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HAITI -- Politique -- Nancy ROC -- Les partis politiques et l’art de la guerre (1re partie)

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Annette

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Nov 24, 2009, 7:54:51 AM11/24/09
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Agora

Les partis politiques et l’art de la guerre (1re partie)

par Nancy ROC

« Jadis, les guerriers habiles commençaient par se rendre invincibles,
puis attendaient le moment où l’ennemi serait vulnérable.
L’invincibilité réside en soi-même. La vulnérabilité réside en
l’ennemi. »

Tout observateur de la scène politique haïtienne admettra facilement
que les dirigeants des partis de l’ « opposition» ignorent
complètement, ou refusent de faire leur, cette pensée de Sun Tzu tirée
de son livre L’Art de la Guerre. Une fois de plus, en plein processus
électoral, les partis et regroupements politiques sont déchirés par
des dissensions internes et certains, tels l’Alliance d’Evans Paul et
la Fusion des Sociaux-démocrates de Victor Benoît, sont menacés
d’implosion. Après l’Organisation du Peuple en lutte (OPL) et la
démission très médiatisée de Paul Denis, ancien sénateur, candidat à
la présidence et actuel ministre de la Justice et de la Sécurité
publique, c’est au tour de la Fusion des Sociaux-démocrates d’être
secouée par la course à la chefferie et de faire face à la colère de
certains de ses militants. Lundi dernier, une cinquantaine de ces
derniers ont pris d’assaut le local du Parti pour exprimer leur
désaccord avec les membres du Comité exécutif. Ils dénoncent le
comportement dictatorial de ces derniers qui, selon eux, veulent
rester indéfiniment à la tête du parti. Ils réclament la poursuite de
l’organisation des congrès régionaux pour renouveler les dirigeants du
Parti. Cette semaine, au micro de Valéry Numa, la sénatrice Edmonde
Beauzile a déclaré que cette activité nécessite des fonds. « Or nous
sommes dans un pays où le pouvoir ne finance pas les partis comme le
requiert la Constitution. En même temps, pour faire les congrès, les
membres de notre Parti doivent cotiser. C’est ainsi que nous avons
organisé 6 congrès sur 10. Mais aujourd’hui, nos parlementaires sont
en compétition électorale et c’est eux qui cotisent le plus», a-t-elle
déclaré.

Toutefois, dans la nouvelle conjoncture politique, on peut se demander
s’il n’y a pas anguille sous roche. Tout d’abord, la Fusion des
Sociauxdémocrates haïtiens devait tenir en octobre dernier son congrès
national afin d’élire le nouveau chef du parti. Le processus s’est
immobilisé suite à un bras de fer entre l’actuel président de la
Fusion, Victor Benoît, et la sénatrice Edmonde Supplice Beauzile, élue
sous la bannière du Parti pour le département du Centre. « (…) des «
manœuvres » orchestrées par des hauts cadres du parti, emmenés par
Victor Benoît, en seraient la cause. Selon certaines informations, le
président sortant de la Fusion souhaite avoir le strict contrôle des
délégués devant être issus des différents congrès régionaux. (…) Une
situation dénoncée par le camp Beauzile. Candidate à la présidence de
la Fusion des sociaux démocrates haïtiens, la sénatrice du Centre
accuse son chef de parti de favoriser, à son détriment, la candidature
de Rosemond Pradel. Ce qui, estime-t-elle, est contraire aux
attributions de M. Benoît qui a la responsabilité, en tant que
président de la Fusion, d’être impartial en tout ce qui concerne les
élections à la tête du parti.» (1)

Or M. Victor Benoît se fait très rare dans les médias et devient
soudainement introuvable. Il ne s’est pas publiquement exprimé sur les
dernières élections contestées par plusieurs partis politiques. D’un
autre côté, on sait qu’il a rencontré le président Préval à deux
reprises la semaine dernière. Victor Benoît pourrait-il se laisser
récupérer par le président comme d’autres membres de la Fusion tels
Michel Clérié, Alix Larsen, Rodolf Joasil, Judnel Jean et consorts ?
Selon Mme Edmonde Beauzile, ces rencontres ont été réalisées « dans le
cadre d’une dynamique enclenchée au Palais national pour rencontrer
les partis politiques pour la mise en place d’une plateforme politique
où la Fusion et Lespwa pourraient collaborer », a-t-elle révélé au
micro de Vision 2000. «Pour le moment. À ce que je sache, la Fusion ne
va pas faire partie de cette plateforme après les élections », a-t-
elle conclu.

Entre tentation et habileté

Selon Sun Tzu, « celui qui pousse l’ennemi à se déplacer, en lui
faisant miroiter une opportunité, s’assure la supériorité ». Lorsque
l’on constate les habiles manœuvres de René Préval à pénétrer,
récupérer, voire désintégrer, certains partis politiques, les
prochaines élections deviennent un objet de haute préoccupation pour
l’avenir des partis politiques. La Fusion, l’OPL et le RDNP étaient
les partis politiques de l’opposition les mieux préparés à affronter
les potentielles velléités de M. Préval de renforcer son pouvoir
personnel. Or les deux premiers partis sont non seulement divisés,
mais connaissent de sérieux problèmes financiers. Mme Manigat,
candidate à la présidence du Rassemblement des démocrates nationaux
progressistes (RDNP) l’est aujourd’hui pour la Plateforme des
patriotes haïtiens (PLAPH). Cette dernière est malheureusement formée
de groupuscules politiques -le Grand rassemblement pour l’évolution
d’Haïti (GREH), de l’Action démocratique pour bâtir Haïti (Adebha) et
du Mouvement patriotique du 28 novembre (MNP-28)qui, ensemble, à la
dernière élection présidentielle, n’ont même pas recueilli 5% des
suffrages.

Ainsi, jusqu’à présent, René Préval est celui qui se révèle le plus
habile dans cet « art de la guerre » politique car, pour se rendre
invincible, il a attendu que les partis politiques soient vulnérables.
Son habileté consiste aujourd’hui à reconnaître ce moment et à avoir
le parfait timing pour lancer sa plateforme politique. Qui pourra
résister à la tentation de rejoindre cette dernière lorsque l’on sait
déjà qu’elle bénéficiera d’une grosse machine et des fonds importants,
notamment des fonds tirés du Trésor public ? Qui pourra résister quand
le chef de cette plateforme promet le « paradis du pouvoir » à « ceux
qui croient», c’est-à-dire à ses candidats, et la géhenne à ceux qui
ne croient pas (le camp des condamnés), c’est-à-dire les candidats des
partis de l’opposition ? Ainsi, contrairement aux autres chefs d’État
haïtiens, René Préval préfère utiliser la carotte. Mais combien de
temps Préval pourra-t-il cacher le potentiel visage répressif de son
régime ?
La réponse à la question posée ci-dessus appartient aux dirigeants des
partis de l’opposition. Ils doivent se rappeler que, dans l’art de la
guerre, « une règle essentielle de la stratégie consiste à se préparer
à déjouer une attaque, au lieu d’espérer qu’elle ne se produise pas ».
Le bon stratège se prépare à tout, même au pire, pour pouvoir réagir
au besoin. Espérer qu’un malheur ne se produira pas même si sa
probabilité est faible, c’est le propre des stratèges médiocres ou des
enfants de chœur. À bon entendeur, salut !

Par Nancy Roc

(1) Patrick Réma, Perspectives présidentielles / La bataille des chefs
au sein de la Fusion, Le Matin, 13 octobre 2009.


LE MATIN vendredi 20 novembre 2009


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