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"Premier et dernier manifeste de Gwalarn en langue française
Il n'est pas de renaissance nationale sans renaissance linguistique.
L'exemple de toutes les nationalites le montre. Et en Bretagne, toutes
les organisations qui se sont preoccupees a divers degres du relevement
du pays l'ont compris.
Breiz Atao qui, dans la mesure du possible, a fait jusqu'ici la plus
large part a la langue bretonne, vient de faire pour elle un nouvel
effort. Il vient de creer une revue trimestrielle bretonnante, sous
forme d'un supplement : Gwalarn, deja annoncee dans son numero de
janvier dernier.
Il importe de faire clairement connaitre ce qu'est Gwalarn, quels sont
ses buts, et a qui particulierement il s'adresse.
Gwalarn est avant tout quelquchose de neuf et d'unique : une revue
litteraire destinee a l'elite du public bretonnant, et dont l'ambition
n'est rien moins que d'engager la litterature bretonne sur la voie que
suit depuis longtemps la litterature de maintes petites nations : la
Boheme, la Flandre, la Catalogne entre autres.
C'est dire que l'avenement de Gwalarn marquera en Bretagne dans le
domaine litteraire ce que l'avenement de Breiz Atao a marque dans le
domaine politique : reaction violente et raisonnee de la jeunesse
cultivee contre les modes surannees et la fausse paysannerie mises en
honneur par le regionalisme, contre le clinquant, les cliches, les
fadaises, le plat et naif propagandisme dont a vecu jusqu'ici ce qu'on
veut bien appeler notre litterature.
Pour la premiere fois, une revue bretonnante presentera exclusivement a
des lecteurs instruits des articles faits pour eux, susceptibles de les
interesser au meme degre qu'une page tiree de n'importe quelle
publication d'une capitale europeenne, au lieu de contes enfantins et de
poesies poussives a l'usage d'illettres.
Pour la premiere fois, une revue bretonnante fournira des travaux d'une
irreprochable tenue litteraire et, fermant la porte aux patois (meme
decores du nom de dialectes), adoptera une langue de forme classique et
une orthographe rigoureusement unique, suivant l'exemple des Sketla
Segobrani.
Pour la premiere fois, une revue bretonnante entreprendra methodiquement
de donner, a l'aid d'etuds et de traductions, une idee a ses lecteurs
des litteratures celtiques et etrangeres, du present et du passe.
Pour la premiere fois, une tentative sera faite pour "mettre a la page"
la Bretagne celtique, par d'autres moyens que sa destruction.
Gwalarn, de meme que Breiz Atao, n'entend tromper personne.
Gwalarn est une experience :
Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez instruit du
breton pour pouvoir compendre la langue litteraire (ausi distante du
langage du paysan breton que la langue de M. France l'est de celle du
paysan français), un public assez eclaire pour suivre une litterature
bretonne qui, tout en s'efforçant de puiser sa seve dans le genie de la
race, veut etre d'esprit europeen, s'inspirant des methodes litteraires
europeennes d'aujourd'hui, tant dans l'expression que dans la pensee.
Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez degage du
provincialisme que son education française lui avait assigne - assez
intelligent et d'esprit assez moderne pour soutenir une revue, dont
maint article, par sa nouveaute meme, pourra au premier abord
surprendre, scandaliser peut etre, et, ce qui serait plus
gravedeconcerter des bonnes volontes.
Nous repetons ce que nous avons dit tant de fois : le sort de notre
litterature, auquel est lie celui de notre langue, et par suite, de
notre nationalite, est entre les mains de l'elite.
D'elle dependra le succes de Gwalarn.
Il existe bon nombre de personnes qui se sont jusqu'a present ecartees
du mouvement bretonnant, parcequ'elles lui reprochaient, a cote de sa
veulerie politique, sa nullite culturelle.
Nous souhaitons que le premier exemplaire de Gwalarn leur tombe entre
les mains (au besoin nous y aiderons), afin qu'elles s'aperçoivent que
le moment est venu pour elles de changer d'attitude.
Le but de Gwalarn n'est pas d'elever de petits piedestaux a de petits
talents, mais de declencher un mouvement general dans l'elite
bretonnante. L'indifference de cette elite a l'egard de Gwalarn, si elle
se declarait et s'affirmait, nous dicterait notre conduite : nous
arreterions sa publication et consacrerions a nos affaires personelles
le tempos que jusqu'a present nous avons cru devoir reserver a la
culture de notre idiome national.
Notre programme est vaste. Faire vivoter un obscur petit bulletin
pendant dix ou vingt ans ne nous tente pas. Nous voulons essayer de
faire quelquechose avec notre langue. S'il s'avere que l'aventure est
impossible, nous nous retournerons vers des oeuvres moins decevantes.
Les colonnes d Gwalarn sont ouvertes a toutes les plumes sans
distinction de parti. L'adhesion a Gwalarn n'implique pas l'adhesion au
nationalisme breton. La litterature peut etre mise au service de la
politique, mais elle n'en depend pas essentiellement. Il y aura place
dans notre revue litteraire pour l'idee bretonne; il y aura place pour
un art libre vis a vis de toute doctrine. Nous concevons aussi qu'on
puisse le faire par pur sentiment esthetique.
Un frac regroupement de toutes les valeurs bretonnantes, actuellement
dispersees, sans concience de ce qu'elles representent, doivent et
peuvent, au dessus de toute etiquette politique, est donc possible sur
le terrain de Gwalarn.
Nous croyons qu'il peut se faire, qu'il doit se faire. Nous croyons
qu'il se fera.
Les succes qui encouragen notre ation politique nous permettent
d'augurer favorabmement de notre tentative litteraire. Qu'in nous fasse
donc la plus large confiance. C'est tout ce que nous demandons.
Roparz Hemon.
Olivier Mordrel."
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de donner, a l'aide d'etudes et de traductions, une idee a ses lecteurs
des litteratures celtiques et etrangeres, du present et du passe.
Pour la premiere fois, une tentative sera faite pour "mettre a la page"
la Bretagne celtique, par d'autres moyens que sa destruction.
Gwalarn, de meme que Breiz Atao, n'entend tromper personne.
Gwalarn est une experience :
Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez instruit du
breton pour pouvoir compendre la langue litteraire (ausi distante du
langage du paysan breton que la langue de M. France l'est de celle du
paysan français), un public assez eclaire pour suivre une litterature
bretonne qui, tout en s'efforçant de puiser sa seve dans le genie de la
race, veut etre d'esprit europeen, s'inspirant des methodes litteraires
europeennes d'aujourd'hui, tant dans l'expression que dans la pensee.
Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez degage du
provincialisme que son education française lui avait assigne - assez
intelligent et d'esprit assez moderne pour soutenir une revue, dont
maint article, par sa nouveaute meme, pourra au premier abord
surprendre, scandaliser peut etre, et, ce qui serait plus
grave, deconcerter des bonnes volontes.
Un franc regroupement de toutes les valeurs bretonnantes, actuellement
dispersees, sans concience de ce qu'elles representent, doivent et
peuvent, au dessus de toute etiquette politique, est donc possible sur
le terrain de Gwalarn.
Nous croyons qu'il peut se faire, qu'il doit se faire. Nous croyons
qu'il se fera.
Les succes qui encouragent notre ation politique nous permettent
d'augurer favorablement de notre tentative litteraire. Qu'on nous fasse
"Marc E." a écrit :
Bien et alors ?
franchement y a pas de quoi fouetter un chat, si on changeait les noms ça ferait
du bon Druon
Evidemment si vous votez Lambert ....
> Bien et alors ?
> franchement y a pas de quoi fouetter un chat, si on changeait les noms ça ferait
> du bon Druon
Je n'ai pas l'intention de fouetter un chat, j'aime les animaux.
Il m'a simplement semble que ce texte etait ignore par beaucoup, et qu'il etait
interessant a plus d'un titre, car si les conceptions politiques de Hemon sont
contestees par les plus hardis, ses conceptions en matiere culturelle font par
contre l'objet d'un quasi unanimisme pour les vanter.
Or la realite est moins belle, que celle de la legende de l' "humaniste
apolitique", qu'on nous a longtemps vante.
D'abord parceque son caractere elitiste, et meprisant vis a vis de toute la
litterature bretonne qui a existe avant 1925, est patent :
"Gwalarn est[...] une revue litteraire destinee a l'elite du public bretonnant",
"reaction violente et raisonnee de la jeunesse cultivee contre les modes surannees
et la fausse paysannerie mises en honneur par le regionalisme, contre [...] le plat
et naif propagandisme dont a vecu jusqu'ici ce qu'on veut bien appeler notre
litterature."
..." ce qu'on veut bien appeler notre litterature"...difficile d'etre plus
meprisant, il me semble ? Pas de quoi fouetter un chat, pour vous ? Auriez vous eu
la meme indulgence, si ce n'etait pas un nationaliste breton qui avait porte ce
jugement ?
Le mepris et le rejet absolu du breton pratique par le peuple est affirme
plusieurs fois :
"Pour la premiere fois, une revue bretonnante fournira des travaux d'une
irreprochable tenue litteraire et, fermant la porte aux patois (meme decores du nom
de dialectes), adoptera une langue de forme classique"
Roparz Hemon et Olivier Mordrelle auraient ainsi ferme leur revue a bien des ecrits
bretons qui ont pourtant un interet certain. Curieusement, cette attitude
d'ostracisme vis a vis du breton parle par la population bretonnante dans son
immense majorite - et pas par une poignee d'intellectuels nationalistes et
meprisants - se retrouve aujourd'hui aussi, par exemple dans les difficultes
incroyables qu'a rencontrees Francoise Morvan pour editer les Contes de Luzel, au
motif que lesdits contes ne correspondraient pas aux canons du breton correct tels
que decretes a l'Institut Culturel de Bretagne. Ainsi, le manifeste ecrit egalement
:
"Pour la premiere fois, une revue bretonnante presentera exclusivement a des
lecteurs instruits des articles faits pour eux, [...] au lieu de contes enfantins
et de poesies poussives a l'usage d'illettres."
L'attaque contre les ecrits d'Anatole Le Braz, en particulier, semble ici
transparente.
Ainsi, pour Hemon, avant Gwalarn, aucune edition de textes de qualite en breton
n'existe. Le langage parle par "les paysans" (c'est a dire 99% des bretonnants a
son epoque) est un vague patois sans interet :
"Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez instruit du breton
pour pouvoir compendre la langue litteraire (ausi distante du langage du paysan
breton que la langue de M. [Anatole] France l'est de celle du paysan français".
On semble retrouver ici exactement la meme condescendance de certains locuteur du
francais litteraire, vis a vis des patois et parlers regionaux, il me semble ? Mais
cela deviendrait il tout a coup tres acceptable, si cela s'accompagne de la
revendication separatiste ?
Et le manifeste enfonce le clou : avant lui, c'est la nullite culturelle, mais tout
cela va changer grace a Gwalarn :
" Il existe bon nombre de personnes qui se sont jusqu'a present ecartees du
mouvement bretonnant, parcequ'elles lui reprochaient, a cote de sa veulerie
politique, sa nullite culturelle. Nous souhaitons que le premier exemplaire de
Gwalarn leur tombe entre les mains [...], afin qu'elles s'aperçoivent que le moment
est venu pour elles de changer d'attitude."
Enfin, le caractere avant tout politique du manifeste est affirme des les premieres
lignes, et repete ensuite plusisurs fois :
"Nous repetons ce que nous avons dit tant de fois : le sort de notre litterature,
auquel est lie celui de notre langue, et par suite, de
notre nationalite, est entre les mains de l'elite."
A rappeler que Gwalarn se presente aussi sous forme de supplement a la revue
nationaliste Breiz Atao, et que le manifeste se situe explicitement dans la
continuation ducombat politique de cette revue - cette meme revue qui publiera, en
particulier, en 1933, le programme politique de Olivier Mordrelle (fondateur de
Gwalarn au meme titre que Hemon), lequel programme politique etait directement
copie sur le programme des nazis qui allaient s'emparer du pouvoir au meme moment.
Pour les amateurs sceptiques, je peux aussi en poster des extraits, voire la
totalite lorsque j'aurais le temps et si c'est demande. Sinon, il est consultabl
dans le bouquin de Nicolas, deja cite.
Comment expliquer que, si le nom de Hemon est toujours cite comme fondateur de
Gwalarn - ce qui n'est pas specialement honorifique ni glorieux, d'ailleurs, compte
tenu des positions exprimees dans le manifeste -, on occulte systematiquement le
nom de Mordrelle comme fondateur, au meme titre, de Gwalarn ?
Et comment est il possible de comprendre que beaucoup d'acteurs du mouvement
politique breton, aujourd'hui, persistent contre toutes les evidences a nier que
Hemon etait tres "marque" ideologiquement et politiquement ? Allant jusqu'a
affirmer a plusieurs reprises dans leurs medias qu'il etait "apolitique" (sic), et
qu'il pronait des valeurs "humanistes" (re sic)?
Ces acteurs de l'emsav sont ils ignorants, ou comptent ils sur le manque
d'information de leurs lecteurs, pour penser leur faire avaler n'importe quoi ?
Enfin, je precise a toutes fins utiles que mon propos n'est certainement pas de
pretendre que tous ceux qui se sont par la suite exprimes dans la revue Gwalarn,
sont a juger a la meme aune que les fondateurs. Il est simplement d'apporter un
supplement d'information, et d'illustrer de façon concrete ce que l'on appelle le
"nationalisme culturel" - qui est avant tout un nationalisme, et n'aime la culture
que pour autant qu'il ne contrecarre pas son objectif politique.
Une nouvelle fois , rien de neuf .....et ne manque même pas la tarte à la
crême habituelle du grand mélange Hemon-Morvan-Luzel , etc.....
Blablabla .....
JYLT
Ps : et tout ça parce que certain(e)s personnes transforment leurs
règlements de compte strictement personnels ( et l'université en est pleine
!) en quasi-guerre de religion ...n'importe quoi ! un bon côté quand même
...ça occupe ceux qui n'ont rien d'autre à faire !
"Marc E." <me_temp...@club-internet.fr> a écrit dans le message news:
3A7307B1...@club-internet.fr...
> Bien et alors ?
> franchement y a pas de quoi fouetter un chat, si on changeait
> les noms ça ferait du bon Druon
> Evidemment si vous votez Lambert ...
Je ne fouette jamais mon chat de toute façon, mais on peut quand même
s'interroger davantage sur le contenu de ce manifeste effectivement
connu, Jean-Yves. Du moins devrait-il être assez connu pour éviter de
jouer les vierges effarouchées quand le projet politique d'Hémon est
contesté.
Gwalarn réserve une place aux contributions purement littéraires et
linguistiques :
> > il y aura place pour un art libre vis a vis de toute doctrine.
> > Nous concevons aussi qu'on puisse le faire par pur sentiment
> > esthetique.
Mais inscrit la renaissance littéraire dans l'accompagnement d'un
projet politique :
> > Il n'est pas de renaissance nationale sans renaissance
> > linguistique.
Gwalarn précise qu'une contribution à son projet n'implique pas une
adhésion au nationalisme breton. N'étant pas bretonnant, je ne connais
pas le contenu et l'apport culturel de Gwalarn dont je lis par
ailleurs qu'il aurait été très important, indépendamment des
compromissions politiques ultérieures : puisque le manifeste dit leur
en réserver la place, y a-t-il eu des participations non nationalistes
à ce projet, neutres (purement littéraires, purement linguistiques)
mais aussi contradictoires (la qualité formelle de celles-ci ayant été
jugée digne d'entrer dans ce cercle) ?
Renaissance nationale... Je sais que ce n'est pas évident pour tout le
monde mais chez moi, on ne fait pas de nation sans le peuple, or le
parti pris culturel et linguistique de Gwalarn est revendiqué comme
élitiste :
> > Gwalarn est avant tout quelquchose de neuf et d'unique : une revue
> > litteraire destinee a l'elite du public bretonnant (...)
> > Pour la premiere fois, une revue bretonnante presentera
> > exclusivement a des lecteurs instruits des articles faits pour eux
> > (...)
> > declencher un mouvement general dans l'elite bretonnante. (...)
La Révolution nationale de Hémon n'a rien de populaire. Faut-il être
aveugle pour imaginer que le projet politique qui se cache derrière ne
l'est pas davantage ? Le peuple, c'est n'est pas le monopole du
bolchévisme : c'est aussi la démocratie et oublier le peuple...
Dans des proportions moindres et des intentions meilleures, on
retrouve le même travers dans le discours nationaliste d'aujourd'hui,
qui semble ne rien savoir du quotidien et des préoccupations de la
majorité des Bretons.
Elite, race, ... on est bien dans l'ambiance de l'époque. On entend au
même moment exactement la même chose à l'est de Vitré, c'est vrai. A
la nuance près que, là-bas, l'esprit de la race et des ancêtres
provient de la terre et de la ruralité (Cf. Barrès) que semble rejeter
Gwalarn dans son manifeste...
Pour l'élite et l'oubli du peuple, l'assimiler à Maurras serait
excessif car je le lis rien là qui revendique l'Eglise, la Monarchie,
l'anti-parlementarisme. Mais comme le peuple semble rejeté, en quoi
doit se traduire la renaissance nationale pour les élitistes de
Gwalarn ?
> > d'une irreprochable tenue litteraire et, fermant
> > la porte aux patois (meme decores du nom de dialectes),
> > adoptera une langue de forme classique et
> > une orthographe rigoureusement unique, suivant l'exemple des
> > Sketla Segobrani.
Pourquoi pas ? Mais cela reste un parti pris politique suspect
(nivellement sur une norme, académisme, élitisme) et artistique
contestable. L'exigence élitiste en matière littéraire existe
ailleurs, mais dans la production, avec la vocation néanmoins de
partager cette excellence au plus grand nombre : ici, c'est le public
qui est trié. Aucun objectif de partage au peuple de cette production
à l'usage exclusif de l'élite.
Par ailleurs, dans quelle mesure cette normalisation ne
supprime-t-elle pas des perles artistiques ? Peut-on trancher que le
génie artistique n'est qu'académique ? Ca a sa cohérence politiquement
(c'est d'ailleurs proche de l'idée jacobine de la nation) mais
culturellement, si cela devait réussir, ce serait un massacre.
L'argument linguistique et culturel est bien soumis au politique. Et
cette soumission elle-même est contestable.
> > Gwalarn est une experience :
> > Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez
> > instruit du breton pour pouvoir compendre la langue litteraire
> > un public assez eclaire pour suivre une litterature
> > bretonne
Incroyable formulation de la démarche : ce n'est plus une expérience
de création culturelle, c'est une enquête de niveau culturel d'une
élite sur laquelle on compte s'appuyer. Une démarche de chasseur de
tête.
Le projet est bien d'abord politique, avec l'idée que la nation
se gouverne par le haut. C'est effectivement plus proche de Druon que
de Lambert mais cette alternative est biaisée d'un point de vue
démocratique. Disons plus proche de Maurras que de Lambert,
et pour les démocrates, de Druon ou Dutourd que de Gide...
Fabrice
"Marc E." a écrit :
> Damien Erwan Perrotin wrote:
>
>
>
> Je n'ai pas l'intention de fouetter un chat, j'aime les animaux.
> Il m'a simplement semble que ce texte etait ignore par beaucoup, et qu'il etait
> interessant a plus d'un titre, car si les conceptions politiques de Hemon sont
> contestees par les plus hardis, ses conceptions en matiere culturelle font par
> contre l'objet d'un quasi unanimisme pour les vanter.
C'est curieux, je croyais qu'il était archi-connu
>
> Or la realite est moins belle, que celle de la legende de l' "humaniste
> apolitique", qu'on nous a longtemps vante.
>
> D'abord parceque son caractere elitiste, et meprisant vis a vis de toute la
> litterature bretonne qui a existe avant 1925, est patent :
>
> "Gwalarn est[...] une revue litteraire destinee a l'elite du public bretonnant",
> "reaction violente et raisonnee de la jeunesse cultivee contre les modes surannees
> et la fausse paysannerie mises en honneur par le regionalisme, contre [...] le plat
> et naif propagandisme dont a vecu jusqu'ici ce qu'on veut bien appeler notre
> litterature."
>
> ..." ce qu'on veut bien appeler notre litterature"...difficile d'etre plus
> meprisant, il me semble ? Pas de quoi fouetter un chat, pour vous ? Auriez vous eu
> la meme indulgence, si ce n'etait pas un nationaliste breton qui avait porte ce
> jugement ?
Il n'aime pas le folklore, je vous dirais que moi non plus et que les "dits de mon
village" ou "mémoire d'un paysans solognot" me font profondément chier (je préfère la
SF) Ceci dit, vous êtes parfaitement libre d'aimer les histoires de vaches
>
>
> Le mepris et le rejet absolu du breton pratique par le peuple est affirme
> plusieurs fois :
>
> "Pour la premiere fois, une revue bretonnante fournira des travaux d'une
> irreprochable tenue litteraire et, fermant la porte aux patois (meme decores du nom
> de dialectes), adoptera une langue de forme classique"
Une de ces choses sur lesquelles on est un peu revenu, ceci dit la normalisation de la
langue écrite est indispensable, quite à varier les réalisations phonétiques du signe
écrit, comme en anglais.
>
>
> Roparz Hemon et Olivier Mordrelle auraient ainsi ferme leur revue a bien des ecrits
> bretons qui ont pourtant un interet certain.
Lesquels please (la Vie de Saint-Malo, peut-être)
> Curieusement, cette attitude
> d'ostracisme vis a vis du breton parle par la population bretonnante dans son
> immense majorite - et pas par une poignee d'intellectuels nationalistes et
> meprisants - se retrouve aujourd'hui aussi, par exemple dans les difficultes
> incroyables qu'a rencontrees Francoise Morvan pour editer les Contes de Luzel, au
> motif que lesdits contes ne correspondraient pas aux canons du breton correct tels
> que decretes a l'Institut Culturel de Bretagne.
Encore une querelle d'universitaires sans interet. Ceci dit, le breton étant enseigné
suivant une norme spécifique il me semble logique que les textes anciens soient
modernisés pour le confort du lecteur (au niveau de l'orthographe s'entend) - sauf s'il
s'agit d'une édition universitaire destinée à des chercheurs .
> Ainsi, le manifeste ecrit egalement
> :
>
> "Pour la premiere fois, une revue bretonnante presentera exclusivement a des
> lecteurs instruits des articles faits pour eux, [...] au lieu de contes enfantins
> et de poesies poussives a l'usage d'illettres."
>
> L'attaque contre les ecrits d'Anatole Le Braz, en particulier, semble ici
> transparente.
Pas à moi, même si Le Braz, c'est pas ma tasse de thé, seriez-vous en train de me dire
que certains écrivains sont intouchables, que les critiquer relève du crime de
lèse-majestée
>
> Ainsi, pour Hemon, avant Gwalarn, aucune edition de textes de qualite en breton
> n'existe. Le langage parle par "les paysans" (c'est a dire 99% des bretonnants a
> son epoque) est un vague patois sans interet :
>
> "Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez instruit du breton
> pour pouvoir compendre la langue litteraire (ausi distante du langage du paysan
> breton que la langue de M. [Anatole] France l'est de celle du paysan français".
>
> On semble retrouver ici exactement la meme condescendance de certains locuteur du
> francais litteraire, vis a vis des patois et parlers regionaux, il me semble ?
Non, du parler de ma concierge, qu'il ne me viendrait pas à l'idée d'utiliser pour
écrire un roman (sauf quand c'est une concierge qui parle), ceci vous ête libre
d'essayer ...
> Mais
> cela deviendrait il tout a coup tres acceptable, si cela s'accompagne de la
> revendication separatiste ?
>
> Et le manifeste enfonce le clou : avant lui, c'est la nullite culturelle, mais tout
> cela va changer grace a Gwalarn :
>
> " Il existe bon nombre de personnes qui se sont jusqu'a present ecartees du
> mouvement bretonnant, parcequ'elles lui reprochaient, a cote de sa veulerie
> politique, sa nullite culturelle. Nous souhaitons que le premier exemplaire de
> Gwalarn leur tombe entre les mains [...], afin qu'elles s'aperçoivent que le moment
> est venu pour elles de changer d'attitude."
Ben, objectivement, quand on lit ce qui s'écrivait avant (et souvent après) ...
>
>
> Enfin, le caractere avant tout politique du manifeste est affirme des les premieres
> lignes, et repete ensuite plusisurs fois :
>
> "Nous repetons ce que nous avons dit tant de fois : le sort de notre litterature,
> auquel est lie celui de notre langue, et par suite, de
> notre nationalite, est entre les mains de l'elite."
>
> A rappeler que Gwalarn se presente aussi sous forme de supplement a la revue
> nationaliste Breiz Atao, et que le manifeste se situe explicitement dans la
> continuation ducombat politique de cette revue - cette meme revue qui publiera, en
> particulier, en 1933, le programme politique de Olivier Mordrelle (fondateur de
> Gwalarn au meme titre que Hemon), lequel programme politique etait directement
> copie sur le programme des nazis qui allaient s'emparer du pouvoir au meme moment.
Est-il utile de rapeller qu'entre 1925 et 1933 il y a eu une scission (1931) qui a vu
se barrer tous les fédéralistes européens. Le texte pertinent pour 1925, c'est le
manifeste de Guingamp, lequel est clairement autonomiste et fédéraliste, mais peut-être
avous passé ce passage.
> Comment expliquer que, si le nom de Hemon est toujours cite comme fondateur de
> Gwalarn - ce qui n'est pas specialement honorifique ni glorieux, d'ailleurs, compte
> tenu des positions exprimees dans le manifeste -
Seriez-vous en train de suggérer que la valeur d'une oeuvre se mesure à sa plus ou
moins grande adéquation avec vos idées politiques ?
> , on occulte systematiquement le
> nom de Mordrelle comme fondateur, au meme titre, de Gwalarn ?
Peut être parce que ce brave Mordrelle (puisse-t-il brûler en enfer) n'a eu aucune part
à sa direction
>
>
> Et comment est il possible de comprendre que beaucoup d'acteurs du mouvement
> politique breton, aujourd'hui, persistent contre toutes les evidences a nier que
> Hemon etait tres "marque" ideologiquement et politiquement ? Allant jusqu'a
> affirmer a plusieurs reprises dans leurs medias qu'il etait "apolitique" (sic), et
> qu'il pronait des valeurs "humanistes" (re sic)?
>
> Ces acteurs de l'emsav sont ils ignorants, ou comptent ils sur le manque
> d'information de leurs lecteurs, pour penser leur faire avaler n'importe quoi ?
Visiblement, ils ont décidé de faire jouer leur droit à la connerie (remarquer dans
l'autre camps c'est pas mal non plus avec le "contre l'an 2000" ou "Jésus n'a jamais
existé)
>
>
> Enfin, je precise a toutes fins utiles que mon propos n'est certainement pas de
> pretendre que tous ceux qui se sont par la suite exprimes dans la revue Gwalarn,
> sont a juger a la meme aune que les fondateurs. Il est simplement d'apporter un
> supplement d'information, et d'illustrer de façon concrete ce que l'on appelle le
> "nationalisme culturel" - qui est avant tout un nationalisme, et n'aime la culture
> que pour autant qu'il ne contrecarre pas son objectif politique.
S'il s'agit de créer une littérature nationale de qualité, je ne vois vraiment pas ce
qu'il y a de pendable, quant aux objectifs politiques : jamais entendu parler de
Sartre, Céline, Mauriac, Tolstoï, Aragon, Chateaubriant, Gide, Gorki, Drieu La
Rochelle, Ferrat ......
Fabrice Tual a écrit :
> "Damien Erwan Perrotin",
> qui reprend la totalité du texte de son interlocuteur (la réponse pèse
> lourd en ko et il faut aller la chercher tout au bout d'un long post :
> quotez, Damien !) a écrit dans le message news:
Sorry, I won't do it again (quoique vu l'usage que PLG fait des qotes, je
préfère être prudent dans ce domaine)
> Je ne fouette jamais mon chat de toute façon,
Moi non plus, j'adore ces petites bètes :-)
> mais on peut quand même
> s'interroger davantage sur le contenu de ce manifeste effectivement
> connu, Jean-Yves. Du moins devrait-il être assez connu pour éviter de
> jouer les vierges effarouchées quand le projet politique d'Hémon est
> contesté.
Le projet de Gwalarn est littéraire et culturel, il doit donc être jugé
sur ce plan. Critiquer un oeuvre littéraire en fonction de sa rectitude
idéologique a été, durant ce siècle, le propre de régimes et de mouvement
pas très sympathiques. Je préfère éviter de les imiter.
>
>
> Gwalarn réserve une place aux contributions purement littéraires et
> linguistiques :
>
> > > il y aura place pour un art libre vis a vis de toute doctrine.
> > > Nous concevons aussi qu'on puisse le faire par pur sentiment
> > > esthetique.
>
> Mais inscrit la renaissance littéraire dans l'accompagnement d'un
> projet politique :
>
> > > Il n'est pas de renaissance nationale sans renaissance
> > > linguistique.
>
> Gwalarn précise qu'une contribution à son projet n'implique pas une
> adhésion au nationalisme breton. N'étant pas bretonnant, je ne connais
> pas le contenu et l'apport culturel de Gwalarn dont je lis par
> ailleurs qu'il aurait été très important, indépendamment des
> compromissions politiques ultérieures : puisque le manifeste dit leur
> en réserver la place, y a-t-il eu des participations non nationalistes
> à ce projet, neutres (purement littéraires, purement linguistiques)
> mais aussi contradictoires (la qualité formelle de celles-ci ayant été
> jugée digne d'entrer dans ce cercle) ?
Des plus compétents que moi pourront répondre plus complétement, mais il
ne me semble pas que les deux textes que j'ai sous les yeux (Ar baganiz et
gant blaz an avalou ruz) soient particulièrement marqués
>
>
> Renaissance nationale... Je sais que ce n'est pas évident pour tout le
> monde mais chez moi, on ne fait pas de nation sans le peuple,
D'un point de vue politique, sans nul doute, la création littéraire c'est
autre chose.
> or le
> parti pris culturel et linguistique de Gwalarn est revendiqué comme
> élitiste :
>
> > > Gwalarn est avant tout quelquchose de neuf et d'unique : une revue
> > > litteraire destinee a l'elite du public bretonnant (...)
> > > Pour la premiere fois, une revue bretonnante presentera
> > > exclusivement a des lecteurs instruits des articles faits pour eux
> > > (...)
> > > declencher un mouvement general dans l'elite bretonnante. (...)
>
> La Révolution nationale de Hémon n'a rien de populaire. Faut-il être
> aveugle pour imaginer que le projet politique qui se cache derrière ne
> l'est pas davantage ? Le peuple, c'est n'est pas le monopole du
> bolchévisme : c'est aussi la démocratie et oublier le peuple...
En politique d'accord, mais la littérature c'est avant tout la création
d'une oeuvre, oeuvre qui par définition reflète les préoccupations de son
auteur (et dans le cas présent il n'y a que l'oeuvre littéraire que je
juge) et pas la "culture populaire" dont on sait qu'elle est d'un interet
artistique limité.
>
> Dans des proportions moindres et des intentions meilleures, on
> retrouve le même travers dans le discours nationaliste d'aujourd'hui,
> qui semble ne rien savoir du quotidien et des préoccupations de la
> majorité des Bretons.
Le PB consacre autant de temps à l'économie et à l'environnement qu'aux
quetions culturelles (d'accord, pas Breizh Info, mais bon ça c'est
l'équivalent breton du PT)
>
>
> Elite, race, ... on est bien dans l'ambiance de l'époque. On entend au
> même moment exactement la même chose à l'est de Vitré, c'est vrai. A
> la nuance près que, là-bas, l'esprit de la race et des ancêtres
> provient de la terre et de la ruralité (Cf. Barrès) que semble rejeter
> Gwalarn dans son manifeste...
Le principe du nationalisme c'est "mettons notre peuple au même niveau que
les autres" (voir Athony Smith "Theories of Nationalism"). Le projet de
Hemon est remarquablement proche de celui Mustafa Kemal, par exemple
(modernisation à marche forcée, réforme drastique de la langue...)
>
>
> Pour l'élite et l'oubli du peuple, l'assimiler à Maurras serait
> excessif car je le lis rien là qui revendique l'Eglise, la Monarchie,
> l'anti-parlementarisme. Mais comme le peuple semble rejeté, en quoi
> doit se traduire la renaissance nationale pour les élitistes de
> Gwalarn ?
En fait Maurras est le contre-exemple absolu : Hemon rejette la tradition
(au contraire de Mistral par exemple), il ne veut pas conserver mais
transformer la culture bretonne pour la calquer sur le modèle occidental.
Kemal est vraiment le meilleur exemple, mais il y en a certainement eu
d'autres. (je sais kemal n'est pas une référence en matière de démocratie
et heureusement qu'il y a eu Stivell et cie)
>
>
> > > d'une irreprochable tenue litteraire et, fermant
> > > la porte aux patois (meme decores du nom de dialectes),
> > > adoptera une langue de forme classique et
> > > une orthographe rigoureusement unique, suivant l'exemple des
> > > Sketla Segobrani.
>
> Pourquoi pas ? Mais cela reste un parti pris politique suspect
> (nivellement sur une norme, académisme, élitisme) et artistique
> contestable.
Oui, mais défendable (d'autant plus que l'anti-académisme devient souvent
un contre-academisme); Ce qui compte c'est la valeur littéraire de chaque
oeuvre individuelle (et Hemon n'est pas mon préféré, trop rigide comme
style)
> L'exigence élitiste en matière littéraire existe
> ailleurs, mais dans la production, avec la vocation néanmoins de
> partager cette excellence au plus grand nombre : ici, c'est le public
> qui est trié. Aucun objectif de partage au peuple de cette production
> à l'usage exclusif de l'élite.
Tout écrivain doit choisir l'audience à laquelle il destine son oeuvre et
la modeler en conséquence (et là je sais de quoi je parle)
http://www.tlg.uci.edu/~opoudjis/Work/dhumbissues.html#latest
Dans le cas présent, il la destine à une frange cultivée, n'ayant aucun
moyen d'étendre cette frange sinon par l'exemple. Vu les conditions de
l'époque ce n'est pas absurde. La plupart des écrivain se destinent à un
public qu'ils estiment être à même de les comprendre (ou alors ils
s'apellent Barbara Cartland)
>
> Par ailleurs, dans quelle mesure cette normalisation ne
> supprime-t-elle pas des perles artistiques ? Peut-on trancher que le
> génie artistique n'est qu'académique ?
Non, mais dans ce cas particulier, Hemon s'inscrit plutôt en
contre-académisme, c'est à dire qu'il rejette ce qui était la norme dans
la production bretonne de l'époque (basiquement le folklore et les récits
édifiant). Il est sans doute rigide, mais largement plus ouvert que le
folkorisme qu'il dénigre
> Ca a sa cohérence politiquement
> (c'est d'ailleurs proche de l'idée jacobine de la nation) mais
> culturellement, si cela devait réussir, ce serait un massacre.
Certainement lorsqu'il s'agit de s'opposer à des voies nouvelles, mais
lorsqu'il s'agit de détruire un conformisme ancien (quitte à le remplacer
par un autre plus ouvert) c'est une étape nécessaire (en attendant la SF
et la traduction de Tolkien en Breton)
>
> L'argument linguistique et culturel est bien soumis au politique. Et
> cette soumission elle-même est contestable.
>
Dans le cas présent, le propos est de faire évoluer la culture elle-même,
la chose ne me semble pas gênante. Quant à l'intellectuel engagé, il y en
a eu bien d'autres.
>
> > > Gwalarn est une experience :
> > > Il s'agit de savoir s'il existe en Bretagne un public assez
> > > instruit du breton pour pouvoir compendre la langue litteraire
> > > un public assez eclaire pour suivre une litterature
> > > bretonne
>
> Incroyable formulation de la démarche : ce n'est plus une expérience
> de création culturelle, c'est une enquête de niveau culturel d'une
> élite sur laquelle on compte s'appuyer. Une démarche de chasseur de
> tête.
Si on tient compte du fait que les locuteurs du breton étaient presque
tous illétrés dans leur langue, ça ne me paraît pas stupide. Pour m'être
essayé à la chose, je puis vous assurer que le mythe du poëte paysan en
est un justement (ou alors c'est un paysan qui lit beaucoup)
>
>
> Le projet est bien d'abord politique, avec l'idée que la nation
> se gouverne par le haut. C'est effectivement plus proche de Druon que
> de Lambert mais cette alternative est biaisée d'un point de vue
> démocratique. Disons plus proche de Maurras que de Lambert,
> et pour les démocrates, de Druon ou Dutourd que de Gide...
Pas Maurras, Kemal. Le maurrassisme ça aurait été encenser le folklore et
la vie traditionnelle. Maintenant, tant que c'est démocratique sur le plan
politique , je ne vois là rien d'infamant. Les écrits de Druon me semblent
on ne peut plus respectables (quoique que très chiants, je préfère
Vonarburg et Scott Card), même s'il me fait rigoler quand il parle
francophonie
> > A rappeler que Gwalarn se presente aussi sous forme de supplement a la
revue
> > nationaliste Breiz Atao, et que le manifeste se situe explicitement dans la
> > continuation ducombat politique de cette revue - cette meme revue qui
publiera, en
> > particulier, en 1933, le programme politique de Olivier Mordrelle
(fondateur de
> > Gwalarn au meme titre que Hemon), lequel programme politique etait
directement
> > copie sur le programme des nazis qui allaient s'emparer du pouvoir au meme
moment.
>
> Est-il utile de rapeller qu'entre 1925 et 1933 il y a eu une scission (1931)
qui a vu
> se barrer tous les fédéralistes européens. Le texte pertinent pour 1925,
c'est le
> manifeste de Guingamp, lequel est clairement autonomiste et fédéraliste, mais
peut-être
> avous passé ce passage.
Il y a eu très intéressante étude dans Dalc'homp Sonj,
sur le "Fédéralisme", qui montre par exemple la liaison
avec Philippe Lamour, passé de Maurras au Front
Populaire, sur une terrain identique à Déat et aux
néo-socialistes.
(Dalc'homp Soñj, n° 24, " Les visages et masques
du fédéralisme breton ", Daniel Le Couédic)
Ce qui explique que le Manifeste du congrès de
Chateaulin (et non Guingamp) en 1928, soit publié
dans Breiz Atao sous le signe de la Swastika.
(Breiz Atao n° 24 et 25, 09/1928).
Le "fédéralisme européen" de Delaporte connaitra
de nouveaux développements, particulièrement en
1941-1942.
> Le projet de Gwalarn est littéraire et culturel, il doit donc être
jugé
> sur ce plan...
D'abord je vous remercie de votre réponse car, si j'ai du mal a
adhérer à cette dissociation culture/politique dans le manifeste de
Gwalarn (il est carrément écrit que cela s'inscrit dans un projet de
"renaissance nationale"), plusieurs de vos remarques m'ont beaucoup
intéressées :
> > Puisque le manifeste dit leur
> > en réserver la place, y a-t-il eu des participations non
nationalistes
> > à ce projet, neutres (purement littéraires, purement
linguistiques)
> > mais aussi contradictoires (la qualité formelle de celles-ci ayant
été
> > jugée digne d'entrer dans ce cercle) ?
> Des plus compétents que moi pourront répondre plus complétement,
mais il
> ne me semble pas que les deux textes que j'ai sous les yeux (Ar
baganiz et
> gant blaz an avalou ruz) soient particulièrement marqués
J'espère qu'un lecteur de scb saura alors répondre.
> > La Révolution nationale de Hémon n'a rien de populaire
> En politique d'accord, mais la littérature c'est avant tout la
création
> d'une oeuvre, oeuvre qui par définition reflète les préoccupations
de son
> auteur (et dans le cas présent il n'y a que l'oeuvre littéraire que
je
> juge) et pas la "culture populaire" dont on sait qu'elle est d'un
interet
> artistique limité.
Ce que je trouve surprenant, c'est que l'exigence élitiste ne porte
pas tant dans la création d'une oeuvre justement qu'à s'adresser à une
élite : dans la production elle-même, ça peut revenir au même, dans
l'esprit, je perçois cela comme très différent.
> Le principe du nationalisme c'est "mettons notre peuple au même
niveau que
> les autres" (voir Athony Smith "Theories of Nationalism"). Le projet
de
> Hemon est remarquablement proche de celui Mustafa Kemal, par exemple
> (modernisation à marche forcée, réforme drastique de la langue...)
A la seule lecture du manifeste, ce qui n'est sûrement pas suffisant
pour juger Gwalarn mais indique une intention, je ne constate rien qui
revient à élever le peuple vers une exigence culturelle : encore une
fois, le peuple tout court est complètement oublié et sa culture
méprisée. Si on veut n'y voit qu'un choix culturel, c'est défendable.
Comme cela comporte une dimension politique, c'est discutable.
> En fait Maurras est le contre-exemple absolu : Hemon rejette la
tradition
> (au contraire de Mistral par exemple), il ne veut pas conserver mais
> transformer la culture bretonne pour la calquer sur le modèle
occidental.
Dans ce sens-là sans doute en effet.
L'assimilation, je la voyais par le fait que la direction doit
provenir du haut, et parfois sans édifier le peuple (ce n'est
d'ailleurs pas toujours souhaité par cette élite dirigeante car ça
maintient son emprise sur le pouvoir). Le peuple n'est que flatté chez
les maurrassiens, et pas loin d'être méprisé dans le mêm temps. Ce ne
sont plus des personnes. Le peuple devient une abstraction, une race,
un génie millénaire, un héritier des ancêtres et de l'église qui sont
là pour juger s'il est digne de cette filiation. Bref, on le soumet à
un culte et on gouverne à sa place. Dans le manifeste de Gwalarn, on
ne trouve pas ce projet en dehors du fait que le peuple est rejetté
culturellement (et politiquement si on retient le lien entre les
deux).
> Kemal est vraiment le meilleur exemple, mais il y en a certainement
eu
> d'autres. (je sais kemal n'est pas une référence en matière de
démocratie
> et heureusement qu'il y a eu Stivell et cie)
Ce n'est effectivement pas un exemple de démocratie mais il a
modernisé et laïcisé son pays (ce qui est lié d'ailleurs ;-). A
Gwalarn, était-on laïc ?
> Ce qui compte c'est la valeur littéraire de chaque
> oeuvre individuelle
C'est là que je ne comprends pas : appréhendé a posteriori comme une
oeuvre, je comprends qu'on puisse priser la qualité littéraire des
textes de Gwalarn mais encore une fois, sur un manifeste qui indique
clairement une intention, je ne vois pas exprimé directement cette
exigence littéraire mais d'abord la volonté de trouver un lectorat
digne de cette production. C'est surprenant, sauf si on relie
l'intention culturelle à l'intention politique, ce qui est là aussi
clairement associé dans ce manifeste. En revanche, cette intention
politique n'est pas décrite, je vous le concède, et on ne saurait donc
la juger à la seule aune de ce texte.
> Dans le cas présent, il la destine à une frange cultivée, n'ayant
aucun
> moyen d'étendre cette frange sinon par l'exemple. Vu les conditions
de
> l'époque ce n'est pas absurde.
Cela se revendique-t-il ?
> Il est sans doute rigide, mais largement plus ouvert que le
> folkorisme qu'il dénigre
C'est possible et s'opposer à ce folklorisme culturellement et
politiquement contestable n'a rien de regrettable en soi.
> Quant à l'intellectuel engagé, il y en a eu bien d'autres.
C'est exact. Mais quand il y a engagement, il s'adresse généralement
au peuple, que celui-ci est accès ou non à la création culturelle.
Fabrice
> Non, du parler de ma concierge, qu'il ne me viendrait pas à l'idée
d'utiliser pour
> écrire un roman (sauf quand c'est une concierge qui parle), ceci
vous ête libre
> d'essayer ...
L'exercice n'est sûrement pas aisé mais cela n'a rien d'impossible
quand on a le génie de pouvoir agencer cette matière première. On peut
écrire des chefs-d'oeuvres fondés sur l'argot. Je pense aussi à
Kerouac qui écrivait souvent d'un jet pressé et qu'inspirait le débit
verbal de Neal Cassady, qui n'était pas vraiment un académicien de la
langue américaine... Idem pour le théâtre. La production dans Gwalarn
pouvait-elle être théâtrale ?
F.T.
Fabrice Tual a écrit :
> "Damien Erwan Perrotin" <11406...@Compuserve.com> a écrit dans le
> message news: 3A73C172...@Compuserve.com...
>
> > Non, du parler de ma concierge, qu'il ne me viendrait pas à l'idée
> d'utiliser pour
> > écrire un roman (sauf quand c'est une concierge qui parle), ceci
> vous ête libre
> > d'essayer ...
>
> L'exercice n'est sûrement pas aisé mais cela n'a rien d'impossible
> quand on a le génie de pouvoir agencer cette matière première. On peut
> écrire des chefs-d'oeuvres fondés sur l'argot. Je pense aussi à
> Kerouac qui écrivait souvent d'un jet pressé et qu'inspirait le débit
> verbal de Neal Cassady, qui n'était pas vraiment un académicien de la
> langue américaine...
Possible mais je supose que le vocabulaire était plus fourni que le basic
english
> Idem pour le théâtre. La production dans Gwalarn
> pouvait-elle être théâtrale ?
Oui, Ar Baganiz, par exemple (c'est ce que j'ai sous la main)
>
>
> F.T.
> L'exercice n'est sûrement pas aisé mais cela n'a rien d'impossible
> quand on a le génie de pouvoir agencer cette matière première. On peut
> écrire des chefs-d'oeuvres fondés sur l'argot. Je pense aussi à
> Kerouac qui écrivait souvent d'un jet pressé et qu'inspirait le débit
> verbal de Neal Cassady, qui n'était pas vraiment un académicien de la
> langue américaine... Idem pour le théâtre.
Il y a effectivement un bon paquet d'ecrits qui utilisent "le langage de
ma concierge", si on veut dire, par cette expression un tantinet
meprisante, le langage populaire et non le langage academique, et qui
sont devenus par la suite des chefs d'oeuvres. De François Villon a
Celine. Et je ne cache pas que je prefere les ecrits sans pretention,
mais plein de seve et de vie, d'un Frederic Dard, aux formulations
ampoulees, creuses et cul-pince d'un Claudel. Ce qui ne m'empeche pas
d'aimer aussi Proust.
Lorsque Damien parle de :
"la 'culture populaire' dont on sait qu'elle est d'un interet artistique
limité" (cf son autre post)
, c'est un peu le meme debat que ceux qui, amateurs de la dite "grande
musique", la musique academique, codifiee, des gens biens eleves, ont
tres longtemps regarde de haut la musique des quartiers populaires de
Harlem, la musique de negros, de pauvres et de voyous, celle qu'on jouait
dans les boxons de Harlem ou dans les champs de coton, en postillonnant
et en suant. On me permettra de preferer l' "interet artistique limite"
de Billie Holiday, d'Armstrong, de Charlie Parker, de Robert Johnson et
de Django Reinhard, aux innombrables pisse froids academiques de la
"grande musique" de la soi disante "elite" - meme si evidemment, les
talents sont presents dans tous les styles de musique.
Comme disait Bill Evans (musicien de basse extraction populaire, et donc
d'un interet artistique notoirement limite egalement) : "il n'y a que
deux sortes de musique, la bonne et la mauvaise".
Fabrice Tual a écrit :
> "Damien Erwan Perrotin" <11406...@Compuserve.com> a écrit dans le
> message news: 3A73CEE0...@Compuserve.com...
>
> > Le projet de Gwalarn est littéraire et culturel, il doit donc être
> jugé
> > sur ce plan...
>
> D'abord je vous remercie de votre réponse car, si j'ai du mal a
> adhérer à cette dissociation culture/politique dans le manifeste de
> Gwalarn (il est carrément écrit que cela s'inscrit dans un projet de
> "renaissance nationale"),
Je ne suis pas sûr que Hemon la faisait de manière consistante, ni du
contraire, même si c'était surtout un culturel. Moi, je m'astrein à la
faire pour m'éviter de tomber dans des délires totalitaires, je peux
reconnaître la valeur d'un projet littéraire sans adhérer à l'idéologie de
son fondateur (j'aime beaucoup London sans le suivre dans ses projets
politiques)
> > > La Révolution nationale de Hémon n'a rien de populaire
>
> > En politique d'accord, mais la littérature c'est avant tout la
> création
> > d'une oeuvre, oeuvre qui par définition reflète les préoccupations
> de son
> > auteur (et dans le cas présent il n'y a que l'oeuvre littéraire que
> je
> > juge) et pas la "culture populaire" dont on sait qu'elle est d'un
> interet
> > artistique limité.
>
> Ce que je trouve surprenant, c'est que l'exigence élitiste ne porte
> pas tant dans la création d'une oeuvre justement qu'à s'adresser à une
> élite : dans la production elle-même, ça peut revenir au même, dans
> l'esprit, je perçois cela comme très différent.
>
Je ne crois pas qu'il entendait la réserver à une élite à long terme. Si
on lit "An Aotrou Bimbochet e Breizh" (un bouquin du même style que celui
de Herzl sur le futur état juif et tout aussi mauvais) on voit qu'il
souhaitait étendre sa version de la culture bretonne à l'ensemble de la
population. Son élitisme est surtout instrumental (même si ça n'apparait
pas dans le manifeste) : la culture bretonne moderne doit se difuser d'une
élite auto-proclammée vers le peuple. S'il s'adresse à une élite éduquée
c'est parce qu'il pense que le peuple ne peut pas recevoir son message et
que c'est l'élite qui doit lui apprendre à le faire (le principe du parti
d'avant-garde). Personnellement je trouve ça plutôt stupide mais ça a sa
cohérence. A noter que la culture bretonne moderne (celle qui se difuse
largement dans la population depuis dix ans) doit assez peu à Hemon
(surtout l'orthographe) et beaucoup aux cercles de danse et aux chanteurs
engagés de 68 (glenmor, stivell, servat)
>
> > Le principe du nationalisme c'est "mettons notre peuple au même
> niveau que
> > les autres" (voir Athony Smith "Theories of Nationalism"). Le projet
> de
> > Hemon est remarquablement proche de celui Mustafa Kemal, par exemple
> > (modernisation à marche forcée, réforme drastique de la langue...)
>
> A la seule lecture du manifeste, ce qui n'est sûrement pas suffisant
> pour juger Gwalarn mais indique une intention, je ne constate rien qui
> revient à élever le peuple vers une exigence culturelle : encore une
> fois, le peuple tout court est complètement oublié et sa culture
> méprisée. Si on veut n'y voit qu'un choix culturel, c'est défendable.
La culture bretonne traditionnelle est effectivement rejettée (sauf la
langue) car, dans la logique nationaliste, elle est sclérosée du fait de
la domination étrangère. Cette sclérose se traduit par son incapacité à
s'adapter au monde moderne (c'est la logique de Kemal, de Herzl et de
Pearse). La démarche de Hemon est de prendre ce qui est "authentique" dans
la culture populaire en rejettant ce qui lui semble incompatible avec son
éducation moderne et rationelle. C'est commun chez les intelligntsias
qu'elles soient nationalistes (les sionnistes rejetant la culture du
gettho) ou d'extrême gauche (les trotskistes rejettant le foot et les jeux
télévisés). A noter qu'après les années 70, le mouvement culturel a pris
l'exact contrepied de cette logique souvent sans en être pleinement
conscient (peut-être parce que la société traditionnelle se délitait) :
reprise de chansons traditionnelles, utilisation des dialectes (voir le
dernier disque de Servat), importance de la musique et de la danse. Hemon
aurait détesté
>
> Comme cela comporte une dimension politique, c'est discutable.
Très effectivement,
>
>
> > En fait Maurras est le contre-exemple absolu : Hemon rejette la
> tradition
> > (au contraire de Mistral par exemple), il ne veut pas conserver mais
> > transformer la culture bretonne pour la calquer sur le modèle
> occidental.
>
> Dans ce sens-là sans doute en effet.
> L'assimilation, je la voyais par le fait que la direction doit
> provenir du haut, et parfois sans édifier le peuple (ce n'est
> d'ailleurs pas toujours souhaité par cette élite dirigeante car ça
> maintient son emprise sur le pouvoir).
Oui, mais Maurras n'est pas le seul à avoir cette conception (Lénine
aussi)
> Le peuple n'est que flatté chez
> les maurrassiens, et pas loin d'être méprisé dans le mêm temps. Ce ne
> sont plus des personnes. Le peuple devient une abstraction, une race,
> un génie millénaire, un héritier des ancêtres et de l'église qui sont
> là pour juger s'il est digne de cette filiation. Bref, on le soumet à
> un culte et on gouverne à sa place.
Entierement d'accord, mais je ne crois pas ce cette exaltation des
traditions soient dans le style de Breiz Atao en général et de Hemon en
particulier, ce sont avant tout des modernistes, du moins à cette époque.
> Dans le manifeste de Gwalarn, on
> ne trouve pas ce projet en dehors du fait que le peuple est rejetté
> culturellement (et politiquement si on retient le lien entre les
> deux).
>
Dans leur conception le peuple est là pour être éduqué par le biais d'une
élite consciente. A noter que c'est aussi la conception de l'extrème
gauche et des mouvements religieux mais que ce n'est pas forcement la
mienne
>
> > Kemal est vraiment le meilleur exemple, mais il y en a certainement
> eu
> > d'autres. (je sais kemal n'est pas une référence en matière de
> démocratie
> > et heureusement qu'il y a eu Stivell et cie)
>
> Ce n'est effectivement pas un exemple de démocratie mais il a
> modernisé et laïcisé son pays (ce qui est lié d'ailleurs ;-). A
> Gwalarn, était-on laïc ?
On refusait de prendre position sur la question dans le mouvement breton
de l'époque (sauf dans des mouvements ouvertements religieux (non) ou chez
Sohier (oui)) sans doute pour cacher de graves divergences internes (comme
sur la question sociale). Cependant, il est à noter que la littérature
antèrieure que Hemon rejette, était largement religieuse. Evidemment après
70, le laicisme s'impose
>
>
> > Ce qui compte c'est la valeur littéraire de chaque
> > oeuvre individuelle
>
> C'est là que je ne comprends pas : appréhendé a posteriori comme une
> oeuvre, je comprends qu'on puisse priser la qualité littéraire des
> textes de Gwalarn mais encore une fois, sur un manifeste qui indique
> clairement une intention, je ne vois pas exprimé directement cette
> exigence littéraire mais d'abord la volonté de trouver un lectorat
> digne de cette production. C'est surprenant, sauf si on relie
> l'intention culturelle à l'intention politique, ce qui est là aussi
> clairement associé dans ce manifeste.
En fait, la volonté de trouver un lectorat "digne" s'explique par un
contexte où la grande majorité de la population était illétrée en breton.
Le problème de Hemon était de savoir comment répandre sa conception
culturelle dans cette population et par le biais de quel groupe (étant
entendu que le peuple ne pouvait pas le lire) un peu comme les écrivains
du XVIIIeme s'adressant à la noblesse "éclairée". Je ne partage pas cette
conception, mais ne la trouve pas infamante.
> En revanche, cette intention
> politique n'est pas décrite, je vous le concède, et on ne saurait donc
> la juger à la seule aune de ce texte.
>
Son "utopie bretonne" ressemble assez à celle de Herzl pour son
"vieux-nouveau pays". Personellement je trouve ça un peu trop clean et ça
manque serieusement de hashh, de communautés anars et de mariages gays,
mais là encore ni totalitarisme ni racisme (à cette époque, après c'est
autre chose)
>
> > Dans le cas présent, il la destine à une frange cultivée, n'ayant
> aucun
> > moyen d'étendre cette frange sinon par l'exemple. Vu les conditions
> de
> > l'époque ce n'est pas absurde.
>
> Cela se revendique-t-il ?
Oui, dans le "manifeste du parti communiste" et dans "que faire", par
exemple, évidemment, au fur et à mesure que le niveau d'éducation moyen
s'élevait, les choses ont changé
> > Il est sans doute rigide, mais largement plus ouvert que le
> > folkorisme qu'il dénigre
>
> C'est possible et s'opposer à ce folklorisme culturellement et
> politiquement contestable n'a rien de regrettable en soi.
Le problème c'est qu'avant lui la culture bretonne écrite se résumait
essentiellement à ça et aux livres de dévotion (avec quelques exceptions
du style de Yann-Ber Calloc'h cependant)
>
>
> > Quant à l'intellectuel engagé, il y en a eu bien d'autres.
>
> C'est exact. Mais quand il y a engagement, il s'adresse généralement
> au peuple, que celui-ci est accès ou non à la création culturelle.
Pas forcement, Voltaire s'adressait surtout aux nobles et aux élites de
son temps, son attitude vis à vis des paysans est très méprisante (ce qui
n'est pas non plus infamant)
> On me permettra de preferer l' "interet artistique limite"
> de Billie Holiday, d'Armstrong, de Charlie Parker, de Robert Johnson
> et de Django Reinhard, aux innombrables pisse froids academiques
> de la "grande musique" de la soi disante "elite" - meme si
> evidemment, les talents sont presents dans tous les styles de
> musique.
Tout dépend de ce qu'on attend de l'art et de l'angle par lequel on
l'aborde. Au sens strict, les textes de jazz sont souvent affligeants
de pauvreté et de clichés. Et pourtant l'intérêt et le génie est
ailleurs, chez Billie Holiday notamment (ma préférée probablement). Il
en est de même pour les musiques populaires. L'ostracisme à leur égard
relève de la fermeture d'esprit et du conservatisme quand il se
traduit par la nostalgie du classicisme. En l'occurence, avec Gwalarn,
ce ne semble pas être le cas. Ils voulaient construire autre chose. Et
je vous dirais que voir une "prétention" (pour reprendre votre mot)
rebutante dans un travail moins accessible et plus exigent n'est pas
un meilleur critère de critique.
En revanche, j'ai toujours du mal à dissocier l'oeuvre de l'intention,
le but recherché autre qu'artistique. Le folklore fige la culture dans
le cliché, et ce n'est pas un hasard si tout ce qui se fige ainsi est
ensuite exploité par l'activité du tourisme qui a besoin d'images
d'épinales et de pittoresque pour vendre ses services, ou si une
culture nationale aime à y enfermer les cultures régionales. Ce qui
importe là, ce n'est pas de créer et de faire original : c'est de
répondre aux clichés de ceux auxquels on s'adresse, quitte à
reproduire l'idée fausse qu'ils se font, et surtout pas de les
surprendre. Cela n'a plus rien de créatif, rien de dérangeant.
Regretter ce conservatisme du folklore n'a rien d'élitiste en soi, et
ça ne revient absolument pas à rejeter les arts populaires qui, eux,
continuent de surprendre leur public, ou qui font participer celui-ci
dans leur création (chansons à répondre qui se transforment au fil du
temps, danses,...).
D'ailleurs, j'ajouterais que souvent, l'accès à l'art nécessite une
initiation : ça vaut également pour les arts populaires,
particulièrement les danses, différentes d'une région à l'autre. Le
constater n'a rien d'élitiste si l'objectif est de créer des oeuvres
exigentes accessible à tous par cette initiation. Ce que je trouve
dérangeant dans le manifeste de Gwalarn, c'est qu'il semble rejeter en
masse tout art populaire et que les initiateurs du projet se
focalisent plus sur l'exigence qu'ils ont - eux - envers le public
restreint qu'ils espèrent trouver, que sur les oeuvres elles-mêmes.
Ils recherchent des gens préalablement initiés - le but premier est de
savoir si ils existent.
Je prendrais une image contemporaine que certains d'entre vous ont
peut-être déjà vécu : dans certains fest-noz, il y a des puristes qui
s'agacent de voir de mauvais danseurs - jeunes, parfois allogènes - se
joindre à eux et qui préfèrent rester entre initiés. C'est ainsi que
je perçois le manifeste de Gwalarn. Comme je dissocie difficilement
l'objectif culturel de l'objectif politique, j'y vois un germe de ce
qu'on contastera après, mais c'est facile pour moi de le lire ainsi en
2001... Quant au folklore, il est conçu de telle manière qu'il flatte
l'idée déjà reçue et n'implique aucune initiation.
Pas sûr d'être très clair... Je vous livre ainsi des idées en vrac et
j'ai conscience de la confusion d'un tel post mais je ne suis pas non
plus de faire une dissert sur scb un dimanche soir ;-) Mais ce sont
des échanges qui m'intéressent...
Fabrice
> Encore une querelle d'universitaires sans interet. Ceci dit, le breton
étant enseigné suivant une norme spécifique il me semble logique que les
textes anciens soient modernisés pour le confort du lecteur (au niveau
de l'orthographe s'entend)
Et comment moderniser l'orthographe des termes qui n'existent plus ?
Devra-t-on remplacer le "cela me sied" (ou sim.) de Molière par un
très actuel "C'est cooool" ?
Comment "moderniser" l'orthographe d'oeuvres rimées où les variantes
dialectales entrent précisément dans la rime ? En haut-cornouaillais, la
pluparts des infinitifs riment avec le pluriel régulier. En peurunvan,
la rime disparaît...
Bref, n'est ce pas précisément au lecteur de faire l'effort ?
> Non, du parler de ma concierge, qu'il ne me viendrait pas à l'idée
d'utiliser pour écrire un roman (sauf quand c'est une concierge qui
parle), ceci vous ête libre d'essayer ...
La liberté : c'est précisément ce qui fait un artiste :-) Remarque que
le public est libre lui aussi :-))
> S'il s'agit de créer une littérature nationale de qualité, je ne vois
vraiment pas ce qu'il y a de pendable, quant aux objectifs politiques :
jamais entendu parler de Sartre, Céline, Mauriac, Tolstoï, Aragon,
Chateaubriant, Gide, Gorki, Drieu La Rochelle, Ferrat ......
Excellents exemples : je ne les lis pas ; je n'y comprends rien... que
c'est bon d'être libre !
p.b.
Sent via Deja.com
http://www.deja.com/
Car je ne vois pas ce que cela apporte au débat Hémon/occupants
allemands : le simple fait qu'il ait animé des emissions de radio sous
la coupe de l'occupant, ennemi de l'humanité et et des libertés, est
pour moi suffisant pour percevoir une attitude peu glorieuse chez R.
Hémon. Et la mauvaise foi de ses défenseurs n'y fera rien ! Je tiens à
être clair là-dessus.
Je vous demande de m'excuser pour cette interrogation, mais j'ai
l'impression que vous tentez, en utilisant cet individu, de remettre en
cause la langue telle qu'elle est enseignée aujourd'hui. Je sens
simplement les choses venir...
Pour information, tout l'enseignement que j'ai reçu faisait la part
belle aux variantes dialectales, et les présentait comme la richesse de
la langue bretonne. Richesse difficile à appréhender, mais passionnante.
J'ai peut-être eu de la chance, tous les enseignements ne se ressemblent
pas, mais si c'est ce que vous tentez de dénoncer, donnez des exemples
concrets, de manière à éviter les mauvais cours du soir.
Nicolas Le Sourd
In article <3A72CE41...@club-internet.fr>,
Pierrick Brihaye a écrit :
> Et comment moderniser l'orthographe des termes qui n'existent plus ?
> Devra-t-on remplacer le "cela me sied" (ou sim.) de Molière par un
> très actuel "C'est cooool" ?
On fait comme en français ou en aglais, on garde la forme avec une
connotation archaique, comme l'anglais thou
>
>
> Comment "moderniser" l'orthographe d'oeuvres rimées où les variantes
> dialectales entrent précisément dans la rime ? En haut-cornouaillais, la
> pluparts des infinitifs riment avec le pluriel régulier. En peurunvan,
> la rime disparaît...
>
C'est le problème des transcriptions de poesie : il se pose aussi en
traduction : comment rendre en français une poesie russe ou latine alors que
la prosodie n'a rien à voir. En général on s'axe sur le sens
>
> Bref, n'est ce pas précisément au lecteur de faire l'effort ?
>
Vu Kroje, zhe n'eff sui pa si sür (orthographe française personelle, base
germano-slave) :-))
>
> > Non, du parler de ma concierge, qu'il ne me viendrait pas à l'idée
> d'utiliser pour écrire un roman (sauf quand c'est une concierge qui
> parle), ceci vous ête libre d'essayer ...
>
> La liberté : c'est précisément ce qui fait un artiste :-) Remarque que
> le public est libre lui aussi :-))
>
> > S'il s'agit de créer une littérature nationale de qualité, je ne vois
> vraiment pas ce qu'il y a de pendable, quant aux objectifs politiques :
> jamais entendu parler de Sartre, Céline, Mauriac, Tolstoï, Aragon,
> Chateaubriant, Gide, Gorki, Drieu La Rochelle, Ferrat ......
>
> Excellents exemples : je ne les lis pas ; je n'y comprends rien... que
> c'est bon d'être libre !
Moi non plus en général (je suis plutôt branché SF) sauf Ferrat que j'aime
bien écouter
> Avec vous, je suis d'accord pour dénoncer ce genre d'idéologie visant à
> priver le peuple de son expression au profit d'une "élite" animée, dans
> le cas présent, d'intentions nationalistes. Est-ce bien ce que vous
> cherchez à dénoncer ?
Oui.
> Je vous demande de m'excuser pour cette interrogation, mais j'ai
> l'impression que vous tentez, en utilisant cet individu, de remettre en
> cause la langue telle qu'elle est enseignée aujourd'hui. Je sens
> simplement les choses venir...
Ce n'est pas mon intention. Le souci de normaliser une langue est, a mon
avis, positif par bien des cotes. Par contre, c'est le fait d'affirmer
l'inferiorite des "patois", de decreter la "nullite culturelle" de tout ce
qui est culture populaire, comme le fait le manifeste Gwalarn, que je
trouve plus preoccupant. De ce point de vue, il me semble que Hemon avait
une attitude tres similaire a certains "eradicateurs" de langues regionales
des temps passes. D'autre part, si les accusations de Francoise Morvan, en
particulier, sont fondees, cela revele un etat d'esprit, a l'Institut
Culturel de Bretagne, qu'on pourrait trouver tres etonnant, de la part de
personnes qui devraient au contraire etre attentives aux expressions
minoritaires et "hors normes".
(excusez moi d'etre court, en semaine je n'ai pas beaucoup de temps)
Marc
> > Et comment moderniser l'orthographe des termes qui n'existent plus ?
> > Devra-t-on remplacer le "cela me sied" (ou sim.) de Molière par un
> > très actuel "C'est cooool" ?
>
> On fait comme en français ou en aglais, on garde la forme avec une
> connotation archaique, comme l'anglais thou
A la rigueur... mais, dans ce contexte, l'orthographe d'origine
n'est-elle pas la meilleure solution ?! Personnellement, je n'ai jamais
eu de problèmes pour lire du breton moderne (depuis le XVIIe), y compris
en écriture fonetik.
> > Comment "moderniser" l'orthographe d'oeuvres rimées où les variantes
> > dialectales entrent précisément dans la rime ? En
haut-cornouaillais, la
> > pluparts des infinitifs riment avec le pluriel régulier. En
peurunvan,
> > la rime disparaît...
> >
>
> C'est le problème des transcriptions de poesie : il se pose aussi en
> traduction : comment rendre en français une poesie russe ou latine
alors que
> la prosodie n'a rien à voir. En général on s'axe sur le sens
Euh, si je comprends bien, tu voudrais que la traduction d'un texte
*breton* en "breton standard" retire toute sa substance au texte
d'origine ?!!
> Vu Kroje, zhe n'eff sui pa si sür (orthographe française personelle,
base
> germano-slave) :-))
J'ai eu du mal à lire... heureusement que j'ai quelques restes de
syldave :-)
Pierrick Brihaye a écrit :
A la rigueur... mais, dans ce contexte, l'orthographe d'origine
n'est-elle pas la meilleure solution ?! Personnellement, je n'ai jamais
eu de problèmes pour lire du breton moderne (depuis le XVIIe), y compris
en écriture fonetik.
ça doit dépendre du dialecte, j'avoue que le vannetais en écriture originale .... N'oublions pas non plus que la langue a évoluée depuis cette époque (deux sons au moins ont disparu) et que l'orthographe était pour le moins cahotique, la quesion de l'authenticité me semble alors quelque peu faussée (nous ne lisons plus comme à l'époque). Doit-on sacrifier la facilité de lecture à une athenticité de cette nature ?
Euh, si je comprends bien, tu voudrais que la traduction d'un texte
*breton* en "breton standard" retire toute sa substance au texte
d'origine ?!!
Réduire la substance d'un texte aux rimes me semble un peu réducteur et surtout nie la possibilité de traduire la poesie (on fait comment pour lire les poetes islandais ?)
> Vu Kroje, zhe n'eff sui pa si sür (orthographe française personelle,
base
> germano-slave) :-))J'ai eu du mal à lire... heureusement que j'ai quelques restes de
syldave :-)
Lequel est une langue germanique comme chacun sait :-)
zompist.com