Je m' en lave les mains....

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JeePeeHell22

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Mar 23, 2010, 7:18:11 AM3/23/10
to Theolib
La scène est connue: Le procurateur Ponce Pilate à qui on a amené
Jésus, qu 'on veut lui présenter comme un danger pour le pouvoir de
Rome, et qui , ne trouvant pas de charge suffisante contre lui, mais
sentant bien que s' il veut avoir la paix avec ces gens qui "comptent"
à ce moment-là à Jerusalem, il va devoir quand même le suplicier, et ,
joignant le geste à la parole, dit qu' il "se lave les mains du sang
de ce juste".

ON ne peut pas dire que le Ponce aie donné là l' exemple type du
courage politique; En tout cas l' expression , on le sait a fait
florès.
Elle peut traduire, selon les circonstances, soit le découragement
après des essais infructeux de mettre fin à un conflit ("Oh et puis je
m' en lave les mains") soit même qu' on essaiera même pas se s' en
mêler.

Les connaisseurs du contexte culturel/ historique savent-ils s' il y
avait des précédents du geste de Ponce Pilate ou s' il a "inventé" le
concept (je ne sais pas pourquoi, mais çà m' étonnerait).

Et, bien sûr, ceux qu' on désigne actuellement, à propos des
évenements de 40-45 comme "Justes" sont , précisément, des gens qui ne
se sont pas "lavés les mains"....
Bien amicalement à tous.
Jeep

Pierre-Yves et Nanda Moreno-Ruff

unread,
Mar 23, 2010, 7:58:46 AM3/23/10
to the...@googlegroups.com
Bonjour JeePee,

On pourrait tout aussi bien effectuer une lecture inverse.
"Se laver les mains" n'a rien que de très banal, simple rite de purification.
Mais en disant cela, Pilate pouvait également tenter d'attirer l'attention des adversaires de Jésus sur leur responsabilité, sur le fait qu'eux, par contre, ne garderaient pas les mains propres.
Auquel cas Pilate aurait fait preuve de courage.
Cette lecture n'a rien de nouveau : si l'on trouve un Evangile selon Pilate dans la production chrétienne des premiers siècles, c'est bien que d'aucuns ont compris les choses ainsi...

Bonne journée !


Pierre-Yves et Nanda Moreno-Ruff
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michel-henry

unread,
Mar 23, 2010, 10:33:44 AM3/23/10
to the...@googlegroups.com
Mais Jésus ne devient il pas Christ que grâce à Ponce Pilate ? Dans le credo chrétien dieu en tant qu'homme ne devait il pas mourir pour nous "racheter" ?
Je pense qu'au contraire on devrait le sanctifier, puisque c'est grâce à lui que le destin de Dieu a pu se réaliser (d'ailleurs n'est ce pas un peu la même chose pour Pilate ?)

Michel

Le 23 mars 10 à 12:58, Pierre-Yves et Nanda Moreno-Ruff a écrit :

JeePeeHell22

unread,
Mar 23, 2010, 3:14:03 PM3/23/10
to Theolib
On 23 mar, 15:33, michel-henry <mhp...@wanadoo.fr> wrote:
> Mais Jésus ne devient il pas Christ que grâce à Ponce Pilate ? Dans le  
> credo chrétien dieu en tant qu'homme ne devait il pas mourir pour nous  
> "racheter" ?
> Je pense qu'au contraire on devrait le sanctifier, puisque c'est grâce  
> à lui que le destin de Dieu a pu se réaliser (d'ailleurs n'est ce pas  
> un peu la même chose pour Pilate ?)
Ben....tout dépend du sens qu' on donne au concept de "christ"; IL
semble bien que, précisément, c' est parcequ' une partie au moins des
gens qui le suivaient le considéraient dores et déjà comme "masshiah"
que çà posait un problème, surtout d' ailleurs à la "bourgeoisie en
place" du Temple. (Pilate donne l' impression de ne pas très bien
comprendre ces "histoires internes" au Judaisme).
Et bien sûr, surtout, si on se réfère à la vision "classique" qui dit
que tout a été prévu , planifié de bout en bout par D-ieu.
Mais on peut ne pas adhérer à cette explication (les théologiens du
process, si j' ai bien compris leur pensée, sont d' opinion que "tout
s' est passé comme si" D-ieu avait "récupéré en catastrophe" après
Pâques une situation qui avait dérapé tragiquement le Vendredi
précédent, en bon chef d' orchestre de jazz qui laisse faire les
chorus et a le génie de réintégrer le tout ensuite.***
(J' adore d' ailleurs cette image de D-ieu Count Basie ou Duke
Ellington)

Sinon, donc, Yves, tu es d' opinion que Ponce a fait une sorte d'
action psychothérapique en disant au lobby du temple "Cà, les cocos,
c' est VOTRE problème"...


***Ce qui fait que, selon la définition qu' on donne du "chrétien" çà
ne cadre pas tout à fait avec le credo modèle 300.2.béta; Je crains
fort d' être depuis assez longtemps un mécréant dans ce cas.

Bien cordialement
Jeep

Didier Fougeras

unread,
Mar 23, 2010, 4:56:07 PM3/23/10
to Theolib
Bonjour,
La rançon du succès populaire de certaines images comme celles-ci,
c'est qu'on perd facilement de vue le contexte très particulier dont
elles sont issues.
En l'espèce, Pilate ne se lave les mains... que chez Matthieu.
Or Matthieu présente ce trait paradoxal d'être à la fois,
certainement, le plus "juif" des évangiles canoniques, au moins quant
à son rapport à la Loi (cf. 5,17ss); et, sans doute, le plus
violemment antijudaïque (donc aussi, de fait, celui qui a le plus
largement nourri l'antisémitisme chrétien).
Ainsi la scène où Pilate se lave les mains aboutit directement à cette
terrible automalédiction collective, également propre à Matthieu: "que
son sang soit sur nous et sur nos enfants" (27,25).
C'est tout sauf un accident: Matthieu est aussi le seul à conclure la
parabole des vignerons par la sentence: "le royaume de Dieu vous sera
enlevé et sera donné à une nation qui en produira les fruits." (21,42)
Depuis l'histoire des mages (autre spécialité matthéenne), le thème
"les païens ont reçu ce que les juifs ont rejeté/perdu" est un des
principaux leitmotive de cet évangile.
Pour en revenir à Pilate, Matthieu (toujours tout seul) lui octroie,
par le truchement de sa femme, un avertissement onirique privé (27,19,
comme Joseph ou les mages dans les récits de la Nativité), qui est là
pour préparer la scène du lavage des mains, qui devient en quelque
sorte un acte de soumission à la volonté divine ("n'aie rien à faire
avec ce juste"); il supprime en outre la note peu flatteuse de Marc
15,15 ("parce qu'il voulait plaire à la foule"). "Les juifs" sont donc
rendus seuls responsables du sort de Jésus.
Un peu plus loin, pour enfoncer le clou (si j'ose dire), Matthieu
ajoutera encore l'épisode pittoresque de la garde réclamée à Pilate
par les prêtres et les pharisiens (27,62ss), puis soudoyée par ceux-ci
pour dissimuler la résurrection à Pilate lui-même (28,11)!
Il me semble donc assez clair que pour Matthieu (plus que pour Marc),
le personnage de Pilate est positif, quasi-chrétien, tendance qui
s'accentuera encore dans l'Evangile de Pierre...

Didier Fougeras

unread,
Mar 23, 2010, 5:20:12 PM3/23/10
to Theolib
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