Les pauvres, Hippocrate et la tradition Judéo-chrétienne

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JeePeeHell22

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Jul 7, 2009, 3:30:49 AM7/7/09
to Theolib
Bonjour à tous

Il était question, sur un autre forum, du problème de ces gens à qui
se voient refusés des rendez-vous de consultation médicale parce qu'
ils sont pris en charge par la "CMU" (régulièrement ce sujet refait
surface, particulièrement sensible en région parisienne).
Et bien sûr comme souvent quand on discute de ce thème on en vient,
quasi -inévitablement à citer le serment d' Hippocrate et son
obligation de soigner les démunis.
Or si on cherche la "V.O." de ce serment, (par ex. :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Serment_d%27Hippocrate#Serment

on s' aperçoit qu' il n' est nullement fait mention de soins aux
pauvres. La seule mention de personne pour qui on travaille
gratuitement concerne le professeur et ses enfants.

Par ailleurs je n' ai pas vraiment en tête de philosophe Grec qui se
soit beaucoup préoccupé des démunis (simplement quelques passages de
stoiciens, me semble-t-il, évoquant l' esclave comme un "homme comme
toi");

et tout cela m' a donné l' idée de chercher les occurences de "pauvre"
-ptôchos- dans l' A.T et il ne semble pas y en avoir beaucoup (in
Siracide 11-12), alors qu' on a beaucoup parlé des "esclaves", de leur
libération, du shabbat qui s' applique à eux aussi, ainsi qu' aux
bêtes de somme (ils devaient apprécier d' être mis sur le même plan
(;-))

Alors çà ne daterait que de l' enseignement de Jésus , l' attention
portée aux plus démunis? ou ai-je simplement mal choisi mes mots-clef
pour la recherche d' occurences?
Ou encore les hébreux prenaient-ils le problème sous un autre angle
(par exemple la re-distribution des terres à l' occasion de l' année
"sabbatique", tous les 49 ans, si elle a jamais été réellement
appliquée...?)
bonne matinée à tous
Jeep

Pierre-Yves et Nanda Moreno-Ruff

unread,
Jul 7, 2009, 4:59:50 AM7/7/09
to the...@googlegroups.com
Bonjour JeePee,
Il est aussi possible, dans le prolongement de ton message, de
s'interroger sur les éventuelles ambiguïtés provenant des traductions
successives.
J'ai été assez fasciné, par exemple, de constater la multiplicité des
compréhensions possibles de la célèbre béatitude, connue sous la
forme : "Heureux les pauvres en esprit".
A l'extrême, certains y voient les "simples d'esprit", ce qui est
assez drôle. Mais, en général, on y voit un éloge de la pauvreté. On
peut tout aussi bien lire (ce qui me semble plus exact) : "Heureux
ceux qui se blottissent (comme des mendiants) contre l'esprit". Ce
n'est pas tout à fait pareil.
Ensuite, les évangiles ont été infléchis dans le sens de la pauvreté
(voir les récits de l'enfance, l'étable, etc.) Mais bien des exemples
soulignent que Jésus appréciait la fréquentation des riches (Lazare
chez Jean, ou encore celui qui va payer ses funérailles).
Bien sûr, on nous rebat les oreilles avec le jeune homme riche. On
oublie que le "suis-moi" est l'essentiel de la demande, et surtout
que c'est l'un des rares exemples où l'on nous dit que Jésus "aima"
quelqu'un... Je n'ai pas en tête de passage où l'on nous dise qu'il
aimait les pauvres...
Reste la question de la signification profonde de cette "attention
aux pauvres" qui se dégage peu à peu.
Si l'on adopte une logique un peu critique, on peut se demander si ce
n'est pas, finalement, une formidable arme d'oppression.
Petit extrait du livre de Séailles que nous venons de rééditer :
“Aujourd’hui, ce sont les riches eux-mêmes qui vont répétant :
‘Malheur à vous, riches, parce que vous avez déjà reçu votre
consolation.’ (Luc, vi, 24). Ils savent qu’il leur est plus difficile
d’entrer dans le royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le
trou d’une aiguille, ils le disent et ils tiennent à ce que les
pauvres le croient. Quelle meilleure manière d’obtenir la résignation
de ceux qui manquent de tout que de faire lever dans le désert de la
faim le mirage des noces éternelles !
“En fait, on ne réussit à tromper personne : tout le monde réclame
le danger d’être riche et l’honneur d’affronter les feux de l’enfer ;
tout le monde demande à remplir le devoir de charité, à prendre tout
et à rendre ce qu’il lui plaît de ne pas garder.”
Peut-être n'est-ce pas si faux.
Amitiés

Le 7 juil. 09 à 09:30, JeePeeHell22 a écrit :

JeePeeHell22

unread,
Jul 7, 2009, 6:10:54 AM7/7/09
to Theolib
1°) Ah, ce sermon des "Béatitudes"!
C 'est sûr que beaucoup , déjà, ont traduit un peu hativement par
"bienheureux les imbéciles".
En fait il faudrait déjà savoir ce qu' Il a vraiment dit, en araméen,
aux foules ce jour-là.
Si j' en crois Chouraqui déjà, le "bienheureux"/ makarioi devrait
correspondre à l' hebreu "asrai" qui a un sens plus dynamique, du
genre "en route" - alors que pour nous "bienheureux" a une connotation
"plannante/béate"-
Quant à "pauvres/mendiants quant à l' esprit/souffle" (ptôkoi tô
pneuma), on peut aussi bien dire "ceux qui sont pauvres dans leur
tête", autrement dit chez qui les biens ne font pas (trop) oublier ce
que c' est d' être pauvre (à l' opposé de celui qui "ne se sent plus"
comme on dit...).
Je me demande parfois si on ne pourrait pas traduire "ceux qui
mendient le souffle", qui sont en attente d' inspiration.

2°) les pauvres dans l' A.T.: En fait il y aurait bien Deut. 15, 7-8
"S’il y a chez toi quelque indigent d’entre tes frères, dans l’une de
tes portes, au pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’endurciras
point ton cœur et tu ne fermeras point ta main devant ton frère
indigent.Mais tu lui ouvriras ta main, et tu lui prêteras de quoi
pourvoir à ses besoins."
(Bien sûr on ne dit pas ce qu on fait pour l' indigent étranger...les
temps étaient durs)

3°) Exercice d' application de la loi (Lev 25,10-11)sur la
redistribution des terres tous les 50 ans "Vous êtes un colon très
pieux en Cisjordannie et là où vous vous trouvez, il y a 50 ans, c'
était à des arabophones Palestiniens"
Tonton, pourquoi tu tousses?
à +
Jeep

Didier Fougeras

unread,
Jul 7, 2009, 3:37:57 PM7/7/09
to Theolib
Bonjour!
En fait, si j'ose dire, le vocabulaire hébreu de la pauvreté est assez
riche... Mais sa redistribution (!) dans les traductions (à commencer
par la Septante) occulte parfois l'élément socio-économique au profit
de connotations morales (p. ex. "les humbles").
Même dans le judaïsme palestinien des derniers siècles avant J.-C.
(qui lit et écrit l'hébreu à défaut de le parler) la pauvreté se
spiritualise (sans forcément perdre son sens concret) au point d'être,
comme à Qoumrân, une auto-désignation ("les pauvres de Yahvé"); ce
qu'on retrouve encore dans la mouvance dite "judéo-chrétienne", par
exemple les "ébionites" ('eviôn étant l'un des termes hébreux
signifiant "pauvre").
On retrouve des échos (sans doute passablement déformés) de cette
problématique tout au long du NT, avec l'idée du partage des biens
associée à la communauté de Jérusalem d'une part, avec la collecte
diplomatique de Paul en faveur des (pauvres) "saints" de Jérusalem
d'autre part. Dans l'épître aux Galates, "Paul" prétend que
"Jacques" (qui représente justement Jérusalem) n'a exigé de lui qu'une
seule chose, à savoir de prendre soin des "pauvres". Et le clivage
resurgit à l'intérieur même du christianisme post-paulinien, avec
l'épître (pseudépigraphique) de Jacques, qui reproche précisément aux
Eglises qui se réclament de Paul (et qui s'appuient sur la protection
de "patrons" aisés, accueillant l'ekklèsia "dans leur maison" et lui
fournissant un statut social, dans le cadre du clientélisme de la
société romaine) de faire la part belle aux "riches" aux dépens des
"pauvres". Ajoutons à cela la "pauvreté choisie" des radicaux
itinérants, proches des cyniques, telle qu'elle apparaît dans les
synoptiques, et la "pauvreté idéalisée" à l'usage des classes moyennes
supérieures dans Luc-Actes notamment -- on a là un thème qui a
travaillé en profondeur le christianisme primitif, sans qu'il s'en
dégage une pensée (et encore moins une pratique) bien claire...
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