Copie d'un message reçu :
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Manifeste du 28 Novembre 2009
Une analyse sérieuse des politiques d'éducation d'un grand nombre de
gouvernements qui se sont succédé depuis l'indépendance d'Haïti nous
révèle que l'éducation n'a pas toujours eu la place qu'elle mérite
parmi les priorités de ces derniers. Une conséquence, parmi d'autres,
de cette absence de volonté politique d'agir avec détermination et
conviction dans un secteur considéré comme fondamental pour le
développement humain d'un pays est qu'on se retrouve aujourd'hui,
après plus de deux siècles d'indépendance, avec environ 500 mille
Haïtiens en âge de fréquenter l'école qui n'y ont pas accès faute de
moyens. De ces 500 mille jeunes, 57% sont des filles. Ce constat ne
concerne que l'accès à l'éducation de base. Que dire alors de l'accès
aux autres sous-secteurs de l'éducation?
Nous rappelons ici que l'accès universel à l'éducation de base
constitue l'un des devoirs les plus fondamentaux de l'État. La
Constitution haïtienne, en ses articles 32 et suivants, l'établit
clairement, tout comme la déclaration universelle des Droits de
l'Homme (1948) dont Haïti est signataire.
Le Groupe de travail sur l'éducation et la formation (GTEF) en Haïti,
qui regroupe des personnalités d'allégeance et d'horizons divers mais
tous profondément engagés dans le domaine de l'éducation, travaille
depuis près de deux ans à élaborer un projet de Pacte national sur
l'Éducation et la formation couvrant tout le secteur éducatif
haïtien : préscolaire, fondamental, secondaire, formation
professionnelle, alphabétisation et université. Dans le processus
d'élaboration de ce pacte, le GTEF a mené une large consultation à
l'échelle du pays et, dans une certaine mesure, dans la diaspora
haïtienne. Les citoyens et parents haïtiens, qui assument plus de 80%
de l'effort national d'éducation, ont pu exprimer clairement leurs
préoccupations et revendications en ce qui a trait à l'accès à
l'éducation. Celles-ci se résument comme suit :
· Accès garanti par l'État à un minimum de 6 années
d'éducation fondamentale à tous les enfants du pays (déjà inscrit dans
la Constitution de 1987);
· Garantie par l'État haïtien d'un repas chaud au minimum à
tous les élèves d'Haïti, en priorisant les enfants des milieux
défavorisés;
· Prise en charge par l'État d'un dispositif efficace
garantissant l'accès aux livres et matériels scolaires de base à tous
les élèves d'Haïti, en priorisant les enfants des milieux défavorisés;
· Conception et implantation d'un nouveau projet éducatif
national favorisant la formation d'un nouveau type de citoyen haïtien
mieux préparé au développement du pays.
Considérant qu'aucun pays sur la terre n'a pu progresser ni se
développer sans un investissement préalable systématique et soutenu
dans l'éducation (Cuba, Vietnam, Taïwan, Singapour, etc.), il nous
apparaît plus qu'évident que l'éducation demeure un passage obligé,
une condition nécessaire – peut-être pas suffisant – pour qu'un pays
accède à la modernité et au développement authentique.
· Comment attaquer sérieusement le défi du contrôle démographique
sans un meilleur accès à l'éducation?
· Comment exercer un meilleur contrôle sur l'environnement en
prévenant la déforestation et les risques de catastrophes naturelles
qui en découlent sans éduquer massivement la population?
· Comment améliorer la santé de la population et allonger son
espérance de vie sans une éducation qui favorise la prévention des
maladies?
· Comment créer des emplois et de la richesse dans la nouvelle
économie basée sur le savoir sans un système d'éducation axé à la fois
sur l'universalité et la qualité?
La situation de l'éducation, notamment au cours des deux dernières
décennies, déjà fort préoccupante en elle-même, se trouve de plus en
plus aggravée par une série de contingences qui pourraient conduire le
pays dans un cercle vicieux dont il pourra sortir difficilement. En
effet, le très faible niveau de scolarisation de la population, la
prépondérance trop marquée du secteur privé dans le système
d’éducation (plus de 85%), l'exode de plus en plus accélérée des
éducateurs bien formés vers des cieux considérés plus cléments, la
qualité sinon douteuse du moins approximative de l'enseignement
dispensé par un trop grand nombre d'institutions d'enseignement, tout
cela hypothèque lourdement le système d'éducation et affecte de
manière significative le niveau réel de formation de la jeunesse du
pays. Dans ce contexte, le danger qui guette le pays demeure
l'incapacité de soutenir un processus adéquat de renouvellement
générationnel de professionnels et de cadres qualifiés, ce qui
compromettrait du même coup la mise en œuvre de tout plan de
développement national. Il faut donc faire quelque chose et tout de
suite, afin de garantir à terme l'accès à l'éducation de base tout au
moins, à tous les enfants du pays, sans distinction.
Par la présente, nous, les signataires de ce manifeste :
· appuyons sans réserve les revendications du peuple haïtien en
matière de développement socio-économique et de démocratie basée sur
une scolarisation universelle et de qualité des enfants d'Haïti;
· appuyons sans réserve l'ensemble des familles haïtiennes qui
affectent près de 40% de leurs maigres revenus à l'éducation de leurs
enfants, Haïti étant l'un des trois pays de la planète où l'État se
désengage autant du secteur éducatif;
· appuyons sans réserve les aspirations des parents et des
jeunes Haïtiens à une éducation de qualité pour une participation
pleine et entière à la vie démocratique du pays;
· appuyons sans réserve toute réforme du ministère de
l'éducation nationale et de son système de gouvernance dans la
perspective de la mise en œuvre de ces revendications;
· apportons notre appui sans réserve à l'idée d'un Pacte
national sur l'éducation et la formation comme étant un consensus
social sur lequel il est possible de fonder une société plus juste et
mieux outillée pour affronter les défis du développement humain au
cours des prochaines décennies.
Ce manifeste a été présenté lors d'une vidéoconférence qui a eu lieu
le 28 novembre 2009 entre Port-au-Prince (Groupe de travail sur
l'éducation et la formation) et un groupe de membres de la communauté
haïtienne du Canada réunie à l'invitation de la Fondation Québec-Haïti
pour une scolarisation universelle et de qualité (QHASUQ).
Pour apporter son appui à ce manifeste et le signer aller sur le site
suivant:
http://www.qhasuq.org/manifeste/
Bonne réception
Adrien