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Pendant longtemps, nous avons voulu croire que la violence des groupes armรฉs avait une gรฉographie prรฉcise. Nous lโavons enfermรฉe dans les brousses lointaines, dans les zones rouges, au-delร de frontiรจres poreuses, ou dans les noms devenus familiers des communiquรฉs sรฉcuritaires. Nous avons pensรฉ, souvent ร tort, quโelle vivait loin de nous ; quโelle appartenait exclusivement ร Citรฉ-Soleil, ร La Saline ou ร certaines poches de Bel-Air, mais pas ร nos rues, pas ร nos concessions, pas ร nos habitudes. Ce mirage optique s'est effondrรฉ. C'est l'invraisemblable qui devient le vrai ; c'est l'irrรฉel qui dicte dรฉsormais notre rรฉalitรฉ.
La violence d'aujourdโhui ne se rรฉsume plus au fracas des armes ou aux colonnes de fumรฉe aperรงues au loin. Elle s'avance vers nous ร bas bruit. Elle sโinfiltre dans nos quartiers par la drogue, par les rรฉseaux criminels, par lโargent sale, par la banalisation de lโillรฉgalitรฉ, par les complicitรฉs silencieuses et par lโindiffรฉrence collective. Elle ne porte pas toujours un treillis. Elle ne crie pas toujours son nom. Parfois, elle prend le visage ordinaire du voisin discret, du revendeur de poison, du passeur dโinformations ou de ce relรขchement moral que lโon finit par tolรฉrer.
Cโest cela, le grand basculement : le front intรฉrieur est dรฉsormais une rรฉalitรฉ. La sรฉcuritรฉ nationale nโest plus seulement une affaire de frontiรจres ร dรฉfendre ; elle est aussi une affaire de quartiers ร surveiller, de familles ร protรฉger et de jeunesse ร sauver. Quand des milliers de jeunes tombent dans les griffes des groupes armรฉs, ce nโest pas seulement un problรจme de police, cโest une dรฉfaite sociale en prรฉparation. Quand des rรฉseaux criminels prospรจrent dans lโombre, ce nโest pas seulement lโordre public qui vacille, cโest lโautoritรฉ mรชme de lโรtat qui est mise ร l'รฉpreuve.
Il faut donc changer de rรฉflexe. La vigilance ne doit plus รชtre perรงue comme une paranoรฏa, mais comme un devoir civique. Le brigadier, la coalition des auto-dรฉfenses, les commerรงants, le chef de quartier, les parents, lโenseignant, le voisin : chacun devient un maillon de la dรฉfense nationale. Non pas pour cรฉder ร la dรฉlation aveugle, mais pour refuser lโindiffรฉrence complice.
Le temps oรน lโon regardait la violence armรฉe comme un spectacle lointain est rรฉvolu. Elle commence dรฉsormais au pas de notre porte, lร oรน se joue en silence une part dรฉcisive de lโavenir du pays. Si nous ne protรฉgeons pas nos rues, nos familles et nos enfants, dโautres viendront imposer leur loi ร notre place, et nous finirons par perdre tout ce qui nous est cher. Qui que vous soyez, oรน que vous soyez, quoi que vous fassiez, devenez un dรฉfenseur de l'avenir en disant : non ร la violence ! Oui ร une nouvelle Haรฏti, prospรจre et solidaire.
Lโheure nโest plus ร l'observation passive ni ร la rรฉsignation. Face ร une menace qui a brisรฉ ses anciennes digues pour s'infiltrer au cลur mรชme de notre quotidien, le sursaut doit รชtre collectif. Rebรขtir Haรฏti ne se fera pas par dรฉcret, mais par la rรฉappropriation de nos espaces communaux, le refus de la peur et la restauration du lien social. En opposant une barriรจre civique infranchissable ร la terreur, nous ne faisons pas que dรฉfendre nos quartiers : nous jetons les bases d'une nation souveraine, juste et rรฉconciliรฉe avec elle-mรชme. Le choix nous appartient dรฉsormais, car sauver notre pays, c'est d'abord sauver nos rues.
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Responsable de ressources humaines de l'organisation
#Zantray #Ayiti#
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