de Noé à Cook & du vin à l' herbe

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JeePeeHell22

unread,
Jul 3, 2011, 4:25:35 AM7/3/11
to Theolib
Sauf erreur de ma part, la première fois où la Bible nous parle d'
excès de boisson, c 'est dans l' épisode (Génèse /Entête 9:20-25) qu'
il est pour lla première fois (et une des rares, en fait) question de
l' ivresse d' un homme.
Et si on lit le passage, ce n' est pas çà le problème mais l' attitude
de Cham.

Cook, c 'est Thomas Cook, qui organise un voyage pour d' autres
membres de la communauté baptiste en Angleterre dans le cadre d' une
action de dénonciation des méfaits de l' alcool.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Cook

Et qui , au passage, fait les choses si bien qu' il organise d' autre
voyages et finit par être à la tête de la première agence de tourisme.

Et c' est presque une image d' Epinal (ou un cliché du cinéma
Hollywoodien) que celle du pasteur un peu maigre et sec menant une
action de groupe contre les dangers de l' alcool , avec l' aide de sa
femme . Et poussant les hommes de loi à édicter la législation sur la
prohibition aux USA, à laquelle nous devons toute la trame des récits
héroiques de M. Eliott Ness & co.

L' herbe, c' est bien sûr le Cannabis Indica dont un pays voisin, la
Hollande tolère dans une certaine mesure le commerce, ce qui a donné
lieu récemment, outre à des discussions sur nos forums professionnels
(médicaux) sur la pertinence ou pas de suivre en France leur exemple,
étant donné le juteux traffic que cela génère et les troubles à l'
ordre public que les règlements de compte entre dealers provoquent.
Et un des éléments de la discussion était l' avis d' un hollandais,
membre apparemment d' une organisation chrétienne
http://www.reforme.net/une/societe/cannabis-quen-pensent-protestants-hollandais

Or, ce qui me frappe dans ce que j' ai eu l' occasion de lire dans la
Bible, c' est que, bien sûr il est très peu question de drogue,
puisqu' à l' époque le peu qu' on connaissait sans doute (Chanvre,
Opium?) était dans les mains de médecins et / ou de leurs aides
apothicaires et/ou de certains prêtres spécialisés en Egypte, mais
surtout qu' il n' y a pas vraiment de condamnation de la seule et la
plus ancienne drogue connue, à savoir le vin, consommé au-delà d' une
certaine quantité.
Quand Jésus à Cana, change l' eau en vin, l' objection de sa mère n '
est pas "ils sont déjà bourrés, tu vas aggraver les dégâts" mais "d'
habitude, quand ils le sont, on leur sert de la piquette et ils ne s'
en aperçoivent pas".
Ce même Jésus qui aurait été qualifié de "goinfre"....
J' ai aussi en tête un enseignement rabbinique, rapporté par Joseph
"Josy" Eisenberg dans son émission, qui disait qu' il fallait savoir
de temps en temps boire jusqu' à ne "plus distinguer le bien du
mal" (on a bien dit DE TEMPS EN TEMPS)

Bref pour le dire simplement, si je me reporte à ce que je sais du
courant REELLEMENT "Judéo-chrétien", il n' y a jamais vraiment eu de
condamnation du fait de se retrouver dans un état second.
Il y a bien les sorcières qui étaient brulées après avoir peut-être
consommé des trucs (Jusquiame, Stramoine et autres...) qui leur
faisaient croire qu' elles planaient aux coté d' un type à l' allure
de bouc, mais là non-plus, ce n' était pas la consommation le problème
qui les faisait condamner.

Alors je me suis demandé si cette mentalité qu' on a tendance à
appeler "hygiéniste" qui semble née avec l' essort de la science, fin
XIXe- début XXe siècle, ne se rattachait pas plutot au stoicisme (il
faut garder sa "maitrise de soi" pour garder sa liberté) et/ou au
platonisme ("le beau et le bien sont liés", "kallos k' agathos" et
toutes ces sortes de choses...) et /ou à la mentalité Romaine (on peut
sans doute boire, mais il ne faut pas que çà se voit le lendemain lors
du débat à la Curie, puisque la politique est la seule activité qui
vaille pour un Romain bien né...);

Alors, à vos avis, la religion chrétienne (variante "protestant
hollandais") peut-elle donner vraiment un "guide", un fil conducteur
pour ces affaires de drogue?
Au plaisir de vos avis
Jeep

Didier Fougeras

unread,
Jul 3, 2011, 7:28:37 AM7/3/11
to Theolib
Bonjour,
Je n'ai pas vraiment d'avis, mais la triangulation alcool-conscience-
politique m'a rappelé ceci qui est également "biblique" (Proverbes
31,4ss):
"Aux rois, Lemouël, aux rois le vin ne convient pas
ni aux princes l'alcool.
Car, s'ils en boivent, ils oublieront les lois
et trahiront la cause des petites gens.
Qu'on donne plutôt de l'alcool à celui qui va périr
et du vin à qui est plongé dans l'amertume.
Il boira et oubliera sa misère
et ne se souviendra plus de sa peine."
(Ce qu'on appellerait peut-être aujourd'hui un soin palliatif.)
A propos de Noé, il semble bien que l'association au déluge (qui
ferait aussi de lui un précurseur de Thomas Cook, côté croisière) soit
secondaire par rapport à celle qui lui attribue l'invention du vin
(cf. Silène). C'est à cette dernière que se rapporte primitivement
l''étymologie populaire de son nom: "Celui-ci nous réconfortera
(ynHmnw, jeu de mots sur NoaH) de nos labeurs et de la peine qu'impose
à nos mains un sol maudit par Yahvé." (Genèse 5,29)
Plus généralement, le regard que la haute Antiquité porte sur
l'ivresse et les "états seconds" est fort peu "moral" (du moins au
sens "puritain" du mot). Le "bien" et le "mal" en la matière sont une
affaire de "lieu" et de "temps", et même les "excès" ne sont dénoncés
(dans les Proverbes p.ex.) qu'avec beaucoup d'humour et de tendresse.
Je me souviens d'avoir trouvé très émouvante la supplique du juste
Dan'el (le prototype du Daniel biblique, encore écrit Dan'el dans
Ezéchiel 14 qui l'associe d'ailleurs aux "justes intercesseurs" Noé et
Job) dans le cycle ougaritique d'Aqhat, où Dan'el demande à la
divinité de lui donner un fils pour (entre autres) avoir dans ses
vieux jours quelqu'un qui puisse le ramener à la maison quand il sera
ivre...
Chez Platon encore, la valorisation du logos (en gros, de la raison
claire, diurne, apollinienne) n'implique pas l'exclusion des "états de
conscience modifiée" qui gardent leur place distincte (cf. le dialogue
du Phèdre sur les différents types de "mania", de l'érotique à la
divine). C'est en effet dans le stoïcisme qu'émerge une sorte de
totalitarisme de la conscience claire, qui va à son tour marquer
certains courants chrétiens (p. ex. Paul, contre l'"enthousiasme
charismatique", qui ne dédaigne pas l'analogie éthylique, cf. la
Pentecôte).

MH Poey

unread,
Jul 3, 2011, 7:56:33 AM7/3/11
to the...@googlegroups.com
Ce qui pourrait �tre l'une des raisons pour lesquelles certaines cultures
sont davantage attir�es par l'�vang�lisme ?


--------------------------------------------------
From: "Didier Fougeras" <sperm...@yahoo.fr>
Sent: Sunday, July 03, 2011 1:28 PM
To: "Theolib" <the...@googlegroups.com>
Subject: Re: de No� � Cook & du vin � l' herbe

> Bonjour,
> Je n'ai pas vraiment d'avis, mais la triangulation alcool-conscience-

> politique m'a rappel� ceci qui est �galement "biblique" (Proverbes
> 31,4ss):
> "Aux rois, Lemou�l, aux rois le vin ne convient pas


> ni aux princes l'alcool.
> Car, s'ils en boivent, ils oublieront les lois
> et trahiront la cause des petites gens.

> Qu'on donne plut�t de l'alcool � celui qui va p�rir
> et du vin � qui est plong� dans l'amertume.
> Il boira et oubliera sa mis�re


> et ne se souviendra plus de sa peine."

> (Ce qu'on appellerait peut-�tre aujourd'hui un soin palliatif.)
> A propos de No�, il semble bien que l'association au d�luge (qui
> ferait aussi de lui un pr�curseur de Thomas Cook, c�t� croisi�re) soit
> secondaire par rapport � celle qui lui attribue l'invention du vin
> (cf. Sil�ne). C'est � cette derni�re que se rapporte primitivement
> l''�tymologie populaire de son nom: "Celui-ci nous r�confortera


> (ynHmnw, jeu de mots sur NoaH) de nos labeurs et de la peine qu'impose

> � nos mains un sol maudit par Yahv�." (Gen�se 5,29)
> Plus g�n�ralement, le regard que la haute Antiquit� porte sur
> l'ivresse et les "�tats seconds" est fort peu "moral" (du moins au
> sens "puritain" du mot). Le "bien" et le "mal" en la mati�re sont une
> affaire de "lieu" et de "temps", et m�me les "exc�s" ne sont d�nonc�s


> (dans les Proverbes p.ex.) qu'avec beaucoup d'humour et de tendresse.

> Je me souviens d'avoir trouv� tr�s �mouvante la supplique du juste
> Dan'el (le prototype du Daniel biblique, encore �crit Dan'el dans
> Ez�chiel 14 qui l'associe d'ailleurs aux "justes intercesseurs" No� et
> Job) dans le cycle ougaritique d'Aqhat, o� Dan'el demande � la
> divinit� de lui donner un fils pour (entre autres) avoir dans ses
> vieux jours quelqu'un qui puisse le ramener � la maison quand il sera


> ivre...
> Chez Platon encore, la valorisation du logos (en gros, de la raison

> claire, diurne, apollinienne) n'implique pas l'exclusion des "�tats de
> conscience modifi�e" qui gardent leur place distincte (cf. le dialogue
> du Ph�dre sur les diff�rents types de "mania", de l'�rotique � la
> divine). C'est en effet dans le sto�cisme qu'�merge une sorte de
> totalitarisme de la conscience claire, qui va � son tour marquer
> certains courants chr�tiens (p. ex. Paul, contre l'"enthousiasme
> charismatique", qui ne d�daigne pas l'analogie �thylique, cf. la
> Pentec�te).
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