Vous savez tous que Françoise Morvan, comme les Erinyes des tragédies
grecques, poursuit inlassablement le mouvement breton et, comme beaucoup
d'autres idolâtres, sacrifie allègrement le Peuple Breton sur l'autel de
la République. Elle est présente sur tous les fronts, elle est à l'affût
de tous les combats, afin de permettre à l'Indivisible vacillante de
garder un minimum de vigueur. C'est ainsi qu'elle a été la première à
s'en prendre à la bretonnisation des panneaux routiers en pays gallo.
Pensez donc, une zone qui, depuis des siècles, (depuis Clovis
j'imagine), a parlé un dialecte de langue d'oïl, une région
exclusivement de culture française, (où la toponymie n'évoque en rien la
langue bretonne!), oser introduire le bilinguisme dans un tel
sanctuaire, quel sacrilège ! Je n'insiste pas sur les sarcasmes gorgés
d'une haine inextinguible que déverse sur les militants bretons ce
porte-drapeau du jacobinisme politique, notamment sur l'association
vannetaise Bemdez.
Depuis quelques jours, nous avons pu constater que Marine le Pen lui
emboîte le pas. Plus scandaleux encore, elle "justifie une assimilation
violente, demandant à la Bretagne, dit l'auteur du communiqué, de perdre
sa culture, sa langue, sa religion pour se fondre en un espace national
de référence". Je ne peux, bien entendu, restituer les paroles exactes
de Mme le Pen, mais qu'elle invoque la nécessité de l'assimilation et
emploie le terme d'assimilation violente, me semble plausible. Nous ne
sommes plus habitués à entendre ce langage, parce que nos politiciens
ont su depuis longtemps récurer leurs vieux concepts, et se gardent bien
de commettre de telles bévues. Mais, nous ne le savons que trop, en haut
lieu, tous partagent la même conception de la société, sauf qu'ils
tiennent davantage compte du rapport de force. Ils savent bien que
l'identité bretonne est forte, assez forte en tout cas pour ne pas
supporter un tel langage, et que, chez ces Gaulois fiers et irascibles,
de la passivité à la rébellion le pas est vite franchi.
Rien de nouveau sous le soleil, par conséquent, le nationalisme échevelé
de Marine Le Pen s'inscrit dans une longue tradition républicaine "à la
française" : il s'agit de réaliser la "communauté des citoyens égaux
devant la loi" sur les débris de toutes les appartenances culturelles ou
ethniques , quelles soient corses, alsaciennes, basques ou bretonnes.
Pour qu'advienne cette société idéale, resplendissante de rationalité,
l'école de Jules Ferry n'avait pas lésiné sur les moyens. Elle eut
recours, elle aussi, à des procédés violents, mais cette violence sait
désormais se dissimuler sous le masque de l'idéologie. Disons qu'à la
violence de l'agression, celle que préconise Marine le Pen, (la violence
du "simbol" à la grande époque des hussards noirs de la République), a
succédé une violence plus sournoise, presque invisible, celle de
l'oppression : celle de l' article 2 de la Constitution, celle d'un
Conseil Constitutionnel arbitrairement nommé, celle des arrêtés
ministériels et d'un système administratif implacable (préfet de région,
rectorat, inspecteurs d'académie), celle, enfin, d'un discours
culpabilisant sur le "communautarisme" et le "repli identitaire", auquel
le maître-penseur du Télégramme fait bien évidemment allusion.
Puisque je parle de cette violence masquée, je me dois de rappeler
l'admirable discours patelin (un vrai chef-d'œuvre du genre) : celui du
Ministre de l'outre-Mer, François Baroin, en réponse à la proposition
d'amendement de l'article 2 de la Constitution par Marc Le Fur. Voilà de
quelle manière doit parler un homme politique digne de ce nom. Face à
des bonimenteurs si talentueux, Marine le Pen fait bien piètre figure.
COMMUNAUTARISME ET DÉSINFORMATION
Évoquant le communautarisme, je signale la raison d'être de cette
nouvelle trouvaille étatique. Appliqué au combat que nous menons pour la
sauvegarde de notre identité et de notre culture, ce terme peut
difficilement revêtir un sens. Pourquoi une communauté humaine défendant
son histoire, sa langue, son patrimoine culturel serait-elle stigmatisée
de la sorte ? En réalité, l'important, pour nos stratèges politiques, n'
est pas de conférer un sens à ce terme, mais de lui assigner une
fonction, Dans une campagne de désinformation orchestrée par l'État, ce
mot sert désormais de thème mobilisateur. Il n'y a pas si longtemps,
nous avions droit au thème : mouvement breton = nazi , campagne qui a
culminé avec le film BZH et la focalisation sur la personne de Roparz
Hemon : R. Hemon au service de la propagande nazie à radio Rennes (thèse
de Ronan Calvez), R.Hemon gestapiste (présence à l'Assemblée nationale "
d'historiens", soutenus par les députés Félix Leizour et Alain Gouriou).
Actuellement, le nouveau thème concocté par l'État, et qui s'applique à
tous les mouvements régionalistes, est celui du communautarisme. Au
thème Mouvement Breton = nazi s'est substitué une nouvelle équation :
régionalisme = communautarisme. J'ai étudié la technique de la
désinformation ainsi que les réseaux occultes qui lui servent de
vecteurs. Elle fait partie de l'arsenal inépuisable de la République
déclinante. Régulièrement nous aurons affaire à des variations sur ces
deux thèmes : tantôt le nazisme génétique du mouvement breton, tantôt la
perversion du communautarisme. Hanté par le spectre d'un éventuel
effondrement, cet "État-Nation", artificiellement construit sur la
négation des nationalités, préfèrera sans doute user de tels stratagèmes
à l'avenir, au lieu de procéder aux réformes institutionnelles
nécessaires. Que cela ne nous empêche pas de dormir!
MORALE ET POLITIQUE
Avant de terminer, je voudrais soulever un problème crucial. Mais je ne
pourrai que l'effleurer ici. Quel est, à votre avis, le point faible
chez tous ces défenseurs du jacobinisme politique ? Sous quel angle
peut-on véritablement les attaquer? Face à quel argument se révèlent-ils
infiniment faibles ? C'est sur le plan moral. Ils auront beau invoquer
les grands principes républicains, envelopper leurs pratiques
ethnocidaires dans le chocolat de la "communauté de citoyens", du "pacte
républicain", de la "Volonté Générale"et autres sornettes, nous pouvons
toujours leur rétorquer que leurs pratiques sont immorales, voire
criminelles : détruire une langue, détruire une culture, c'est détruire
des hommes. Le saccage d'une identité collective ne relève pas de la
civilisation, mais de la barbarie. On touche profondément à la dignité
de l'être humain. Si j'avais le temps, je m' appuierais sur des faits
qui peuvent faire l'unanimité : le taux d'alcoolisme breton depuis la
première guerre mondiale, et maintenant le taux de suicide qui dépasse
de 60% la moyenne française. Des hommes debout transformés en épaves. Et
comme la centralisation politique est le moteur essentiel de ce laminage
des cultures, ajoutons aussi, quoi qu'en pense M. Coudurier, que le
système centralisé est foncièrement immoral : il entraîne trop de
souffrances, d'inégalités, d'injustices et de frustrations. Mais restons
résolument optimistes. Peut-être arrivera-t-il un jour que quelques
hommes politiques lucides et courageux se dégageront de l'armure d'une
idéologie désuète, qui confond nationalité et citoyenneté. Il n'est pas
impossible que la France de demain se régionalise, et que la République
centralisée et jacobine devienne, à l'image des sociétés qui nous
entourent, une véritable démocratie, c'est-à-dire un pays où la
politique se réfèrera aux principes moraux fondamentaux.
> DE FRANÇOISE MORVAN À MARINE LE PEN EN PASSANT PAR HUBERT COUDURIER.
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