Re: [Forum culturel] Re : (Roselor) Haïti: Ni Duvalier ni Aristide... Par Hérold Jean-François (LeNouvelliste.com)

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JACQUES MALI

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Feb 17, 2011, 7:35:29 AM2/17/11
to tout-...@googlegroups.com, Haiti-...@yahoogroupes.com, grands...@yahoogroups.com, haitico...@yahoogroups.com, VIN...@yahoogroupes.fr, haitiant...@yahoogroups.com, forumc...@googlegroups.com
A Emmanuelle Gilles et Roselor Francois,
Comme vous, c'est avec un reel et grand plaisir que j'ai lu ce texte d'Herold Jean Francois, journaliste, PDG bien connu de Radio Ibo, media membre de l'ANMH (association nationale des medias haitiens).
 
Tout en  appreciant ton esprit critique Roselor,  je pense cependant comme toi Emmanuelle que le texte est tres bien balance. D'ailleurs, en toute franchise, on ne pourrait s'attendre a autre chose d'un texte venant d'Herold Jean Francois.
 
Dans ce qui suit, je tacherai de repondre aux questionnements de Roselor, pour bien demontrer que le message de l'article publie par le Nouvelliste sous la plume d'Herold Jean Francois est digne du messager. Et en le faisant, je profiterai pour fixer mes positions sur ses questions relatant a la presse haitienne en general.
 
Roselor, 
Tu as correctement identifie le journaliste.. Comme tu le dis, il a ete journaliste, puis Directeur de la TNH, et enfin aujourdh'ui journaliste et PDG de Radio Ibo de la ANMH. 
Encore une fois, si tu connais des deviations ou des derogations
venant de lui dans son travail de journaliste consciencieux et professionel, je te saurais gre de nous les faire connaitre. Moi, je ne les connais pas. Meme quand il avait ete Directeur de la TNH, il n'y avait eu aucun exces de zele de servir un President de la Republique inconditionellement comme c'etait le cas habituellement.
Es tu d'accord? Oui ou non?
Ta reponse voudra tout dire.
La encore, les infos de la TNH etaient balances a l'epoque.
Devrait t'on d'avantage puiser pour deceler le caractere de l'homme?
Je ne pense pas. Il s'etait revele lors et aujourdh'ui encore un professionel consciencieux.
 
Venons en a tes questions maintenant:
Question#1
" La presse haitienne n'est elle pas aussi corrompue et (parfois plus) que les gouvernements? Est-elle un agent de construction democratique?"
Premierement, je te reponds d'emblee qu'il est necessaire de faire la difference. De quelle presse haitienne, parlons-nous? Restons en a 
l' ANMH. seulement. Si tu parles de l'ANMH, je te dirai qu'elle n'est pas corrompue. Et quand nous parlons de l' ANMH,  il est clair que nous identifions Radio Metropole, Radio Vision 2000, Radio Quisqueya, Radio Antilles International, Radio Signal FM, et Radio Ibo d'Herold Jean Francois.( une ou 2 autres stations de radios ont pu m'echapper)
Le Nouvelliste y fait parti aussi, maintenant je me rappell

JACQUES MALI

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Feb 17, 2011, 8:09:08 AM2/17/11
to tout-...@googlegroups.com
Pour des raisons independantes de ma volonte, le texte est parti sans qu'il aie ete termine.
Je m'en excuse.
La suite suivra.
Merci.

--- On Thu, 2/17/11, JACQUES MALI <jak...@yahoo.com> wrote:
--
--------
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JACQUES MALI

unread,
Feb 17, 2011, 10:23:00 AM2/17/11
to tout-...@googlegroups.com, Haiti-...@yahoogroupes.com, grands...@yahoogroups.com, haitico...@yahoogroups.com, VIN...@yahoogroupes.fr, haitiant...@yahoogroups.com, forumc...@googlegroups.com
A Emmanuelle Gilles et Roselor Francois,
Je poursuis avec mon texte interrompu precedemment.
Ayant identifie les medias faisant parti de l'ANMH, Je continue en
identifiant certains proprietaires et directeurs de la salle des nouvelles
de ces medias:
Richard Widmaier, Wendel Theodore, Nancy Rov pour Radio Metropole.
Valery Numa et Daly Valet pour Radio Vision 2000.
Liliane Pierre Paul et Marvel Dandin pour Radio Quisqueya.
Jacques Sampeur Pour Radio Antilles International.
Michel Soucar pour Radio Signal FM.
Et enfin Herold Jean Francois pour Radio Ibo.
Qui me fera croire que ces journalistes, creme de la creme, sont des corrompus? Je ne le crois pas. 
Sont-ils des agents de construction democratique?
Cette question sera repondue au questionnement#3de Roselor.
Il n'est que d'attendre.
 
Questionnement


--- On Sun, 2/13/11, Emmanuelle Gilles <manu...@yahoo.fr> wrote:

From: Emmanuelle Gilles <manu...@yahoo.fr>
Subject: [Forum culturel] Re : (Roselor) Haïti: Ni Duvalier ni Aristide... Par Hérold Jean-François (LeNouvelliste.com)
To: tout-...@googlegroups.com, Haiti-...@yahoogroupes.com, grands...@yahoogroups.com, haitico...@yahoogroups.com, VIN...@yahoogroupes.fr, haitiant...@yahoogroups.com, forumc...@googlegroups.com
Date: Sunday, February 13, 2011, 1:44 PM

 

M. Roselor François,

 

En lisant votre réponse, je me suis dit que j'allais pouvoir puiser de votre grand esprit comme d’habitude, particulièrement cette lumière que vous apportez à travers vos critiques vis-à-vis de l’article du Nouvelliste.  Sans aller en profondeur dans mes jugements, je me suis contentée d’apprécier le texte du journaliste.  Eh voila que vous êtes allé beaucoup plus loin en posant des questions si pertinentes que je ne me les serais pas posées pour la bonne raison que je ne connais pas du tout l'auteur de l'article dont j'ignorais le rôle dans la coordination des activités médiatiques au niveau national.  Ainsi, votre critique, au prime abord n’a fait que complémenter le morceau du journaliste que je trouve fort intéressant. Dites vous qu’il n’est pas de mes habitudes non plus d’affaiblir un très beau texte en passant en revue le caractère de son auteur.

 

Dans mes textes précédents, j'ai toujours critiqué l'absence d’un rôle adéquat des médias locaux dans presque tous les aspects de la vie politique et sociale du pays sachant le rôle que l’information peut judicieusement jouer pour faciliter notre pays vers la vie économique et sociale moderne.  Ce rôle timide et restreint que jouent les medias,  et les opportunités qu’ils ratent pour changer le cours des événements en Haïti a toujours échappé ma compréhension.  Je comprends alors que vous leur imputiez aussi une part des responsabilités n'ayant pas bien assumé leur rôle d’information de manière efficace. Je me demande alors s'il n'existe pas d’autres obstacles en dehors de leur volonté qui créent une barrière à leur bon fonctionnement, soit leur manque d’aptitude à renseigner et à  rendre compte avec efficacité.  N’étant pas bien imbue des raisons des failles enregistrées au niveau de la conduite de la presse, je ne puis m’empresser de porter mon jugement au delà de mon appréciation pour le contenu de l’article.

 

Cependant, lorsque je constate les risques sécuritaires que courent nos journalistes et l’absence d’un cadre juridique approprié pouvant leur permettre de remplir leurs fonctions dans un environnement démocratique, comme vient de le prouver l’exemple de ce jeune journaliste sauvagement abattu, on doit se demander si la profession n’est pas une barrière en elle-même sachant que l’Etat haïtien n’a pas dans sa vision d’ensemble, d’informer et d’instruire sa population, ce qui permettrait de modifier certaines attitudes et certaines valeurs, de réexaminer et repenser des rapports humains ainsi que les modes de fonctionnement social.  Dès lors que des journalistes sérieux commencent à faire un vrai travail d’information et de sensibilisation qui ne soit pas biaisé ou partisan, ils sont automatiquement visés soit par ceux qui se sentent concernés par l’information ou par un gouvernement qui ne maitrise pas la notion de la démocratie.  e.g.  Jean Dominique et tant d’autres sous Jean Claude Duvalier,  Nous avons eu l’exemple de ce jeune journaliste qu’on vient juste d’abattre, on a eu l’exemple de Daly Valet de radio vision 2000 qui s’est sauvé de justesse et Gérard Etienne agressé sous le gouvernement d’Aristide, On a eu Brignol Lindor sous le gouvernement de Préval/Aristide et tous ceux qui ont été menacés et par miracle ont eu leur vie sauve.  Que reste t-il de la profession lorsque la liberté de presse a toujours fait défaut et que les représailles servent de récompense à l’information et aux grandes idées.  Il en est de même pour les intellectuels avisés et éclairés qui se replient sur eux-mêmes à cause du système pourri et corrompu auquel ils sont exposés.   Sous le gouvernement de Duvalier, et sous celui d’Aristide sans compter les périodes des transitions militaires, la liberté de presse était non existante et l’information qui devait aider les Haïtiens à se transformer n’a jamais servi à leur édification et à leur avancement.  On peut conclure que le système dictatorial n’a jamais disparu et la connaissance qui devrait servir au peuple n’a jamais été transformé en biens publics.  Pour que des intellectuels Haïtiens puissent jouer leur rôle de mentor, de guide et d’éclaireur, il faut que le cadre approprié soit crée pour qu’ils s’expriment librement et sans crainte afin que tout le pays bénéficie de leur connaissance et de leurs idées.  Faudrait-il que l’Etat soit aussi a la hauteur pour comprendre l’impact d’une stratégie d’information efficace au développement de son pays.  De mon humble avis, la passivité des intellectuels et l’absence de leur engagement s’expliquent à partir de cette réalité.

 

Toutes ces conditions nous ramènent à l’Etat Haïtien, son rôle, sa structure, son cadre, son système et son mode de fonctionnement.  C’est la raison pour laquelle, en sautant sur la dernière phrase de votre texte, j’ai été plutôt assommée car dire que Jean Claude Duvalier est le passé et Aristide est toujours présent revient à dire que ce dont vous reprochez le journaliste restera toujours un eternel recommencement sans une porte de sortie pour eux.  Si le texte du journaliste a fait ressortir une conscience avisée et éclairée de notre situation actuelle, votre déclaration sur l’incontournable Aristide, n’a fait que fermer les portes une fois de plus pour que des journalistes en herbe puissent décemment assumer leur rôle.  Nos chefs d’Etat, commençant par Duvalier, Aristide et Préval ont toujours été l’obstacle beaucoup plus que des gens comme Hérold Jean François qui a évolué dans une école de pensée ou la médiocrité, la survie et le laxisme priment sur toute autre pensée.

 

Emmanuelle Gilles

 

Questionnons maintenant quelques fragments de son texte:

 

1. "D'ailleurs comment des spécialistes de la destruction, champion de la division nationale et générateur de crises, de souffrances, de corruption et de répression pourront changer pour s'intégrer comme citoyens normaux, se transformer en agent de construction et oeuvrant désormais en faveur de l'unité nationale ?"

 

La presse haitienne n'est-elle pas tout aussi corrompue et (parfois plus) que les gouvernements? Est-elle un agent de construction démocratique?

 

2- "Si les jeunes qui crient vive Duvalier dans les rues scandalisent les victimes et les parents des victimes c'est parce que notre société n'a pas assez documenté la période 1957-1986 par des publications sonores et vidéos, des écrits comme le déplore à juste titre, notre soeur Liliane Pierre-Paul."

 

Publications sonores et vidéos??? des écrits??? N'est ce pas l'un des grands champs d'action de l'ANMH? (l'association de la presse parlée, écrite et télévisée) La suite de l'article doit nous dire pourquoi cela n'a pas été fait. Il ne suffit pas de le déplorer, il faut également dire le pourquoi tout en assumant ses responsabilités et faire son mea culpa (PRENDRE CONSCIENCE POUR CHANGER).

 

3. "Haïti doit sortir de cette léthargie dans laquelle des dirigeants incompétents l'ont plongée et faisant que même la fonction de réfléchir est sous-traitée avec les tuteurs de la communauté internationale."

 

Qu'en est-il du rôle et de la responsabilité de la PRESSE HAITIENNE dans ce profond sommeil??? Qu'en est-il aussi des medias incompétents et corrompus ou "Lapdog journalism"??? Qu'en est-il du rôle "Watch dog" de la presse?

 

 4. "l'émergence des nouvelles figures aptes à diriger notre pays selon de nouvelles aspirations et une nouvelle vision plus en conformité avec notre siècle et conformément aux besoins de changement de la nation entière".

 

Parlant de nouvelles figures, il fait allusion à qui? Il reste floue là-dessus. J'espère qu'il ne fait pas allusion aux candidats actuels. 

 

5. "Nous avons besoin de ruptures en tout pour avancer autrement..."

C'est une excellente conclusion. Mais on attend la suite pour voir comment l'ANMH va s'y prendre pour reconstruire une nouvelle presse capable de conduire Haiti vers la démocratie. Monsieur Jean François a une très bonne occasion de faire son autocritique et de prendre conscience de l'état des medias haitiens. Donc "Ni Duvalier, ni Aristide..." pourrait être "Ni Duvalier, ni Aristide...Ni la Presse haitienne (dans son état actuel).

 

D'autre part, dire "Ni Aristide, ni Duvalier..." c'est comme négliger des éléments non négligeables de la réalité sociopolitique haitienne. On ne peut pas minimiser, ni sous estimer la force politique d'Aristide sur les plans national et international. N'en déplaise à vous chère madame, au yeux des masses haitiennes Aristide ou (TiTiD comme elles aiment l'appeler) n'est pas et ne sera jamais comme Duvalier. Nous ne devons pas nous bercer d'illusions. Nous devons aborder cette question avec lucidité et objectivité. L'homme a certes commis d'énormes erreurs qui sont pour certains impardonnables. Par contre, je sais qu'il y a en Haiti et dans la diaspora un nombre incroyable d'Haitiens qui aime Aristide d'un amour incompréhensible et inexplicable. Rien de ce que vous leur dites ne les fera changer d'avis à son sujet. Et la classe politique haitienne dans sa composante actuelle a renforcé leur attachement à lui. Nos politiciens n'ont pas su mettre Aristide aux oubliettes. De plus, il y a encore une bonne partie de l'opinion publique internationale qui sympathise à sa cause vu le rôle des États-Unis de Bush et de la France dans les événements de 2004. L'image qu'ils ont d'Aristide: c'est un président démocratiquement élu kidnappé par des forces étrangères. Ils pensent que si les USA de Bush et la France ne l'aimaient pas c'est parce qu'il était bon. Tandis que pour Duvalier, c'est tout le contraire: avec son père, il est constamment présenté comme le plus grand des dictateurs haitiens et des temps modernes. La réalité est devant nous. Nous ne pouvons pas faire semblant de ne pas la voir. Je peux me tromper. Mais, Aristide a encore un rôle à jouer dans la vie politique de ce pays. Lequel? Je ne sais pas. Pour le meilleur ou pour le pire? Je ne sais pas non plus. Ça dépendra des Haitiens. Mais, qu'on le veuille ou non. Il est et sera bien là et si nous ne regardons pas cette réalité en face, elle nous rattrapera et nous saisira. Pa bay tet nou manti. Duvalier? C'est bien fini. Aristide? Pas encore.

 

Cordialement Roselor


 


Date: Fri, 11 Feb 2011 17:09:10 +0000
From: manu...@yahoo.fr
Subject: [Tout-Haiti] Re : Haïti: Ni Duvalier ni Aristide... Par Hérold Jean-François (LeNouvelliste.com)
To: Haiti-...@yahoogroupes.com; tout-...@googlegroups.com; forumc...@googlegroups.com
CC: fassi...@gmail.com

Isabelle,
Superbe article pour ceux qui peuvent apprecier un texte bien balance.  C'est un plaisir de le lire.   Gilles


De : I. Fassinou <fassi...@gmail.com>
Envoyé le : Ven 11 février 2011, 10h 37min 35s
Objet : Haïti: Ni Duvalier ni Aristide... Par Hérold Jean-François (LeNouvelliste.com)

Le Nouvelliste
 
 





 

IDÉES & OPINIONS 8 Février 2011
     
   
  Haïti: Ni Duvalier ni Aristide...Suite de l'édition précédente

Par Hérold Jean-François
http://www.lenouvelliste.com/articles.print/1/88827

De même que l'on nait et que l'on meurt et qu'entre la naissance et la mort il y a toute une étape qui constitue notre vécu, il nous semble que cette logique de la vie devra s'appliquer de façon irrémédiable à la chose politique. On arrive sur la scène, on cherche le pouvoir, si on l'obtient, on exécute son mandat en faisant l'impossible pour laisser ses marques et l'on s'en va. Si on fait le vilain et que la rue vous renverse, c'est que vous êtes passés à côté. 

Alors, dans votre petit coin, vous cuvez votre honte dans la dignité s'il vous en reste ou si vous en avez jamais eue et vous laissez le monde tranquille. La dynamique de la vie se déroule autour de nos choix. Nous forgeons notre existence à partir de nos priorités. 

L'enfant qui gaspille sa chance se retrouvera plus surement dans la rue, raté, clochard ou s'il est plus chanceux et débrouillard, ouvrier ou entrepreneur. Mais cette dernière catégorie entre dans les exceptions. Ceux qui réussissent sont en général les bêcheurs qui forgent leur réalité au jour le jour par le travail patient et assidu. Il y en a aussi des rares qui sont sortis des cuisses de Jupiter qui n'ont pas fait grand-chose pour réussir, le gros du travail ayant été fait par une lignée de rudes travailleurs...

Le complexe du passé

En Haïti, nous cultivons une mauvaise tradition d'avoir le regard dans le rétroviseur. La force du passé est si attrayante que nous semblons incapables de tourner la page. Cette fatalité vient peut-être de la grandeur de notre histoire qui ressemble plus à une épopée fictive qu'à une réalité dans laquelle ont vraiment existé les multiples personnages légendaires que sont Toussaint Louverture, Dessalines, Christophe, Capois, Pétion, Lamartinière, Magloire Ambroise, Marcadieu et les autres. Les oeuvres de ce passé glorieux sont si imposantes que nous ne voulons pas croire que les descendants de ces grands noms puissent être des nains qui ne peuvent pas faire la collecte des ordures ménagères. Comment on a pu construire la Citadelle Laferrière à l'orée de notre existence, sortis à peine de l'esclavage et que deux siècles plus tard, nous nous complaisions dans notre actuel statut de cendrillon des Antilles ?
Nous cultivons un complexe du passé qui nous hante et qui nous empêche de vivre au présent, de forger les structures pour bien aménager ce présent, pour nous garantir un futur de progrès et de croissance pour notre progéniture. Nous nous accrochons au passé que nous ne voulons pas dépasser.

Ceux qui, sur le plan politique ont eu la chance de nous diriger sans qu'ils aient pris en compte l'immense opportunité qui se présentait à eux et qui loin de se mettre au travail pour transformer nos difficiles réalités ont plutôt profité du pouvoir pour asseoir leur domination, constituer des richesses personnelles en laissant comme héritage à notre société, misère, sous-développement, deuil et blessures profondes, prétendent revenir hanter une deuxième voire une troisième fois notre mémoire collective.
Le défaut de mémoire par l'absence d'une mise en commun des victimes pour offrir aux générations d'après des témoignages indélébiles font qu'aujourd'hui on banalise la dictature et ses méfaits, l'on cherche des circonstances atténuantes au dictateur qui aurait été la première victime... 

Comme si un quart de siècle suffit pour faire oublier, passer l'éponge, alors que justement toute la suite, la continuité des malheurs et des exactions sont venues de notre incapacité à demander des comptes. L'impunité a enhardi les successeurs du régime dictatorial qui ont pérennisé les mêmes pratiques et comme nous sommes une société de consensus contre la légalité, les avocats ne manquent pas pour plaider la cause de l'abandon des poursuites...La démocratie que l'on a toujours refusé a ses bons côtés, l'on en jouit en citoyen libre et c'est en son nom, aujourd'hui que l'on revendique toutes sortes de garanties. Et qui continuera de nous faire croire que notre société n'a pas progressé ? Mais en Haïti, les effets pervers de la démocratie semblent vouloir nous confiner dans une réalité dominée par la poursuite de l'impunité, car d'habiles avocats sont là et au prétoire et dans les médias pour nous donner mauvaise conscience, quand habilement l'on peut faire passer la tentative légitime de reddition des comptes pour une vulgaire volonté de revanche assimilée rapidement à de la persécution politique...

Et nous entrons dans une sorte de package deal, un fourre-tout qui fera bientôt d'Haïti un hôpital pour ancien Président. C'est paradoxal comme Haïti qu'ils n'ont pas su transformer en une zone de progrès économique et social est en même temps, la terre idéale pour bien vivre à l'abri de l'anonymat typique de la vie de ceux qui se sont jetés dans la poubelle de l'histoire, l'environnement propice dans le confort du soleil jamais défaillant mettant nos regards à l'abri du froid tant austral que boréal...

Si le pays n'est plus la chasse-gardée de qui que ce soit, si désormais, officiellement personne n'est le sujet d'aucun Président qui y régnait en maître, par la terreur de hordes de macoutes ou de chimères, si nous sommes, pour le moment, incapables de demander des comptes à nos anciens dirigeants, nous devons au moins pouvoir tourner la page de leur période de gouvernance faite d'exactions et de leur incapacité à nous faire entrer dans la terre promise. Qu'ils nous laissent tranquilles en nous reconnaissant le droit de leur laisser dans l'oubli, de faire un trait sur eux pour continuer sans nostalgie de leurs méfaits, la quête de ce mieux être qu'ils étaient incapables de nous offrir.

Quand le passé se veut l'avenir

Aujourd'hui, en Haïti, ni Duvalier ni Aristide sont des hommes du passé, un passé duquel, pour l'avenir de nos enfants et du pays, nous devons nous détacher. Laissons les zombis et les fantômes à leurs châteaux hantés, prenons la vie à tour de bras pour prétendre aux sommets qui nous ont été jusque-là refusés. Laissons nos anciens dirigeants à leur chimère, nous, après leur époque cauchemardesque, nous avons besoin de continuer de rêver en couleurs... Comment des dirigeants qui ont eu de longues opportunités et qui ont été incapables de transformer nos difficiles réalités, peuvent-ils être utiles dans la tache de reconstruction ? 

D'ailleurs comment des spécialistes de la destruction, champion de la division nationale et générateur de crises, de souffrances, de corruption et de répression pourront changer pour s'intégrer comme citoyens normaux, se transformer en agent de construction et oeuvrant désormais en faveur de l'unité nationale ? Prétendons-nous voir un génie du mal dont la spécialité est la nuisance se convertir en une force du bien qui n'a d'autre finalité que le bonheur de la nation ? 

En tout cas, pour notre part, nous pensons que le pays doit rompre radicalement avec son sombre passé et les acteurs de ce passé, quel que soit leur nom et épithètes qui s'y attachent. Si des dirigeants du passé malgré le poids des reproches et contentieux qui en font des personnages controversés peuvent prétendre à une nouvelle opportunité de remettre le pays en mode marche-arrière et qui pis est des groupes de citoyens veulent leur donner l'absolution pour y arriver, nous, nous pensons qu'il y a aujourd'hui en Haïti de bien meilleures options.

Si Haïti ne peut être que ce que ces chefs du passé en ont fait, tous les enfants qui sont à l'école et qui s'efforcent de meubler leur esprit pour servir notre pays peuvent désespérer d'y jouer un jour un rôle. Ce serait une gifle assénée à toutes ces générations de diplômés des Universités quand nous voulons leur faire comprendre qu'il n'y a dans leur rang aucune potentialité et que le passé déconstruit qui nous a donné ce pays délabré, sans souveraineté et survivant grâce à la charité internationale, est aussi l'avenir. Si le passé sans issue est aussi l'avenir, notre avenir c'est Duvalier ou Aristide. Alors nous devons comprendre dans ce cas que nous n'avons pas d'avenir.

Mais l'avenir, nous sommes confiant, ne peut en rien ressembler au refus de démocratie de la période Duvalier, ni encore moins à la tentative anachronique d'Aristide de jouir des prérogatives de Duvalier d'instaurer un régime de peur et de terreur au XXI ème siècle alors que notre vie de l'après-dictature est faite de jouissance de libertés accessibles même à ceux qui nous les ont refusées... 

L'avenir, c'est la construction démocratique basée sur des valeurs universelles, une femme, un homme une voix, des élections sans manipulation du vote, l'égalité devant la justice pour que chaque comptable d'un délit ait la certitude qu'il rendra compte, l'accomplissement des devoirs civiques, un système politique qui garantit le pluralisme idéologique et le renouvellement continu des institutions dans les délais, toutes préoccupations observées et exécutées par des dirigeants qui ont une vision de l'aménagement et de la construction du pays et dont la préoccupation est le bien-être du citoyen, quel que soit l'endroit où il se trouve sur notre territoire. L'avenir c'est la mise en place d'un système scolaire qui incorpore tous les enfants en âge d'aller à l'école, la manifestation d'une volonté continue de progrès par la mise en branle à travers le pays d'une dynamique de construction et d'efforts notables d'aménagement d'oeuvres de tout type, aqueducs, barrages, routes, hôpitaux, dispensaires, centres sportifs, bibliothèques, centres de congrès, centres culturels, des infrastructures de toutes sortes qui changent graduellement nos réalités, repousser nos retards et garantir les conditions du développement global.

Si la Constitution et nos Lois reconnaissent le droit à tout citoyen de revenir sans aucune contrainte à la terre natale, d'ailleurs il ne devait pas y avoir de citoyens en exil, cette bonne disposition de la Constitution ne s'assimile aucunement à un blanc-seing à l'impunité. C'est dans la capacité de notre société à imposer l'égalité de tous les citoyens dans la justice que nous commencerons véritablement à ériger une société de droit. Regarder nos anciens dirigeants accusés de tous les maux du pays dans le blanc des yeux et aller les accueillir à l'aéroport à coups de vivats, les présenter comme des victimes en mettant un doigt dans la plaie de leurs victimes ou de leurs survivants serait un mauvais signal qui encouragerait tout futur détenteur du pouvoir à reproduire le même schéma de violation systématique des droits des Haïtiennes et des Haïtiens. 
Il est facile de se faire le porte-étendard de la réconciliation nationale ou du désintéressement citoyen, mais oublier les douleurs et les souffrances, les disparitions de parents, la destruction des biens des particuliers et du commerce sont plus difficiles...

Entre 1986 et 2004, la vie nationale a connu des rebondissements et des crises multiples. L'après-Duvalier a vu la difficulté de mettre en place une société d'intégration sur la base de la justice sociale et de la garantie à la majorité des services essentiels. Nous avons eu trois crises majeures le 29 novembre 1987 avec le massacre des votants à Port-au-Prince et ailleurs, le 30 septembre 1991 avec le coup d'État militaire renversant le Président Jean-Bertrand Aristide et la troisième, à l'issue de la fraude électorale du 21 mai 2000. Nous faisons l'économie d'autres crises de moindre envergure de la période transitoire comme celle de l'opposition Casernes Dessalines/Palais National sous le Général Prosper Avril et du mouvement populaire qui a remporté le même Général-Président, les événements qui ont précédé la période mentionnée et qui ont abouti le 11 septembre 1988 à l'incendie de la Chapelle de Saint Jean Bosco à La Saline et entrai

JACQUES MALI

unread,
Feb 17, 2011, 5:05:19 PM2/17/11
to tout-...@googlegroups.com, Haiti-...@yahoogroupes.com, grands...@yahoogroups.com, haitico...@yahoogroups.com, VIN...@yahoogroupes.fr, haitiant...@yahoogroups.com, forumc...@googlegroups.com
A Emmanuelle Gilles et Roselor Francois,
Je poursuis avec mon texte interrompu precedemment.
Ayant identifie les medias faisant parti de l'ANMH, Je continue en
identifiant certains proprietaires et directeurs de la salle des nouvelles
de ces medias:
Richard Widmaier, Wendel Theodore, Nancy Rov pour Radio Metropole.
Valery Numa et Daly Valet pour Radio Vision 2000.
Liliane Pierre Paul et Marvel Dandin pour Radio Quisqueya.
Jacques Sampeur Pour Radio Antilles International.
Michel Soucar pour Radio Signal FM.
Et enfin Herold Jean Francois pour Radio Ibo.
Qui me fera croire que ces journalistes, creme de la creme, sont des corrompus? Je ne le crois pas. 
Sont-ils des agents de construction democratique?
Cette question sera repondue au questionnement #3 de Roselor.
Il n'est que d'attendre.
 
Questionnement  #2
Publications sonores, videos, ecrits pour documenter la periode 1957-1986? 
De la presse, en verite, on n'a eu que ca depuis 1986.
La faute n'en revient pas a la presse. Je vois Liliane Pierre Paul victime elle meme des Duvalier s'en plaindre, mais je ne vois pas pourquoi.
La Presse haitienne ne  devrait pas se culpabiliser. Il n'y a vraiment pas de quoi.L'apres 1986, avec cet acquis democratique qu'est devenu la liberte de la parole, tout a ete dit et redit sur le regne des Duvalier. Si aujourdh'ui des jeunes crient Vive Duvalier, de quoi scandaliser les
victimes, les explications se retrouvent plutot dans la conclusion du texte d'Emmanuelle que je reprendrai a la fin en reponse a votre echange avec elle.
On y reviendra a ces explications dans  ma conclusion.
 
QUESTIONNEMENT #3
Quand est-il du role de la Presse dans ce profond sommeil?
N'est elle pas le Watch Dog pour la societe?
Je ne sais pas Roselor si vous avez eu l'opportunite d'etre en Haiti
pour ecouter les emissions d'antenne libre de Jacques Sampeur,
Lague'm Pou'm Pale de Valery Numa et de Daly Valet.
L'emission de Marvel Dandin les apres midi.
L'emission de Nancy Roc les samedi.
Et enfin l'emission  Questions/Reponses d'Herold Jean Francois le vendredi.
Je vous assure que tout est dit. Analyses, participation des auditeurs y compris ceux de la diaspora sur la politique. Cela se passe chaque jour.
Ces messieurs dames font un excellent travail sur toute la ligne.
Je vous invite a appeller Herold Jean Francois un de ces vendredi apres midi pour y discutter de vos questionnements, et vous verrez qu'en bon democrate et avec sa patience reconnue qu'il vous repondra gentiement,
faisant face a vos critiques.
Maintenant, si Emmanuelle par exemple s'attend a ce qu'il dise aux auditeurs de ne pas aller voter Sweet Micky parce qu'il serait immoral,
alors certainement, elle sera decue. Un Herold Jean Francois comprend qu'un Michel Martelly a de fortes chances d'etre elu, Et a ce titre si tel est le cas, d'essayer de construire avec Michel Martelly la construction d'une nouvelle Haiti. Franchement, ces emissions sont ce qu'il y a de mieux pour construire une societe democratique. Les responsabilites des deviations democratiques ne sont pas dues a l'ANMH mais plutot a l'ineducation de nos concitoyens et aux irresponsabilites de nos Dirigeants.
Ces emissions contribuent enomement a l'education et a la formation des auditeurs Une universite en quelque sorte.
 
 
Questionement #4
L'emergeance de nouveaux leaders.
Qui a t'il en tete?
Il a en tete de nouveaux leaders responsables imbus de leur sens de responsabilitesvis a vis de la Nation.
Les candidats actuels?
Qui sait? mais surtout pas des Duvalier et des Aristide comme il le dit dans son texte. Ni Aristide ni Duvalier.....
 
Questionnement #5
Nous avons besoin de ruptures pour avancer en tout-
Tu deduis Roselor que c'est une excellente conclusion venant de Mr
Jean Francois, et tout de suite apre tu t'en prends encore a cette Presse, voulant qu'au Ni Aristide, Ni Duvalier du journaliste soit ajoute aussi
Ni la Presse haitienne .
Je suis tout a fait en dessacord avec toi. Si il ya une seule chose qui marche en Haiti et qui fait un travail serieux, c;est bien la Presse haitienne, celle de l'ANMH precisement. Je n'exclus pas qu'il n'y aie pas de medias en dehors de l'ANMH qui ne fait pas un bon travail, mais j'affirme
que la Presse ANMH fonctionne bien et peut etre fier du bon travail accompli.
Je reconnais qu'il y a aussi de la mauvaise Presse en Haiti, mais elle ne se retrouve pas dans l'ANMH.
( je ne fais pas parti de l'ANMH, mais il faut donner a Cesar ce qui est a Cesar)
Tout ce qui se fait en Haiti n'est pas necessairement mauvais, Roselor.
C'est une erreur de le croire.
Tu sais, avec les progres de la technologie, il est possible maintenant de se brancher a tout moment en direct sur ces stations de radio haitiennes.
Je te le recommende vivement, et la tu te ferais une meilleure idee  de l'excellent travail que realisent ces medias de l'ANMH.
Tu t'es trompe sur leur contribution a l'elan democratique impulse et je t'exhorte a te brancher dorenavant pour mieux comprendre ce qui se passe dans les medias haitiens Les Medias haitiens de l'ANMH jouent leur role en Haiti.
Il faut bien le comprendre.
 
Vu que j'ai ete deja tres long, je ne m'attarderai pas d'avantage sur vos considerations de Duvalier etant le passe et Aristide le present avec un role a jouer, mais je terminerai en empruntant la conclusion d'Emmanuele a savoir: " Si le texte du journaliste a fait ressortir une conscience avise et eclairee de notre situation actuelle, votre declaration sur l'incontournable Aristide, n'a fait que fermer les portes une fois de plus pour que des journalistes en herbe puissent decemment assurer leur role. Nos Chefs d'Etat commencant par Duvalier, Aristide et Preval ont toujours ete l'obstacle beaucoup plus que des gens comme Herold Jean Francois qui a evolue dans une societe a ecole de pensee ou la mediocrite, la survie et le laxisme
priment sur toute autre pensee."
Bien dit Emmanuelle.
C'etait la, chers Amis, mes reflexions sur vos echanges.
Je vous en remercie.
Cordialement,
Jacques Mali.

 

Emmanuelle Gilles

Entre 1986 et 2004, la vie nationale a connu des rebondissements et des crises multiples. L'après-Duvalier a vu la difficulté de mettre en place une société d'intégration sur la base de la justice sociale et de la garantie à la majorité des services essentiels. Nous avons eu trois crises majeures le 29 novembre 1987 avec le massacre des votants à Port-au-Prince et ailleurs, le 30 septembre 1991 avec le coup d'État militaire renversant le Président Jean-Bertrand Aristide et la troisième, à l'issue de la fraude électorale du 21 mai 2000. Nous faisons l'économie d'autres crises de moindre envergure de la période transitoire comme celle de l'opposition Casernes Dessalines/Palais National sous le Général Prosper Avril et du mouvement populaire qui a remporté le même Général-Président, les événements qui ont précédé la période mentionnée et qui ont abouti le 11 septembre 1988 à l'incendie de la Chapelle de Saint Jean Bosco à La Saline et entrainant la chute du Général Henry Namphy qui n'était plus Chouchou, entre autres... Notre pays a souffert deux grandes commotions sociales le 30 septembre 1991 et le 29 février 2004 autour de la même figure. Cela ne suffit-il pas? Sommes-nous assez sadomasochistes pour prendre à chaque fois la même option de blocage ? D'ailleurs, l'incapacité des uns et des autres de rompre avec le vieux système et d'offrir un modèle différent a eu pour effets de réhabiliter le duvalierisme décrié. La phrase désabusée d'une dame dans une émission à lignes ouvertes après le retour le 16 janvier dernier de l'ancien Président à vie Jean-Claude Duvalier dans le pays:''nou telman pa regle anyen pandan 25 an, nou fè sa ki pa te bon di tou pase pou pi bon...''Lavalas, dans son comportement et ses attitudes a amené à la conclusion que les pratiques politiques, en Haïti, ne changent pas d'un régime à l'autre et que dans ce domaine c'est ce que Jean-Thomas Cyprien appelle le ''match nul''. De Duvalier à Préval en passant par les régimes militaires de la trop longue transition, il y a très peu de différences entre les hommes qui se sont succédé au pouvoir. La même absence de vision, la même intolérance, la même incapacité d'accepter les critiques et l'opposition, la même propension à se maintenir au pouvoir par des moyens détournés et des coups fourrés, les multiples crises de cette transition sont autant d'exemples et d'illustrations de ce phénomène du'' match nul''...

Défauts de mémoire, mais acteurs récents...

Si les jeunes qui crient vive Duvalier dans les rues scandalisent les victimes et les parents des victimes c'est parce que notre société n'a pas assez documenté la période 1957-1986 par des publications sonores et vidéos, des écrits comme le déplore à juste titre, notre soeur Liliane Pierre-Paul. Mais Aristide, c'est l'histoire contemporaine, le GNB, c'était hier. Tous ceux qui font preuve de défaut de mémoire quant au régime des Duvalier ont peut-être l'excuse de l'âge. Il y en a qui n'avaient pas encore vu le jour à la chute de la dictature le 7 février 1986 ou qui étaient encore dans les langes à cette période. Mais ceux-là ont connu les années Aristide, ils ont vécu adolescents les moments d'apothéose du 16 décembre 1990 tout comme ils ont vécu les contrecoups du 30 septembre 91, blocage du pays, pertes de jours de classe, embargo, manifestations, déferlement de violences du FRAPH, l'arrogance des putschistes et de leurs alliés, le déchirement du retour, la nouvelle occupation, les assassinats et exécutions des partisans des militaires, la perte de souveraineté, le vol du 21 mai 2000 et le boycott du 26 novembre 2000, le revirement d'Aristide investi le 7 février 2001, la résistance de l'opposition, la crise politique issue de cette indigestion de pouvoir, la 47ème Législature contestée, les laideurs parlementaires de ladite législature dont les deux Chambres étaient transformées en une bourse de valeurs où la dignité ne siégeait pas... Ils ne sont pas près d'oublier et la nation avec, la grande fracture de cette période, le coup fourré du 17 décembre 2001 contre l'opposition, les sièges de partis et les résidences des leaders, l'hypothèque grevée sur la célébration du bicentenaire de notre Indépendance, les manifestations de rue le jour de Noel 2003 et le Jour de l'An 2004, la répression des manifestations par la police vouée pieds et mains liées au régime, la violation de l'enceinte de l'Université d'État le 5 décembre 2003, les sorties contre les installations des médias le 12 janvier 2004, ils ont certainement encore à l'esprit, l'arrogance des partisans du régime lavalas suite à sa deuxième déchéance le 29 février 2004, l'Opération Bagdad et les têtes coupées jetées à des carrefours de grande circulation pour terroriser la nation. Toute chose issue de la transformation rampante du mouvement populaire perverti du militantisme sincère et spontané en une mutation dangereuse vers de multiples formes de banditisme. Ceux qui parlent de trahison n'exagèrent pas, car si les choix et le leader étaient différents, Jean-Bertrand Aristide aurait été la rampe de lancement du changement, de la modernisation et du progrès haïtien. Dommage pour Haïti, car loin de là, Aristide nous a fait perdre notre temps, des opportunités, à la place du progrès économique et social nous accumulons plus de retard et pire, nous avons aussi perdu notre souveraineté en faisant l'étranger s'installer comme tuteur-protecteur et arbitre de nos inlassables conflits...

Si les jeunes de moins de trente ans semblent assez incultes en histoire jusqu'à applaudir Duvalier, c'est parce qu'ils n'ont pas lu les livres témoignages sur les cachots infernaux de Duvalier, c'est parce par défaut de la constitution de la mémoire, des archives et de la documentation publique de ces trois décennies de pouvoir autoritaire et dictatorial, Fort-Dimanche ici et Fort Saint-Michel au Cap-Haïtien et d'autres centres de tortures et d'exécution d'opposants à travers le pays n'ont pas été préservés pour héberger des musées du souvenir de cette période de terreur. Ils n'ont pas entendu l'histoire orale sur ce qui s'est passé à Casale avec les jeunes militants du mouvement communiste, ils n'ont jamais sans doute entendu parler de l'exécution des dix-neuf officiers de l'Armée le 8 juin 1967, ni des sorties sanguinaires appelées '' les Vêpres de Jérémie'' contre certaines familles, ni de l'exécution de Drouin, Numa et des autres braves de ''Jeune Haïti''. Ils ne connaissent sans doute pas le nom de Richard Brisson dont les photos les poignets attachés d'une corde révèlent qu'il a été capturé vivant mais pourtant présenté mort sur le front dans des échanges avec l'Armée dans le Nord-Ouest... Ils doivent ignorer les noms de certains sbires du régime qui avaient droit de vie et de mort sur les citoyens, droit dont ils ne s'en privaient pas... Personne n'a dû leur avoir conté la peur, les sueurs froides et le stress vécus par les familles à la vue des sombres DKW a Port-au-Prince, de la Patrol blanche de la Préfecture du Cap vers la fin de la décennie 60 dans lesquels circulaient ces marchands de la mort qui espionnaient, surveillaient, traquaient les ''yeux inconnus''... Le système à part de très rares cas n'a pas su ou voulu demander des comptes immédiatement après le 7 février 1986, car tout jugement du duvaliérisme était aussi le jugement des nouvelles autorités successeurs de Duvalier...

Cette méconnaissance du régime des Duvalier et de ses exactions n'est pas pareille dans le cas du régime Lavalassien. Les jeunes de la tranche d'âge en question ont été témoins et dans bien des cas, acteurs de la période Aristidienne. Les noms des protagonistes ont dominé la scène et tous les hommes de mains, les militants de la base qui ont semé la terreur pendant la période 2001-2004 sont des figures connues. On les a tellement vus à la télé et à la tête de toutes les mobilisations en faveur du régime qu'ils sont devenus familiers de l'opinion publique. Ils sont les acteurs de l'histoire immédiate, l'histoire que nous avons vécu hier et ils continuent de s'illustrer aujourd'hui de la même façon...
Il est certain que dans vingt-cinq ans, si nous continuons à délaisser le devoir de mémoire, leurs enfants ne sauront rien de ces tristes personnages. Et eux, parents, déploreront comme on le fait aujourd'hui la déconstruction des archives pour restituer le vécu social et politique des actuelles périodes...

Terrorisme d'État/ État délinquant

Ni Duvalier ni Aristide ne sont la solution aujourd'hui. Ils ont eu leur tour et partagent quelque part la responsabilité de l'état actuel du pays. Après trente ans de pouvoir, au départ de la dictature, le pays trainait un taux d'analphabétisme de 80%, pas de logements sociaux et tout se concentrait à Port-au-Prince aujourd'hui victime de cette centralisation à outrance. Après Duvalier, on n'a pas construit de nouvelles infrastructures d'envergure pour mettre le pays sur la voie du développement. Les tenants de l'heure ont préféré semer la discorde qui leur est retourné à la figure comme un boomerang. Aucun acquis social, aucun projet de modernisation, aucune volonté de rupture évidente avec le système. Le modèle duvalierien demeure le moule à modeler du comportement des détenteurs de pouvoir avec en moins la répression et en plus la jouissance des libertés publiques qui sont des acquis irréversibles. La grande majorité si elle est devenue citoyen avec la jouissance de son droit de vote après Duvalier n'a pas pour autant accès aux services de base. La vie continue d'être infecte dans les bidonvilles qui sont devenues la porte d'entrée des zones jadis élégantes mais défigurées par la présence du commerce informel tous azimuts des masses qui siègent à côté et dont le moyen de survie est la vente de toutes sortes de produits recyclés, des vêtements aux matelas et à l'inimaginable... Voilà Haïti de Duvalier à Aristide, aucune évolution quant à la manipulation des masses jadis macoute et désormais chimè avec une évolution qui va du militantisme bon enfant des premiers moments de 91 au grand banditisme et au crime organisé comme on l'a vécu dramatiquement pendant la période connue sous le nom d'Opération Bagdad avec des bandits qui terrorisaient le pays dans des fiefs baptisés zones de non droit... Et tout un cortège de crimes jusque-là restés impunis...L'impunité, la mamelle de l'insécurité qui va d'une simple velléité de délinquance à la pure expression du terrorisme d'État sous Duvalier et de l'État délinquant sous Aristide.

Produits expirés / effets nocifs...

Haïti doit sortir de cette léthargie dans laquelle des dirigeants incompétents l'ont plongée et faisant que même la fonction de réfléchir est sous-traitée avec les tuteurs de la communauté internationale. Les anciens dirigeants qui n'ont pas eu le souci du progrès de notre pays et de notre peuple sont comme des produits avariés dont l'usage est déconseillé à cause des effets nocifs sur notre santé. Quand un produit arrive à expiration, indépendamment de la date où on l'a acheté sans l'avoir mis à contribution à temps, nous n'avons d'autre choix que de le jeter à la poubelle ! On pourra médire autant que l'on veut de la classe politique et des limites de ses leaders. Si elle a certes besoin de se renouveler, autant favoriser dans ses rangs ou hors de ses rangs, l'émergence des nouvelles figures aptes à diriger notre pays selon de nouvelles aspirations et une nouvelle vision plus en conformité avec notre siècle et conformément aux besoins de changement de la nation entière. Nous avons dans les nouvelles générations de bien meilleures options que le recyclage d'anciens leaders dont nous connaissons déjà le profil et que l'on a vu assez longtemps à l'oeuvre pour connaître leur degré d'utilité... Haïti, aujourd'hui doit avoir les yeux fixés sur son avenir san gade dèyè...Nous avons besoin de ruptures en tout pour avancer autrement...

 
     
 

   



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