Subject: REVUE DE LA PRESSE REALITES 20122007 INTERVIEW DU PDG DE LA
CNAM
M.
Naceur El Gharbi, Président-Directeur Général de la Caisse Nationale
d’Assurance-Maladie : “ L’intox c’est de croire que la CNAM oblige les gens à
passer par le médecin généraliste ”
Six mois après le démarrage de la réforme de l’assurance-maladie,
qui pour cette année ne concerne que la prise en charge de la grossesse et de
l’accouchement, celle des maladies chroniques et lourdes et une première liste
d’hospitalisation, nos concitoyens se demandent si , comme prévu, cette réforme
va toucher les soins en ambulatoire. Par ailleurs, ils se demandent aussi si le
rendez-vous annoncé pour le mois de mars 2008 sera respecté.
C’est le
mois où tous les affiliés auront à choisir leur mode de prise en charge médicale
en choisissant l’une des filières de soins proposées. En effet la CNAM propose
une filière de soins publics, à l’hôpital, une deuxième appelée “ parcours de
soins coordonnés ” et enfin celle du remboursement des frais de soins à
l’affilié. Pour en savoir plus, nous avons interrogé M. Naceur El Gharbi,
Président Directeur-Général de la CNAM, qui a accepté de donner cette interview
exclusive pour Réalités.
La CNAM vient de signer deux
conventions, l’une avec le Syndicat des médecins spécialistes libéraux et avec
l’Union des mutuelles Est-ce que la boucle est bouclée, sinon que reste t-il
pour avoir la totale ?
On ne va pas dire que la boucle est bouclée,
mais une boucle est bouclée parce que la réforme est un processus continu et
chaque étape permet d’avancer, d’élargir et d’améliorer la couverture de santé.
Elle permet le passage à un niveau supérieur, tant en ce qui concerne l’égalité
d’accès aux soins, l’équité, que la maîtrise des coûts. Mais il est certain
qu’au fur et à mesure des réalisations et en fonction de la limite de la
prospérité et du développement, le niveau de couverture sera amélioré. Les
textes signés par le Syndicat des médecins spécialistes constituent la
convention-cadre qui a été signée par les autres prestataires de soins. Par
contre le texte signé avec l’Union des mutuelles est un texte spécifique qui
organise les relations entre la CNAM et les mutuelles, au service de l’assuré
social, pour permettre une continuité et une fluidité dans la transmission des
dossiers. C’est un texte très important dans le processus de construction de la
réforme, mais il reste beaucoup à faire au niveau du perfectionnement, des
méthodes de la mise en place des maîtrises des coûts.
Les étapes qui
restent à faire : en ce qui concerne les prestations, nous espérons l’adhésion
totale des spécialistes à travers le conventionnement et la signature de la
convention sectorielle, nous sommes également en train de travailler avec la
Fédération Tunisienne des sociétés d’assurances pour conclure un accord pareil à
celui fait avec l’Union des mutuelles.
Au mois de mars, les
affiliés seront appelés à choisir leur mode de prise en charge médicale, est-ce
que cette date sera respectée et comment cela va-t-il se matérialiser
?
Absolument. Nous avons adopté une approche progressive dans la mise
en place de la réforme, de sorte que chaque étape prépare l’étape suivante et
que tous les partenaires se familiarisent avec les techniques et la logique du
nouveau régime de l’assurance-maladie. Vous avez remarqué aussi que tous les
rendez-vous et toutes les échéances ont été respectés. Cette échéance aussi sera
respectée, d’autant plus qu’elle a fait l’objet d’une disposition du décret
numéro 1367 du 11 /06/07, article 11. Mais j’ai presque envie de vous dire : ne
vous attendez pas à un big bang. Le choix n’est pas définitif dans le sens où
chaque affilié qui s’engage dans une filière peut à tout moment en sortir. On ne
s’y engage pas à vie. D’autre part, il n’y a pas de différence fondamentale
entre les trois filières. Nous comptons sur les médias pour informer et
expliquer aux gens, et même les aider à faire leur choix, qui reste un choix
purement individuel. J’invite les gens à faire leur choix dans la confiance et
dans la sérénité. Il ne faut pas en faire une date
fatidique.
Comment va-t-il matérialiser ?
Il y aura
une plus grande explication, la mise à disposition de supports, ceci ne concerne
que les soins ambulatoires, supports pour effectuer ce choix.
Il n’y a
pas de différences fondamentales : le citoyen aura à choisir un mode de prise en
charge pour les soins ambulatoires car pour l’hospitalisation les mêmes
dispositions en cours actuellement resteront valables quel que soit le
soin.
Pour le secteur public, ce sera la continuité dans le système
actuel, c’est-à-dire que la personne qui s’adressera à l’hôpital aura à payer un
ticket modérateur au niveau de sa valeur actuelle, mais avec l’avantage que ce
ticket aura un plafond et ne dépassera pas le montant d’un salaire et demi. Au
delà, elle continuera à se faire soigner gratuitement. Toutefois, la personne
qui choisit le secteur public peut avoir accès en même temps au service du privé
pour les hospitalisations.
La deuxième option, c’est de suivre un
parcours coordonné de soins qui consiste à choisir un médecin de famille auquel
il doit s’adresser avant de consulter un spécialiste, sauf pour les spécialités
suivantes : pédiatrie, ophtalmologie, gynécologie, et les maladies chroniques,
qui iront directement chez leur médecin traitant sans passer par le parcours de
soins coordonnés. Ceux qui choisissent le parcours de soins coordonnés n’auront
à payer à leur médecin et au pharmacien que la partie qui n’est pas prise en
charge par la CNAM, donc le ticket modérateur.
Ce médecin de
famille, doit-il être obligatoirement un médecin généraliste ?
Grosse question ! Le décret parle de médecin de famille et n’a pas
spécifié.
Donc, si l’on décide que le médecin de famille est
un ORL ou un chirurgien, c’est possible ?
Oui, c’est possible. Il y a
une souplesse. Le décret parle de médecin de famille sans préciser, mais il est
normal que, dans la majorité des cas, ce soit un généraliste.
La 3ème
filière c’est celle du remboursement des soins, qui est identique à la filière
actuelle de couverture médicale par remboursement des frais médicaux par les
mutuelles et les assurances-groupes. La personne s’adresse à son médecin, à son
spécialiste, à son biologiste, et se fait rembourser la part prise en charge par
la CNAM.
Le médecin doit-il être conventionné
?
Dans tous les cas le médecin doit être
conventionné.
Pour les personnes qui ont un système de prise
en charge et qui veulent consulter un médecin non conventionné, ça ne va plus
être possible ?
Si, c’est possible, mais tout dépend du contrat des
règlements des mutuelles et des assurances-groupes. La CNAM est neutre, elle
n’interfère pas. Nous, nous nous plaçons dans la logique où tous les médecins
seront conventionnés, et toutes ces questions seront dépassées dans quelques
temps.
Peut-on en savoir un peu plus sur le « guichet unique »
entre CNAM et Mutuelles, et entre CNAM et assurances ?
Le principe
recherché par toutes les parties concernées c’est de fluidifier et de simplifier
le parcours et la procédure pour l’assuré social et éviter de déposer deux
dossiers et d’éviter la redondance ou le cumul des prises en charge. La
procédure mise en place avec les mutuelles, et qui commence déjà avec certaines
assurances même avant la signature des accords, sera appliquée aux assurances.
Elle consiste à ce que l’assuré social dépose son dossier à la CNAM, qui le
saisit et remet à l’assuré social une fiche de liaison dans laquelle seront
précisées les dépenses de soins de santé, leur nomenclature, le niveau de prise
en charge, la prise en charge effective par la CNAM, et ce que la CNAM n’a pas
pris en charge. Donc ce qui reste à payer, et c’est là qu’intervient la mutuelle
ou l’assurance. Les mutuelles ont accepté de travailler sur nos fiches de
liaisons. On évite ainsi à l’affilié d’aller déposer un autre dossier encombrant
avec radio, bilan, à sa mutuelle ou à son assurance-groupe.
On
dit que les malades auront le droit de consulter directement le spécialiste,
mais seront remboursés sur la base d’une consultation de médecin généraliste,
intox ou info ?
L’intox c’est de croire que la CNAM oblige le citoyen
à passer par le généraliste. Le citoyen aura toujours le choix de s’adresser,
dans le cadre de la filière remboursement, directement au spécialiste. L’intox
c’est de croire que le passage par le médecin de famille est obligatoire. Je le
répète : non, l’affilié garde la possibilité de s’adresser directement à son
spécialiste s’il choisit la filière de remboursement, et le médecin sera payé en
tant que spécialiste. Même si le citoyen choisit le parcours coordonné de soins,
il garde la liberté de s’adresser directement à son spécialiste pour la
pédiatrie, l’ophtalmologie, la gynéco-obstétrique et pour les maladies
chroniques lourdes. L’intox est dans la question.
Autre info
ou intox, les médecins vous auraient demandé que leurs honoraires tiennent
compte de leur ancienneté. Info ou intox, et qu’avez-vous répondu si c’est de
l’info ?
Dans leur plaidoirie pour le dépassement des honoraires, en
particulier pour les spécialistes, les deux syndicats ont évoqué l’embarras de
certains médecins, notamment parmi les anciens, qui pratiquent des honoraires au
niveau de 35 dinars et pour lesquels il serait, d’après eux, difficile de
descendre à 25 dinars. D’une part, parce que, selon eux, cela constituerait une
baisse de leurs revenus, et d’autre part, cela équivaudrait à reconnaître que
leurs honoraires étaient surévalués. Evidemment, nous avons écouté avec respect
et considération cette argumentation, qui a été développée par les deux
syndicats. mais pour le moment, nous continuons à demander aux médecins de faire
l’effort d’adhérer à la réforme et de parier sur ses objectifs. L’accès fréquent
des assurés sociaux va améliorer les revenus et augmenter le nombre de malades
et la fréquence des consultations. L’affilié qui nécessite quatre consultations
par an, ira quatre fois consulter son médecin, alors qu’actuellement, par manque
de moyens financiers il lui arrive de sauter quelques consultations. De toute
façon en 2010, s’ouvrira un autre round pour cette réforme de
l’assurance-maladie, car à la lumière de l’application, tout sera évalué et les
médecins comprendront que cette réforme leur aura apporté beaucoup de
bien.
Craignez-vous certaines dérives ?
Vous
comprenez très bien que c’est une question délicate, mais je vous dirai ceci :
si les dérives n’existent pas actuellement, ce n’est pas ce système qui va les
créer, dans la mesure où la réforme va donner plus de travail à tout le monde.
Les différents textes insistent sur la liberté de choix et interdisent toute
pratique contraire à la déontologie médicale. Si ces dérives existent, le
système les éliminera ou aidera à leur réduction en créant un cadre de
concertation entre les différents partenaires de la réforme et en créant un
volume de travail conséquent pour toutes les parties pour éviter toutes les
tentations. Mais je ne crois pas que ces dérives
existent.
Vous avez une belle réforme. Qu’allez-vous faire
pour bien la vendre ? Comment vanter ses mérites ?
Mon meilleur
vendeur, c’est vous les médias ! Mon meilleur vendeur, c’est aussi les 2.600
médecins ou les 3.600 professionnels de soins qui ont adhéré au système, parce
qu’ils ont un très grand rôle dans l’éducation et l’orientation médicales du
citoyen. Il est vrai aussi que la réforme se met en place et il serait illusoire
de croire que tous les assurés sociaux comprennent tous les détails et toutes
les composantes du régime, comme on ne pourrait pas leur demander de comprendre
toutes les règles de la fiscalité ou le Code de la route ou l’organisation
scolaire. Mais notre rôle c’est de leur permettre de trouver l’information quand
ils en ont besoin et quand ils se trouvent en situation de demander une
prestation. Nous avons choisi d’avoir une implantation très large, nous avons 46
centres sur tout le territoire, nous avons ouvert un site web, nous diffusons
des spots d’informations à la télévision, nous fournissons aux organes de presse
toutes les informations, nous avons ouvert un call center aujourd’hui même. Nous
assistons aux séminaires organisés par les médecins et par les entreprises, et
d’ailleurs la surprise c’est que tout le monde s’apercevra que la réforme n’est
pas compliquée. Ce qui est compliqué, c’est le passage de l’ancien au nouveau
système.
Hatem
ACHACHE (email : hatem....@topnet.tn)
vous recomende l'article suivant de l'édition n°1147 de Réalités
Magazine:
M. Naceur El Gharbi,
Président-Directeur Général de la Caisse Nationale
d’Assurance-Maladie : “ L’intox c’est de croire que la CNAM oblige
les gens à passer par le médecin généraliste ” Six mois après
le démarrage de la réforme de l’assurance-maladie, qui pour cette
année ne concerne que la prise en charge de la grossesse et de
l’accouchement...
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absolument"