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National
27 Octobre 2009
Haïti: Mme Pierre-Louis refuse la petite porte
Le Premier ministre, Michèle D. Pierre-Louis, est sorti de son
silence. Dans une déclaration préenregistrée diffusée sur les ondes de
plusieurs stations de radio de la capitale, Mme Pierre-Louis rejette
d'un revers de main les accusations portées contre son gouvernement
par les sénateurs de Lespwa et leurs alliés.
Michèle D. Pierre-Louis
(Photo: Francis Concite)
Michèle D. Pierre-Louis n'attend pas la séance d'interpellation de
jeudi prochain pour défendre l'action gouvernementale. Contrairement à
la rumeur de son éventuelle démission, Mme Pierre-Louis se montre
prête à affronter le groupe de parlementaires l'accusant d'être la
cause de tous les maux du pays. Fière des réalisations de son équipe,
Michèle D. Pierre-Louis a, dans sa déclaration préenregistrée,
renouvelé son engagement d'oeuvrer à l'amélioration des conditions de
vie de la population haïtienne.
Si Mme Pierre-Louis reconnaît que les sénateurs exercent une
prérogative constitutionnelle en interpellant le gouvernement, elle
fustige par contre la manière de procéder. « En revenant de Stockholm,
j'ai trouvé la lettre d'interpellation à mon bureau, s'est-elle
indignée. Cela rappelle les pratiques anciennes. Les sénateurs
pourraient agir avec plus d'élégance. » Elle a, par ailleurs, remercié
tous ceux qui, depuis le week-end écoulé, ont manifesté leur
solidarité au gouvernement.
Les principales accusations portées contre le gouvernement ont été
abordées par Mme Pierre-Louis. Les 197 millions de dollars américains
mis à la disposition du gouvernement pour venir en aide à la
population après le passage des cyclones et ouragans de l'année
dernière ont été dépensés en toute transparence. « J'avais remis en
janvier dernier la liste de tous les contrats signés à partir des
fonds d'urgence, a fait savoir Mme Pierre-Louis. J'espère que les
parlementaires ont eu le temps de lire ces documents pour bien
réaliser le travail de contrôle qui les tient à coeur. »
Pour couper court aux accusations de corruption portées par des
parlementaires contre son gouvernement, Michèle D. Pierre-Louis
annonce qu'elle va diligenter trois audits parallèles pour prouver que
les fonds d'urgence ont été dépensés dans la transparence. Le chef du
gouvernement dit croire qu'un audit de la Cour supérieure des Comptes,
un autre de l'inspection générale des finances et un autre d'un
auditeur interne feront taire ses détracteurs. « Si je dois partir, je
sortirai la tête haute », a-t-elle dit.
Contrairement aux accusations des sénateurs interpellateurs, Mme
Pierre-Louis se donne un satisfecit. « La conférence des bailleurs
tenue en avril dernier à Washington, la récente visite des dizaines
d'entrepreneurs étrangers dans le pays sous l'égide de l'ex-président
Bill Clinton, le forum des entreprises de la Grande Caraïbe tenu à
Port-au-Prince la semaine écoulée, la certification du pays par le
président Barak Obama dans le cadre de la loi HOPE II, l'annulation
d'une partie de la dette externe du pays », sont quelques-uns des
éléments cités par Mme Pierre-Louis pour montrer que son gouvernement
a bien rempli sa mission.
D'ici à la fin de l'année, le chef du gouvernement promet la création
de quelque 26 mille emplois grâce à un projet concocté de concert avec
l'USAID. Quelque 10 millions dollars, d'après Michèle D. Pierre-Louis,
seront débloqués par l'organisme américain dans le cadre dudit projet.
L'ancienne patronne de la Fokal a, par ailleurs, salué l'engagement
des autres organismes internationaux comme l'Union européenne en
faveur du peuple haïtien. Selon Mme Pierre-Louis, de bonnes notes ont
été aussi obtenues en ce qui concerne la lutte contre la corruption et
la réforme de l'Etat. Implicitement, Michèle D. Pierre-Louis estime
qu'un vote de censure contre son gouvernement va saper tous ses
efforts et ouvrir la voie à l'instabilité politique.
Aucune mention du chef de l'Etat, René Préval, n'a été faite par
Michèle D. Pierre-Louis qui a tiré à boulets rouges sur ses
détracteurs. « Il est toujours facile de critiquer, mais tel n'est pas
toujours le cas quand il s'agit de se mettre ensemble pour réaliser
quelque chose », a-t-elle indiqué.
Accusé d'être l'instigateur de l'interpellation de Michèle D. Pierre-
Louis au Sénat, le président René Préval n'a porté, pou sa part, aucun
support public au gouvernement. Si les sénateurs interpellateurs nient
être à la solde de l'Exécutif, ils reconnaissent, toutefois, avoir
informé le chef de l'Etat de leur initiative réprouvée par certains
secteurs du pays. Pour l'instant, selon le journal américain Miami
Herald, Michèle D. Pierre-Louis peut compter sur le soutien de la
communauté internationale dont la Secrétaire d'Etat américaine,
Hillary Clinton.
Jean Pharès Jérôme