Chère Mademoiselle Barjon,
Je constate que l’audience nationale manifeste certain engouement pour
mes écrits politiques. Un journaliste du Nouvelliste a mentionné la
parution du Nouvel État, des stations de radio et de télévision de la
Capitale diffusent mes idées. Je ne saute pas dans le débat actuel
refusant de m’aventurer sur la scène nationale, du sable mouvant.
Aussi, je ne veux pas me servir des États-Unis, pays d’accueil comme
base arrière pour ne pas finir en prison.
Si j’avais les moyens, j’aurais procédé à une vulgarisation massive de
mes idées. Dans l’état actuel des choses, je me contente de gesticuler
pensant à cette génération en route pour la potence.
Au pays, chacun penche sur ses conditions ; à l’étranger, je pense aux
institutions, la façon dont elles fonctionnent et la façon dont elles
auraient dû fonctionner. Quand on atteint ce niveau de raisonnement,
on est baigné d’une joie faciale et d’une lumière interne.
Les Haïtiens sont tout de même admirables dans leur misère. La seule
chose, leurs dirigeants les ont trahis. Malgré leurs richesses, les
autres peuples ne sont pas plus nobles ni plus spirituels que nous.
L’histoire révèle que tout changement est le travail d’un groupe
restreint, encadré d’un guide.
Un seul homme peut initier le changement, par ses discours et ses
engagements. Il s’agit d’inspirer un nouvel ordre politique en dictant
une série de propositions allant dans le sens du progrès.
Je me pose la question à savoir ce que sera l’Haïtien si quelqu’un
acceptera d’investir en lui, en ôtant les embûches qui entravent son
cheminement ?
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Rony Blain