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HAITI-- Politique-- Nancy ROC-- D'autres jours sombres en perspective

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Annette

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Nov 4, 2009, 10:25:48 AM11/4/09
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Haïti : Destitution controversée de Mme Michèle D. Pierre-Louis

Haïti : d’autres jours sombres en perspective

Par Nancy Roc

La chute du gouvernement de Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis annonce
des jours sombres pour Haïti et pourrait anéantir les efforts de la
communauté internationale pour reconstruire le pays.

Un an après son accession au pouvoir, la première ministre haïtienne,
Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis a été destituée dans la nuit du
29 au 30 octobre. Malgré le soutien ferme de la communauté
internationale -les États-Unis et l’Union européenne en tête- à la
cheffe du gouvernement, les sénateurs de la plateforme présidentielle
Lespwa (Espoir) et leurs alliés n’ont pas hésité à renvoyer Madame
Duvivier Pierre-Louis ainsi que les membres de son gouvernement. La
raison évoquée : un faible bilan et, principalement, le manque de
transparence du gouvernement quant à la mauvaise gestion des 197
millions de dollars de fonds d’urgence débloqués suite au passage
dévastateur de quatre ouragans sur le pays en 2008. Pour Daniel Holly,
professeur titulaire au département de science politique de
l'Université du Québec à Montréal, « selon les prévisions
constitutionnelles, le parlement a le droit d’interpeller la première
ministre », a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique jeudi.
Toutefois, il note l’incompréhension totale des parlementaires quant à
la réalité haïtienne. « On ne saurait s’attendre à des résultats
satisfaisants en un temps si court. Dans une situation aussi complexe,
ils ne peuvent s’inscrire que dans le long terme. Pour moi, c’est donc
une raison bidon », souligne-t-il.

Dans une adresse à la nation le 27 octobre, soit deux jours avant son
interpellation par le Sénat, la première ministre haïtienne, Michèle
Duvivier Pierre-Louis, a affirmé sa volonté de « sortir la tête haute
». Concernant la gestion des fonds d’urgence, elle a annoncé qu’elle
allait réclamer trois audits croisés. « Trop tard », déclare le
professeur Holly. « Connaissant la politique haïtienne, elle aurait dû
prendre ses précautions et s’assurer de ces audits avant son
interpellation ». Mme Duvivier Pierre-Louis aurait-elle fait preuve de
naïveté ? « Elle a sans doute trop compté sur l’appui apparemment
indéfectible de la communauté internationale en oubliant de se
prémunir contre les coups bas de ses adversaires », avance Daniel
Holly. « Elle a été prise en défaut mais je doute qu’elle ait été
malhonnête dans sa façon de gérer ces fonds ». Pour lui, la chute du
gouvernement « va permettre la montée d’un premier ministre proche du
président. Haïti peut basculer vers une instabilité politique par la
mainmise du Palais national sur le prochain gouvernement, et la
communauté internationale craint que ce dernier puisse contrôler tous
les rouages du pouvoir. Cela pourrait avoir un effet néfaste sur les
futurs investissements en Haïti. Toutes ces manœuvres politiques vont
contre l’intérêt profond du pays et ne font que convaincre la
communauté internationale de l’inanité de ses interventions en Haïti
», conclut-il.

Un vote inconstitutionnel ?

Dans la capitale haïtienne, à Port-au-Prince, les
émissions de lignes ouvertes dans les radios démontraient qu’une
grande partie de la population jugeait inopportune une destitution de
Michèle Pierre-Louis. L’interpellation du 29 octobre paraît donc
clairement comme une initiative isolée du groupe des sénateurs proches
du président.

La veille, dans une déclaration jugée excessive, le sénateur du Sud-
Est Joseph Lambert a comparé le sort de Mme Pierre-Louis à celui d’une
« bête se rendant à l'abattoir », en ajoutant qu'il démissionnerait si
elle bénéficiait d’un vote de confiance. Parallèlement, des sénateurs
de l’opposition sont montés au créneau pour s'opposer au renvoi du
gouvernement, arguant que cela conduirait à une situation
d’instabilité politique.

Dans son édition de jeudi, le quotidien de la Floride, le Miami
Herald, annonçait que le président Préval avait déjà choisi un nouveau
premier ministre : Jean-Max Bellerive, ministre haïtien de la
Planification et de la Coopération externe du gouvernement déchu.
Quelques heures avant la tenue de l’interpellation, dans une lettre
adressée au président du Sénat, Michelle Pierre-Louis avait indiqué
qu'elle ne comptait pas se présenter au Parlement, en raison de la
proclamation du verdict avant même la tenue de la séance
d’interpellation.

Vendredi matin, après un huis clos et une séance de plus de dix
heures, 18 sénateurs et alliés de la plateforme présidentielle Lespwa
(L’espoir) ont infligé un vote de censure à la première ministre,
renvoyant ainsi l’ensemble de son gouvernement. L’absence de ces
derniers n'a pourtant pas facilité la tâche aux sénateurs-
interpellateurs. En effet, ceux favorables à Mme Pierre-Louis,
notamment Youri Latortue, Évallière Beauplan, Rudy Hérivaux et Riché
Andris, ont évoqué l'article 107 de la Constitution pour asseoir la
thèse de l’inconstitutionnalité de l’interpellation et du caractère
illégal du vote. Or, lors des sessions extraordinaires -comme c’était
le cas- le Corps législatif ne peut siéger sur des points autres que
ceux figurant dans le menu soumis par l’Exécutif. Le camp adverse n’a
pu démonter cet argument. Devant l’attitude jusqu’au-boutiste des
sénateurs de Lespwa, Riché Andris, ancien vice-président du Sénat, a
déclaré, courroucé, « vous allez renvoyer un gouvernement sans le
moindre argument. C'est triste de voir à quel niveau vous rabaissez le
Sénat de la République ». Après un huis clos, 18 sénateurs ont
expédié, vers 1h30 du matin (heure de Montréal), la motion de censure.
Selon celle-ci, « une situation d'insécurité grave et une réalité
dramatique de la faim » frapperaient le pays et Mme Pierre-Louis est
considérée comme démissionnaire.

En ce qui concerne la légalité du vote, « seul un conseil
constitutionnel pourrait déclarer que la séance et le vote sont
inconstitutionnels. Or cet organisme n’existe pas en Haïti », a
constaté Myrlande Manigat, ancienne sénatrice et constitutionaliste,
lors d’un entretien téléphonique au Devoir vendredi matin. « Nous
sommes donc devant un fait accompli », conclut-elle.

Marche arrière pour Haïti

Haïti fait désormais face à un vide politique risqué, à
quelques mois d’échéances constitutionnelles cruciales devant
conduire, fin 2010, aux élections présidentielles. Au moment où
s’amorçait une certaine relance de l’économie après des années
d’agonie et d’interminables turbulences politiques, la chute du
gouvernement de Mme Pierre-Louis inquiète tant au niveau économique
que politique. Pour Réginald Boulos, président de la Chambre de
Commerce et d’Industrie d’Haïti, « Ceci va remettre en question tous
les efforts consentis depuis des années et, principalement cette
année, avec le support de la communauté internationale. Cette
interpellation arrive au pire moment pour le pays (car) nous sortions
à peine de 20 ans d’instabilité ». M. Boulos questionne aussi le
silence du président Préval tout au long du processus. Selon Micha
Gaillard, porte-parole de La Fusion des sociaux-démocrates, « ce vote
démontre qu’il y a une division au sein de la plateforme
présidentielle et elle préfigure ce que beaucoup de gens craignent :
l’apparition d’un parti hégémonique issu des prochaines élections. Au
niveau économique, cela vient rompre nos efforts de reconstruction
avec la communauté internationale au moment où l’image d’Haïti
s’améliorait », a-t-il confié lors d’une entrevue téléphonique
vendredi. Pour lui, cette situation est « une affaire tragique ».

Le gouvernement de Mme Pierre-Louis est le second qui s’est vu censuré
depuis l’arrivée au pouvoir de René Préval en mai 2006 pour un
deuxième mandat présidentiel. En 2008, le premier ministre Jacques
Édouard Alexis a été destitué par un groupe de 16 sénateurs, suite à
des émeutes de la faim enregistrées dans le pays.

-30-

Nancy Roc, Le Devoir, le 31 octobre 2009,

Nancy Roc

Journaliste indépendante

Membre de la FPJQ

L’honnêteté intellectuelle, voilà la qualité dont doit s’enorgueillir
un travailleur de l’esprit – Gary Victor, écrivain Haïtien, Extrait de
Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin

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