été une armée conventionnelle, car aucun pays devrait confier à une armée de métier tant de fonctions au sein d’une nation. Malgré les taches clairement décrites par nos Constitutions passées et présente, les Forces Armées d’Haïti se sont vues octroyées, sous le regard indifférent, ou devrais-je dire, complice de l’élite intellectuelle de ce pays, un pouvoir tentaculaire extraordinaire.
Les FAdH, et à part de leur mission de protection du territoire, de l’espace aérien et de la mer territoriale, n’avaient-elle pas aussi, et légalement, des charges multiples, les rendant de facto un monstre omnipotent et potentiellement dangereux ?
Dotée d’une formation strictement militaire et en absence d’une déclaration d’état d’urgence quelconque, notre armée remplissait le rôle de :
Gardienne des prisons,
Police judiciaire,
Police des routes,
Police répressive,
Police politique,
Police scientifique,
Simple police,
Police des frontières,
Police des mœurs,
Police municipale,
Sapeurs pompiers,
Police rurale,
Contrôleur de la contrebande,
Contrôleur des narcotrafiquants,
Contrôleur de l’immigration,
Unité anti-terroriste,
Unité anti-émeute,
Squad …. N’hésitez pas d’ajouter des tâches, car la liste est probablement encore beaucoup plus longue.
Les résultats d’une telle concentration de pouvoirs au sein d’une institution de forces de l’ordre se révèleront toujours catastrophiques… « no need to be a rocket scientist to foresee the catastrophe » comme le dicton anglais le dit si bien.
N’oublions pas non plus que ce « coup de génie » structurel a été entériné par les lois de notre pays qui avaient elles-mêmes placées l’armée dans cette situation d’hégémonie.
Quelle institution investie de tant de responsabilités… et pouvoirs, pourrait prétendre de rester insensible et immune aux tentations et séductions multiples, sans se croire capable à même de discipliner son ultime commandeur, le pouvoir civil ?
Un coup d’état ne pourra jamais être une solution à un problème démocratique et pour tous ceux, souffrant de la mémoire courte, je me réfère ici au terme de la fameuse et absurde « correction démocratique » annoncée pompeusement en septembre 1991.
En outre, et sans vouloir blâmer une fois de plus notre Constitution de tous les maux de la société, quelle porte grande ouverte aux interprétations et conséquences possibles et impossibles nous ont léguée nos constituants, en dégradant le Chef de l’Etat haïtien en « Chef nominal » de l’institution, tout en y ajoutant en son Article 143 que le Président n’a pas le droit de commander en personne les Forces Armées ! … il y avait pourtant des soi-disant spécialistes en matière de forces armées à l’œuvre…
Fort de toutes ces considérations, on peut vraiment avancer que « si certains militaires devraient être sanctionnés pour s’être conduits en bourreaux envers la population, l’Armée d’Haïti, en tant qu’institution, n’est en réalité, une fois de plus, qu’une victime. Victime, sans doute du comportement de certains de ses membres, mais victime également du manque de vision de nos législateurs, du laxisme de notre société civile et, enfin, des menées de la classe politique et de ce secteur omniprésent, composé par tous ceux qui tirent des avantages certains du chaos réinventé, auquel nous devons faire face chaque jour un peu plus.
Pour remédier à cet état de choses, la nouvelle armée nationale devrait se différencier fondamentalement de celle qui existait, ayant – entres autres – ces trois critères obligatoires sous-mentionnées:
1.- Elle devrait être placée sous le commandement effectif du Chef de l’Etat, qui en serait le « Chef Suprême » ;
2.- Ses troupes devraient être cantonnées dans trois ou quatre bases militaires et maintenues dans le rôle à elles attribué par la Constitution ;
3.- Elle devrait être dirigée par un Etat-major conjoint formé des commandants des branches Terre, Mer, Air et Services Techniques parmi lesquels le Président de la République choisirait une sorte de « chairman », le Commandant interarmes, responsable par-devant lui de la bonne marche de l’Institution. Plus question alors de consacrer la supériorité de l'Officier d’infanterie sur les autres armes. Chaque branche aurait d’ailleurs son propre Etat-major.
L’Allemagne d’après guerre, occupée militairement par 4 nations et divisée en deux parties, a pu restructurer sa Wehrmacht du 3ème Reich en la transformant en Bundeswehr qui, grâce à son service militaire obligatoire, a pu contribuer activement à la démocratisation d’un pays à 90% détruit et sortant d’une dictature féroce et brutale de 12 ans.
Depuis sa création en 1955, la Bundeswehr a suivi son leitmotiv d’être et de rester le défenseur des citoyens d’un état démocratique et de droit, soumis aux ordres de son chef suprême, qui est le pouvoir civil et politique du pays. Il faudrait peut-être souligner à l’attention du lecteur le fait que les colonels et généraux futurs des forces armées allemandes ont été choisis par un comité de sélection pour s’assurer que leur attitude et expérience politique serait acceptable pour ce nouvel état démocratique et de droit auquel l’Allemagne de l’époque aspirait autant et qu’elle a su réaliser, supporté par un plan Marshall certes, mais en moins de 20 ans.
Nous devrions nous arrêter de faire des jérémiades émotionnelles en nous basant sur des absurdités, demi-vérités et comptes de fées historiques. Il est – comme je le dis toujours - INDISPENSABLE de finalement analyser notre histoire récente (des 100 dernières années) et de penser à ne plus créer une armée pour résoudre certains problèmes réels ou imaginaires du présent.
Etre membre d’un état major - qui ne pourrait et ne devrait d’ailleurs jamais s’appeler « intérimaire » et existant sans une armée - n’est pas une question de pouvoir individuel ou de « chef-tisme », mais la résultante d’un choix personnel d’un individu prêt à donner sa vie pour défendre les idéaux nobles, justes et démocratiques, indispensables au bon fonctionnement d’une société saine et prospère.
Résistons à la tentation, oh si présente, d’établir une institution hybride, prête à servir le plus offrant, mais créons une armée haïtienne pour le future, chargée d’accompagner nos arrière petits-enfants dans une nation que nous aurions dû contribuer à créer à partir d’un état indépendant… que nous ont légué nos ancêtres, ces héros-militaires de notre Armée Indigène.
Anne-Rose Schoen
PS : J’ai lu sur un des commentaires, fustigeant les FAdH, le reproche d’avoir « abandonné l’arrière pays en 1991, permettant ainsi d’ouvrir la porte aux injustices et actes ignobles »…
Voila la description d’un fait historique tout-à-fait correct, sans pourtant donner aux lecteurs les vraies raisons de cet abandon, qui sont les suivantes :
Suite à la demande officielle au Commandant des Forces Armées d’Haïti, le Général Hérard Abraham, du 28 mars 1991 (SP/L.025/PH) et signée par le Président de la République, le Corps des Agents de la Police rurale a été rattaché au Ministère de la Justice. Il faut noter que ce Corps avait été crée par une loi et que son détachement a été consacré par un simple communiqué du Ministère de la Justice. Aucun projet de loi y relatif n’a jamais été déposé au Parlement en vue de la mise en place des cadres de remplacement. Ce vide provoqué par l’absence de ces représentants des Forces de l’Ordre a donné lieu à cette situation d’anarchie dans les milieux ruraux décrite par cet internaute (vandalisme, meurtres, vol de bétails, destruction des cultures, viols et supplice du collier, communément appelé « Père Lebrun »). Cette nouvelle donne rendait alors plus vulnérable les Avant-Postes, qui par conséquent étaient attaqués et incendiés, les armes emportées et leurs membres lapidés ou brulés vifs (Avant-Poste de Carrefour, Martissant, Thor, Darbonne, Cité Soleil, Montrouis, Fond des Negres, Port-Margot, Aviation des Cayes, Grand Goave).
Voici une partie de la correspondance ayant provoqué cet « abandon » incorrectement inculpé aux FAdH et je cite :
Monsieur le Commandant en Chef,
En attendant le vote et la promulgation de la loi organique des Forces de Police, je vous saurais gré de prendre les dispositions nécessaires pour que, dans le meilleur délai, les Agents de Police Rurale soient détachés des Forces Armées d’Haïti. Ils seront rattachés au Commissaire du Gouvernement de la Juridiction du Tribunal de la Première Instance relevant du Ministère de la Justice et porteront le nom de Agents de Police Communale. (…)
Un communiqué du Commandant en Chef des Forces Armées d’Haïti mettra la Population au courant de cette décision.
Les modalités d’application seront déterminées par circulaire du Ministère de la Justice aux Commissaires du Gouvernement des différentes Juridictions de la République.
Fin de citation.
Mesdames, messieurs,
D’abord, je veux prendre le temps de remercier madame Schoen pour avoir mis son temps et son savoir à notre service. J’ai toujours pris le temps de lire avec intérêt certaines de ses interventions sur le Net. J’ai apprécié particulièrement sa dernière publication sur la question de la langue créole en Haiti.
Ces jours-ci, dans les medias comme sur les fora, la question de l’armée revient souvent sur le tapis. On sent que ce débat est entrain d’éveiller la mémoire collective haïtienne. La présence de l’armée a laissé dans notre histoire de sérieuses cicatrices. Le vieux proverbe haitien nous apprend que « bay kou bliyé poté mak sonjé ». Le fait d'en parler est donc une très bonne chose la nouvelle génération.
Ce sont surtout les différentes prises de position de madame Schoen dans ce débat qui m’ont incité à réfléchir davantage sur cette question. Sa persévérance m’a poussé à poser les deux questions suivantes: quelles sont les responsabilités de l’institution militaire dans notre situation d’aujourd’hui? La restauration de l’armée sera-t-elle bénéfique ou maléfique pour Haïti?
Amis Lecteurs, amies lectrices,
Madame Schoen a écrit ce qui suit et je cite : « Les institutions « per se » ne sont pas mauvaises et ne seront jamais mauvaises, mais elles sont composées d’êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses. Partout on y trouve des individus professionnels, honnêtes et nobles, comme on y trouve des farceurs, faussaires, traitres et criminels. »
Dans le cas des FAdH, je compte prendre le contrepied. Dans les lignes qui vont suivre, je vais essayer de montrer que les Forces Armées d’Haïti (FAdH) est une institution qui a été foncièrement mauvaise pour Haïti et son peuple.
Je commence par dire à madame Schoen qu’une institution peut être mauvaise.
Comment peut-on reconnaître si une institution est bonne ou mauvaise?
Pour juger si une institution est bonne ou mauvaise, il faut:
aller dans son histoire (son passé lointain et récent);
regarder de près son cheminement; et
questionner ses réalisations, ses bilans, l’accomplissement de sa mission, etc..
Bref, il faut interroger et évaluer de près la culture de cette institution.
La culture institutionnelle est fondamentale en ce qui a trait au jugement de valeur que nous voulons porter sur une institution.
C’est quoi la culture institutionnelle?
Considérons pour aller plus vite la définition de A. T. Wall (2006). Selon cet auteur, « La culture d'une institution est la somme des attitudes, croyances, traditions, symboles, cérémonies et préjudices du personnel actuel et passé, le caractère de la communauté environnante et l'environnement de travail ; c’est l'histoire des opérations et des événements de l'institution ainsi que les personnalités et l’éthique des dirigeants, formels et informels, à la fois passé et présent. » (Ma traduction)
si nous essayons d'appliquer cette définition dans le cas de l'armée nationale, qu'est ce que nous aurons comme résultats?
Là, j’aimerais bien que tous ceux et toutes celles qui supportent le retour de l’armée fassent un petit effort pour rédiger une brève narration de la culture de l’institution militaire haïtienne.
Je suis sûr qu'ils ou elles trouveront sans aucun doute une culture institutionnelle très négative. Après un bref coup d’œil dans l’histoire lointaine et récente de l’institution militaire et du pays, ils ou elles verront que depuis 1806, la somme d'activités et attitudes de l’institution militaire est négative. On verra que cette institution n’a fait qu’enfanter malheurs, douleurs, chagrin, deuil et pauvreté pour le peuple haïtien. On verra une tradition de choses très néfastes pour Haiti. On n'a qu’à fouiller dans l’histoire pour s'en rendre compte. Les faits sont bien là.
Nous profitions de cette occasion pour dire: vive l’armée indigène! Vive notre armée de libération nationale! Car, c’est cette grande armée populaire haïtienne qui a conquis l’indépendance nationale en 1804. Michel S. Laguerre, dans son livre intitulé “The military and Society in Haiti” publié en 1993 a souligné que « L’existence de l'armée indigène a précédé celui de la nation et a rendu possible l'État et le premier gouvernement de la république. » (Ma traduction)
Et il a continué pour dire qu’« Après l'indépendance en 1804, les militaires, en plus d'offrir la sécurité intérieure et de défense contre les agresseurs étrangers, était aussi le gouvernement. Le cabinet de l'empereur ou du conseil d'Etat était composé de généraux et de colonels. Les gouvernements locaux et régionaux ont été dirigés par des hommes militaires. Même les fonctionnaires civils devaient se présenter à leurs superviseurs militaires. » (Ma traduction)
Puisque le pays était sur pied de guerre, on comprend bien que ce type de gouvernement était une nécessité absolue. Dans un tel contexte, celui qui nous avait menés à la victoire devait logiquement diriger la barque nationale. Et, Jean Jacques Dessalines avait tous les types pouvoirs (légitime, d’expertise, de référence, etc.) pour conduire les destinées de la nouvelle nation haïtienne. Nous connaissons tous son grand idéal pour le peuple haïtien. Et à cause de ce noble idéal, le 17 octobre 1806, un groupe de haut-gradés, dans le but de protéger leurs intérêts ainsi que ceux de leur petite classe a assassiné le père fondateur de la patrie.
En posant cet acte de trahison, tout l’idéal et tout le symbolisme de la grande armée indigène a été mis au tombeau avec les restes de l’empereur. En assassinant Jean Jacques Dessalines et ses rêves de justice sociale au Pont-Rouge, l’armée indigène n’était plus au service du peuple et avec le peuple. À partir de ce jour-là, cette armée indigène est devenue une armée d’oppression. Elle s’est mise au service de la minorité aliénée qui, tout au cours de notre histoire, a placé la grande majorité du peuple dans des conditions de serfs ou esclave (servus, i= esclave). À ce sujet, l’article 4 du code rural de 1826 de Jean Pierre Boyer en dit long.
ART. 4. « Les Citoyens de profession agricole, ne pourront quitter les campagnes pour habiter les villes ou bourgs, sans une autorisation du Juge de Paix de la commune qu'ils voudront quitter, et de celui de la commune ou ils voudront se fixer. Le Juge de Paix ne donnera l'autorisation qu'après s'être assuré que le réclamant est de bonnes mœurs, qu'il a tenu une conduite régulière dans le canton qu'il se dispose a quitter, et qu'il a des moyens d'existence dans la ville qu'il veut habiter. Tous ceux qui ne se conformeront pas aux régies ci-dessus établies, seront considérés comme vagabonds, et traites comme tels. »
Cet article du code rural traduit clairement le fait que la grande majorité des Haïtiens (les paysans) n’était plus libre dans leur mouvement sur cette terre acquise à prix de sang. Et l’histoire nous a appris comment par la suite ces paysans vont travailler comme des esclaves pour permettre à Boyer de payer la dette de l’indépendance. Le peuple n’avait donc plus son armée.
Tout au cours de l’histoire d’Haïti l’armée a été un handicap pour le développement de ce pays. La présidence de ce pays dans une très grande partie de son histoire a toujours été assurée par des généraux. L’institution militaire s’est identifiée au pouvoir politique, dans ce même but de faire le bonheur de la minorité, toujours au détriment de la majorité. Ce n'est que juste avant l’occupation américaine, soit en 1913, qu'on a eu le tout premier président civil de notre histoire. Oui mesdames, messieurs, Michel Oreste a été le tout premier chef de l'exécutif civil de notre histoire deux avant l'occupation et, il est resté seulement 9 mois au pouvoir (4 mai 1913-27 janvier 1914) pour être ensuite renversé par l’armée. Il a fallu attendre jusqu'à l’occupation américaine de 1915 pour voir des présidents civils au long mandat. En 15 ans d'occupation, ils seront 4 présidents 100 % « pope twèl » à se défiler au pouvoir. Donc, s’il n’y avait pas l’occupation américaine, on aurait eu toujours une succession de militaires au pouvoir.
L’histoire de la présidence dans ce pays est donc une histoire de militaire. Durant nos 207 années d’indépendance, nous avons eu seulement 70 ans et 2 mois de pouvoir civil incluant les 15 années de l’occupation américaine. Et ces pouvoirs civils (sauf Duvalier) étaient la plupart du temps placés soit sous tutelle ou restés dans l’ombre des militaires.
Parmi les 56 présidents de notre histoire, nous pouvons compter 36 militaires (dont 35 généraux et 1 colonel). Et si on ajoutait le général Cédras qui tirait les ficelles de la marionnette Nerette, on aurait donc eu 36 généraux + 1 colonel. Ça fait un total de 37 présidents militaires pour seulement 19 présidents civils. Selon l'histoire, nos 19 présidents civils sont les suivants: Michel Oreste, Sudre Dartiguenave, Louis Borno, Louis Eugène Roy, Sténio Vincent, (les 4 présidents pope twèl de l’occupation); Elie Lescot, Dumarsais Estimé, Nemours Pierre Louis, Franck Sylvain, Daniel Fignolé, François Duvalier, Jean-Claude Duvalier, Lesly F. Manigat, Ertha Pascal Trouilot, Jean Bertrand Aristide, Joseph Nérette, Boniface Alexandre, René Préval et Michel Joseph Martelly.
Amis (es) internautes,
Face à un tel tableau historique, comment peut-on mettre en cause les hommes sans faire de même pour l'institution? Comment blâmer les hommes à la place de l’institution militaire quand la culture de cette institution a eu des effets dévastateurs sur notre société? Nous avons senti et nous sentons encore jusqu'en 2011 le poids et l’emprise de l’institution militaire sur la culture présidentielle du pays. L’Exécutif en Haïti se confond avec militarisme, c'est un homme fort. Chez nous, Exécutif égal manu militari. Il apparaît très clair que dans notre histoire la présidence et l’armée se sont pendant très longtemps côtoyées.
Le sous-développement chronique d'Haiti n'est-il pas le fruit d'un bilan de mauvaise gouvernance? Après presqu'un siècle et demi de gouvernance militaire, comment peut-on prétendre que l’institution militaire en elle-même est bonne. De 1806 jusqu’à sa démobilisation, qu’a-t-elle fait de bon pour le pays et pour le peuple? Au contraire. La citation de Louis Joseph Janvier en 1888 utilisée par PFA dans son dernier texte résume parfaitement bien l'essence de culture de l’institution militaire haïtienne: «…ces présidences militaires et les luttes stériles qu'elles ont engendrées ont tant retardé la marche progressive de la République et fait douter des aptitudes de notre race à se gouverner. »
Je pense que les bonnes questions qu’il faudrait poser aujourd'hui sont les suivantes:
pourquoi la culture de l’institution militaire est-elle aussi mauvaise?
Et comment changer cette culture?
Personnellement, je pense que l’institution militaire est mauvaise parce que le caractère de la communauté environnante est mauvais. En d'autres termes, parce que son plus proche environnement immédiat est très mauvais. Et quel est cet environnement immédiat?
Il s’agit bien sûr, de l’élite économique haïtienne. Si on prête bien attention à notre histoire, on verra que l’armée a toujours dansé de près (danse kolé) avec cette élite économique. Et tout le malheur de l'institution militaire vient de son mariage avec les intérêts des élites aliénées de notre pays. Nous allons faire un peu de philosophie politique pour expliquer cette relation militaro-bourgeoise.
La vie politique et morale de la haute société haïtienne, comme dans toutes les sociétés capitalistes modernes, a été et est encore fortement dominée par la philosophie de l’utilitarisme qui prône « LE PRINCIPE DU PLUS GRAND BONHEUR » (THE GREATEST HAPPINESS PRINCIPLE). Selon Jeremy Bentham (1748-1832), le père de l’utilitarisme, « le principe suprême de la moralité est de maximiser le bonheur, c’est le règne total du plaisir sur la douleur. Selon Bentham, la bonne chose à faire est tout ce qui permettra de maximiser l'utilité. Par utilité, il veut dire, quelle que soit ce qui produit le plaisir ou le bonheur, et tout ce qui prévient la douleur ou les souffrances. »
« Nous aimons tous le plaisir et nous haissons la douleur. La philosophie utilitaire le reconnait bien et fait de ceci la base de la vie morale et politique ». (Sandel, 2009, JUSTICE: What’s the Right Thing to Do? p.34)
(À noter que Dick Cheney, le vice-président américain, eut à évoquer le principe de l’utilitarisme pour justifier l’usage de la torture sur les prisonniers d’Al Qaeda.)
La classe possédante haïtienne comme tous les élites capitalistes du monde ont toujours été des utilitaires. Il leur faut toujours « maximiser le plaisir ou le bonheur ». Et depuis 1806, l’armée a été toujours le gardien de leur bonheur ou plaisir. Toute la culture de l’institution militaire est marquée par des prises de décisions et actions visant à préserver les privilèges de la minorité possédante. L’armée nationale a toujours été au service de cette élite économique qui, entre temps, sera dominée par des familles étrangères. Et aujourd’hui, Haïti a le malheur de posseder une « Moral Repugnant Elite». Avec une telle élite, le peuple haïtien n’a pas et n’aura pas de sitôt la chance de goûter au bonheur et au plaisir du développement. Sur quoi basons-nous notre jugement?
Dans son cours de Philosophie Politique à Harvard, MICHAEL J. SANDEL a énoncé une vérité fondamentale qui pourrait nous aider à évaluer la moralité de notre élite économique. Sandel nous dit ceci : « La cupidité est un vice, une mauvaise façon d'être, surtout quand il rend les gens inconscients de la souffrance des autres. Plus qu’un vice personnel, il est en contradiction avec la vertu civique. Dans les moments difficiles, une bonne société se rassemble. Au lieu de se presser pour en profiter au maximum, les gens regardent les uns vers les autres. Une société dans laquelle les gens exploitent leurs voisins pour des gains financiers en temps de crise n'est pas une bonne société. La cupidité excessive est donc un vice qu'une société devrait décourager si l'on peut ». (Sandel, 2009, JUSTICE: What’s the Right Thing to Do? p. 7.
Et quelle est l’attitude de notre élite économique en temps de crise? "Mache nwa", hausse rapide des prix, insensibilité ou indifférente totale. Les riches de chez nous n’ont ni cœur, ni âme. Ils ne sont pas des humains. Leur philosophie de vie, c’est gagner de l'argent à n’importe quel prix. Ils sont parmi les plus cupides de la planète. Et la force militaire a toujours été au service de leur cupidité.
Mesdames, messieurs,
Avec la présence d’une telle élite dans son environnement, la volonté de changer la culture de l’institution militaire restera un vœu pieux. Car, la culture de l’institution militaire sera toujours fortement influencée par cette minorité possédante excessivement cupide. Avoir de telles élites aux côtés d'une force armée, c’est augmenter le risque d’aggraver une situation politique déjà tant chaotique. L’institution militaire sera toujours au service de cette minorité possédante inhumaine. De plus, nous avons déjà en héritage une culture de présidentialisme aux couleurs militairo-macoutes, l'associer à une force militaire réèlle sera la répétition de nos déboires et de nos bêtises. Notre pays est gravement malade. Il est atteint d’un mal presqu’incurable et la présence de l’armée ne fera que rendre ce mal définitivement incurable.
Pour finir madame Schoen a continué pour dire que « l’existence d’une Force Armée Haïtienne est jusqu’à date garantie par notre Constitution, votée parle peuple. »
Oui, c’est vrai. Tout comme on peut dire aussi que le droit à l’éducation et l’obligation scolaire sont aussi garantie par notre constitution, votée par ce même peuple.
Article 32.1:
L'éducation est une charge de l'État et des collectivités territoriales. Ils doivent mettre l'école gratuitement à la portée de tous, veiller au niveau de formation des Enseignements des secteurs public et privé.
Article 32.2:
La première charge de l'État et des collectivités territoriales est la scolarisation massive, seule capable de permettre le développement du pays. L'État encourage et facilite l'initiative privée en ce domaine.
Article 32.3:
L'enseignement primaire est obligatoire sous peine de sanctions à déterminer par la loi. Les fournitures classiques et le matériel didactique seront mis gratuitement par l'État à la disposition des élèves au niveau de l'enseignement primaire.
Mais, ou en sommes-nous avec ces articles? Sont-ils appliqués? Je ne crois pas.
C’est ici que je m’arrête pour aujourd’hui. Merci à tous et à toutes de votre attention.
Cordialement Roselor Francois
____________________________________________________________
Get Free Email with Video Mail & Video Chat!
http://www.juno.com/freeemail?refcd=JUTAGOUT1FREM0210
J ai signale a plusieurs reprises que l armee francaise a été en dessous de tout pendant l affaire Dreyfus puis pendant la periode de Vichy gravissivement elle a dans un premier temps sacrifie un homme menti ehontement puis elle a sacrifie avec Petain tout un pays plus tard avec l OAS elle a été dechiree mais l institution s est mise au service du pays pour rebatir et a choisi le service civil plutôt que militaire. En Haiti j ai vu des gens faire la queue pour chercher de l emploi au quartier general comme dit Anne Rose et il y a a se moment la confusion des genres cela ne devrait pas etre le quartier general qui devrait etre une agence d emploi. Par contre combien de belles secretaires ai-je vu devant des bureaux bien net sans un papier les doigts croises avec des ongles rouges superbes qui savaient surtout repondre je ne sais pas en attendant que le jour passe j ai aussi entendu l histoire des militaires qui trainaient a mort des individus sauf que quand seul le nom de la ville change et que l histoire est exactement pareil on fini par se demander ou est la legende le danger est que les vrais evenements risquent d etre passe sous silence.
Natania Etienne
De : tout-...@googlegroups.com [mailto:tout-...@googlegroups.com] De la part de Roselor François
Envoyé : Wednesday, October 05, 2011 9:06 AM
À : tout-...@googlegroups.com; forumc...@googlegroups.com; grands...@yahoogroups.com; Haiti-Nation googlegroups.com; haitian-...@yahoogroups.com; tout...@yahoogroups.com; Koze MandeChez; cacos...@gmail.com; haitico...@yahoogroups.com; chjg...@hotmail.com; reseauc...@yahoo.fr; teddy...@msn.com; manu...@yahoo.fr; dadou...@gmail.com; efila...@aol.com; gue...@yahoo.com; geog...@yahoo.com; geor...@state.gov; jacar...@aol.com; jche...@yahoo.fr; jeanmax...@yahoo.com; luca...@hotmail.com; raymo...@hotmail.com; zigyl...@yahoo.com; vin...@yahoogroupes.fr; cqu...@hotmail.com; bgo...@yahoo.com; avrile...@hotmail.com; gna...@hotmail.com; sophiam...@yahoo.com; eric...@bell.net; jak...@yahoo.com; yvons...@gmail.com; wpom...@yahoo.com; franp...@yahoo.fr; ste...@aol.com; frer...@yahoo.com; fredf...@yahoo.fr; pele...@hotmail.com; y1...@bellsouth.net; bab...@yahoo.com; fit...@yahoo.com; jmga...@yahoo.com; roseval...@yahoo.com; jgede...@optonline.net; jjch...@yahoo.fr; ser...@yahoo.com; sergepo...@yahoo.com; cec...@yahoo.fr; miro...@yahoo.fr; jakp...@aol.com; fefeau...@aol.com; aato...@yahoo.fr; youyo...@aol.com; josa...@aol.com; carldo...@yahoo.fr; phbas...@yahoo.fr; gab...@yahoo.fr; gabe...@yahoo.com; guym...@hotmail.com; gab...@yahoo.fr; concept2...@yahoo.com; dor...@blair.edu; lau...@gmail.com; pined...@yahoo.fr; pierr...@yahoo.fr; fce...@jhsmiami.org; sylvain...@yahoo.com; sanzti...@yahoo.fr; alr...@hotmail.com; dede...@yahoo.com; renejea...@yahoo.com; ace...@yahoo.com; henf...@hotmail.com; henryra...@yahoo.com; neb...@aol.com; mpro...@yahoo.com; josephl...@yahoo.com; gda...@yahoo.fr; ajp65...@aim.com; c...@usa.com; gerard...@yahoo.fr; rjbc...@yahoo.fr; heb...@aol.com; mara...@hotmail.com; vj...@yahoo.com; himml...@yahoo.fr; bmarcc...@yahoo.com; jef...@hotmail.com; raynal...@hotmail.com
Cc : mtim...@yahoo.fr; cdesroc...@aol.com; jrg...@aol.com; jjph...@hotmail.com; prim...@aol.com; boucar...@yahoo.com; ginaj...@yahoo.fr; appolos...@gmail.com; laud...@gmail.com; bebs...@aol.com; jefa...@aol.com; jos...@un.org; ge...@optonline.net; ycele...@yahoo.fr; drjg...@gmail.com; ker...@hotmail.com; acds...@yahoo.com; dorvi...@aol.com; ed...@yahoo.com; sept...@yahoo.com; pakap...@yahoo.com
Objet : RE: [Tout-Haiti] FAdH
M. Dorange,
D’abord et avant tout j’aimerais vous suggérer de relire mon texte, car je n’ai pas défendu “le retour des ex-FAdH”. Mon texte se trouve, à mon humble avis, à un niveau totalement différent.
Je parle des principes et des institutions. Vous parlez des particularités en faisant un discours sur des individus.
Et voici un de nos problèmes les plus profonds. En lieu et place de structurer les institutions et institutionnaliser les faits et gestes des administrations, nous devenons émotionnels et détruisons ainsi toutes tentatives de construire un état véritablement fonctionnel et démocratique.
Quant à votre commentaire sur mon « argumentation » au sujet de la fameuse photo, je vous prie de me montrer où et quand j’ai « argumenté » ou fait un jugement de valeur à ce sujet. J’ai tout simplement attiré l’attention du lecteur sur le fait que la déclaration de M. ou Mme Yvon Surpris était un mensonge. On peut aimer ou détester un individu, mais ceci ne nous donne pas le droit de mentir en faveur ou en défaveur de la personne. Je ne peux d’ailleurs pas m’imaginer que qui que ce soit pourrait être en désaccord avec moi sur ce principe d’étique fondamental.
En outre, je n’ai pas comparé le duvaliérisme avec le nazisme – il faudrait peut-être relire cette partie du texte également, car là non plus vous n’avez pas compris mon point. Il y a une similarité historique entre ces 2 armées qui, toutes les deux, ont été abolies à un moment précis de leur histoire et leurs fonctions ont été transférées à des armées étrangères sur le sol national.
Je n’ai pas non plus qualifié l’abolition de l’armée d’injuste ; cet acte ordonné par un document administratif, un arrêté présidentiel et n’ayant pas force de loi, est, et je le maintiens un acte en violation de la Constitution Haïtienne.
Je m’abstiendrai de faire des commentaires sur le reste de votre article, car il n’a rien à voir avec mon argumentation et il n’est représente qu’un collage de petites histoires et anecdotes, souvent d’ailleurs incorrectement documentées.
Sur une autre note, je vous ferai remarquer que mes prises de position sont généralement adressé à des principes et non à des individus. J’évite les émotions qui ne font que déranger un dialogue ou une communication quelconque entre des personnes qui se disent ou se croient ou essaient d’être civilisées.
Je suis pro-militaire, certes, mais jamais un militariste. Je n’ai jamais été et je ne serai jamais une fanatique. Je ne suivrai jamais non plus un « isme » quelconque, car les « ismes » sont en grandes parties responsables de nos maux passés et présents dans le monde.
Cordialement
Anne-Rose
Madame Schoen,
J’ai remarqué avec quel soin vous avez choisis les mots pour expliquer le pourquoi d’une armee, mais j’ai choisi de retenue le paragraphe suivant, pour vous dire dans tous les petits pays comme haiti c’est exactement ce que vous avez décrits comme obstacles qui justifie le role de l’armee par exemple c’est la même chose chez nos voisins au mexique et tant d’autres pays, alors si ces raisons ne sont pas les seules qui devront nous inciter avoir une armée alors je me demande que sont-elles.
En tout cas Mr. Roselor avec les faits historique à l’appuient dans ces connaissances sur notre parcourt historique a bien expliquer pourquoi cette institution a fait le malheur de notre pays.
PFA a aussi pose des questions très intéressantes pourquoi cette urgence, nous avons une police que nous devons améliorer réintégrer quelque bon miliaires professionnels peut rendre les choses plus agréables sans réveiller le monstre qui dort
Les FAdH, et à part de leur mission de protection du territoire, de l’espace aérien et de la mer territoriale, n’avaient-elle pas aussi, et légalement, des charges multiples, les rendant de facto un monstre omnipotent et potentiellement dangereux ?
Dotée d’une formation strictement militaire et en absence d’une déclaration d’état d’urgence quelconque, notre armée remplissait le rôle de :
Gardienne des prisons,
Police judiciaire,
Police des routes,
Police répressive,
Police politique,
Police scientifique,
Simple police,
Police des frontières,
Police des mœurs,
Police municipale,
Sapeurs pompiers,
Police rurale,
Contrôleur de la contrebande,
Contrôleur des narcotrafiquants,
Contrôleur de l’immigration,
Unité anti-terroriste,
Unité anti-émeute,
Squad …. N’hésitez pas d’ajouter des tâches, car la liste est probablement encore beaucoup plus longue.
Wesly Deguerre
Sent from my iPhone