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L. Bayas
28 juillet 1915-28 juillet 1934: 106 ans après l’occupation américaine
Publié le 2021-07-28 | lenouvelliste.com

Le mercredi 28 juillet ramène la commémoration de l’occupation américaine en Haïti qui a débuté en 1915 et a pris fin en 1934. Les conséquences de cette occupation sur le pays sont énormes. Les séquelles sont encore vivaces dans les mémoires. Paradoxalement, cette commémoration intervient à un moment où le directeur général de la Police nationale d'Haïti (PNH), Léon Charles, discute notamment avec l’ambassadeur des Etats-Unis en Haïti, Michele J. Sison, de l’envoi de troupes étrangères dans le pays à la suite d’une demande produite par l’ancien Premier ministre par intérim, Claude Joseph, à la suite de l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet dernier. Face à cette situation, l’historien Michel Soukar ne s’est pas montré clément. « Le plus grave problème des politiciens en Haïti, c’est qu’ils ne connaissent pas l'histoire. Le problème d’Haïti n’est pas seulement l’ignorance, mais également le refus du savoir parce que si on dirige un pays en fonction de deux fondamentaux : le savoir et l’avoir, on ne saurait accoucher l’espérance haïtienne. C’est impossible », a-t-il affirmé, rappelant que des pays comme la République dominicaine et le Costa Rica ont subi la domination étrangère, mais ont une élite qui privilégie le savoir et l’avoir.
L’élite haïtienne face à son devoir
L’avoir sans le savoir est fatal. « Lorsqu’on privilégie uniquement l’avoir, le gain de l’argent), n’importe quel argent et à n’importe quel prix, on tombe directement dans l’économie criminelle parce que dès lors on n'aura aucun problème à se procurer de l’argent sale. L’argent sale entraînera automatiquement la politique sale, qui accouchera, à son tour, l’effondrement de l’Etat et en même temps la menace d’une intervention étrangère », a-t-il ajouté, rappelant que « depuis le départ de Jean Claude Duvalier, les avertissements n’ont pas manqué pour dire que les choix qui ont été dictés, imposés par l’international conduiraient le pays à la catastrophe parce que les choix qui ont été imposés, c'était d’abord la destruction du peu qui restait de la production nationale, qui a conduit à l'effondrement de la monnaie nationale, le chômage accéléré dans le milieu rural, l’exode rural. L’Etat est castré parce que ses ressources, sous prétexte de combattre la corruption, ont été livrées à la privatisation », a expliqué l’essayiste.
Les conséquences de l’application de ces mesures dictées par l’international sont lourdes. « Parmi ces conséquences, la population est livrée à elle-même, d’autant en plus qu’il y a une amplification du trafic de la drogue, du trafic des armes à feu, dans les secteurs de l’économie souterraine, criminelle », a souligné M. Soukar, qui juge cependant que l’échec d’Haïti n’est pas celui de la communauté internationale. Au contraire, a-t-il renchéri, la communauté internationale a réussi.
« Qu’est-ce qu’ils voulaient ? Ils voulaient que premièrement qu’un pays qui s’appelle Haïti soit un lieu de haute main de la mafia. Ils connaissent les grands trafiquants de drogue depuis trente ans. D’ailleurs, on les reçoit dans les hauts lieux de la politique américaine, on les installe dans des hautes fonctions en Haïti. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin d’eux; ils ont des choses à se reprocher alors on peut mieux les manipuler. A ce moment, il y n'aura aucun problème si l'on accepte le quota, celui de faire d'Haïti un passage pour la cocaïne. Au final, tout le monde a besoin de cocaïne pour diverses raisons : faire le business sale, pour les industries pharmaceutiques… », a relaté l’historien qui a apporté des précisions sur deux autres points de l’agenda de la communauté internationale, sublimée en l’Oncle Sam. « Depuis trente ans, ils avaient voulu faire d’Haïti leur dépotoir pour leurs déchets. Un troisième élément, ils avaient besoin de faire d’Haïti une province commerciale de la République dominicaine. Pour y parvenir, il fallait réduire l’Etat à sa plus simple expression, établir une voyoucratie, a indiqué le journaliste, qui pense qu’il y a une dernière phase, celle de l’intervention », mentionnant des rumeurs selon laquelle l’exécution de ce dernier point viserait à puiser les richesses minières du pays.
Que faire pour redessiner l’avenir du pays ?
À cette phase, l’écrivain pense qu’avant toute chose il faut d’abord croire que l’on peut faire quelque chose puisque, dit-il, on a affaire à un peuple qui, pour la plupart, a perdu la foi, en lui-même et dans le pays. « Voulons-nous changer certaines choses ? Sommes-nous prêts à nous battre ? Sommes-nous prêts à mettre nos vies sur la table ? », s'est demandé M. Soukar, qui a identifié l’un des problèmes du pays. Un problème du collectif. Le nous. Pour poser le problème du « que faire », il faut constituer un minimum de « nous » et pour y arriver, il faut retrouver la foi, a-t-il proposé, soulignant la nécessité pour nous de savoir que nous avons des ennemis redoutables avec des moyens redoutables et qui ont des alliés locaux. « Toute cette mafia qui est dans l’économie, dans la finance, la politique travaille à leur profit. Yo pale kreyòl, yo menm koulè ak nou, yo gen paspò ayisyen, yo gen menm batistè ak nou, yo pa gen menm kè ak sèvo », a-t-il mis en garde. Pour M. Soukar, l’avenir du pays à envisager est un avenir de combat. « Tu ne peux pas avoir d’avenir si tu ne te bats pas. Ce combat est beaucoup plus difficile parce qu’il faut au moins qu'une partie de ce peuple retrouve la foi dans ce pays », a-t-il invité.
To allFYIL. BayasOccupation américaine d’Haïti, 1915-1934
Faits saillants
Que représente l’occupation américaine dans l’histoire haïtienne ? Quelle est sa signification historique ? Quelles que soient les réponses que l’on donne à ces questions, il est évident que l’objectif essentiel de cette occupation était de transformer structurellement l’État haïtien, de le rendre dépendant et soumis aux intérêts américains. Et cela pendant et après l’occupation. Cette occupation comporte donc un programme à long terme, celui de faire rentrer le pays dans la sphère de la domination américaine (dans la périphérie américaine, comme le dirait Samir Amin, comme d’ailleurs ce fut le cas pour plusieurs pays de l’Amérique centrale et des Caraïbes, le Nicaragua, Cuba, la République Dominicaine, etc.)
Pour mémoire, voici quelques faits saillants qui ont marqué l’occupation militaire américaine d’Haïti de 1915 à 1934.
1. Le 17 décembre 1914 : des marines américains du bateau de guerre le Machias débarquent furtivement dans la capitale haïtienne et s’emparent de 500 000 dollars (en réserve d’or) de la Banque Nationale et propriété de l’État haïtien. Ce montant fut transféré à la National City Bank. Les protestations du gouvernement haïtien n’ont eu aucun résultat.
2. Le 28 juillet 1915 : après plusieurs tentatives de négociations infructueuses de prendre le contrôle des douanes du pays (principales sources financières), 400 marines débarquent en Haïti. C’est le début de l’occupation. Les marines attaquent les points stratégiques de Port-au-Prince. Les soldats du premier poste attaqués résistent. Les officiers Joseph Pierre, Édouard François, Pierre Sully sont remarqués pour leur héroïsme. Pour justifier l’occupation, le gouvernement américain dit vouloir mettre de l’ordre dans le pays
3. Le 11 août 1915 : Sudre Dartiguenave est nommé président d’Haïti par les Américains. Dartigunave promet aux Américains «qu’Haïti peut accepter n’importe quel traité avec les États-Unis. Il pourrait leur garantir le Môle Saint-Nicolas et leur reconnait le droit d’intervenir dans les affaires internes du pays pour sauvegarder l’ordre et contrôler les douanes.»
4. Le 14 août 1915 : le gouvernement américain impose une Convention à la Chambre des députés. Les termes de cette Convention sont si humiliants pour le pays qu’ils provoquent une violente polémique au sein même des députés. Cette convention prévoit, entre autres, le contrôle des douanes et des finances d’Haïti.
5. Le 12 juin 1918, : une nouvelle Constitution écrite par le futur président américain, Franklin Delano Roosevelt (FDR), fut imposée au pays. Cette Constitution donne droit de propriété immobilière aux étrangers, en violation de la loi qui interdit formellement, depuis Dessalines, à tout étranger de posséder des propriétés en Haïti.
6. Le 10 avril 1922 : fatigué par l’humiliation constante dont il fut l’objet, Dartigunave refusa une proposition de l’occupant américain de contrôler le système éducatif haïtien. Il fut remplacé par Louis Borno. Ce dernier donna sa collaboration inconditionnelle aux Américains.
7. Durant les années 1920 : des milliers de carreaux de terre sont accaparés par les compagnies américaines. Des dizaines de milliers de paysans devenus sans terre sont contraints de travailler pour ces compagnies. Ils reçoivent un salaire de misère qui leur permet à peine de se nourrir. Plusieurs de ces paysans sont également obligés militairement de faire la corvée, un travail de construction de route de pénétration pour les compagnies. Ils reçoivent comme compensation de la nourriture.
8. Au cours de cette période : des dizaines de milliers de paysans haïtiens quittent le pays. Ils immigrent surtout à Cuba. Certains le font clandestinement en allant chercher du travail. Plusieurs sont encouragés à s’expatrier par les Américains. Ils sont recrutés par des compagnies sucrières américaines localisées à Cuba.
La résistance armée
Un des premiers chefs rebelles, Ismaël Codio, se révolte avec ses troupes dans les montagnes du Sud. En janvier 1916, ils attaquent Port-au-Prince et mettent le feu au bureau d’un chef américain. Codio est capturé quelque temps après, cependant même en prison, il organise des révoltes et démoralise l’administration. Au cours de l’année, Codio est libéré de prison par ces partisans. La tension monte et les Américains doivent faire appel à des troupes venant de Guantanamo.
Codio est capturé à Fonds Parisien où les Américains s’empressent de le fusiller ainsi que ses partisans.
Dans la même période, des mouvements de révolte spontanés ont lieu dans le Sud, dans l’Ouest et dans le Nord. Les quartiers populaires de Port-au-Prince se révoltent également. Face à cette situation, l’occupant effectue de véritables massacres. Pour les Américains, c’est une première campagne de «pacification», mais en réalité, comme l’écrit Dantès Belgarde, «ce fut une campagne de terreur et de massacre».
C’est ainsi que se termine la première guerre des cacos.
Les rebelles dispersés et disséminés dans les montagnes trouvent un nouveau chef : Charlemagne Péralte.
Péralte non seulement fonde une organisation militaire beaucoup mieux structurée, tous les cacos le reconnaissent comme le leader, mais il donne une orientation politique et idéologique à la lutte. Il signe tous les documents qu’il publie de la façon suivante : «Chef de l’armée révolutionnaire luttant contre les Américains sur la terre haïtienne.»
L’objectif de la guerre est donc bien défini. Le but final est l’expulsion de l’occupant et le recouvrement de la souveraineté nationale. Cette ligne clairement définie sert de ciment entre les combattants et leur chef.
Le 11 octobre 1916, Charlemagne accompagné de ses frères Saül et Saint-Rémy ainsi que 60 hommes attaquent la maison du commandant de Hinche. L’attaque tourne court, il est arrêté et condamné à 5 ans de prison.
Incarcéré, il continue de prêcher la résistance et le recours aux armes pour libérer le pays.
Le 3 septembre 1917, il réussit à convaincre la sentinelle de garde de fuir avec lui dans les montagnes pour déclencher la lutte.
Une fois dans les montagnes, Péralte réorganise son armée. Il nomme des généraux et crée un véritable état-major. Chaque localité a un chef. Il prend le Nord sous son autorité personnelle, Benoit Batraville contrôle le Plateau Central. De nombreux paysans font preuve de capacité de stratèges et de chefs. Citons par exemple : Estraville, Olivier, Ectraville, Papillon, Adhémar, etc.
Enraciné dans le peuple, le mouvement développe une méthode de combat qui réussit à tromper l’ennemi : «les tambours envoyaient des messages à des centaines de kilomètres…les madans saras servaient d’agents actifs de propagande et de liaison, etc.»
Péralte «continua la merveilleuse tradition de tous ceux qui prirent les armes contre les colons espagnols, anglais ou français…Son talent révolutionnaire, politique et militaire lui permit de comprendre et mettre en pratique quelques-unes des lois de la guerre révolutionnaire qui furent plus tard systématisées par des théoriciens tels que Mao Tsé-Toung et Che Guevara : mobilité constante, union étroite avec le peuple, attaque surprise et retrait stratégique rapide, etc.»
La guérilla de Charlemagne dura presque trois ans. Ses tactiques étaient tellement efficaces que les Américains ont dû avoir recours à deux traîtres pour l’assassiner, Jean-Baptiste Conzé et Edmond François.
Dans l’objectif de terroriser la population, les Américains exposent publiquement le cadavre de Charlemagne. Mais ce dernier jouit d’une telle vénération que les Américains jugent nécessaire de lui donner une sépulture simulée dans cinq endroits différents pour empêcher que son tombeau ne devienne un lieu de pèlerinage pour de futurs cacos.
Peu de temps après la mort de Péralte, Benoit Batraville prend la tête de la rébellion. Il fut également assassiné par traîtrise le 19 mai 1920. Son cadavre est exposé également publiquement.
D’après l’estimation de l’historienne Suzy Castor, le nombre de victimes de cette guerre s’élève à 11 000 morts.
Avec l’échec de la guérilla des cacos, la lutte contre l’occupation prend d’autres formes: des grèves, des manifestations éclatèrent un peu partout. Parmi ces grèves, celle de Damiens, organisée par les étudiants, occupe une place importante.
À l’entrée de la ville des Cayes, à Marchaterre, des paysans voulant rejoindre une grève organisée dans la ville sont massacrés par des militaires américains. 22 paysans sont tués et 51 blessés.
Ces deux incidents survenus en 1929 contribuent à augmenter encore plus les tensions sociales qui étaient déjà très élevées.
Les Américains quittent le pays en 1934, non sans avoir institué l’armée d’Haïti qui servira comme gardienne de leurs intérêts en Haïti.
Le mouvement nationaliste petit-bourgeois qui prend le pouvoir en 1934 en la personne de Sténio Vincent se décompose rapidement, comme l’observe Jacques Roumain. Les nouvelles structures de l’État, héritages de l’occupation, servent de base pour la continuation de l’exploitation économique du pays par les compagnies américaines. Commence alors l’ère de la domination néocoloniale américaine sur Haïti qui dure jusqu’à maintenant.
Alain Saint-Victor
NB : toutes les données historiques sont tirées du livre de Suzy Castor : L’occupation américaine d’Haïti, Éditions CRESFED, 1987, 317p.
On Wed, Jul 28, 2021 at 7:41 AM luckner bayas <ren...@gmail.com> wrote:To allFYIL. BayasAprès Cuba et Porto Rico en 1898, les américains dans la rade depuis fin 1914, débarquent sans surprise à Port-au-Prince le 28 juillet 1915
malheur à nous si nous laissons passer cette histoire de referendum-bidon !
Les Européens ont fait d’Haïti un exemple pour décourager les autres peuples asservis de lutter pour leur liberté.
Les États-Unis ont « … retiré 500 000 dollars de la Banque nationale d’Haïti en décembre 1914 pour les mettre en sécurité à New York, donnant ainsi aux États-Unis le contrôle de la banque (nationale d’Haïti)« .
LES TROUBLES POLITIQUES DE 1915 NE SONT NULLEMENT À LA BASE DE L’OCCUPATION AMÉRICAINE DE 1915. LE PRÉSIDENT AMÉRICAIN WILSON CRAINT QUE L’ALLEMAGNE N’ENVAHISSE HAÏTI AFIN D’Y ÉTABLIR UNE BASE MILITAIRE, QUI SERAIT TRÈS PROCHE DU PRÉCIEUX CANAL DE PANAMA. PYE KOUT PRAN DEVAN.
Mercredi 28 juillet 2021 ((rezonodwes.com))–Les États-Unis ont occupé Haïti de 1915 à 1934. Pendant cette période, ils ont instauré des gouvernements marionnettes tout comme celui de Ariel Henry – 106 ans plus tard -. Ils ont orienté l’économie, dirigé l’armée et la police qui ont terrorisé les citoyens. Le contrôle économique établi sur Haïti s’est poursuivi après leur retrait dans les années 1940. Cette politique était devenue impopulaire tant auprès des Haïtiens – sauf chez les Conzé – que des citoyens des États-Unis, et les troupes et le personnel américains ont été retirés en 1934.
Haïti a acquis son indépendance de la France lors d’une rébellion sanglante en 1803, mais la France et les puissances européennes ne se sont pas simplement retirées et ont laissé Haïti en paix. Les puissances européennes ont saboté Haïti parce qu’il était noir et libre : Haïti était en fait le premier pays noir indépendant, et les Européens ont fait d’Haïti un exemple pour décourager les autres peuples asservis de lutter pour leur liberté.
En partie à cause de cette intervention européenne, une grande partie de la population d’Haïti était sans éducation, pauvre et affamée au début du 20e siècle. Mais il convient de noter qu’Haïti était – et reste – pauvre parce que la France a fait payer à la nation des réparations pour son indépendance jusqu’au 21e siècle, et que les puissances européennes ont refusé de commercer avec Haïti parce que ses citoyens étaient majoritairement noirs et parce que le pays s’est toujours battu pour ses droits.
En 1908, le pays s’est totalement effondré. Les seigneurs de guerre régionaux et les milices appelées « cacos » s’affrontent dans les rues. Entre 1908 et 1915, pas moins de sept hommes se sont emparés de la présidence et la plupart ont connu une fin horrible : l’un a été découpé en morceaux dans la rue, un autre a été tué par une bombe et un autre encore a probablement été empoisonné.
Les États-Unis et les Caraïbes
Pendant ce temps, les États-Unis colonisent les Caraïbes. En 1898, ils avaient gagné Cuba et Porto Rico sur l’Espagne lors de la guerre hispano-américaine : Cuba a été libérée mais pas Porto Rico. Le canal de Panama a été ouvert en 1914. Les États-Unis ont beaucoup investi dans sa construction et ont même fait des efforts considérables pour séparer le Panama de la Colombie afin de pouvoir l’utiliser. La valeur stratégique du canal pour les États-Unis, tant sur le plan économique que militaire, était énorme.
La construction et l’ouverture du canal de Panama ont contribué à faire des États-Unis une puissance impérialiste mondiale. Ceci a permis de réduire de 8000 miles la distance à parcourir de l’Atlantique au Pacifique et vice-versa.
Ovidio Diaz-Espino, un avocat qui a grandi au Panama et auteur du livre « How Wall Street Created a Nation : J.P. Morgan, Teddy Roosevelt et le canal de Panama » a expliqué ce que le canal représentait pour les États-Unis : « Pour la première fois, les États-Unis allaient pouvoir prendre le contrôle des deux océans. C’était essentiel en temps de guerre. Il n’y avait pas de puissance aérienne, donc la façon de combattre un ennemi était par la mer. La puissance mondiale correspondait à la puissance maritime. »
La construction du canal a fait 27 000 morts. En le créant, les États-Unis ont écarté le Nicaragua (site initial du canal) et ont dominé la région pendant des décennies grâce à une série de généraux de main de fer qui contrôlaient le Panama. On s’en souvient du triste sort réservé au général Manuel Noriega.
Mais l’hégémonie américaine n’a pas commencé et ne s’est pas terminée avec le canal de Panama. En 1914, les États-Unis s’étaient également ingérés dans la République dominicaine, qui partage l’île d’Hispaniola avec Haïti. Une autorité non moins importante que le département d’État américain note qu’entre « 1911 et 1915, sept présidents ont été assassinés ou renversés en Haïti« , ce qui a incité le président Woodrow Wilson à envoyer des troupes américaines censées rétablir l’ordre. Les États-Unis ont également « … retiré 500 000 dollars de la Banque nationale d’Haïti en décembre 1914 pour les mettre en sécurité à New York, donnant ainsi aux États-Unis le contrôle de la banque (nationale d’Haïti)« . Le Département d’État admet que l’envoi de troupes et le « transfert » de fonds ont été faits pour protéger les intérêts américains : « En réalité, l’acte a protégé les actifs américains…«
Haïti, début de 1915
L’Europe est en guerre et l’Allemagne se porte bien. Wilson craint que l’Allemagne n’envahisse Haïti afin d’y établir une base militaire, qui serait très proche du précieux canal. Il a raison de s’inquiéter : de nombreux colons allemands ont financé les « cacos » déchaînés avec des prêts qui ne seront jamais remboursés, et ils supplient l’Allemagne d’envahir le pays et de rétablir l’ordre.
En réalité, l’occupation d’Haïti par les États-Unis était essentiellement le point d’intersection de l’impérialisme et du racisme américains et des opinions personnelles de Wilson, les uns exacerbant les autres. Wilson était un raciste avoué, même selon les normes de son époque. Dès la période de la reconstruction des États-Unis, la Maison Blanche était intégrée et les employés noirs représentaient environ 8 à 10 % des effectifs du gouvernement à Washington. Peu après son élection en 1912, Wilson entreprend de ségréguer la Maison-Blanche – pour la première fois en plus d’un demi-siècle. Le pourcentage de Noirs vivant et travaillant à Washington a chuté brusquement.
Wilson a également menti aux dirigeants noirs qui l’avaient fortement soutenu lors de son élection à la présidence. Lors d’une réunion avec des dirigeants noirs à la Maison Blanche, Wilson a déclaré que la ségrégation des employés noirs du gouvernement à Washington était faite pour « réduire les frictions » et que c’était dans l' »intérêt » des Noirs. Lorsque les dirigeants noirs ont contesté l’interprétation de Wilson de la ségrégation, il s’est mis en colère, s’est dit « insulté » et a jeté la délégation noire hors du bureau ovale, y compris le principal dirigeant des droits civiques, William Monroe Trotter. Il n’est donc pas surprenant que Wilson traite Haïti comme il traitait les Noirs aux États-Unis, comme une île peuplée principalement de Noirs à contrôler et à gérer.
En effet, en février 1915, l’homme fort pro-américain Jean Vilbrun Guillaume Sam s’empare du pouvoir et, pendant un certain temps, il semble qu’il soit en mesure de veiller aux intérêts militaires et économiques des États-Unis.
Le 28 juillet 1915, les États-Unis, sans surprise prennent le contrôle du territoire national
En juillet 1915, cependant, Sam ordonne le massacre de 167 prisonniers politiques et il est lui-même lynché par une foule en colère qui fait irruption dans l’ambassade de France pour l’atteindre. Craignant que le leader « caco » Rosalvo Bobo, opposé aux États-Unis, ne prenne le pouvoir, Wilson ordonne une invasion. L’invasion n’est pas une surprise : Des navires de guerre américains avaient été présents dans les eaux haïtiennes pendant la majeure partie de 1914 et 1915 et l’amiral américain William B. Caperton avait surveillé le pays avant l’invasion.
Haïti sous contrôle américain
Les Américains sont chargés des travaux publics, de l’agriculture, de la santé, des douanes et de la police. Le général Philippe Sudre Dartiguenave est nommé président malgré le soutien populaire dont bénéficie Bobo. Une nouvelle Constitution, préparée aux États-Unis, est imposée à un Congrès réticent : selon un rapport débattu, l’auteur du document n’est autre qu’un jeune secrétaire adjoint de la Marine nommé Franklin Delano Roosevelt. L’une des inclusions les plus racistes de la constitution était le droit des Blancs à posséder des terres dans un pays noir, ce qui n’avait pas été autorisé depuis l’époque de la domination coloniale française.
Haïti mécontent, mais les Conzé Dr. Claude Joseph, Dr. Ariel Henry, l’Ing. Mathias Pierre, Dr. Guichard Doré ne le sont pas en 2021
Les Haïtiens s’opposent à l’occupation. Pendant l’occupation, les marines américains ont assassiné Charlemagne Péralte, un combattant haïtien pour la liberté, le 1er novembre 1919, et ont également massacré des civils lors d’une manifestation le 6 décembre 1929, faisant 12 morts et 23 blessés. Au total, 15 000 Haïtiens ont été tués pendant l’intervention américaine dans le pays, et la dissidence a été brutalement réprimée.
Les Haïtiens voulaient Bobo comme président et en voulaient aux Américains blancs d’imposer leur volonté aux citoyens haïtiens noirs. Les Américains ont réussi à irriter toutes les classes sociales en Haïti, étant donné que les Haïtiens ne se sont pas battus pour l’indépendance de la France un siècle plus tôt pour se retrouver sous le contrôle des Blancs.
Le départ des Américains
Pendant ce temps, aux États-Unis, la Grande Dépression frappe et l’occupation d’Haïti n’est plus avantageuse pour les États-Unis sur le plan fiscal ou stratégique. En 1930, le président Herbert Hoover envoie une délégation pour rencontrer le président Louis Borno (qui avait succédé à Sudre Dartiguenave en 1922). Il fut décidé d’organiser de nouvelles élections et de commencer le processus de retrait des forces et des administrateurs américains. Sténio Vincent est élu président et le retrait des Américains commence. Les Américains ont maintenu une présence en Haïti jusqu’en 1941 et depuis notre vie de peuple libre et indépendant a changé avec l’armée haïtienne des forces d’occupation laissée derrière.
L’héritage de l’occupation américaine
Au cours de leurs 19 années d’occupation, les États-Unis ont transféré les finances d’Haïti aux États-Unis, construit des écoles et des routes en utilisant le travail forcé des Haïtiens, et écrasé toute dissidence. Vincent réussit à rester au pouvoir jusqu’en 1941, date à laquelle il démissionne et laisse Elie Lescot aux commandes. En 1946, Lescot est renversé. En 1957, François Duvalier prend le pouvoir et entame une dictature de plusieurs décennies qui n’est pas sous contrôle américain.
Il y a également eu un certain nombre de cas où les marines américains ont tué des citoyens haïtiens ; pendant l’occupation, 15 000 Haïtiens ont été tués. Les États-Unis ont également formé la Garde d’Haïti, une force de police nationale qui est devenue une force politique et répressive après le départ des Américains.
L’héritage de l’occupation américaine et l’ingérence des puissances coloniales ont essentiellement ruiné Haïti et relégué une grande partie de sa population à des décennies de pauvreté, créant un cycle de pauvreté et d’instabilité qui se poursuit à ce jour, 28 juillet 2021.
Sources
POUR UN MOUVEMENT NATIONAL DE LA SOLIDARITÉ (MNS)
Henri Piquion
28 juillet 2021
Il y aura 215 ans dans 3 mois des gens qui passaient pour être des Haïtiens, mais qui n’avaient participé à aucune des batailles qui ont amené le pays du Bois Caïman à Vertières, se sont emparé de l’Empereur, l’ont déchiqueté, ont éparpillé ses restes dans les plaines et les routes pour le festin des chiens errants. Le message était clair : Ainsi finiront ceux qui prétendront que la terre d’Haïti doit aussi bénéficier à ceux dont les pères sont en Afrique.
Il y a eu 151 ans le 15 janvier le Président Sylvain Salnave était exécuté par des politiciens, l’opposition d’alors, pour avoir comme Jean-Jacques Dessalines revendiqué pour les petites gens le droit à un minimum de bien-être matériel et moral. Pour bien montrer leur lieu d’enracinement politique et social, et pour signifier que les choses ne devaient pas changer, ses exécuteurs ont vite replacé au pouvoir son prédécesseur Nissage Saget.
Il y aura 106 ans demain des gens qu’on pensait être la foule, parce qu’ils en avaient l’air, envahissaient la Légation française, s’emparaient du Président Vilbrun Guillaume Sam pour l’assassiner, le démembrer et promener des parties de son corps à travers Port-au-Prince dont sa tête au bout d’une gaule de bois. Les États-Unis qui n’étaient pas loin ont pris prétexte de cette tragédie pour envahir le pays, le piller de ses réserves d’or, le désarticuler mentalement et socialement, l’asservir politiquement et le maintenir sous leurs bottes pendant 19 ans. Toute une vie!
Il y aura 22 jours demain des gens qui n’étaient pas la foule se sont introduits de nuit dans la résidence du Président Jovenel Moïse, ont pris le temps de le torturer inhumainement pour le faire souffrir avant de le cribler de balles. Pour ajouter l’horreur à l’infamie ils ont commis ce crime odieux en présence de sa femme et vraisemblablement d’au moins l’un de ses enfants. C’était aussi pour l’humilier même dans la mort et nous humilier aussi d’avoir voulu que notre pays nous revienne.
Plus d’une décennie avant 1915 Anténor Firmin nous avait avertis qu’en poursuivant sur le chemin de la mal gouvernance, en acceptant l’option de la démocratie en lieu et place de celle de la violence chronique pour la résolution de nos problèmes politiques qui ne devaient être que des désaccords, nous pavions la voie à une intervention et à une occupation militaire des États-Unis qui venaient de montrer en déclenchant la guerre hispano-américaine qu’ils étaient prêts à n’importe quoi pour avoir le contrôle absolu de cet espace. Nous n’avions pas compris Firmin mais nous pouvions croire que les États-Unis et ce qu’on n’appelait pas encore la « communauté internationale » nous regarderaient errer sans intervenir. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas croire qu’une intervention n’est pas possible parce que nous la vivons en continu depuis octobre 1994. On n’a qu’à lire le long article de James Foley, ancien ambassadeur des États-Unis en Haïti pour savoir qu’ils ne sont pas loin et qu’ils se préparent. D’ailleurs depuis l’assassinat du président ils ont multiplié les déclarations et ont même détaché des ambassadeurs séniors pour s’occuper du cas de notre pays. Si les soldats en uniforme ne sont pas dans le pays, pas visiblement en tout cas, ils ont les moyens de débarquer sans invitation. La « communauté internationale », les États-Unis en tête avaient certainement les moyens de savoir, au moins de prévoir que le Président allait être assassiné. Mais ils ne pouvaient pas anticiper que l’exécution allait prendre ce caractère barbare et suivre cette procédure mafieuse. Ces raisons peuvent justifier un rappel à l’ordre. Mais encore. Dans le raisonnement des chancelleries, ces « bavures » (sic) peuvent passer par pertes et profits.
Ce qui sera à jamais inacceptable et qui paraitra à leurs yeux justifier une intervention militaire sans maquillage, c’est qu’après quatre ans d’insultes et d’accusations, après tous les « pays lock » et les blocages systématiques de la vie économique et sociale à la grandeur du pays, après les vociférations des vendeurs de micros sous le commandement de la dame de 4 heures et les assassinats par anticipation des miliciens de la plume dirigés par le fou de St-Antoine, ce qui sera à jamais inacceptable pour les puissances tutrices, c’est que les citoyens haïtiens, pas seulement les plus pauvres les bénéficiaires potentiels des revendications de Jovenel Moïse, mais aussi la plupart de ceux qu’on appelle la classe moyenne, se soient réveillés de leur sommeil sans pain, se soient levés d’un coup et en bloc, du Nord au Sud pour demander justice. La formulation est encore vague et idéaliste. Nous entendons « Justice pour Jovenel », c’est ce qu’ils disent, mais nous devons comprendre que leurs cris demandent que soit soldée une dette de plus de 217 ans d’injustices de toutes sortes, de détournements de pays et d’humiliations. Cela est inacceptable pour la « communauté internationale ». Tous les oppresseurs, les grandes puissances en tête, savent que quand des individus unis dans la misère et la sous-humanité se réveillent enfin et se reconnaissent entre eux comme peuple et potentiellement citoyens aucune répression n’y pourra rien. La trique, la plume et le micro seront impuissants à les arrêter. Boukman est arrivé à Vertières, ils ne l’ont pas oublié.
C’est comme si la guerre médiatique avait fait en eux le chemin contraire à celui pour lequel elle avait été programmée, et que l’assassinat du Président, l’extrême barbarie de cet assassinat avaient dévoilé un Jovenel Moïse qu’ils connaissaient intuitivement, mais qui n’avait pas encore un nom. Du coup, il est devenu Jojo, martyr de la cause du peuple, de tout le peuple même de ceux qui ont rêvé de sa mort, même de ceux qui par haine (ou contre rétribution) ont demandé sa mort et sa déchéance. Martyr de tout le peuple car on peut maintenir un peuple dans la misère la plus abjecte en s’enrichissant de cette misère même, mais on ne peut pas sortir un peuple de la misère comme programme de vie en y condamnant ceux qui l’y avaient mis. La justice n’est pas de sortir les roches de l’eau, mais d’y amener ceux qui sont au soleil. La justice et l’humanité. Les ròch nan solèy ne demandent qu’à recevoir ce qui leur revient sans priver les autres de ce à quoi ils ont légitimement droit. Quand ils disent justice il faut aussi entendre qu’ils ne demandent pas « la jistis tan pri souplé ». Ils sont déterminés à la prendre.
Demain ce sera le 29 juillet. Cette date peut donner des idées aux États-Unis. Déjà un soi-disant Premier ministre a demandé à notre puissant voisin d’envoyer des soldats. Il est malgré tout encore ministre, et titulaire d’un ministère important, de celui qui demandera très formellement que le pays soit occupé. Sous une forme ou une autre l’intervention s’en vient. Avant d’accuser les États-Unis et la « communauté internationale » d’impérialisme et de colonialisme, il nous faudra admettre que, de dictature en dictature, de corruption en corruption, de Fort-Dimanche en Père Lebrun, de Petro Caribe en franchises douanières et en contrôle fiscale de la frontière, de l’EdH en Ciment d’Haïti, de Téléco en Minoterie d’Haïti, en Varreux, en ports et aéroports privés, de trafics d’armes en transports de drogue sans parler du reste, nous avons travaillé pour cette occupation que certains souhaitent depuis longtemps, mais dont l’Haïtien normal ne veut pas, malgré tout.
Les occupants arriveront demain avec leur feuille de route déjà prête. Le premier point du programme, ils l’ont dit et répété : des élections législatives, présidentielles et au niveau des localités. Il y a si longtemps qu’on nous dit que les élections sont la voie royale qui mène à la démocratie que nous avons fini par les croire. Nous avons voté Duvalier via Kébreau, Aristide via Sabalat, Préval via la MINUSTHA et Marthelly via Hillary. Ces élections nous ont amenés d’une étape à l’autre à la perte de notre souveraineté et à l’assassinat du Président du pays. Pour qui, pourquoi, pour quoi et pour quel pays allons-nous voter demain? Surtout pas pour ceux qui viennent d’assassiner et de supplicier Jovenel Moïse! Avant qu’il ne soit trop tard disons tout de suite qu’il y a un déficit d’hommes dans la classe politique et dans cette nébuleuse servile qu’on appelle la société civile. Il y a un déficit d’hommes, d’idées, de visions, de programmes dans la classe politique et même d’espoir dans les cercles de jeunesse. Non pas qu’il manque dans le pays d’hommes et de femmes honnêtes, compétents, sérieux et surtout patriotes. Mais Joseph Lambert, Youri Latortue, Réginald Boulos pour ne citer qu’eux n’en font pas partie. Et pourtant ils sont candidats pour succéder au président mort au bon moment. Ils ne sont pas les seuls. Les occupants n’auront aucun mal à trouver le Sudre Dartiguenave et le Louis Borno de la nouvelle occupation.
Alors quoi faire? Les troupes sont déjà à nos portes?
Cette question s’adresse à tout le monde, mais en priorité aux orphelins du MDN, du MIDH, du MNP-28, du PANPRA, du PDCH et du RDNP. De ces partis que je viens de citer, et qui datent tous d’avant 1986, sauf peut-être le PANPRA, mais il est issu de l’IFOPADA, il n’y a que le MNP-28 qui puisse prétendre aujourd’hui à une existence nominale. Les autres ont malheureusement dérivé bien avant la disparition de leurs leaders-fondateurs suite au cumul de leurs échecs électoraux et surtout à cause, dans certains cas, du jugement sévère porté sur leurs dirigeants par des militants humiliés de voir ceux-ci se compromettre et dévaluer l’œuvre de toute une génération par pur opportunisme politique. Dans ces partis que j’ai vu disparaitre progressivement sous le poids de leurs contradictions et rongés par leurs cancers internes, il y avait pourtant des hommes et des femmes qui espéraient contribuer à la modernisation et à la démocratisation (quel que soit le sens de ce mot) de la vie politique du pays dans le cadre d’un parti politique moderne, c’est-à-dire d’une organisation ayant une vision politique et un regard critique sur l’histoire, mais aussi d’une organisation ayant une structure administrative indépendante de la direction politique et respectée par les dirigeants qui n’y interviendraient pas à tout moment. Je dois signaler que le MDN et le PDCH ont été emportés par des accidents. Ils auraient néanmoins survécu s’ils avaient eu une administration indépendante de l’instance politique.
Ces hommes et ces femmes sont là, en attente d’un appel, d’une proposition, d’une voie à suivre, d’une voix à entendre.
Cette voix n’est ni celle d’un individu, ni même celle d’un groupe ou d’une équipe. Elle ne peut être que l’écho de notre histoire, une histoire simple quoiqu’on pense, une valse à deux temps qui s’est répétée d’époque en époque jusqu’à ce 7 juillet dernier qui devait marquer la reprise du premier temps. Ce n’est pas la lutte des classes telle que nous la connaissons, ni comme les théoriciens noiristes l’ont définie (ce qui n’exclut pas que la lutte des classes soit une composante fondamentale de la dynamique historique même en Haïti), mais l’affrontement entre d’une part le rêve du maintien de la domination hérité de Saint-Domingue, et, d’autre part, celui de la conquête de la liberté hérité du marronnage. Cet affrontement a pris toutes les formes possibles au cours des deux siècles de notre histoire. Le rêve de maintenir la grande majorité en esclavage s’est appelé tour à tour et parfois en même temps accaparement de la terre; analphabétisme systémique; dévalorisation de la langue et de la religion, de la culture en général; refus systématique de remplir les devoirs civiques comme payer les impôts, les taxes et les autres redevances fiscales; sous équipement des lieux de santé, d’éducation et de loisirs; répressions et tortures physiques, mentales et psychologiques, etc. De son côté la marche vers la liberté n’est souvent pas allée plus loin que le premier pas. Soit qu’elle a été brutalement stoppée; soit qu’elle a été trahie par ceux-là mêmes qui devaient en porter la parole; soit qu’elle a confondu populisme et révolution et qu’elle s’est convertie en dictature, donc en son contraire.
La réalité est qu’aucun des deux camps n’a été capable en 217 ans de stabiliser la situation de façon permanente à son avantage. Les réussites ont été individuelles, les peurs collectives. D’un côté comme de l’autre les élites se barricadent dans leurs magouilles de plus en plus épaisses et grossières et dans la répression de plus en plus raffinée pour se protéger de la violence qu’elles ont elles-mêmes déclenchée soit pour créer de la division entre les pauvres et les plus pauvres, soit pour avoir des arguments dans les négociations inter-élites pour le partage du pouvoir et de la richesse nationale. De ce fait le pays a été maintenu en dehors de sa propre histoire. Tant que ce sera le cas nous enregistrerons échecs après échecs à moins que la colère du peuple ne dure un jour jusqu’à Vertières.
La « communauté internationale » dispose d’une information que nous devrions connaître : Un peuple UNI et DÉTERMINÉ peut être bombardé, mis en esclavage, massacré, maîtrisé par les armes, génocidé, éliminé de la surface de la planète, jamais il ne sera vaincu tant qu’il continuera à se battre UNI et DÉTERMINÉ. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire de l’humanité que les puissances dominantes n’aient pas été obligées de maintenir des troupes en armes en permanence tant que les membres des sociétés où s’exerçait leur empire manifestaient collectivement leur volonté de rester ou de devenir maîtres de leur destin. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire de l’humanité que les puissances dominantes n’aient pas été obligées de consacrer toujours plus de leurs ressources, détournées d’autres besoins, pour la requalification et la diversification des armes destinées aux troupes d’occupation tant que les membres des sociétés où s’exerçait leur empire manifestaient collectivement leur volonté de rester ou de devenir maîtres de leur destin. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire de l’humanité, surtout depuis les années 50, que les puissances dominantes n’aient pas été obligées de retirer leurs troupes et de négocier leur retraite parce que les membres des sociétés où voulait s’éterniser leur empire avaient décidé collectivement de rester ou de devenir maîtres de leur destin. Les seuls mots qui comptent sont les suivants : UNIS, DÉTERMINÉS et COLLECTIVEMENT. Une information que nous connaissons déjà d’ailleurs. N’avons-nous pas inscrit L’UNION FAIT LA FORCE à l’entrée de chaque ajoupa, de chaque kay tèr, de chaque maison, de chaque palais de notre pays.
Les troupes d’occupation sont à nos portes. Ne nous illusionnons pas. D’où qu’elles viennent nous n’aurons jamais dans les 217 prochaines années les moyens matériels de les bouter hors de nos frontières. Pour l’unique raison que nous avons failli. Avoir failli ne signifie pas que nous n’avons construit ni Boeing ni Airbus. Cela signifie plutôt qu’en tant que nation nous n’avons pas su manifester de la solidarité et de l’empathie les uns pour les autres. Cela signifie que la solidarité est la seule arme et le seul argument que nous aurons face à l’occupant, face à nous-mêmes et face à nos enfants.
Il me prendra moins d’une ligne pour définir ce qu’est la solidarité : C’est le regard que je jette à ma droite ou à ma gauche pour m’assurer que mon concitoyen a reçu un morceau du pain ou un verre de lait produits par le pays; pour m’assurer que s’il en a deux ou plus il n’est pas tenu de s’en priver s’il ne les a pas obtenus aux dépens de son voisin aussi haïtien que lui, aussi haïtien que moi qui a lui comme nous, et peut-être plus que nous, contribué à la richesse nationale; pour l’enjoindre de participer à l’effort collectif en remplissant ses devoirs citoyens; pour lui communiquer ma conviction que ce que l’un de nous fera pour soi sans le faire pour l’autre ne pourra jamais lui rapporter que des bénéfices passagers; pour lui expliquer que nous sommes tous les deux des roches, que nous ne sommes ni sous le soleil ni dans l’eau, mais que nous devons trouver le ciment qui nous collera l’un à l’autre pour monter un mur solide à notre maison commune à laquelle nous avons donné le nom d’Haïti; pour célébrer avec lui le jour nous verrons notre maison commune résister aux cyclones et tremblements de terre de la corruption, du détournement des biens de la nation et aux assauts qui pourraient venir de l’extérieur comme cela a souvent été le cas au cours des 217 années que nous avons perdues à générer la misère, la dictature, le rejet de l’autre plutôt qu’à reconnaître que nous sommes les envers les uns des autres incapables de rien réaliser de solide, de significatif et de permanent l’un sans l’autre. En rejetant l’autre nous ne faisons que nous rejeter nous-mêmes et justifier le mépris des voisins. Haïti is a failed state, a shithole country.
Personne ne parlera plus ainsi de notre pays le jour où nous aurons compris que le morceau de pain et le verre de lait s’appellent respect, considération, éducation, santé, travail, justice, culture, liberté, loisirs, mais aussi incorruptibilité, honnêteté, compétence, rigueur, sérieux, etc. Que certains aient plus de pain et de lait que d’autres importe peu, l’important étant que chaque Haïtien en ait autant qu’il lui faut. Personne n’a besoin de 365 pantalons pour être un homme digne, responsable et respecté, aimant ses parents et aimé de ses enfants.
La solidarité n’est pas plus que ça, mais elle est déjà ça. Si peu qu’elle soit, elle est la seule arme en mesure aujourd’hui d’arrêter l’occupant, de l’amener à nous respecter et à nous offrir ses connaissances et son expérience pour nous aider, cette fois véritablement, à créer et à distribuer équitablement le bien-être dont tous les Haïtiens ont faim et soif depuis 1804.
Quoi faire? J’ai adressé la question prioritairement à des gens que je connais intellectuellement, politiquement, et humainement. Avec plusieurs de ces gens je partage par ailleurs des liens affectifs connus de tous. Mais ils ne sont pas les seuls à devoir y répondre. Cette question, comme je l’ai dit, s’adresse à tout le monde. Il y en a qui n’y répondront pas. Pas tout de suite. S’ils ont du temps, le pays n’en a plus. À ceux qui veulent y répondre parce qu’ils sont conscients que les troupes d’occupation sont à nos portes ou parce qu’ils ne conçoivent pas qu’on puisse refuser après 217 ans d’errance, de divisions, de turbulences, d’occupations qui se succèdent sous toutes sortes de noms d’être solidaires du pays, je lance publiquement l’invitation suivante : Fondons un mouvement de réflexions, d’animation-formation et d’actions politiques sous le nom de MOUVEMENT NATIONAL DE LA SOLIDARITÉ (MNS) dans le but d’orienter notre pays vers un destin différent de celui auquel la conjoncture semble le destiner. Les modalités de création et de fonctionnement de ce mouvement seront discutées dans les meilleurs délais.