C'est un exercice auquel se livrent de nombreux chroniqueurs : les
prévisions pour 2009. Un volontaire ? J'avoue que ça me tenterait
bien, mais il suffit de commencer pour tomber sur une réalité qui se
prête mal à ce genre d'exercice.
Peut-il y avoir une grande prédiction pour 2009, celle d'un
bouleversement majeur de l'IT, l'événement qu'il sera pour toujours
interdit d'ignorer ? C'est le syndrôme iPhone : tandis que le monde de
l'informatique évolue plutôt lentement, que les innovations mettent
des années, sinon des décennies, à parvenir dans les mains des
utilisateurs finaux, Apple a réussi à mettre sur le marché un
assemblage longtemps gardé secret, radicalement novateur, de
composants qui pourtant existaient depuis plusieurs années. Des coups
pareils, il faut avouer qu'on en rêve mais qu'on n'en voit guère, et
si on garde la tête froide -- limite gueule de bois -- on est bien
parti pour reconnaître qu'en 2009, il ne va pas se passer grand-chose.
La "crise" ne va rien changer. De l'argent a migré d'une poche à
l'autre mais il faut toujours consentir à des investissement
structurels pour préparer l'avenir. Plus beau, plus vite, moins cher,
évidemment, comme d'habitude. Aucun scoop.
Inutile de rappeler que dans ce contexte, la grande pitrerie des
développements offshore n'est pas près de s'éteindre.
La mobilité demeure le sujet dont tout le monde parle parce que le
potentiel est évident. Mais les poids lourds du marché (Nokia,
Samsung, Sony-Ericsson) continuent de produire des interfaces
lamentables. Androïd ne fait pas mieux et demeure confidentiel.
L'iPhone demeure LA plate-forme. C'est le même mouvement que pour
l'offshore : il y a une minorité d'entreprises "agiles dans leur
tête", et les autres.
Ayant mis un pied dans la porte de l'entreprise avec l'iPhone 3G,
Apple double ses ventes de serveurs.
Microsoft continue sur sa pente descendante annoncée par Vista. Ils
annoncent une console de jeu portable fin 2009.
GWT cesse de gagner des parts de marché, Wicket se renforce. Internet
Explorer recule imperturbablement au profit de Firefox et Safari.
Sortie de Java 7, et pas de closures, ouf ! Sun continue de s'enfoncer
dans le marasme avec des messages confus et décevants autour de la
plate-forme Java. JavaFX continue de monopoliser de précieuse
ressources et ne convainc personne.
Seule annonce intéressante : un soutien officiel de Scala.
En entreprise, on déploie des versions trafiquées de l'OpenJDK. Oracle
rachète GigaSpaces. La croissance de Flex s'infléchit. Google repense
sa suite bureautique et reproduit le choc de GMail. Google décline
deux applications sous la forme de client natif.
Poussière de l'histoire que tout cela. Sur un plan technologique, 2009
est une année de "consolidation" comme on dit. Mais ça ne la rend pas
moins intéressante. Ça nous laisse le temps de comprendre ce que sont
vraiment les outils dont nous disposons.
Les DSI continuent de s'étonner que développer des interfaces
graphiques coûte aussi cher. Aucune plate-forme de GUI n'émerge
encore. Je le dis, je le répète : la faute aux périphériques d'entrée
impotents que sont la souris et le clavier. N'oublions pas qu'inventer
de nouveaux paradigmes nécessite juste de redévelopper tout un parc
applicatif. Pire : cela nécessite du talent. On va inscrire le talent
dans le plan qualité, dis donc !
Les applications d'entreprise continuent de coûter un pognon démesuré,
d'une part à cause des limitations des langages impératifs, mais
surtout à cause du gap entre le SGBDR (et ses données affreusement
muables) et les langages de programmation quels qu'ils soient. Une
fois qu'on aura publiquement identifié la solution technique, il
faudra upgrader le cerveau des développeurs ce qui ne prendra pas
moins d'une dizaine d'années. Le plus dur sera de convaincre les
décideurs que l'informatique n'est pas un centre de coût mais un outil
destiné à réinventer l'organisation où ils avaient eu tant de mal à se
trouver leur petite place.
Un domaine à surveiller : le Web social. Technologiquement ça n'a pas
l'air compliqué, mais avec un ticket d'entrée très faible il y a moyen
de drainer un nombre d'utilisateurs hallucinant, donc des hordes de
développeurs s'y essayent. De quoi fabriquer de nouveaux mythes, de
nouveaux business-models, de nouvelles combinaisons technologiques.
Et ça donne qu'en 2009, le terme d'"entreprise 2.0" finit par faire
jeu égal avec "entreprise agile", avec toutefois les mêmes résultats
sur le terrain. Au niveau technologique, on a tout ce qu'il faut pour
des mélanges hallucinants avec des ordinateurs desktop surpuissants,
les Amazon Web Services et Google App Engine, les GPS embarqués, la
3G, les RFID, les téléphones qui font appareil photo, et l'iPhone
comme déclencheur.
De ce chaos émerge un nouveau modèle de revenu, en plus du paiement
indirect par la publicité, du paiement direct, et du rachat-jackpot.
C'est un premier pas vers la reconnaissance de l'état de
développeur-chef d'entreprise-artisan, décrit dans Getting Real.
Rien de technologiquement décisif, mais en 2009 il est peu probable
qu'on s'ennuie.
Quelqu'un pour dire ce que j'ai oublié ?
Bonne année, donc.
c.
Liens :
Getting Real : le plus grand bouquin sur le plus grand mythe social
après le soldat-laboureur français.
http://gettingreal.37signals.com
On pourra se délecter de la relecture des mails qui saluèrent la
présentation initiale de l'iPhone il y a deux ans :
http://groups.google.com/group/techos/browse_thread/thread/9a289691725b78c4/0e3f08701091ca01
Autres imprécations technologiques autour des SBDR, des IHM et de
l'immuabilité :
http://groups.google.com/group/techos/browse_thread/thread/3255f4ea98d96364
http://groups.google.com/group/techos/browse_thread/thread/73d371a9045cc8df
http://groups.google.com/group/techos/browse_thread/thread/0873f76a617b7ed4
2009/1/6 Laurent Caillette <laurent....@gmail.com>:
>
> Salut, bonne année à toutes et tous.
mais pareillement : mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année.
>
> C'est un exercice auquel se livrent de nombreux chroniqueurs : les
> prévisions pour 2009. Un volontaire ? J'avoue que ça me tenterait
> bien, mais il suffit de commencer pour tomber sur une réalité qui se
> prête mal à ce genre d'exercice.
Je vais déjà prendre le temps de digérer ton mail et, s'il m'en reste
un peu (du temps), peut-être tenterai-je de jouer les nostradamus.
En attendant, je te dis juste à bientôt.
--
Pascal