Le 28 septembre 2011
Fonds Haïtien de Solidarité.
Ne
demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous.
Demandez
ce que vous pouvez faire pour votre pays.
J.F. Kennedy
La problématique haïtienne est telle
que cette crise, la plus aigue qu'ait connue le pays depuis son accession à
l'indépendance, n'épargne aucun des secteurs vitaux de la nation. Cette
situation ne fait que s'aggraver, développant ainsi un état de chaos aux
conséquences imprévisibles. Le moins qu'on puisse dire: c'est le naufrage d'une
société.
Les faits sont en eux-mêmes éloquents,
nous nous approchons à vive allure de la faillite, du point de non retour. Nous
ne pouvons plus compter uniquement sur l'aide externe que d'aucuns qualifient
d'ailleurs d'aide au sous-développement, et pour cause.
Il nous faut réaliser, dans les plus
brefs délais, un coude à coude particulier en vue d'ouvrir Haïti sur la vie.
Encore faut-il, selon le mot de Maurice Maeterlinck: penser en homme d'action
et agir en homme de pensée.
Le temps n'est plus aux querelles de
clocher, aux luttes de clans, aux intrigues stériles encore moins aux
politicailleries mesquines et improductives. Voilà bientôt deux cent sept ans
que nous faisons cette pratique et le bilan s'avère ce que nous sommes aujourd'hui, la nation la plus pauvre de
l'hémisphère.
Nous nous devons à nous-mêmes et aux
autres de relever le défi, par le dialogue, la concertation, animés de cet
altruisme qui transcende toute préoccupation qui ne soit de nature à assurer
une nette amélioration des conditions infra-humaines que connaissent depuis
trop longtemps, la très grande majorité de nos compatriotes, le tout en
conformité avec l’article 35 de la constitution en vigueur qui
stipule : « La liberté du travail est garantie. Tout citoyen a
pour obligation de se consacrer à un travail de son choix en vue de subvenir à
ses besoins et à ceux de sa famille, de coopérer avec l’Etat à l’établissement
d’un système de sécurité sociale ».
Tous les analystes lucides et soucieux
quant à cette situation désespérante: hommes politique, syndicalistes,
artisans, professionnels et autres, sont unanimes pour ce qui est de
l'impérieuse nécessité de ce dialogue, rompant une fois pour toutes avec nos
pratiques d'antan, en particulier, celle de parler haut et fort pour ne rien
dire. Le véritable dialogue s'inscrit dans l'agencement harmonieux du verbe et
de l'action concertés. Un de nos Hommes d'Etat, dans une adresse à la nation,
concluait, il n'y a pas longtemps, en ces termes: Le plus grave problème
d'Haïti est l'état lamentable de l'homme haïtien. Etait-ce une simple boutade,
exprimant son dépit du moment, ou bien, comme l'ont fait tant d'autres avant
lui et nous pouvons citer: Jean Price Mars, Jacques Stephen Alexis, Jacques
Roumain etc lesquels à travers leurs écrits et leurs prises de position, n'ont
cessé de nous mettre en garde contre nous-mêmes.
Nous avons appris à mépriser nos
propres valeurs culturelles au bénéfice de pratiques importées, créant chez
nous un nouveau type de colonisés. Notre méconnaissance de notre identité
culturelle, principale cause de nos faiblesses structurelles, tant mentales
qu'institutionnelles, explique notre incapacité à nous organiser en tenant
compte de notre spécificité de peuple, ce en quoi Frantz Fanon proclame que
l'antillais traditionnellement en lutte, doit réaliser sa descente aux enfers
pour renaître de ses cendres et cheminer vers son plein épanouissement.
Notre éminent compatriote Anténor
Firmin, en réponse à la question: Que faut-il faire pour la régénération
d'Haïti, a eu ce mot heureux:
Adoptons sincèrement et loyalement,
chez nous, les principes et les pratiques qui ont favorisé l'évolution des
jeunes peuples, nos émules, lesquels grandissent et prospèrent par le travail,
l'instruction et la liberté. Il n'a pas été écouté, faut-il en déduire que ce
n'est point là, la préoccupation majeure de nos élites?
Haïti, jadis la perle des antilles, est
réduite à sa plus simple expression, au point où un américain, faisant preuve
d'absence totale de charité, l'a décrite comme étant la poubelle aux carrefours
des Amériques.
Pouvons-nous, voulons-nous encore faire
renverser la vapeur de sorte que les Haïtiens puissent sans se leurrer,
retrouver leur fierté historique, leur dignité de peuple, dans un effort
collectif de redressement en vue de la reconstruction du pays par et pour les Haïtiens?
Nous en sommes convaincus, car un peuple ne meurt pas. Et, c’est dans cet
esprit, qu'animé de la plus grande foi, nous prenons l'initiative de soumettre
à la nation tout entière, ce projet de grande Kombite Nationale intitulé: Fonds
Haïtien de Solidarité (FHS).
Définition:
Le Fonds Haïtien de Solidarité (FHS)
est une institution financière ayant pour mission de recueillir et
d'administrer l'épargne que voudront bien lui confier ses membres en vue de
participer, selon des critères préétablis, au développement économique, social
et culturel d'Haïti. Le (FHS) n’est pas et ne sera jamais une banque ni une
coopérative.
Modalités:
Le (FHS) est créé par la loi portant création du Fonds Haïtien de
Solidarité, et comme toute personne morale, il a sa loi organique, ses statuts
et règlements. Le (FHS) est autonome et rend compte de ses activités au parlement
haïtien à travers son ministère de tutelle qui pourrait être le ministère des
Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE). Le (FHS) est autonome et se trouve ainsi
à l'abri des aléas politiques, condition sine qua non à son implantation, sa
survie et son succès.
Transparence:
Le Conseil d'Administration du (FHS)
est constitué de représentants librement choisis par les différents secteurs
vitaux de la communauté haïtienne savoir: syndicat, université, groupes sociaux-professionnels,
représentants des communautés haïtiennes vivant en terre étrangère.
Un Directeur-Général et un personnel
administratif recrutés sur concours avec chance égale pour tous, sans exclusive
ni réserve. Publications périodiques des rapports d'activités du (FHS) et des
états financiers, ces dits rapports étant accessibles sans difficulté à tous
ceux qui en font la demande, moyennant de légers frais d'administration, s'il
le faut.
Promotion et développement:
Le (FHS) se propose de servir de pont
entre les Haïtiens de l'extérieur et ceux de l'intérieur, favorisant ainsi des
échanges fructueux tant sur le plan commercial, culturel que civique. Dans ce
sens, des délégués actifs et dynamiques devront oeuvrer efficacement dans ces
différentes sphères d'activités. Il sera formé en Haïti comme en diaspora des
comités avec pour mission de promouvoir le civisme sous toutes ses formes,
développé par le sentiment d'appartenance à la patrie commune comme cela ne
s'est jamais fait auparavant dans ce pays.
Il en sera de même à l'étranger,
partout où il existe des poches de populations haïtiennes. Des rencontres
seront organisées - séminaires, conférences, causeries et débats, pour stimuler
et remettre en valeur l'identité haïtienne et la rendre productrice de faits
générateurs de progrès pour tous. Le (FHS) envisage de resserrer les liens
entre compatriotes, car pour la pleine réussite de la grande Kombite Nationale,
Haïti a besoin de l'apport de tous et de chacun de ses enfants.
Le (FHS) pourra par exemple, implanter
à l'étranger des bureaux, des centres de distribution des produits haïtiens,
produits agricoles, produits artisanaux etc. De ce fait, de nouveaux marchés
seront créés pour encourager l'exportation de nos produits et l'entrée de devises
fortes qui nous font tellement défaut. Le tourisme sera encouragé par un
système de voyages pré organisés en offrant aux visiteurs des avantages
particuliers dans les hôtels, et restaurants un peu partout dans le pays. Le
(FHS) pourra aussi établir un réseau de transfert de fonds à travers le pays et
à l'étranger (FHS TRANSFERT)
Objectifs du (FHS):
Il ne fait aucun doute que de nos
jours, et cela est vrai, même dans les pays industrialisés, les petites et
moyennes entreprises constituent le palier majeur du développement économique
et que l'Etat se doit d'harmoniser les rapports sociaux, autant que faire se
peut, afin de parvenir à une politique de plein emploi, de développement et de
progrès.
Le (FHS) recueillera donc les fonds
nécessaires au financement de ces petites et moyennes entreprises, à un taux
préférentiel, de façon à encourager la créativité, l'esprit d'entreprenariat,
le dynamisme de tous ceux: artisans, agriculteurs, professionnels, artistes etc
qui correspondent aux critères d'éligibilité préétablis.
Depuis le séisme du douze (12) janvier
deux mille dix (2010), le besoin en matière de logements sociaux s’est avéré
encore plus crucial qu’auparavant, le (FHS) peut fort bien financer, toujours à
un taux d’intérêt préférentiel, la construction, la location et la vente de
milliers de ces susdits logements sociaux.
Parallèlement, il sera créé, à même le
(FHS) un secteur assurance aux fins de prévenir les impondérables. Assurance
hypothécaire, assurance-vie en fonction des besoins et de la capacité de payer
de notre clientèle cible.
Voies et moyens:
Il sera demandé à tous les adhérents,
qui ne manqueront pas de le vouloir, de transférer une partie, même infime de
leurs épargnes au (FHS) en vue de réunir les sommes nécessaires au financement
de ces petites et moyennes entreprises et à la création de centaines de
milliers d'emplois directs et indirects,
sans lesquels, Constitution ou pas, la démocratie ne sera pour longtemps, qu'un
beau rêve collectif. Il n'y a point de démocratie s'il n'y a pas de
développement à un taux de croissance tant quantitatif que qualitatif.
L'argent, l'épargne ainsi transférée,
demeure en tout temps, la propriété du membre déposant, qui peut en faire retrait
à n'importe quel moment, sur simple demande expresse.
Mécanisme de dépôt:
Pour participer au (FHS), un certain
nombre de mécanismes peuvent être prévus, outre les dépôts effectués
directement aux guichets des différentes succursales du (FHS) à travers le
territoire national ou à l'étranger.
Les responsables des comités du (FHS)
pourraient être habilités à faire la collecte des fonds au sein de leurs
comités respectifs, moyennant un système de contrôle adéquat.
Les employés de bureau ou d'usine en
Haïti et/ou à l'étranger signeront une autorisation (virement bancaire pré-autorisé)
habilitant leurs employeurs à prélever à la source et à transférer au (FHS) les
montants qu'ils auront eux-mêmes déterminés.
Les intérêts sur ces petits montants
sont abandonnés au bénéfice du développement de la patrie commune.
Quand il s'agira de montants
substantiels dont le plancher sera fixé par le Conseil d'Administration,
l'épargnant qui effectue une transaction d'importance pourrait être exonéré de
tous droits ou taxes jusqu'à concurrence du montant des intérêts qu'aurait
rapporté ces sommes si elles avaient été placées dans l'une ou l'autre des
institutions financières traditionnelles.
Les établissements publics: l'EDH, la
TELECO, les banques commerciales et autres pourraient y participer à
raison
d'un pourcentage de leurs chiffres d'affaires annuels. Les professionnels, les hommes
d'affaires, les commerçants, les organismes internationaux, les pays amis
d'Haïti, les jeunes tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays sont invités à
y participer activement.
Perspectives et rentrées de fonds.
La diaspora haïtienne est estimée à
environ quatre millions, imaginons un instant trois millions d'adhérents qui
déposeraient chacun en moyenne la modique somme de dix (10.00) dollars le mois,
soit l’équivalent d’un paquet de cigarettes, cela nous donne trente millions
(30.000.000.00) de dollars sur une base mensuelle, à partir de laquelle toutes
les projections sont possibles. En un an nous pouvons, au seul poste des
dépôts, sans tenir compte des activités connexes capitaliser trois cent
soixante millions (360.000.000.00) de dollars que nous ne devrons à personne
d'autre.
Ces chiffres nous permettent d'affirmer
qu'en dix (10) ans, avec un plan de politique générale qui colle à notre
réalité, nous serons en mesure de franchir les quatre étapes du développement
d'Haïti, qui vont des conditions infra-humaines où nous sommes actuellement, à la
phase d'austérité et de planification, la phase d'équilibre et enfin la phase
d'accumulation
Conclusion:
Ce qui précède nous permet de
constater, non sans une légitime fierté, que nous disposons d'assez de
ressources pour amorcer le virage qui s'impose. Le Fonds Haïtien de Solidarité
se révèle à notre humble avis, l'une des actions les plus dynamiques
susceptibles de susciter l'adhésion d'un pourcentage relativement élevé de
souscripteurs, indépendamment de leurs allégeances religieuses, idéologiques ou
politiques.
Le Fonds Haïtien de Solidarité offre à
ses membres le triple avantage suivant:
a.- d'avoir le contrôle d'un outil de
développement d'une importance capitale et à nul autre pareil
b.- de participer activement et
concrètement à la Grande Koumbite Nationale
c.- d'insuffler à la Nation tout
entière un regain d'énergie, d’une part, la possibilité de vivre pleinement et
quotidiennement son appartenance à la patrie commune, d’autre part.
Soulignons pour finir que le (FHS) sera
perçu, même par les plus incrédules, comme la manifestation d'une ferme volonté
des Haïtiens, de changer l'ordre des choses dans ce pays et ne pourra
qu'encourager davantage l'aide externe.
Un peuple ne saurait se développer s'il
ne se prend en main et en maîtrise pleinement les leviers de commande, quant à
son plan de politique générale.
Aristote n'a t-il pas dit que "la
politique est l'art et la science d'embellir la cité" N'est-ce pas le voeu
de chacun d'entre nous qu'Haïti redevienne la perle d'antan? Nous savons
maintenant que nous le pouvons. L'union fait la force n'est pas un voeu pieux,
nous l'avons expérimenté et de belle façon plus d'une fois au cours de notre
histoire jeune mais glorieuse.
Oui, nous tenons notre avenir entre nos
mains, il est impérieux que nous donnions la démonstration de cette belle unité
au niveau de la nation.
La cause profonde de l'échec de nos
approches antérieures faites de cette suite de refus systématiques,
s’échelonnant dans le temps, ne réside t’elle pas dans notre peur endémique de
la contradiction, donc du dialogue ?
Il faut que cela change. Le défi est de
taille certes, mais tous ensemble, nous pouvons le relever, le (FHS) en est le
point de départ, et ainsi sera exaucée cette belle prière qu'en notre nom
Alcibiade Pommayrac adressait au Seigneur, au siècle dernier:
Ne permets pas Seigneur que le flot
l’engloutisse
Et
que d'un peuple entier, l'espoir dernier périsse.
Me Serge H. Moïse av.