Croire même à ne pas croire

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Hatem Achache

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Dec 26, 2007, 10:36:18 AM12/26/07
to STML-T...@googlegroups.com
 
----- Original Message -----
Sent: Wednesday, December 26, 2007 12:12 PM
Subject: Re: {Espace STML} Re: Docteur, et ma foi dans tout ça

Cher Ami Hadrien,
Cher Ami Sofiane,
Chers Tous
 
D'habitude, la discussion religieuse nous prend tous les Ramadan. Cette année, notre "religiosité" a été induite de façon cousinale, sorte d'égayer l'atmosphère.
 
Sofiane a engagé la discussion sur l'origine des religions et des croyances. Il y a long à discuter, la transition entre hominidés et homo sapiens, si chère aux théories évolutionnistes et surtout à la psychologie évolutionnistes peuvent nous éclairer ou amener la discussion vers ce côté ""moléculaire"", bio-environnemental adaptatif des hominidés.
 
A ce niveau là, l'idée que je soutiens est que la croyance est une fatalité de la structure neurobiologique du cerveau humain.
 
Croire est une fatalité biologique du cerveau humain. Mon argument empirique est que le cerveau humain secrète des substances qui induisent, soutiennent et entretiennent la peur. Ce sentiment est d'une intensité telle qu'il entraine un état de torpeur et stupeur incompatibles avec l'environnement hostile. La croyance (quelle que soit celle-ci) permet de libérer certaines structures et synapses neuronales, permettant par là-même une plus grande ""créativité"", un imaginaire de plus en plus étoffé. C'est cet imaginaire qui a permis une meilleure adaptation au milieu environnant.
 
Ces allégations restent personnelles, empiriques et hypothétiques. Mais elles me permettent de donner à la croyance sa dimension ubiquitaire pour homo sapiens.
 
Un autre argument me rassure dans ma théorie: les croyances (quelles qu'elles soient, serait-ce la croyance à non croire) n'ont-elles pas été toutes rassurantes et gages de sécurité??
 
Le systèmes de croyances sont multiples. La philosophie a été la première à justement réfléchir sur ces croyances remettant en discussion ces systèmes de croyances pour les rendre ""intelligibles"".
 
Certains systèmes de croyances ont le point commun de la notion de divinité. De force supérieure. De plusieurs vers l'unique, la pensée humaine a fait son chemin et a évolué à travers les civilisations.
 
Actuellement, le même parcours se prolonge. La croyance ne passe plus par la notion de ""miracle"" (mouêêjiza), mais par la notion de ""découverte"". Autrement, elle ne passe plus par la réaffirmation de l'impuissance de l'humain (Îîjez), mais par l'affirmation de la toute puissance de cet humain. La ""découverte"" n'est-elle pas la démonstration que l'homme peut maîtriser la nature ou les phénomènes qu'il observe dans son environnement???
 
Et c'est justement cette puissance, cette toute-puissance qui est mise à l'épreuve dans la relation Soigné-Soignant, Malade-Guérisseur, Malade-Médecin.
 
Sans la croyance en la toute-puissance du pouvoir médical, quel malade pourrait guérir??
 
Dans cette relation de toute-puissance du soignant, le Médecin est le maillon le plus fragile. Parce que si le Médecin est pris dans cette tourmente de toute-puissance, quand il commence à croire lui-même à sa propre toute-puissance, les dérives et les dérapages sont immédiats.
 
La Médecine nous le rappelle toujours: ""primum non nocere"".
 
La croyance reste le témoin de l'humanité d'homo sapiens.
 
A suivre....
 
 
----- Original Message -----
Sent: Wednesday, December 26, 2007 10:42 AM
Subject: {Espace STML} Re: Docteur, et ma foi dans tout ça

Cher Mounir,
Je te conseille vivement la lecture du livre de P. Boyer "Et l'homme créa les Dieux" Ed Payot.
En résumé pour ceux qui n'ont pas le temps :
Les débuts de la culture humaine est dans tout les continents associée à la croyance en une multitude de Dieux comme si il était impossible à au singe devenu homme d'accéder au langage, au symbolisme et la représentation mentale de soi et de l'autre sans  que quelque part dans son système psychique n'apparaisse une place à une référence absolu que LACAN a appelé le grand autre. C'est un peu comme en mathématiques un élément de l'espace ne peut exister qu'en fonction de ses coordonnées. Les Axes X, Y, Z sont certes une création de l'homme mais c'est au travers d'eux que l'espace se crée. Cette notion de référence est fondamentale dans les sciences cognitives par exemple pour expliquer la pensée et la logique.
Sans ces coordonnées il n'y a ni culture, ni langage ni humanité; juste l'expression biologique de l'existant et de l'inné.
Par la suite d'un système de coordonnées ùultiple l'homme a évolué vers un système de coordonnées unique (monotheisme) et le matérialisme scientifique a de nouveau remis en question la notion de coordonnées abstraites (Dieu) pour les ramener à des coordonnées matérielles (l'homme, la productivité, les droits de l'homme, le Justice etc....).
Reste que quelques soient nos valeurs, nous avons en permanence besoins de coordonnées pour exister. Pour certains en situation de désorientation (les malades) l'attachement obsessionnel à leur boussole (la religion) leur permet de se rassurer qu'ils sont sur le bon chemin- Il n'est pas à mon sens du rôle du médecin de les désorienter d'avantage. Bonne année 2008

Le 26/12/07, hadrien <mounir...@gmail.com> a écrit :

Je ne rentrerai pas dans cette discussion car je serai vite banni.
Cependant, je suis d'accord avec vous sur l'effet placebo (ou anti-
nocebo pour faire plus compliqué) des croyances.
Croire au pouvoir surnaturel d'une force indépendante de la nature
rassure les esprits même les plus rationnels, comme une famille qui
couve ses enfants, mais le jour où ils sont jetés en pâture à la
réalité, à l'effet aléatoire de la nature, il leur faut alors plus que
de bonnes paroles.
Un dieu est utile pour les pépés et les mémés en dépression de fin de
course, pour avoir cette illusion de réincarnation (du bouddhisme à
l'islam) et mieux vivre, là où les antidépresseurs ne sont pas d'un
grand secours car la déchéance est alors une réalité.
Mais pour les plus jeunes et les moins jeunes, traiter par une
croyance comme le fait Dr(sic) elfiky ou Dr(resic) Amroukhaled est
nuisible pour les santé mentale et même physique.
Donner à un jeune une accroche religieuse, surtout avec ces
manipulateurs de renom peut en faire de potentielles bombes humaines,
qui prennent leur suicide comme un acte de charité (je pense que la
fonction essentielle du psychiatre est de réduire le taux de
suicide...), et l'au-delà (qui structure toutes les autres notions
religieuses) prend un autre sens qu'une sanction-récompense des actes
terrestres.
Je n'ai que queques notions de psychiatrie, et vous en savez plus que
moi dans votre exercice quotidien, et si je me trompe, pointez
l'erreur, et si vous avez des lectures en ce sens elles sont les
bienvenues.

On 25 déc, 18:38, "Hatem Achache" < hatem.acha...@topnet.tn> wrote:
> Je te vois venir Cousin!!!
> Tu as ouvert une discussion très psy.
> Les croyances peuvent-elles guérir, ou du moins aider à la guérison??
> Bien sûr, sans croyances nous ne pouvons avoir que l'effet nocebo. La religion, les croyances en général ont ce "magique" effet placebo. Et tant mieux!
>
>   ----- Original Message -----
>   From: Dr Foued Bouzaouache
>   To: STML
>
>   Cc: MMF...@googlegroups.com
>   Sent: Tuesday, December 25, 2007 3:09 PM
>   Subject: {Espace STML} JIM - Docteur, et ma foi dans tout ça _
>
>         Pour changer un peu l'atmosphère maussade d'after-Aid, voici un article sympa lu sur le JIM d'aujourd'hui.
>
>         Bonne lecture
>
>
>
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