Les 5 failles qui ont mené Haïti à la ruine !
Par Jean Hervé Charles, LLB, MSW, JD
En 2026, alors qu'Haïti bénéficie d'une reconnaissance internationale pour sa candidature à la Coupe du Monde, la situation intérieure reste marquée par la confusion et le chaos. Les gangs contrôlent toujours 95 % de la capitale, leurs antennes dans les États d'Artibonite et du Centre bloquant les deux autoroutes reliant Port-au-Prince à Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays.
Le gouvernement provisoire, qui a l'opportunité de gouverner seul, sans l'influence d'une armée de parlementaires corrompus, fait preuve d'incompétence et de malveillance envers la population. Les droits de diffusion télévisée de la Coupe du Monde, acquis pour un million de dollars, ont été revendus au gouvernement pour trois millions de dollars, dont deux millions ont été versés à une oligarchie corrompue proche du pouvoir.
La liste des nouveaux maires nommés par le gouvernement a également reçu l'ordre de mettre fin à la politique de laisser-faire en matière de santé publique et d'environnement, sans aucune aide économique ni sociale aux populations déplacées.
Haïti se félicite du retour d'American Airlines à l'aéroport du Cap-Haïtien en novembre, tandis qu'à l'aéroport La Guardia de New York, un avion décolle ou atterrit chaque minute.
La conclusion est sans appel : Haïti est malade et souffre. J'affirme que cette souffrance a commencé il y a deux siècles, avant même l'indépendance du pays. Toussaint Louverture, le père fondateur, fut gouverneur de l'île entière de 1796 à 1800. Il se lia d'amitié avec le deuxième président des États-Unis, John Adams.
Par l'intermédiaire de son ambassadeur, le Français Bubell, il fit savoir au président américain qu'un dirigeant se devait d'assurer le bonheur de son peuple. Ces négociations aboutirent à la « clause Toussaint », qui garantissait à Toussaint armes, munitions et protection.
Intrigué, Adams comptait appliquer cette politique aux États-Unis, abolissant l'esclavage bien avant 1865 et œuvrant de concert avec Haïti pour le bonheur du monde. Cette politique de bonne volonté fut cependant compromise par l'élection corrompue de 1801, qui porta Thomas Jefferson au pouvoir à la place de John Adams. Depuis lors, le monde a basculé vers la gauche, adoptant la doctrine du rationalisme absolu prônée par Thomas Jefferson et Napoléon Bonaparte, au détriment du rationalisme humaniste défendu par John Adams et Toussaint Louverture. Haïti fut placé sous un embargo qui perdure encore aujourd'hui.
La seconde ligne de fracture réside dans l'assassinat de Jean-Jacques Dessalines. Après l'enlèvement de Toussaint Louverture par Napoléon, qui mourut de la tuberculose au fort de Joux le 7 avril 1803, Dessalines entreprit la lutte pour le bonheur de tous. Le 18 novembre 1803, lors d'une bataille décisive, il contraignit le régiment français de 31 000 hommes, commandé par le général Leclerc, à quitter Saint-Domingue. De ces cendres surgit Haïti, libre et indépendante, première nation noire de l'hémisphère occidental.
Unis dans la chasse aux colons, mais divisés quant au partage du butin, les pères fondateurs n'envisageaient pas la construction de la nouvelle nation de la même manière. Dessalines souhaitait offrir aux 400 000 anciens esclaves un nouveau départ vers le bonheur. À l'exception d'Henri Christophe, les autres anciens combattants convoitaient les vestiges des richesses de la colonie pour eux-mêmes et leurs descendants. Suite à l'assassinat de Dessalines, Henri Christophe perdit les deux tiers du pays, Alexandre Pétion contrôlant Port-au-Prince et le sud. À l'opposé de la politique de construction nationale de Christophe, Pétion prôna le laissez-faire, ce qui mena à une nation sans gouvernement ni éducation civique. La république de Pétion a périclité jusqu'à nos jours. Sous Pétion et son successeur, Jean-Pierre Boyer, Haïti connut une enfance marquée par la misère et le manque d'éducation. Les Français exigèrent alors 44 milliards de dollars pour compenser les pertes subies par Haïti. Il fallut près de deux siècles pour payer cette rançon, au prix de compromis sur les infrastructures et les institutions.
La troisième ligne de fracture résidait dans la succession de gouvernements successifs qui menèrent à l'occupation américaine en 1915. Plusieurs puissances étrangères, dont l'Allemagne, les États-Unis et les Pays-Bas, manifestèrent leur volonté de soumettre le gouvernement haïtien à leur autorité. Finalement, le gouvernement américain prit le contrôle du pays jusqu'en 1934, soit 19 années de mauvaise gouvernance sous l'autorité de commandants racistes venus de la Louisiane. Ces derniers prirent le contrôle d'Haïti en appauvrissant les zones rurales et en concentrant le pouvoir dans la capitale.
La quatrième ligne de fracture apparut avec l'accession au pouvoir de François Duvalier à la présidence de la République, succédant à Paul E. Magloire, qui avait présidé à l'âge d'or d'Haïti. Duvalier père et fils restèrent au pouvoir pendant 33 ans, plongeant Haïti dans le Moyen Âge tandis que la civilisation et le progrès progressaient dans l'hémisphère occidental. Une masse de citoyens vivant paisiblement dans les campagnes fut rassemblée dans la capitale et les principales villes pour des manifestations politiques. Ils ne repartirent jamais, compromettant durablement le cadre de vie urbain. Ils sont aujourd'hui susceptibles de migrer illégalement vers les Bahamas, la Floride, la République dominicaine, le Chili et le Brésil. Le régime Duvalier a pu se maintenir au pouvoir en Haïti grâce à ses relations étroites avec le Caucus noir, auquel le Département d'État a confié la gestion du pays. Dans un style rappelant celui d'avant Epstein, où argent et femmes s'échangeaient, le Caucus noir était reçu chaque week-end sous le règne de Duvalier fils m’a confié le feu législateur Major Owens avec amertume, assurant ainsi la pérennité du régime jusqu'à ce que le peuple haïtien prenne son destin en main en chassant Duvalier et son épouse.
La cinquième et dernière ligne de fracture réside dans les gouvernements transitoires et permanents de Jean-Bertrand Aristide, Michel Martelly et Jovenel Moïse. Individuellement et collectivement, ils incarnent le summum de la corruption, de l'incompétence et de l'indifférence face à la détresse du peuple haïtien. Depuis quarante ans, le gouvernement haïtien s'enfonce dans un gouffre sans fond, où les gangs contrôlent désormais trois des dix départements du pays. Il faut ajouter à ce déclin la complicité des influences étrangères. Pour paraphraser Racine, le romancier français, il a fait tant de mal qu'on ne peut rien dire de bon à son sujet. Racine parlait de Richelieu ; nous parlons de Bill Clinton, qui a anéanti la production de riz en Haïti en important le riz de l'Arkansas. De plus, lors d'une réunion à la Maison-Blanche à laquelle j'assistais, il a été décidé que l'agriculture serait réservée au Mexique, tandis qu'Haïti se consacrerait à l'industrie textile. Dans un pays où 85 % de la population travaille dans l'agriculture, on imagine aisément l'impact dévastateur d'une telle politique. La cohorte de politiciens qui se disputent le pouvoir est plus ou moins la même : celle de s'accaparer les richesses de l'État pour eux-mêmes, leurs familles et leurs partisans. Le sens civique y est absent. Haïti ressemble à la Somalie, une terre sans âme où divers groupes se disputent les caisses de l'État.
Mais n'ayez crainte, je forme un jeune homme du nom de Jude Elie. Architecte et urbaniste de profession, il a su rallier la coopération de toute la communauté internationale à la cause haïtienne. Sa politique sera axée sur la reconstruction d'Haïti, des campagnes jusqu'à la capitale, et sur l'organisation d'élections, des chefs de village au président.
Haïti renouera avec les méthodes qui lui ont valu le surnom de Perle des Antilles : une agriculture de subsistance et d'exportation, ainsi que de vastes plantations de bois précieux comme l'acajou et le cèdre dans ses immenses montagnes, pour alimenter son fonds souverain. Ainsi, Haïti accomplira sa mission divine de rédemption en œuvrant de concert avec les États-Unis pour diffuser le message du bonheur, tant au pays qu'a l’étranger.