Un aperçu historique de l’université haïtienne par Leslie Manigat
Bonne réception
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Brève esquisse historique de l’évolution des institutions
universitaires en Haïti
Notes préparées pour l’information rapide des membres du Comité
international de soutien et d’appui à l’Université d’Haïti sinistrée
après l’horrible tragédie du séisme du 12 janvier 2010
Des institutions universitaires haïtiennes à reconstruire, modernes
voire exemplaires, au niveau qualitatif des exigences du système
éducatif de l’enseignement supérieur en fonctionnement comme modèle de
ce qu’est une université dans le monde académique contemporain. Haïti
ne doit pas perdre cette triste opportunité de l’horrible tragédie du
séisme du 12 janvier 2010 et, dans cet esprit, un rappel de l’histoire
des institutions universitaires haïtiennes peut servir à comprendre
les problèmes du passé et à mettre en perspective les nouveaux
impératifs de changement
Par Leslie F. Manigat
Les institutions universitaires ont pris naissance en Haïti dans le
contexte de la fin des guerres Napoléoniennes quand l’Europe des
traités de paix de 1814-1815 va organiser l’Occident selon un nouvel
ordre mondial avec les congrès dits de Vienne sous la houlette de
Metternich d’Autriche, avec l’hégémonie de l’Angleterre et de la
Russie alors symbolisée par la lutte de l’éléphant (russe) contre la
baleine (anglaise). Un concert européen sous le directoire des grandes
puissances a alors équilibré le système mondial (balance of power) qui
va assurer une période de paix en Europe pour cinquante ans, un demi-
siècle.
Les institutions universitaires haïtiennes ont pris naissance dans ce
contexte marqué par la conjoncture de 1814-1816. au temps du Roi
Christophe en relation, d’un coté, avec l’Angleterre des Wilberforce
et Clarkson (Christophe avait des relations épistolaires suivies avec
Wilberforce et surtout avec Clarkson, la correspondance avec ce
dernier a fait l’objet d’un fort volume publié à Stanford University,
Californie) et de l’autre avec la Russie du tsar Alexandre Premier
(avec lequel Christophe a inauguré des rapports écrits par
l’intermédiaire de Clarkson qu’il a expressément mandaté, en bonne et
due forme, pour le représenter auprès du Tsar de toutes les Russies
entre 1816 et 1820)
C’est en 1816 que Christophe commence en grand une politique
d’éducation nationale et de promotion culturelle qui a été pour lui ce
que sera pour Bismarck « une lutte pour la civilisation » contre le
clergé allemand et la religion catholique, au nom de la civilisation.,
le Kulturkampf. Christophe a été, en effet, dans notre histoire, le
grand civilisateur avec son régime et son programme d’éducation
nationale et de promotion culturelle sous l’égide du « despotisme
éclairé », faisant jouer aux philosophes philanthropes anglais
Wilberforce et Ckarkson ses conseillers et précepteurs, le rôle de
Diderot conseiller et précepteur de Catherine de Russie et de Joseph
II. Il s’est aidé, a cette fin, de la coopération avec l’Angleterre en
lui demandant une assistance technique dans le domaine des maitres,
des méthodes et des sciences de l’éducation, assurant lui-même le coût
financier intégral de toute cette assistance technique.
C’est ainsi que le Roi Henri Premier d’Haïti a établi les premières
institutions universitaires haïtiennes après 1816, quand il aura
accumulé les moyens de cette politique avec l’essor de la prospérité
de son royaume.
D’abord, une conception d’ensemble pour l’Université comme une entité
et non comme des unités dispersées, éparpillées, les anglo-saxons
diraient « piece-meal », en pièces détachées. L’idée d’institutions
universitaires avec des fonctions d’un corpus logé dans un véritable
campus embryonnaire s’est réalisée à Sans-Souci. Les Facultés et les
Ecoles Supérieures avec des chaires d’enseignement (avec leurs
titulaires) des lettres, des sciences, des professions notamment la
médecine, les sciences de l’éducation, les sciences biologiques dites
alors « naturelles » à la tête desquelles la chaire d’anatomie se
distinguait avec son laboratoire spécialisé, les arts comme la
peinture (Une académie de peinture), les sciences humaines et sociales
en tête desquelles l’histoire, tenait lieu de laboratoire pour les
sciences politiques, et la religion pour les sciences morales.
L’anglais, avec ses ressources de la civilisation anglo-saxonnes (la
conception christophienne dans sa modernité, ne séparait pas la langue
et la civilisation) comme étalon des valeurs à inculquer aux haïtiens
pour un changement non seulement de langue, mais aussi de religion, et
de culture, réalisant une véritable « révolution culturelle » dans
cette ancienne colonie française.
Les institutions universitaires christophiennes étaient intégrées au
sommet d’un enseignement aux trois niveaux primaire, secondaire et
supérieur par une Chambre royale d’instruction publique, avec son
chancelier, ses dignitaires et ses inspecteurs des trois branches.
L’Almanach royal plaçait individuellement et nommément les dignitaires
dirigeants de la Chambre Royale d’Instruction Publique, chacun à sa
place sous l’autorité de De la Taste comme président, de De Dupuy
comme vice-président et de De Vastey, comme Secrétaire. L’imprimerie
royale de Sans-Souci publiait les ouvrages de ce qu’on peut appeler
les Presses Universitaires d’Haïti comme ce Manuel d’inspiration
anglicane , de théologie, édité à Sans-Souci, sous la forme d’un livre
bilingue (français-anglais) en usage dans les écoles christophiennes.
Enfin, il est à noter que l’assistance technique et la coopération
étrangères (exclusivement britannique) devaient placer l’Haïti de
Christophe dans le concert des nations de la civilisation de
l’Occident chrétien. C’était l’homme du despotisme éclairé qui avait
Frédéric II le Grand comme modèle et ce fut comme symbolique que le
palais de Postdam ait été le domaine royal prussien de Sans-Souci
comme le palais christophien du même nom comme par hasard. Le tsar
Alexandre Premier, disait à Clarkson, au sujet de Christophe, « que
c’était plus que surprenant et qu’il était vraiment enchanté de voir
un noir surgi au milieu des ténèbres de l’ignorance, fonder un empire
nouveau sur les piliers d’une éducation inspirée par des principes
chrétiens » et qu’il « espérait voir ce nouvel état rivaliser avec les
blancs en tout ce qui était grand et bon ». .
En apprenant la mort de Christophe, Wilberforce a déclaré: by all
standards, he was a great man. Le roi Henri d’Haïti était un
CIVILISATEUR.
Telle a été la conjoncture de naissance des institutions
universitaires chez nous à la genèse de l’Etat indépendant d’Haïti par
le génie christophien dans le Nord du pays.
Une ombre au tableau : elle date de Boyer. La politique obscurantiste
de celui-ci a valu à la partie de l’Est, hispanophone, de voir cesser
pour un bon bout de temps les activités de l’Université de Santo
Domingo, la plus vieille Université des Amériques.
Un deuxième moment fort de l’évolution des institutions universitaires
en Haïti, après le coup d’éclat fondateur de Christophe, a été la
conjoncture de l’avènement de Salomon (1879) à l’occupation américaine
de 1915, avec un saut qualitatif a la fin du 19ème siècle et au début
de 20ème siècle avec la tenue et les prolongements des congrès
pédagogiques du tournant du siècle consacrant un renouveau de
l’enseignement supérieur fondé sur la rénovation du secondaire dont
l’animateur a été Windsor Bellegarde, de l’Ecole Normale Supérieure de
Paris. Ce moment fort s’est situé .au fort de l’apogée de « la Société
h Haïtienne de Législation » dont Dantès Bellegarde a écrit qu’elle
était « une véritable Académie des Sciences sociales et politiques ».
C’est la France qui, cette fois, sert d’inspiration et de modèle pour
la création des institutions universitaires en Haïti parce que d’une
part, la réforme de l’enseignement secondaire a été largement
tributaire de la mission française recrutée à Paris par Guillaume
Manigat pour le lycée national Alexandre Pétion, dans le programme du
Ministre de l’Instruction publique François Saint Surin Manigat, qui a
donné le ton à la République des lettres dans ses salons d’Eden Villa
et dans les débats parlementaires au cours desquels « le grand maitre
de l’Université haïtienne » exposait ses vues pédagogiques (voir
l’évocation de ce lustre intellectuel du moment dans le livre de Paul
Déléage « Haïti en 1886 »), sous le gouvernement de Salomon, et
d’autre part les diplômés haïtiens des universités françaises
revenaient au pays mettre leurs connaissances au service de leur
patrie, tout en soignant leurs clients des professions libérales
privées (médecins, avocats, ingénieurs, agronomes, enseignants,
fonctionnaires). Louis-Joseph Janvier est parmi les toutes premières
promotions de diplômés de la vite célèbre « Ecole des Sciences
Politiques » récemment fondée à Paris. Janvier, bardé de diplômes
universitaires, est non seulement politologue, historien,
anthropologue et journaliste, bien introduit dans les milieux
parisiens, au point qu’on le choisit pour prendre la parole aux
funérailles de Victor Hugo, mais il est aussi diplômé de la Faculté
de Médecine de Paris, et diplômé de la Faculté de Droit de Lille, d’où
il fignole ses thèses sur la nécessité d’un régime civil en Haïti,
C’est le moment où Anténor Firmin rédige et publie sa fameuse
monographie sur les problèmes de l’instruction publique en Haïti, dans
son livre « Lettres de Saint Thomas », la première analyse
scientifique avec le support d’un important appareil de statistiques
scolaires de références, mettant le doigt dans la plaie. Audain
l’avait dit : il faut « une réforme de notre système d’enseignement
public qui substituera à cet édifice lézardé, disjoint, branlant, un
édifice nouveau, d’architecture rationnelle, solide et stable,
puissant et magnifique ». Avec de telles idées fusant de partout,
l’essor est donné pour cette seconde flambée des institutions
universitaires proprement dites. Frédéric Doret, encore étudiant en
génie dans les années de 1897 à 1900, va devenir un des ingénieurs
éminents des premières années du 20ème siècle haïtien. Le Dr Léon
Audain, diplômé de France, ancien interne des hôpitaux de Paris, est
devenu une célébrité médicale. Rentré au pays pour y fonder l’Ecole de
Médecine .d’Haïti vite connue pour son art du diagnostic à la
française, il se fera une réputation notoire par un genre qu’il aura
cultivé avec succès : « l’étude sociale ». Il jouera un rôle de
premier plan au second congrès pédagogique de janvier 1904 qu’il
présidera et clôturera. C’est le genre d’homme-orchestre de « la haute
société » qu’un ministre de l’instruction publique aimait citer, lui
que le Dr Audain a salué comme « le grand maitre de l’Université
haïtienne ».
L’Ecole de Droit prend naissance sous Salomon, à la suite d’une
initiative privée qui deviendra étatique comme Faculté de Droit de
Port-au-Prince avec une pléiade de diplômés de Paris et de Bordeaux
principalement. Boyer Bazelais avait fait ses études de droit à la
Faculté de Droit de Paris, Sténio Vincent, « le surdoué » de
l’intellectualité du début du 20ème siècle, a illustré par son
éloquence hors pair les vertus de l’art oratoire dans les prétoires et
lors des jubilés de grands maitres du barreau et de la magistrature,
tout en ayant été l’homme du diagnostic sûr du mal d’Haïti dont il
accablait les élites traditionnelles. « Par tous ses pores, la société
haïtienne suppure ». Le Droit au service du social ! En paroles
d’abord, laissant pour plus tard au verbe de se faire chair avec
succès ou non.
Ce moment fort est la dernière étape avant la création de l
‘Université d’Etat d’Haïti définitive avec la conjoncture d’éveil
culturel et artistique des années 1940-1960. Je fais référence souvent
à cette « conjoncture d’éveil » à laquelle j’ai consacré une
monographie dans mon livre « Nouveaux combats pour l’Histoire Vivante
d’Haïti ». Cette conjoncture de 1940-1960 a jeté les fondements
préparatoires à l’édification du nouveau système éducatif qui allait
accueillir les nouvelles institutions universitaires haïtiennes. On a
judicieusement étendu à la période toute entière le mot emblématique
de « Renaissance » trouvé sur une pancarte de la Rue du Centre, du
côté opposé au Pénitencier National qui, lui, inspirait à un humoriste
une autre pancarte « On est mieux ici qu’en face » ! La trouvaille du
mot de « renaissance » était une aubaine car elle rappelait le grand
moment exceptionnel d’épanouissement des lettres et des arts né au
Quattrocento italien à partir de Florence, a conquis toute l’Italie
par ses œuvres inspirées de l’Antiquité et qui mettent l’homme au
centre de tout en un humanisme universalisant. et qui s’est répandu en
Europe au XVIème siècle. On a vu une comparaison fertile pour
l’épanouissement intellectuel et artistique haïtien de 1940-1960 et
après (par exemple la peinture haïtienne naïve, primitive ou moderne
avec ses chefs d’œuvre). sa littérature exprimant le « merveilleux »
du génie culturel haïtien, vodou comme religion et créole comme
langue, compris naturellement.
C’est dans ce contexte que des unités nouvelles viennent alors étoffer
le tissu des institutions universitaires en Haïti avec l’ethnologie
pour laquelle sont créés une Ecole d’Ethnologie (qui deviendra plus
tard une Faculté d’Ethnologie, premier doyen Jean-Baptiste Romain) et
un bureau d’ethnologie sur lequel Jacques Roumain laissera sa marque,
une troupe folklorique nationale d’état, une Ecole Normale Supérieure
d’Haïti, pour l’enseignement des Lettres et des Sciences (premier
directeur Pradel Pompilus), un Centre d’Art (premier directeur Dewitt
Peters) et un Foyer des Arts plastiques qui seront les pépinières de
la future ENAERTS (Ecole Nationale des Arts) , une Ecole Nationale des
Hautes Etudes Internationales (premier directeur Leslie F. Manigat),
(qui deviendra l’Institut National de Gestion et des Hautes Etudes
Internationales (INAGHEI), une Faculté des Sciences Sociales, une
Faculté de Linguistique, un Conservatoire National de Musique, un
Centre d’investigation en sciences sociales (CHISS, premier directeur
Hubert Deronceray), s’ajoutant aux noyaux initiaux et classiques de la
Faculté de Droit, der la Faculté de Médecine et d’Ontologie, de
l’Ecole Polytechnique (anciennement Ecole des Sciences appliquées), de
la Faculté d’Agriculture). Un rectorat est créé, qui sera placé sous
l’autorité du Dr Jean Price Mars, médecin-ethnologue,-historien-
internationaliste, l’auteur de « Ainsi parla l’Oncle », bref le
fleuron de l’intellectualité haïtienne de réputation mondiale.
Voici venir maintenant, pour une conclusion sur le « que faire »
haïtien en matière des besoins de renouvellement des institutions
universitaires haïtiennes en vue de faire mieux comprendre la
situation du pays déjà avant et surtout après l’horrible séisme du 12
janvier 2010, un exposé de la problématique et de quelques problèmes
de quelque importance qui s’ensuivent ou y sont liés, car le Comité
International de soutien et d’appui à la nouvelle Université d’Haïti
aujourd’hui si durement frappée et actuellement sinistrée, est sans
doute plus que d’autres, intéressé à se rendre compte de l’œuvre à
entreprendre pour contribuer moralement et matériellement à mettre sur
pied de fonctionnement une université haïtienne digne de ce nom.
1). – La première question est sur la nature et la fonctionnalité de
l’Université d’Haïti. Ne doit-elle pas profiter de cette triste
épreuve pour se poser la question si elle doit continuer être du «
secondaire prolongé » comme je l’avais dénoncé en une saute d’humeur
de constat justifié ou devenir une authentique université, cessant de
faire du cours magistral, l’essentiel de l’enseignement supérieur
alors qu’il en reste l’ossature principale ? Rien ne saurait remplacer
un bon professeur d’Université dans un cours magistral porteur et
distributeur des connaissances académiques au plus haut degré du
savoir humain. Mais depuis toujours, on lui a voulu un accompagnement
de travaux pratiques, de travaux dirigés, de pratiques de
laboratoires, d’essais probatoires dont l’importance est reconnue au
moins depuis la diffusion de la méthode expérimentale de Claude
Bernard. On en est encore, dans certains cas d’utilisation de la
chaire, au « par cœur » dicté en salle de classe et à « rendre » sans
omettre une virgule pour satisfaire aux examens moyenâgeux des
facultés d’un autre temps.. De profundis, du tréfonds de la détresse
haïtienne présente, l’impératif d’une authentique université de
qualité est d’être conforme aux exigences d’être capable de constituer
une tête pensante au sommet de tout le système éducatif du pays. A nos
vrais amis, de nous y aider.
2).- La seconde question est la nécessité d’organiser la recherche,
autre compagnon de l’enseignement magistral qui implique déjà, il faut
le reconnaitre, une large part d’investigations sur sa matière par le
professeur d’Université. C’est une obligation de son magistère
intellectuel de renouveler son cours en se recyclant constamment. Je
me rappelle, au début de ma carrière, un collègue se gargarisant des
notes écrites sur papier jauni qu’il exhibait avec une suffisance
satisfaite. Mais c’était hier !......Aujourd’hui, la recherche en tant
que telle, en dehors de la besace professorale individuelle, est
organisée en un corps dédié aux investigations scientifiques. Les
centres de recherche scientifique pullulent partout et c’est à la
bonne heure. Aujourd’hui la recherche dépasse l’enseignement
professoral dans l’enrichissement des connaissances, recherches
individuelles (des thésards, par exemple ou des chercheurs des écoles
postdoctorales)) ou recherches collectives (les équipes de recherches
dont les produits d’investigations appartiennent aux équipes elles-
mêmes ou sous le label des centres privés ou publics au nom connu et
prestigieux. On appartient à telle ou telle écurie. La circulation des
équipes de recherche entre les pays est le signe nouveau de la
suprématie des choses de l’esprit dans les nouvelles technologies du
savoir humain dans l’humanisme des chiffres. Il faut orienter
davantage les investigations scientifiques haïtiennes vers la
recherche collective.
3).- Cernant de plus près les problèmes des institutions
universitaires haïtiennes, il faut mettre l’accent sur ceux à qui on
enseigne et quoi leur enseigner. On a pris l’habitude de penser que
l’Université, ce sont les professeurs. Et la population estudiantine ?
Vient-elle seulement pour suivre les cours ? On a vu que l’Université
accueille 50.000 étudiants à l’enseignement supérieur dont la moitié
fréquente régulièrement l’Université d’Etat (UEH).organisée en 13
facultés et Ecoles Supérieures. Les besoins de ce petit monde sont
relativement énormes. Et le problème des bourses par exemple, n’est
pas résolu selon les critères d’appropriation et de justice voire des
besoins prioritaires de la nation. Quid d’une prise en charge
partielle et sous contrôle de la solution de ce problème ? On pourrait
même intéresser davantage la coopération étrangère dès l’amont de la
sélection pour préparer l’aval des destinations nationales et
internationales.
4).- Le problème d’un campus universitaire avec des résidences
universitaires pour professeurs et étudiants comme en France ou à
l’University of the West Indies (Mona, Jamaïque) a buté, je le sais
par expérience, sur l’obstacle de la méfiance gouvernementale à
concentrer une population étudiante à capacité subversive. A deux
reprises, on a eu la chance de préparer un site pour un campus
central, l’un à Cotes-Plages et l’autre au ranch de Jean-Claude, les
maquettes pour chaque Faculté et Ecole Supérieure étant techniquement
préparées par une firme spécialisée. J’en parle en connaissance de
cause, ayant eu en mains la maquette de l’Ecole des Hautes Etudes
Internationales mise au point sur mes instructions des besoins de
l’Ecole après consultations avec les étudiants les plus concernés. Le
problème se repose aujourd’hui en termes différents et puis, il y a
des nouveaux campus existant et fonctionnant comme l’Université
adventiste disposant de vastes espaces multifonctionnels, y compris
les activités sportives, à Diquini. Avec la déconcentration, les
délocalisations et la décentralisation envisagées, on aura l’occasion
de donner un nouveau visage au paysage universitaire haïtien dans le
cadre d’une régionalisation à venir alors que la constitution a omis
la région dans la liste de ses collectivités territoriales.
5). – Le problème nouveau des universités privées. Il y a
prolifération d’universités privées qui poussent comme champignons
actuellement sous la poussée de la massification numérique et sociale
des bacheliers venant du baccalauréat par plus d’une centaine de
milliers par an. La seule université est incapable de les accueillir.
On ne serrait pas à moins de trente mille bacheliers hors de l’UEH
inscrits aux universités privées dont la plupart sont du « business »,
c'est-à-dire financièrement lucratives. De même que les écoles «
borlettes » du secondaire, il y a contamination d’universités «
borlette ». Un loustic optimiste commentait qu’il vaut mieux avoir des
universités « borlette » que ne pas en voir du tout !.Il y aurait 150
institutions universitaires privées dont une quarantaine reconnues par
l’Etat ! La proportion enseignement supérieur public et enseignement
supérieur privé est préoccupant car l’ajustement de la coexistence
pose problème. Par exemple, la Faculté d’Etat de Médecine admet chaque
année un maximum de deux cents étudiants par nouvelle promotion
d’entrée. Une seule Université privée parmi les plus sérieuses comme
l’Université Notre Dame ou l’Université Quisqueya en admet le double !
Les stages en médecine dans les hôpitaux publics pour être valables et
reconnus sont au compte-gouttes et les diplômes du privé doivent être
avalisés par l’Etat. Certaines spécialités ne se trouvent qu’à l’UEH.
La rivalité entre l’état et le privé relève de l’époque de
l’antagonisme entre curés et maires dans les films de Marcel Pagnol.
Evidemment, je caricature un peu. Il est à noter que les meilleures
universités privées sont à la pointe du progrès dans leurs branches
d’activités, avec l’aide de la coopération étrangère. Enfin, des
anciennes écoles de commerce réputés mais de niveau et d’accès au-
dessous du baccalauréat, se sont converties en Ecoles supérieures de
format universitaire admis.
6). – Une autre question en débat sans faire trop de vagues est celle
du choix entre le savoir fondamental spéculatif et esthétiquement
préférentiel classique (l’agréable ?) et le savoir à des fins
pragmatiques (l’utile ?), les connaissances théoriques et
philosophiques de l’héritage gréco-latin des Platon et Aristote et les
formations pratiques du pragmatisme anglo-saxons, forme survivante de
la vieille querelle des Anciens et des Modernes. On se souvient que
nous avions trouvé le problème posé dans notre étude sur la
substitution de l’hégémonie américaine à la prépondérance française
dans la conjoncture 1910-1912. On a laissé faire le cours des choses
sur le problème et cela a débouché sur des enjeux stratégiques
importants pour la nation : élitisme ou massification, libre choix ou
dirigisme, ces deux héritages de la tradition culturelle que j’ai
placés dans la longue durée Braudélienne et dont Mirlande Manigat
vient de signale le caractère discriminatoire dans leurs effets. Le
laisser-faire individuel et familial l’a emporté, mais la pression
sociale a peine à en corriger les spontanéités.
7).- Le projet de loi sur l’enseignement supérieur toujours en
gestation tarde à régler des questions en suspens de l’ère de la
modernisation et de la mondialisation pour les institutions
universitaires en Haïti. C’est dans cette catégorie qu’il faut lister
l’importance de l’indice du développement humain dans les choix
stratégiques à faire en praxéologie, la formation administrative et
technique du personnel de support et de son entrainement spécifique
sectoriel, dans les institutions universitaires en Haïti, le recours
aux nouvelles technologies, l’internet à l’école, l’aménagement et
l’utilisation des locaux scolaires et universitaire, la
diversification du contrôle continu des connaissances, la mesure de la
croissance comparée dans les politiques promotrices et correctrices du
progrès humain selon les critères liés à la personnalité de base de
chaque civilisation.. La coopération internationale doit et va régner
dans ces domaines de l’intervention humaine, et Haïti doit saisir son
malheur comme un bien pour les sauts en avant que nécessite non son «
arriérisme » (cela ne se dit plus) mais l’archaïsme de son stade de
développement.
Le Comité international de soutien et d’appui à l’Université d’Haïti
éprouvée avec six universités privées détruites et presque toutes les
autres, la publique et les privées, dans les villes-martyres de Port-
au-Prince, de Léogâne, de Petit Goâve, de Grand Goâve et de Jacmel,
endommagées parmi les meilleures du pays, ne peut que comprendre et
épauler l’élan de solidarité compensatoire du malheur qui accable le
pays haïtien dans la détresse, et en état de grâce auprès de l’opinion
internationale superbement émue et mobilisée devant l’infortune
injuste que le peuple haïtien ne méritait pas. Le beau mot de
solidarité est le mot de passe en faveur d’Haïti.
Leslie F. Manigat
Président du Comité International de soutien et d’appui à l’Université
Haïtienne.