Le pharaon de l'Exode est le pharaon qui aurait rgn sur l'gypte antique lors de l'Exode dcrit dans la Bible. Au cœur de ce sujet se trouve le problme de l'identification de ce pharaon ainsi que l'historicit de l'Exode.
Le prophte Mose, sous le nom de Moussa, est l'un des personnages les plus souvent cit dans le Coran (136 occurrences)[10] tandis que le Pharaon de l'Exode y est prsent comme l'adversaire obstin de Dieu et Mose. Pharaon est mentionn 74 fois, seul ou suivi des noms de Hmn ou Qrn. Son comportement vil, tyrannique et hautain en fait le symbole du mcrant l'orgueil dmesur[11],[12] : Dans la Sourate 28, v.38-39, Pharaon se gargarise de sa puissance Et Pharaon dit : " notables, je ne connais pas de divinit pour vous, autre que moi. Hmn, allume-moi du feu sur l'argile puis construis-moi une tour peut-tre alors monterai-je jusqu'au Dieu de Mose [Moussa]. Je pense plutt qu'il est du nombre des menteurs" [13].
La noyade des gyptiens dans la mer Rouge est voque par deux fois. Dans la Sourate 8, v.56, il s'agit d'un chtiment rsultant de leur impit : Et il en fut de mme des gens de Pharaon, ainsi que de ceux qui avaient auparavant reni les signes de leur Seigneur et que Nous avons fait prir en punition de leurs pchs. Et Nous avons fait engloutir les gens de Pharaon, car ils ont t tous coupables [14],[15]. Dans la Sourate 10, v.87-92, Pharaon voyant venir la mort par noyade se soumet in-extremis la puissance vritable de Dieu. Mais son repentir de mourant ne le sauva pas car Dieu jugea sa conversion trop tardive. Il prserva toutefois son corps[16]. D'aprs le commentateur Abdullah ibn Abbas, cousin et compagnon de Mahomet, les Hbreux doutant de la mort de Pharaon, Dieu envoya Gabriel tirer son corps hors des eaux afin de l'exposer leurs yeux[17]. Les deux auteurs du Tafsr Al Jalalayn expliquent que les Isralites ont vu le corps du Pharaon mort et que ce cadavre a t pour eux la preuve de la toute puissance divine[18]. Sa mort, raconte par les histoires des prophtes, reprennent des lments d'une lgende juive inspire du Cantique des Cantiques[19].
Selon le Coran, les Isralites ne sont pas des trangers mais des gyptiens que Pharaon aurait spars du reste de la population. L'islam naissant aura tendance rajouter de nombreux lments fictifs autour du rcit biblique ou de ce personnage, en particulier, par le fait de lui donner un nom arabe al-Walid b. Mus'ab. Pharaon est associ aux grands btisseurs de la mythologie arabe[19].
Au IIe sicle avant notre re, l'historien juif Artapan d'Alexandrie s'est essay narrer la vie des patriarches Abraham, Joseph et Mose. Cette œuvre est l aussi perdue mais elle a t compile par Alexandre Polyhistor et recueillie par Eusbe de Csare dans la Prparation vanglique (Livre IX, 28)[40]. Mlant des thmatiques bibliques, gyptiennes et hellnistiques, Mose apparat comme un personnage la vie romance. Comme chez Manthon, l'existence de l'homme est situe dans le temps, mais contrairement lui, Artapan esquisse le portrait d'un sage, d'un initiateur et d'un fondateur. En le rapprochant du dieu Thot-Herms, il lui attribue ainsi l'invention de l'astronomie, la division de l'gypte en trente-six nomes, la cration de l'criture hiroglyphique, le culte des animaux sacrs, , etc.[41].
Dans sa version, Artapan ne donne pas le nom du pharaon de l'Exode. Cependant, il donne plusieurs dtails propos de la famille royale gyptienne qui a accueilli auprs d'elle l'enfant Mose (Moyson):
Palmanoths eut une fille, Merris, qu'il maria un certain Khenephrs, lequel rgnait sur la rgion situe en amont de Memphis - car il y avait alors de nombreux rois en gypte -, et comme elle tait strile, elle adopta un enfant d'origine juive, qu'elle appela Mose
Le nom de Palmanoths est manifestement fictif. Il s'agit peut-tre d'une rfrence au troisime mois de la saison Akhet - Phaminoth dans le calendrier nilotique - issue de l'expression gyptienne Pa-en-Amenhotep, c'est--dire le (mois) d'Amenhotep . Toutefois, un nom royal est compris dans cette expression. Il s'agit d'un hommage au pharaon Amenhotep Ier, qui aprs sa mort a t divinis dans la rgion thbaine. De plus, Flavius Josphe place l'Exode le mois suivant, le quatorze Pharmouthi, mois que les Macdoniens appellent Xanthicos et les Juifs Nissan (Antiquits juives, Livre II, 14-15)[43]. Et, plus haut dans son rcit, Josphe donne le nom de Thermouthis la mre adoptive de Mose (Livre II, 9). Or, il s'agit l de la transcription grecque de l'gyptien Rnnoutet, desse laquelle est ddi le mois de Pharmouthi - Pa en Rnnoutet[44].
Le nom du roi Khenephrs pose tout autant de difficults. Il pourrait s'agir du Nom de couronnement Khaneferr La beaut de R est apparue de Sobekhotep IV, un obscur reprsentant de la XIIIe dynastie (fin du XVIIIe sicle)[45]. Cependant, il est tout aussi possible d'y voir la transcription du nom Khenemibr Celui qui embrasse le cœur de R d'Ahmsis II, un roi de la XXVIe dynastie qui a rgn entre les annes 571/570 et 526 av. J.-C. ; soit en plein dans l'exil babylonien des Juifs. Cette seconde possibilit est en contradiction flagrante avec la tradition biblique qui situe l'Exode bien plus tt[42].
Maints travaux sur l'historicit de l'Exode ont t publis. Il n'y a pas lieu ici d'en faire le catalogue complet[n 2]. Depuis plusieurs dcennies, l'exgse biblique est confronte deux tendances majeures et contradictoires ; la perspective maximaliste et la perspective minimaliste [47].
En contradiction avec la prcdente, la perspective minimaliste met en doute l'historicit du rcit l'Exode. Les avis sont plus ou moins prononcs selon les auteurs mais les hypothses mises par leurs adversaires maximalistes sont gnralement souponnes d'orientation concordiste, voire fondamentaliste[57]. En 1992, l'gyptologue canadien Donald B. Redford, fait remarquer que si la Bible reflte, peut-tre, la ralit du Nouvel Empire (XVIIIe et XIXe dynasties), les dtails les plus vocateurs se rattachent mieux au contexte gyptien de la XXVIe dynastie. Les pharaons Psammtique Ier et Nkao II ont pris pour modle leurs prdcesseurs ramessides et ont conduit des grands travaux de construction dans l'est du Delta ; par exemple la construction de Sas, leur capitale. De cette poque remonte aussi la construction de la ville de Pithom mentionne avec Pi-Ramss en Exode (1, v.11). Il en va de mme du fort militaire de Migdol. Un faisceau d'indices laisse ainsi penser que la version dfinitive du rcit a pris forme au cours de la seconde moiti du VIIe sicle et de la premire moiti du VIe sicle. De toute vidence, les rdacteurs ont puis dans des traditions orales ou crites plus anciennes ; peut-tre partir de vague souvenirs d'une migration en gypte depuis Canaan, suivie d'une expulsion du delta lors du deuxime millnaire avant notre re[58]. Quelques annes plus tard, en 2001, les archologues israliens Neil Asher Silberman et Isral Finkelstein, spcialistes de cette priode, s'inscrivent dans ce sillage et popularisent cette thse dans leur best-seller La Bible dvoile[59]. Peu avant, en 2000, l'gyptologue l'allemand Rolf Krauss expose sa conviction absolue de la non-historicit de la narration de l'Exode. Il s'agirait d'une fiction forge par les Jahvistes sous la domination perse. Dans cette entreprise littraire, le destin de l'usurpateur Amenmes en conflit avec le pharaon Sthi II aurait servi de modle d'inspiration au personnage de Mose[60].
Le livre de l'Exode ne situe pas les vnements qu'il rapporte dans le temps. D'aprs le Premier Livre des Rois (6, v.1) : Ce fut la 480e anne aprs la sortie des enfants d'Isral du pays d'gypte que Salomon btit la maison de l'ternel, la 4e anne de son rgne sur Isral, au mois de Ziv, qui est le second mois [61]. Selon divers recoupements entre textes bibliques et assyriens, le dbut du rgne de Salomon est fix l'an 970 av. J.-C., ce qui place l'Exode 1446 av. J.-C.[62]. Cette date est peu prs corrobore par une autre indication. Le livre des Juges (11, v.26) rapporte une lettre de Jepht au roi des Ammonites qui dit que voila 300 ans qu'Isral habite Hesbron, Aroer et dans les villes de son ressort [63]. La judicature de Jepht n'est pas fixe une date prcise mais, selon les estimations, elle dbute entre les annes 1130 et 1073 av. J.-C. Ceci implique que la tribu de Ruben occupe les bords de la rivire Arnon, depuis environ l'an 1400 av. J.-C.[64] Ces deux donnes, interprtes d'une manire littrale et dogmatique, fixent l'Exode au XVe sicle avant notre re.
Cependant, ds l'Antiquit, un certain flou est entretenu sur la datation de l'Exode. Au IIIe sicle, les Septantes, en traduisant la Torah de l'hbreu vers le grec, ont lu 440 annes au lieu des 480 rapportes en 1 Roi (chap. 6, v.1), soit une diffrence de 40 annes[65]. Au Ier sicle, l'historiographe Flavius Josphe donne deux chiffres diffrents. Dans ses Antiquits judaques (Livre VIII.3.1), il rapporte un cart de 592 annes[n 5] tandis que dans son Contre Apion (Livre II.2.19), il parle de 612 annes[n 6],[66].
Plus connus sous la forme grecque de Hykss , les Heqa-khasout (prince des pays trangers, princes pasteurs), sont des populations smitiques installes en Basse-gypte autour de la ville d'Avaris durant la Deuxime Priode intermdiaire (environ, entre 1650 et 1539 av. J.-C.). Cette prsence trangre en gypte s'est manifeste de plusieurs manires ; contrle absolu du Delta oriental (XVe dynastie), chefferies vassales dans le reste de la Basse-gypte (XVIe dynastie), collaborateurs gyptiens en Moyenne-gypte, surveillance de la Haute-gypte tenue par la dynastie thbaine par des garnisons sur des points stratgiques (Gebelein) et par un accord d'alliance conclu avec les Nubiens. Le rgne de la dynastie Hykss s'tend sur une centaine d'annes et ne succombe face aux Thbains qu'aprs une difficile lutte de libration commence par les pharaons Sqnenr Ta et Kamos puis termine par Ahmsis Ier. La documentation gyptienne a noirci l'extrme cette prsence smitique[73] :
L'archologie incite plus de nuances. Dans Avaris et sa rgion, les Hykss ont impos leur civilisation ; culte des divinits cananennes (Baal, Astart), sacrifice de l'ne, spultures dans les habitations. Des pillages de ncropoles sont attestes mais les Hykss n'ont pas mpris la civilisation gyptienne. Leurs souverains ont adopt la titulature pharaonique, ont usurp des statues et des monuments et ont protg la culture et les sciences[73].
c01484d022