Les écrits de Max WEBER ont quelque chose à voir avec la démocratie.
La lecture de quelques travaux sur l’auteur du « le savant et le
politique », d’« Economie et société » et autres textes importants,
attestent cette inclinaison pour la démocratie. Conscient de cette
réalité, il nous a semblé intéressant de voir comment la question de
la démocratie est abordée par certains de ses lecteurs. Certes, le
sujet n’est pas facile car sur ce problème, une importante
documentation existe. Celle qui sert de file conducteur ici concerne
directement les travaux de Cathérine COLLIOT-THELENE, La ville et la
démocratie, pp. 22-38 et David BEETHAM, Max WEBER et les formes de la
démocratie, pp.11-22, tous les deux, publiés dans la revue européenne
de sciences sociales, sous le titre : Max WEBER. Politique, Histoire
et Modernité, t. 33, décembre 1995. Gérard DUPRAT qui a coordonné ce
numéro, à élargi le thème général de cette réflexion en y introduisant
la question de la « modernité ».
A cette recherche théorique, d’autres apports, notamment les travaux
de Jean-Marie VINCENT , éclairent la compréhension de la théorie et la
pensée de Max WEBER au sujet de la démocratie. La lecture que l’on va
faire n’est pas le résultat d’un travail de spécialiste de Max WEBER.
En revanche, il s’agit de la production d’un non initié à la pensée de
l’auteur de l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme et
pourtant, cet exercice s’impose compte tenu de la nécessité moderne, à
savoir le fonctionnement démocratique des sociétés politiques,
préoccupé par l’importance de ce sujet et son extension possible en
Afrique noire, tentent de comprendre ce phénomène politique à travers
les lectures de Max WEBER.
Au-delà de cette remarque préliminaire, l’objectif est ici
d’appréhender le cœur de la pensée de cet auteur à travers sa
perception de la démocratie. Pour ce faire, les analyses qui suivent
ici sont directement tirées des travaux cités plus haut. Eu égard à
ces différents apports, la réalité de la démocratie entraîne toujours
avec elle, le problème de la légitimité. La difficulté repose ici dans
la recherche d’un dénominateur commun à ces deux textes introductifs à
la pensée de Max WEBER sur la démocratie.
Pour la commodité de cet exposé, l’étude engagée ici s’articule autour
de deux grandes interrogations. Elles rendent intelligible
l’organisation de ce travail. Dans une première partie, il s’agira de
rechercher, à partir des travaux qui sont à notre disposition,
l’origine de la démocratie. L’indice que donne Cathérine COLLIOT-
THELENE réside dans la formation de la ville antique. Max WEBER lui
même a écrit un livre qui porte justement sur la formation de la
ville. Ce document permettra de puiser, à la source, les propos de son
auteur. Dans une deuxième partie, il sera question de trouver le lien
entre démocratie et légitimité du pouvoir politique.
Le cadre ainsi posé, l’analyse qui suit tout au long de cette
réflexion épouse les contours ainsi définis et vise, dans ce contexte
précis, à rendre compte de la méthode weberienne sur la question de la
démocratie. Considéré comme un « idéaltype » de gouvernement, cet
examen prendra des exemples hors de l’Europe afin de voir comment
cette forme de gouvernement fonctionne ailleurs, notamment en Afrique.
Ce détour ne nous éloigne pas de la pensée de Max WEBER. Il permet
tout simplement à mesurer la portée de sa théorie et l’intérêt qu’elle
revêt ailleurs, dans la connaissance de ce fait social.
I- L’origine de la démocratie
Selon Max WEBER, la ville antique est à l’origine de la démocratie.
C’est aussi ce point qu’observe Cathérine COLLIOT-THELENE pour enfin
montrer que Max Weber ne construit pas véritablement une théorie
analythique et explicative de l’origine de la démocratie. Cependant,
il donne une description relative à son apparition et à son évolution
dans le cadre de la ville antique.
Certes, la question de la démocratie apparaît dans ses différents
travaux, c’est le cas du texte qui nous préoccupe ici. Pour parfaire
son questionnement sur l’origine de la démocratie, Max WEBER en vient
à faire un travail comparatif entre la ville antique et celle du moyen-
âge pour voir émerger ce qu’il appelle le « domos » . Selon lui, c’est
bien le domos qui est à la base de la communauté locale. Cette
communauté est construite sur la base de l’ensemble des droits et
devoirs du citoyen dans la polis. C’est justement de cette évolution
que se développera une conception du droit comme étant d’abord et
surtout, « le produit d’une création volontaire ». Il y a dans ce
propos, un clin d’œil adressé à Jean-Jacques ROUSSEAU qui parle, dans
le processus de création normative, de « la volonté générale ».
Ainsi, « la loi [qui nait du domos] remplacera la jurisprudence
charismatique », laquelle éliminera « les dominations de lignage ». En
fait, cette évolution de la démocratie avait un objectif : soustraire
le citoyen de la justice « arbitraire » des mains des jurés ignorant
le droit. On retrouve ici, en filigrane, cette volonté de doter les
villes de spécialistes ou de techniciens du droit. En quelques sortes,
il s’agit de créer une bureaucratie au sein de laquelle on voir
émerger une « oligarchie ». Cette approche organisationnelle de la
société transparaît aussi dans le savant et le politique, tout comme
on la retrouve chez Robert MICHELS .
D’ailleurs, selon Robert MICHELS, « [...] on peut parler d’une loi
d’airain de l’oligarchie dans les démocratie modernes » . Sur cette
même question, on voit surgir, à travers la perception de Max WEBER,
des éléments d’une sociologie de la démocratie qui, progressivement,
révèle son intérêt personnel pour la compréhension de ce phénomène
social et politique. Selon Jean-Marie VINCENT, « il y a en premier
lieu chez Max WEBER une théorie de la démocratie de masse comme
concurrence oligopolistique entre des partis bureaucratisés. Cette
démocratie est représentative parce qu’elle rompt avec la tradition
qui fait de notabilités de diverses origines des dirigeants « naturels
de la vie politique en fonction de leur position sociales » .
Observée dans la cadre urbain, l’évolution de la démocratie s’intègre
entièrement dans une réflexion concernant les conditions de
l’émergence de l’Etat moderne. Pour David BEETHAM, rendre intelligible
cette tentative d’explication sociologique nécessite, comme préalable,
l’élaboration d’une théorie de l’Etat moderne dans ses rapports avec
l’économie [qui se mondialise].
Indirectement, cette nouvelle dimension n’est pas mise en lumière dans
le texte de Cathérine COLLIOT-THELENE. Cependant, elle tente, comme le
fait aussi David BEETHAM, de montrer les limites de la sociologie de
Max WEBER concernant la démocratie. Avec prudence, ces deux auteurs
mettent en avant, « la pré-domination dans ses analyses [Max WEBER] du
pôle autoritaire du groupement politique au détriment du pôle
coopératif » .
Avec David BEETHAM, cette limite pose le problème de la légitimité
politique. Selon lui, l’apport de Max WEBER sur ce point précis, se
traduit par un échec, notamment dans ses tentatives analytiques de la
démocratie et du politique. Ne se limitant pas seulement à cette
remarque, David BEETHAM cherche, à travers sa connaissance de l’œuvre
de l’auteur de Economie et société, à « fournir un critère clair
permettant de distinguer les formes de pouvoirs légitimes de celles
qui ne le sont pas ; ainsi différencier les différents types de
régimes ».
L’analyse que suggère David BEETHAM, au sujet de la démocratie,
s’articule autour du concept de « type » ou de « typologie » . Cette
référence est fondamentalement weberienne et cette classification
caractérise toute sa démarche sociologique et explicative des
phénomènes [ou faits] observés. La constance des concepts « domination
et idéaltype » dans ses analyses, souligne l’importance théorique et
pratique de cet apport dans l’examen qu’il fait des rapports
politiques.
Dans sa volonté d’actualiser l’apport de Max WEBER dans la
connaissance sociologique, et de l’inscrire dans le champ politique.
David BEETHAM suggère une alternance qu’il juge « satisfaisante »
d’autant plus que, « [...] l’analyse des formes d’Etats, c’est-à-dire
des modes de constitution et d’organisation des gouvernements était
pour Max WEBER secondaire, figurant à ses yeux simplement comme la
façade extérieure de l’édifice politique » .
Le conflit entre le pôle autoritaire et le pôle coopératif justifie la
nécessité de la démocratie qui a, dans ce cas de figure, une fonction
spécifique : limiter de façon provisoire (et fragile), le pouvoir
bureaucratique .En fait, l’étude des institutions politiques des
villes antiques tend à montrer le caractère ambivalent de la
démocratie. Elle varie dans ses modalités d’exercice et les
institutions démocratiques modernes sont l’un de ces modes .
Selon Cathérine COLLIOT-THELENE, Max WEBER tente de faire, tant bien
que mal, l’inventaire de la théorie de la démocratie. D’après elle, il
y a trois moments dans l’étude de cette question, et la démocratie
peut être perçue dans les travaux de Max WEBER dans ces différents
registres. 1 – les textes politiques, articles et conférences dont
l’analyse relève de l’histoire et des historiens liés à la condition
politique de l’Allemagne ; 2 – Le chapitre III, paragraphe XIX ; 3 -
et le chapitre IX paragraphe II de sa théorie des « catégories
sociologiques ».
A partir de ces trois approches, Max WEBER y expose les conditions et
les moyens de ce qu’il nomme « administration sans domination » ou «
administration étrangère à la domination » . Cette forme politique est
considérée par Cathérine COLLIOT-THELENE comme étant « [...] la
démocratie directe ». Sur cette affirmation, il faudrait, à ce propos,
admettre que la démocratie directe secrète une autre forme de
domination et celle-ci se traduit par la formation d’une « oligarchie
» de spécialistes.
Cette perception avait déjà été faite par Robert MICHELS, à travers
son étude sur les partis politiques. « Dans la mesure où WEBER ne
conçoit pas la possibilité d’une administration qui soit exempte de
toute domination, la démocratie directe ne peut être, au mieux qu’une
minimisation de la domination » . Elle est, compte tenu de son propre
caractère, qualifiée de « cas limite » par Cathérine COLLIOT-THELENE.
Cette hypothèse démocratique révèle les types les plus abstraits de la
domination. Indirectement, cet auteur fait référence à un autre texte
de Max WEBER lorsqu’elle constate que « la domination des notables
s’exerçant gratuitement, pour l’honneur, la gestion des affaires
publiques, ou bureaucratie de fonctionnaires formés et de salariés ».
Cette alternative pose le problème de l’alternance démocratique. Ce
que l’on constate c’est qu’aucune de ces hypothèses n’est réellement
démocratique et pourtant, le système politique moderne a pour
fondement, la démocratie.
Si l’on tient compte de ces différentes approches de la gestion, on
voit apparaître les limites de la démocratie formulée par Cathérine
COLLIOT-THELENE. Selon elle, « le choix de la démocratie est limite :
ou bien être administrée à bon marché par les gens riches qui
acceptent ces fonctions à titre honorifique, ou bien l’être à prix
élevé par des fonctionnaires professionnels salariés ».
Jean-Marie VINCENT propose de dépasser cette difficulté. Pour cela, il
attribue à la démocratie une nouvelles fonction que l’on ne retrouve
ni chez Max WEBER, ni même chez Robert MICHELS. D’après lui, « la
démocratie n’est plus simplement un cadre commode pour la sélection
des élites et une lutte de classe bien tempérée, elle se remplit peu à
peu d’un contenu bien particulier : elle devient dialogue pour
l’aménagement des rapports sociaux » .
Au-delà de quelques remarques, des interrogations demeures et elles
portent sur la théorie weberienne de la démocratie. L’innovation de
Jean-Marie VINCENT tranche avec les apports de Cathérine COLLIOT-
THELENE et modifie complètement ce rapport à la démocratie. Certes,
antérieurement à son sa contribution, et cherchant à mieux illustrer
la théorie weberienne de la démocratie, Cathérine COLLIOT-THELENE
aborde la question de « la domination non légitime [à partir de la
typologie des villes] ». David BEETHAM abonde dans le même sens et la
question soulevée trouve alors ici toute sa place.
« Quel concept de démocratie présuppose-t-on lorsqu’on se met en quête
chez un auteur, quel qu’il soit, d’une théorie de la démocratie ? » .
Ce questionnement montre, qu’au-delà du caractère sémantique du
concept « démocratie », sa définition n’échappe pas à des
considérations d’ordre idéologique et politique. Max WEBER
s’appliquera le conseil-recommandation et pour ainsi dire, le reproche
qu’il faisait, dans sa correspondance, à Robert MICHELS, à avoir,
« [...] de mêler beaucoup trop de considérations éthiques dans son
travail scientifique et l’exhorte encore une fois à ne pas se laisser
aveugler par ses conviction socialistes » . Cela a conduit l’analyste
à suggérer, pour les besoins de ses travaux, une approche scientifique
de ce sujet. Eu égard aux enjeux idéologiques, « seul le contenu de la
démocratie directe, peut-être, à l’abri de toute contestation » tant
politique que sémantique. Il y a donc ici, au cœur de ce sujet, le
problème de la légitimité du pouvoir politique qui se pose.
II – La Légitimité démocratique du pouvoir politique
Selon Cathérine COLLIOT-THELENE, « [...] la démocratie signifie des
choses extrêmement différentes » . Mais, alors, qu’est-ce que la
légitimité ? La réponse à cette interrogation est à la fois juridique,
sociologique et politique. D’une manière générale, elle est au cœur du
processus démocratique. Ainsi, le concept de démocratie, lorsqu’il
s’agit de l’administration de masse, change à ce point sa
signification sociologique. De ce point de vue, il est absurde de
chercher quelque chose de commun sous ce nom générique de démocratie.
Dans cette quête de légitimité démocratique, Cathérine COLLIOT-THELENE
suggère « [...] d’éviter d’aborder son texte en préjugeant de la
forme que doive revêtir une théorie de la démocratie » . Il y a ici,
une référence implicite à l’apport de Gaston BACHELARD. Ce philosophe
« nous interdit d’avoir des opinions sur ce que nous ne connaissons
pas » , tout comme DURKHEIM nous invite à se méfier des « évidences »
lorsque nous étudions des faits sociaux. Cela ressort du propos de
Cathérine COLLIOT-THELENE formulé autrement dans le cadre son analyse
de la démocratie, à travers Max WEBER. Eu égard à ces mises en garde,
la démocratie, tout comme la légitimité font parties des faits sociaux
qu’il convient d’étudier avec la même rigueur scientifique.
Au regard de ces différents conseils, la démocratie échappe alors au
droit naturel pour s’inscrire dans le champ du pôle coopératif, c’est-
à-dire dans un cadre politique qui favorise son institution et
justifie la légitimité du pouvoir qu’il institue. Cette approche de la
question montre le peu de place qu’occupe cette théorie dans la
conception de Max WEBER. Pour lui, l’accord rationnel contribue à la
compréhension de la démocratie. Pour y parvenir, il a construit « un
principe de légitimité politique et démocratique » à partir duquel le
« Herrschaft » se matérialise dans le cadre de la relation de
commandement et d’obéissance .
Dans ce contexte particulier, ceux qui sont soumis à une instruction,
sont censés l’exécuter sans prêter attention à son contenu. Cette
instruction trouve sa force de coercition dans la légitimité du
pouvoir qui l’ordonne. L’obéissance est le premier effet de la
légitimité politique. Cette obéissance est quasi-aveugle qui n’est
possible que dans la croyance en la légitimité qui sert à justifier
l’exécution d’un ordre quelconque. Sur ce point, David BEETHAM
s’oppose à cette conception. Il accorde un rôle prépondérant à la
confiance et selon lui, « [...] la légitimité n’est pas la condition
nécessaire au Herrschaft, à partir du moment où l’obéissance aux
commandements peut, dans certaines circonstances, être assurée de
façon prévisible par la seule confiance » . Cette croyance en la
légitimité reste « concomitante ». Pour justifier et expliquer cette
relation, David BEETHAM s’appuie sur un référent d’ordre empirique.
D’après David BEETHAM, « [...] tous ceux qui exercent le pouvoir, ont
un besoin psychologique d’autojustification, et que ces acteurs
socialement avantagés ont besoin de considérer leurs avantages comme
étant mérités ou légitimes, et non arbitraires » . Ce besoin a une
fonction politique, il « [...] sert aussi à maintenir la stabilité du
Herrschaft » pour que ceux qui y sont subordonnés croient également en
sa légitimité puisque, la seule obéissance basée sur des
considérations d’habitudes, d’intérêts égoïstes ou d’inclinaison
personnelle est relativement stable » .
La question de la stabilité, du degré de légitimité ou par contraste,
entre « Herrschaft légitime et non-légitime » n’intéresse pas Max
WEBER. Dès lors, son centre d’intérêt se trouve ailleurs. Cependant,
le fondement ou le principe selon lequel la légitimité est revendiquée
et les conséquences qui en découlent pour la forme d’organisation du «
Herrschaft », sans égard pour le degré auquel cette revendication est
effectivement reconnue » , pose problème.
La réponse de David BEETHAM réside dans la classification weberienne
du « Herrschaft » ou plus exactement de la domination. Selon lui, il y
a chez Max WEBER, trois sortes [ou formes] de « herrschaft ». Chacun a
sa propre logique de fonctionnement et obéit à un système relationnel
qui lui est propre. 1 – Le Herrschaft légal : il est fondé sur la
croyance en l’autorité des réègles établies dans le respect de la
procédure officielle . L’obéissance est due à des règles
impersonnelles, à un « Beamte » dont la sphère d’autorité est définie
selon ces mêmes règles . 2 – Le Herrschaft traditionnel. Il a pour
fondement la croyance au caractère sacré de la tradition. Ici,
l’obéissance est due à la personne du « Herr » dont le champ
d’autorité est déterminé à sa discrétion dans les limites du respect
de la l’esprit des normes et obligation traditionnelles. 3 – Le
herrschaf charismatique est, quant à lui, le résultat de la croyance
en les qualités exceptionnelles d’un individu remarquable. Dans ce
troisième cas de figure, l’obéissance est due à la personne même du «
Fuhrer », c’est-à-dire du dirigeant dont l’autorité ne ressort
d’aucune règle ni précédant, et dépend de la démonstration continue de
ses qualités charismatiques.
Une remarque s’impose ici : dans un premier temps, deux de ces formes
du « Herrschaft » appartiennent à la sphère du quotidien et s’oppose à
l’extraordinaire ou au charismatique, tandis que, dans un second
temps, les deux autres sont des formes d’autorité personnelle, par
opposition au caractère impersonnel du « Herrschaft légal » .
L’intérêt que Max WEBER accorde à la conception normative de la
légitimité résulte du fait qu’elle influe sur le comportement des
agents sociaux. On ne saurait cependant, comparer cette fonction à
l’éthique religieuse qui peut infléchir le comportement quotidien des
couches sociales qui font l’histoire .
Conclusion
A travers « la ville et la démocratie » Cathérine COLLIOT-THELENE
cherche à appréhender la théorie weberienne de la démocratie. Cette
tentative est moins fructueuse malgré l’approche comparative qui
habite sa démarche, notamment lorsque qu’elle observe la « polis
antique » et « la vieille médiévale » .
Cette comparaison est cependant méritoire et féconde dès lors qu’elle
ne se bornera pas seulement à rechercher « les analogie » et « les
parallèles » dans la construction d’un schéma de développements
généraux qui sont aujourd’hui à la mode, lorsqu’on étudie Max WEBER.
Il est donc question de mettre en évidence la spécificité de chacun
des deux développements, si différents dans leurs résultats finaux, et
cherchera ainsi à guider l’imputation causale de cette différence de
déroulement .
L’intérêt de cette étude porte sur « l’objectivité » permettant de
comprendre la réalité de la vie politique dans sa dimension
démocratique. Ainsi, « [...] la signification culturelle de ses
manifestations [...] et les raisons qui ont fait qu’historiquement
elle s’est développée sous cette forme et non sous une autre » est au
centre des préoccupations de cet auteur.
Cependant, il se plait à dire que « le travail libre et le commerce »
sont les premiers jalons de la formation de la civilisation
bourgeoise. C’est à partir de ces deux données que Max WEBER cherche à
comprendre d’abord, et à construire ensuite, les institutions
caractéristiques de l’Occident moderne. La liberté bourgeoise dans sa
formation, en est la traduction politique retenue. Cette approche
comparative dépassera d’ailleurs le cadre antique et médiéval. Elle se
transforme en se transposant dans les relations entre l’Occident et
l’Orient.
La lecture que propose Cathérine COLLIOT-THELENE monte la fonction de
la ville dans cette recherche des origines de la démocratie. Selon
elle, « la ville médiévale est, tendanciellement au moins, une entité
politique » . Cette autonomie se traduit sur le plan juridique et
administratif par la faiblesse des pouvoirs politiques extérieurs à la
ville, pouvoirs des princes ou seigneurs féodaux . C’est peut-être la
démocratie directe, à moins que cela ne soit la compétition qui
existait entre ces pouvoirs extérieurs et ont favorisé ainsi,
l’indépendance des villes et leur construction en commune, c’est-à-
dire en une entité politique autocéphale .
D’après Cathérine COLLIOT-THELENE, trois critères émergent dans le
processus de formation politique de la ville. 1 – L’autonomie
juridique et administrative ; 2- la possibilité d’une compétition
entre pouvoir. Cela assure et garantit l’indépendance des villes ; 3 –
la construction d’un pouvoir autocéphale.
Ainsi, « l’Etat moderne, en sa forme première, celle que Max WEBER
qualifie de « patrimoniale-bureaucratique » . De ce fait, «
l’autonomie des villes médiévale ne fut donc qu’un intermezzo
historique » et « malgré ce caractère extrêmement transitoire, elle
constitue un moment majeur de la gestion des institutions de l’Etat
moderne » à partir duquel, la question de la démocratie et la
justification de la domination non légitime s’expliquent par la
cohérence de la ville.
Certes Max WEBER ne dit pas que les villes sont par essence une forme
de domination incapable de légitimité, mais que leur constitution et
le développement de leur organisation impliqueraient une rupture avec
le pouvoir légitimes de l’époque . La référence de Max WEBER au monde
médiéval pour fonder sa conception de la démocratie et de la
légitimité du pouvoir est faussée puisque, comme le mentionne Pietro
ROSSI, « la cité médiéval n’est pas encore l’Etat moderne ; elle n’st
pas une forme de domination rationnelle, organisée sur la base d’une
administration bureaucratique [...], elle est le produit d’une
usurpation » .
Références :
De JOUVENEL Bertrand, Du pouvoir : Histoire naturelle de sa
croissance, Ed. Hachette, coll. Littérature, Paris (éd. 1945) 1972
MICHELS Roberto, Les partis politiques. Essai sur les tendances
oligarchiques des démocraties, Ed. Flammarion, Paris 1971,
VINCENT Jean-Marie, Max Weber ou la démocratie inachevée, Editions du
Félin, coll. Le temps et les mots, Paris 1998,
Max WEBER, Le savant et le politique, Ed. Plon, Paris préface de R.
Aron et traduction par J. Freund, Plon, 1959.
Max WEBER, Economie et société, Ed. Plon, Paris 1971 ; (édition de
poche, Pocket, 1995 ).
Reynaud DALLE NYOUNGUE
Trop long et impersonnel. (c) ?
O.