Théologie(s) de la rétribution

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JeePeeHell22

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Jul 17, 2010, 6:29:00 AM7/17/10
to Theolib
Deux réflexions sur ce thème
1°) Quand un papa ou une maman enjoint ou interdit un truc à son petit
enfant, il ne donne pas forcément de raison rationnelle à cela, il n'
y a pas forcément de "rétribution" à la clef.
l' argument "paskeueueu...point" peut-être, psychologiquement, tout à
fait valable pour un enfant disait F. Dolto.
Et je crois me rappeler que Josy Eisenberg disait qu' il ne fallait
pas s' acharner à trouver des "pourquoi" et des "comment" dans les
divers mitsvot et que, en quelque sorte D-ieu , s' il ne disait pas
"paskeueu." semblait le sous-entendre souvent. (cf fin du livre de
Job).
Et après tout il est bien dit que nous sommes tous les enfants (des
petits enfants) de D-ieu, s'pas?

2°) versions modernes , à certains égards , de la théologie de la
"rétribution"
- Tu ne mangeras pas trop gras pour ne pas faire monter ton
cholestérol (et ne vous posez surtout pas la question "quoi
cholestérol, et alors cholestérol?")
- Tu feras vacciner ton enfant bébé contre une maladie qu' il n'
attraperait peut-être qu' à l' adolescence ....
Dans nombre de ces cas les "évènements à éviter" le sont dans un
avenir lointain (+ années voire dizaine d' années) et portent en fait
sur un tout petit nombre de "victimes potentielles" sur le nombre
total.
Ce qui finit par le rapprocher du flou artistique de l' espérance de
"paradis", s'pas?
A bien des égards "Knock" est un grand ouvrage de théologie moderne
(;-))

Jeep

Didier Fougeras

unread,
Jul 17, 2010, 9:17:34 AM7/17/10
to Theolib
C'est quand même un peu le propre de la loi (et plus précisément de
l'apodictique) de ne jamais dire "parce que".
Il me semble par ailleurs que la notion de rétribution (outre la
distinction que j'ai faite dans l'autre fil, rétribution ici et
maintenant ou plus tard/ailleurs) recouvre deux choses assez
différentes: récompense/punition d'une part, conséquences heureuses ou
malheureuses d'autre part. Le patient dont le taux de cholestérol
monte va encourir la réprobation de son médecin, mais ce n'est pas le
médecin qui va lui infliger un infarctus -- même si les deux sujets de
crainte se confondent en fait dans les esprits, quand le premier ne
l'emporte pas sur le second. Et je me demande d'ailleurs si la
"violence symbolique", pour parler comme Bourdieu, n'est pas la plus
violente lorsqu'elle est détachée de toute idée de punition ET de
conséquence. Car alors c'est toute la relation qui est mise
implicitement en cause. Quand il s'agit d'un père ou d'une mère, ou de
quelqu'un qui prend d'une manière ou d'une autre une place semblable,
ça peut être infiniment plus difficile à vivre qu'une paire de baffes
ou une jambe cassée.
Pour ce qui est de la Torah, côté punition, il faut non seulement
prendre en compte la peine associée au cas par cas à un certain nombre
de transgressions, mais aussi les longues listes de bénédictions et de
malédictions attachées globalement au respect ou à la violation de
l'alliance (p. ex. Deutéronome 28--29, presque décalqué des traités de
vassalité assyriens), qui font peser une menace diffuse sur l'ensemble
des prescriptions, même celles qui ne sont pas immédiatement suivies
d'un "sinon".
Je pense que les textes bibliques s'approchent le plus d'un discours
de pur "savoir" sur les conséquences dans les textes sapientiaux
(surtout la partie centrale des Proverbes, la plus ancienne). Même si
le langage de la punition divine y apparaît ici ou là, le sage
(contrairement au prophète) ne parle pas au nom des dieux, il reste du
côté des hommes. Du coup le discours est beaucoup moins
"moralisateur". Le sort de l'ivrogne ou du paresseux est décrit avec
un certain humour et même une certaine tendresse -- toutes choses qui
échappent largement au lecteur chrétien qui approche ces textes comme
une parole de "Dieu", "Dieu" avec qui il entretient une relation
beaucoup plus affective.

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