Revue H.C.C.A. au Régiment

2,159 views
Skip to first unread message

jojocisko

unread,
Jul 15, 2006, 10:55:32 AM7/15/06
to 1er Régiment de Spahis - Spire - Allemagne
Revue H.C.C.A. au régiment
Histoires et traditions de la « légère »

L'annonce d'une revue H.C.C.A. (Habillement - Couchage -
Campement - Ameublement) au Régiment n'était jamais vécue comme
un bon présage. C'était l'occasion pour l'Intendant Militaire
(devenu Commissaire) de venir mettre son nez dans les coins et recoins
du quartier, dans tous les locaux habités ou non, dans les magasins
garde-mites et autres.

C'était aussi, malheur aux fourriers, l'occasion de constater de
visu l'état des effets du paquetage individuel et des matériels
collectifs de dotation dans les unités. Il va sans dire que tout cela
ne relevait pas d'un grand intérêt pour les « opérationnels » du
Corps, préoccupés par leurs missions guerrières avant tout.

Le Fourrier devait « y'a qu'à - faut qu'on » faire en sorte
que tout soit impeccable pour la présentation à l'Intendant.

Heureusement, l'Officier du Matériel du Régiment ouvrait toutes
grandes ses portes et le porte-monnaie pour pallier les incontournables
inconvénients. Il fallait « bien paraître », alors, pas de
demi-mesure.

En l'an de grâce 1966 tomba la nouvelle, revue H.C.C.A. programmée,
en avant !

Plein de ressources, notre sympathique Officier du Matériel gardait
dans son carnet d'adresses les coordonnées de la société SOLYFIA
de Lyon-Bron, providence des gardes-mites. Son catalogue, abondamment
fourni, proposait tous les impedimenta nécessaires au colmatage des
brèches, au comblement des déficits, au sauvetage des mobiliers en
péril. On y trouvait pêle-mêle les chaînettes (au mètre) pour
sommiers métalliques, les rivets pour casques, les bouchons de gourde,
les étiquettes pour couvertures et même de quoi essuyer des ans les
inévitables outrages sur les matelas. Un miracle, quoi !

Justement, parlons-en ! Trois produits « miracle » faisaient fureur
à cette époque. Nulle souillure, de quelque nature qu'elle fût, ne
résistait au Détafix, à la Tétrazine ou au Bukafarnit. C'est du
moins ce qu'assurait le catalogue de SOLYFIA.

Il n'était pas question de confier le « sirop Typhon » de la
matelasserie à un quelconque sous-fifre, le Maréchal des Logis
Fourrier du 3ème Escadron (votre serviteur) ferait l'affaire.
J'héritai donc des trois bidons de potion magique et muni des
chaudes recommandations de « Tonton » (notre Chef des Services
Administratifs du moment) me mis à l'ouvrage sans délai.

L'un des trois produits éliminait les taches de cirage, d'huile,
de graisse, de cambouis.
Le second était sans pitié pour les souillures d'origine organique,
sueur, urine etc.
Le troisième était réservé aux taches d'albumine, de sang et aux
salissures suspectes et non identifiées.
Il était bien entendu que leur spécificité devait être
scrupuleusement respectée sous peine de graves déceptions.

Je me mis à l'ouvrage, accompagné des Spahis SPECQUE et BARALLE,
mes deux acolytes. Un coup d'œil pour identifier, un coup
d'éponge légèrement imbibée, un coup de brosse, l'affaire
marcha bien jusqu'au jour où... ! Malheur !

Désigné par le tour de service pour les fonctions de Sous-Officier de
semaine, je dus suspendre mon activité malgré toutes mes tentatives
pour échapper à cet honneur. Il me fut proposé, d'autorité, un «
remplaçant » pour continuer la mission.

Le Brigadier KROMAR (surnommé « Gros Marc » en raison de son gabarit
impressionnant) avait bondi sur l'occasion. Affecté au Casernement
en qualité de peintre, il s'était porté volontaire pour
badigeonner la matelasserie. Il n'avait pas eu besoin
d'explications superflues et s'était aussitôt mis au travail.
Rassuré par sa bonne volonté, je « pris ma semaine ».

Devant SPECQUE et BARALLE stupéfaits, rendus muets par la farouche
détermination de leur supérieur, KROMAR appliqua énergiquement et
successivement à chaque matelas souillé le traitement suivant :

- un coup de Détafix,
- un coup de Tétrazine,
- un coup de Bukafarnit.

Le résultat ne fut pas à la hauteur de ses espérances. Les taches
disparaissaient radicalement, l'entoilage aussi par même occasion,
dans un dégagement de fumée malodorante. Les ressorts bondissaient à
l'air libre comme des diables jaillissant de leur boîte. Horreur !

Je fus relevé dare-dare et rejoignis immédiatement le bureau du Chef
des Services Administratifs qui n'avait pas apprécié. J'en «
pris quatre » sur-le-champ. Il fallait bien un coupable ! Merci «
Tonton » !

Quelques année plus tard, poursuivant dans la carrière et devenu Chef
des Services Administratifs à mon tour, je reçus la visite d'un
démarcheur de la Société SOLYFIA qui eut l'audace de me vanter
l'efficacité de ses produits. Je l'ai « viré ». Il ne comprit
certainement pas les raisons de ma colère mais c'en était trop pour
moi.

Capitaine (H.) Francis JOSSE

Reply all
Reply to author
Forward
0 new messages