Affaires Des Généraux
Le cours de l'histoire de l'Algérie a changé par la survenue de nombreux
événements en une période de temps relativement courte. La métamorphose que
l'armée a subit y a largement contribué. Dans une première phase, l'ANP a
connu une série de changements profonds entre janvier 92, date du coup d'
état contre Chadli Bendjedid et juin 92, date du meurtre de Mohamed Boudiaf,
et qui se sont traduits par l'éloignement des "hommes" de Chadli des postes
stratégiques. Les changements les plus importants sont survenus après l'
assassinat du président Boudiaf, et c'est cette période critique qui a été
la plus mouvementée et sans doute la plus sanglante de toute l'histoire de l
'armée, surtout durant l'année 1997.
Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter un peu dans le
temps et plus précisément à la période qui a précédé les événements
d'octobre 88; à cette époque mouvementée, les services de la sécurité
militaire (DCSM) étaient en pleine décomposition suite à une série de
décisions pseudo-politiques assassines prises à la fin des années 80.
Le Syndrome Belkheir:
Larbi Belkheir qui était alors chef de cabinet de Chadli Bendjedid en
charge de la question "Sécurité Nationale" avait tout fait pour diminuer de
l'efficacité des services secrets ou du moins canaliser leur travail. Pour
se faire, il avait réussi à convaincre Chadli de la nécessité d'une
restructuration des services secrets en vue d'un meilleur contrôle des
structures de l'état. Larbi Belkheir savait plus que quiconque qu'il fallait
diviser pour durer, et diviser les services secrets n'était pas tâche facile
et surtout pas à la portée du premier venu. C'était la raison pour laquelle
il avait présenté son projet sous l'optique du modernisme occidental et du
souci sécuritaire; en réalité, Chadli Bendjedid avait approuvé cette mesure,
parce qu'elle allait le conforter dans son poste, mais aussi parce qu'il
fallait absolument séparer Kasdi Merbah (l'homme qui l'avait amené au
pouvoir) de ses anciens contacts qui étaient restés actifs au sein de la
DCSM.
Le général Medjdoub Lakhal Ayat qui avait été désigné à la tête de la
direction centrale de la sécurité militaire (DCSM) après le départ de Kasdi
Merbah, était un personnage tout à fait contraire à son prédécesseur.
Ex-officier de l'armée française tout comme Chadli, sa passivité et son
attachement au service de la personne de Chadli avaient été des facteurs
décisifs pour sa nomination à la tête de la SM. Lakhal Ayat était tout à
fait acquis aux thèses révisionnistes de son ami Larbi Belkheir, et avait
accepté la division de la DCSM ainsi que la suppression de certains de ses
plus importants services sans difficultés face aux insistances de Larbi
Belkheir. C'était à cette occasion que le fameux service de la prévention
économique (Le PE, une sous direction de la DCSM en charge des
investigations de crimes économiques, détournements, malversations,
corruption... etc) avait été dissous, à cause du nombre important d'affaires
que le service traitait et envoyait pour être jugées à la court des comptes
d'une part, mais surtout à cause de la qualité des personnes mises en cause
par les investigations du service dans ces affaires et qui venaient de
mettre à nu le noyau de ce qui sera quelques années plus tard connu sous le
nom de la mafia politico-militaire.
En réalité, au lieu de présenter à la justice les personnes mises en examen
pour ce qui était à l'époque considéré comme un délit très grave, les choses
ont été simplifiées par l'élimination d'un service tout entier par une
simple décision politique; la porte était alors grande ouverte devant tous
les rapaces qui n'ont pas perdu leur temps depuis.
Tout cela n'était qu'un des objectifs primaires fixés par Larbi
Belkheir, et non pas le plus important, il avait même réussi à imposer l'
idée que le nouveau service qui remplaçait la DCSM avait besoin de jeunes
cadres et que les anciens étaient bons pour la retraite, et ainsi des
centaines de cadres de la DCSM furent mis à la retraite anticipée ou
affectés vers d'autres secteurs et remplacés par de jeunes recrues sans la
moindre expérience. La passation du savoir n'a jamais eu lieu entre les deux
générations du service.
Suite à cela, Chadli Bendjedid avait officialisé le projet de Belkheir
par un décret présidentiel, et deux services avaient en effet vu le jour :
* La Délégation Générale à la Documentation et à la Sécurité (DGDS),
service responsable de la sécurité intérieure et extérieure du pays,
constitué d'anciens cadres de la DCSM (les plus rapprochés de Lakhal Ayat et
donc de Belkheir) et d'autres recrutés du civil sur concours ou
recommandation.
* La sécurité de l'armée (DCSA) qui avait pour mission la sécurité de l'
armée avec pour seule recommandation de ne pas se mêler des affaires qui
relevaient du secteur de la Sécurité intérieure, de la sécurité
présidentielle, du secteur économique et surtout de la sécurité extérieure.
En réalité la SA qui avait du temps de Merbah les pleins pouvoirs
(puisqu'elle avait pour mission la sécurité de toute l'armée et par
conséquent celle de toute la nation), était reléguée au second plan, celui
de simple policier de l'ANP et de simple conseiller à la sécurité nationale.
La fracture était profonde et les mécontents au sein même de la DCSA
étaient nombreux, il était dur pour eux d'accepter après des années de
loyaux services d'être mis sur une voie de garage. Les cadres de la DCSA
avaient refusé cette politique des demi-mesures et avaient tout fait pour
désobéir aux ordres reçus (avec la bénédiction de certains chefs) en
travaillant sur des affaires qui relevaient désormais de la compétence de la
DGDS malgre un appauvrissement très important en moyens materiels décidé par
le commandement. La guerre des services commençait à faire rage, chaque
service voulait s'imposer sur le terrain, et les potentialités des services
opérationnels des deux côtés étaient par conséquent détournées de leurs
vraies missions et les décideurs pouvaient ainsi faire des affaires sans
être inquiétés.
C'est grâce à la conscience de certains cadres de la DCSA que l'affaire
"Mouhouche" par exemple avait vu le jour. Toutes les investigations avaient
été faites dans le secret le plus absolu, le prénommé Mouhouche avait été
trouvé coupable de détournement de plusieurs millions de dollars avec son
complice Toufik Bendjedid (le fils aîné de Chadli), et c'était Larbi
Belkheir qui avait donné un coup de pousse à Toufik Bendjedid pour
l'obtention du prêt bancaire en devises auprès de la BEA. Quand l'affaire
avait été rendu publique, Larbi Belkheir avait réussi à soustraire le fils
de Chadli à la justice en l'envoyant par avion spécial à son oncle, en poste
au Venezuela, et le petit capitaine procureur militaire de l'époque en l'
occurrence le capitaine Belkacem Boukhari (devenu général après la
condamnation des leaders du FIS en 90) avait été relevé de ses fonctions à
Blida après avoir demandé à écouter Toufik Bendjedid. Il n'avait eu que les
insultes de Belkheir au téléphone, avec l'arrogance qui était bien celle de
ce dernier.
Belkheir avait joué le rôle de sauveur pour Chadli qui lui cédait la
gestion des affaires de l'état un peu plus chaque jour. Une autre affaire
avait encore fait du bruit, incriminant l'un des bras droits de Belkhier ;
ce dernier l'avait nommé comme directeur de Riadh El Feth (et avant cela
comme responsable du projet de contruction de tout le site), le colonel
Hocine Senouci avait géré le complexe pour son propre compte et pour celui
de Belkheir allant même jusqu'à imprimer des tickets d'entrée pour le centre
et qui rapportaient chaque jour des dizaines de milliers de dinars (cash
reversé aux comptes des deux complices). Senouci fut arrêté par la DCSA puis
relâché sans la moindre poursuite mise à part une réaffectation par Belkheir
à la présidence de la république avec quelques millions de dinars en poche.
Belkheir avait évoqué un vice de forme de la procédure: la DCSA n'etant pas
autorisé à gérer ce genre de dossier qui était désormais clos. Les affaires
qui mettaient à nu Belkheir étaient nombreuses, mais les pressions étaient
trop fortes et parfois insupportables; à chaque fois qu'une affaire
apparaissait, des sanctions suivies de mutations étaient prises contre les
officiers qui avaient fait du zèle!
Quelques mois avant les événements d'octobre (mis en scène par Larbi
Belkheir & CO pour liquider le FLN des sphères du commandement de l'état au
profit de la présidence), les services opérationnels de la DGDS (plus tard
DGPS) étaient en plein délabrement. Dotés de nouvelles recrues sans
expérience aucune, les services de renseignement en général avaient perdu
leur efficacité habituelle ; même le travail qui était fait n'avait plus
aucune relation avec la sécurité de l'état, et la plupart des dossiers
traités, était ordonnée par le commandement et concernait des personnes bien
précises. Ce travail était appelé au sein du service opérationnel : enquêtes
de sécurité; leur seul but était la collecte d'informations capables de
servir à court ou long terme comme moyens de pressions et de manipulations
d'objectifs civils et militaires ! Un objectif visé était une cible atteinte
même s'il fallait faire toute une mise en scène pour faire tomber la
personne en question.
Comme la compromission a toujours été le meilleur moyen de contrôle et
de manipulation des sujets intéressants, Larbi Belkheir aidé par Lakhal
Ayat, avait réussi de la sorte à construire une base de données très solide,
visant à contrôler toute la classe politique du pays, tous bords confondus.
Suite à la maladie inopinée du gènèral Lakhal Ayat, ce dernier avait
demandé au président Chadli de prendre sa retraite. C'était le général
Mohamed Betchine qui fut nommé par Chadli en personne au poste de directeur
de la DGPS. Chadli avait pensé remplacer plus tard Larbi Belkheir par
Betchine, comme il devait le faire quelques années auparavant par le géneral
Bouceta, Mais Larbi Belkheir était toujours en alerte et savait agir le
moment venu.
En arrivant aux commandes de la DGPS (Direction Générale de la
Prévention et Sécurité), après avoir passé plus d'une année à la tête de la
direction centrale de la sécurité de l'armée (DCSA), le général Mohamed
Betchine s'était vite entouré (comme de coutume), d'officiers en qui il
avait confiance et sur lesquels il pouvait compter. La sensibilité de son
nouveau poste lui avait imposé certains changements qu'il avait vite opéré à
la tête des sous directions de la DGPS, en commençant par les plus
sensibles, à savoir le service opérationnel ANTAR à Ben Aknoun, la DDSE, les
finances et le chiffre.
Il était impératif pour Betchine de faire un peu le ménage dans cette
nouvelle direction qui avait souffert suite à la division de la direction
mère (DCSM), et plusieurs officiers à la réputation douteuse ont été
purement invités à faire valoir leur droit à la retraite anticipée. Parmi
ces officiers figurait le lieutenant colonel Smain Lamari, qui a été chassé
par Betchine en personne de son bureau au siège de la direction de la DRS à
Dely-Ibrahim après que Smain soit venu demander à son nouveau chef la
reconsidération de cette décision.
Smain Lamari dit Elhadj avait alors demandé secours à Larbi Belkheir (avec
qui il avait construit avec le temps des liens étroits) qui le sauva ainsi d
'une triste fin en le nommant auprès de lui à la présidence de la
république.
Comme Betchine lui-même était un officier issu de l'armée régulière, il
était biensûr évident que les officiers qu'il voulait auprès de lui soient
pour la plupart de la même origine, le reste des officiers furent puisés
dans les effectifs de la DCSA où il avait réussi à se construire une base d'
appui avec des éléments comme le commandant Abdelhak Benzlikha alias
Commandant Abdelhak qui était directeur du CPMI dans la période où Betchine
était à la DCSA, et qui avait suivi Betchine à la DGPS et avait pris le
commandement du centre opérationnel ANTAR.
Tant que Betchine était à la tête de la DCSA, il était loin des
pressions exercées par les différents acteurs du pouvoir, mais au moment où
il est passé à la tête de la puissante DGPS, il fut astreint à plus d'
obligations dont la plus rude était de rendre des comptes à Larbi Belkheir.
Les deux hommes étaient courtois au début mais très vite cette courtoisie
avait cédé la place à la discorde et à la mésentente; Larbi Belkheir voulait
que tout le monde lui rende des comptes avant le président de la république
et donnait même des ordres à Betchine qui n'était pas une personne à faire
les petites courbettes face à ce moudjahid de seconde classe qu'il
considerait en fait comme un homme au passé douteux.
En novembre 89, Belkheir avait réussi son premier coup de stratège, en
réussissant à convaincre Chadli Bendjedid de limoger Kasdi Merbah de son
poste de Premier ministre sous prétexte d'une tentative de coup d'état que
Kasdi préparait avec l'aide de Betchine d'une part, et de nommer Mouloud
Hamrouche qui était le secrétaire général de la présidence (ami personnel de
Betchine et rival de Belkheir au siège de la présidence) au poste de Premier
ministre à la tête du nouveau gouvernement d'autre part; il venait ainsi de
se consacrer maître absolu de la présidence de la république en accumulant
le poste de chef de cabinet et celui de secrétaire général. Kasdi Merbah ne
pouvait pas du tout imaginer qu'un officier de seconde zone comme Larbi
Belkheir pouvait réussir toutes ces combines et avoir raison du maître de l'
intelligence en Algérie, mais plus grave encore, il était loin de se douter
que ce même officier allait ordonner sa liquidation physique quatre ans plus
tard alors que Merbah préparait sa revanche avec le président Mohamed
Boudiaf.
Grand calculateur ou génie du mal, Larbi Belkheir préparait son dauphin
Mohamed Mediene qu'il avait plaçé à la tête de la DCSA après le départ de
Betchine en 1990, pour prendre sa chance. Quand Larbi Belkheir ne pouvait
plus contrôler Betchine, il était très facile pour lui de convaincre une
fois de plus Chadli de le remplacer. Le candidat au poste de la nouvelle
direction unifiée DGPS-DCSA (Appelée DRS par décret présidentiel une fois de
plus) était fin prêt ; le général Mediene Mohamed Alias Toufik, un produit
fait maison que Belkheir avait façonné comme un artiste. Toufik était chef
de sécurité au bureau de la 2ème région militaire à Oran (DRSM2) au moment
où chadli était chef de région, les deux hommes se rencontraient très
souvent autour d'une table pour jouer aux cartes avec entre autres Belkheir.
Toufik était déjà à cette période très proche de Chadli qu'il couvrait
vis-à-vis de la DCSM. Chadli avait eu des altercations avec l'officier
prédécesseur de toufik au poste de DRSM2 parce que l'officier en question
faisait son travail et menait des investigations sur l'enrichissement
illégal de certains notables à Oran intimement liés à Chadli. La nomination
de Toufik était une aubaine et les trois hommes ne se quittaient jamais.
Smain Lamari a été promu après le départ de Betchine au grade de Colonel
et nommé plus tard à la tête de la DCE (Direction du Contre Espionnage).
Larbi Belkheir avait réussi (façon Frankenstein) à créer les deux monstres
les plus redoutables de toute l'histoire de l'Algérie; sa seule motivation
était l'enrichissement personnel et la protection de ses biens. Des années
plus tard, les produits de cette macabre science du complot, surpassèrent le
maître et restent encore à ce jour à leurs postes.
De Chadli à Zeroual :
A la fin de l'année 1991, lorsque la situation en Algérie était
bouillante, Le général Mohamed Lamari, alors chef des forces terrestres à l'
état major de l'ANP, s'était distingué par son opposition à la politique
pro-islamiste du président Chadli qu'il critiquait ouvertement dans les
sphères du commandement de l'armée, et plus grave encore, il faisait même du
lobying parmi les chefs de l'ANP et appelait au renversement de Chadli par
la force. Ses cris étaient tellement forts qu'ils étaient même arrivés à la
population civile qui parlait dans la rue de l'imminence d'un coup d'état
contre Chadli. Le président de la république eut biensûr connaissance de ces
rumeurs qu'il savait fondées, et devant la montée de la pression au sein de
l'armée, il demanda au chef de la garde républicaine, le général Mohamed
Dib, des informations sur la capacité du corps de la garde républicaine à
contrecarrer un coup d'état. La question était surprenante pour le général
Dib qui répondit par son incompétence à protéger le siège de la présidence
sans l'appui d'armes lourdes car celles-ci avaient été reversées à l'état
major de l'ANP au mois d'octobre 91, sur les ordres de Chadli lui-même.
Chadli s'étonna de cette réponse qui lui fut confirmée par Larbi Belkheir;
Ce dernier lui avait fait signer l'ordre sans même qu'il ne s'en aperçoive.
Partisan farouche de la prise ouverte du pouvoir par l'ANP "comme au
Chili", Mohamed Lamari agaçait Khaled Nezar par son arrogance et son
indiscipline. Le terme "coup d'état" était un tabou dans le langage
militaire, lourd de conséquences, mais Mohamed Lamari fonçait la tête
baissée sans réfléchir, et au lieu de faire passer l'éviction de Chadli
comme une décision volontaire et réfléchie de démission (pour diminuer l'
effet à l'échelle nationale et internationale), les gesticulations de
Mohamed Lamari avaient contrecarrer cela et le monde entier parlait de coup
d'état militaire, pire il avait donné un argument de taille aux opposants de
tout azimut : "l'illégalité", ce qui lui avait valu d'être demis de son
poste de CFT le 19 avril 1992, et nommé à un poste fantôme de "conseiller au
MDN". Presque tout de suite après, il fut invité à faire valoir son droit à
la retraite.
Après la liquidation de Boudiaf, l'ANP fut frappée de plein fouet par
les retombés politiques et médiatiques de cette affaire. Le climat au sein
de l'institution militaire était des plus électriques, et le fait qu'une
poignée de généraux au sommet de cette même hiérarchie ait eu une telle
initiative, était une chose tout à fait inadmissible mais surtout dangereuse
pour l'avenir de l'ANP. Plusieurs officiers de haut rang s'étaient joints
pour condamner ouvertement l'attitude laxiste du ministre de la défense,
Khaled Nezar, face à la situation ainsi que celle des services en charge de
la sécurité du président.
Ce qui était très grave, est que la situation était sans précédent et
que pour la première fois au sein même de l'ANP, des officiers avaient osé
critiquer et exprimer ouvertement leurs refus et leur indignation face à un
tel acte. L'image était très claire et les suspicions d'un complot n'avaient
nul besoin de subsister puisque la certitude était acquise pour une bonne
partie du personnel militaire. Pour la nouvelle génération d'officiers,
combattre le terrorisme était une mission que l'armée pouvait endosser sans
hésitation, mais liquider Si Tayeb, un des piliers de la révolution était
tout à fait contraire aux principes même de fondement de l'ANP.
Les généraux Khaled Nezar, Mohamed Touati et Toufik étaient dépassés par les
répercutions de l'opération Boudiaf, et avaient très certainement misé sur l
'esprit de rigueur militaire et le respect hiérarchique pour contenir toute
forme de mécontentement. Le contraire s'était produit, et l'effet était
dévastateur : la perte de confiance dans le commandement de l'armée était
palpable, ce qui avait obligé les responsables à convoquer, en toute
urgence, le conseil de la défense (Chefs de corps et régions militaires
ainsi que les différents chefs d'états majors et les inspecteurs) au
cinquième jour de l'assassinat du président Boudiaf.
Le jour de la réunion, la gravité de la situation pouvait se mesurer par
le poids du silence qui régnait dans la salle de réunion située non loin du
bureau du ministre de la défense. Les généraux responsables de la crise en l
'occurrence Khaled Nezar, Mohamed Mediene, Mohamed Touati, Mohamed Ghenim,
Abdelmalek Guenaizia et BenAbbes Gheziel étaient assis en face du reste des
cadres de l'ANP. Nezar et Toufik s'adressèrent successivement aux
responsables de l'ANP sur un ton ferme et plutôt autoritaire qui soulignait
bien le criticisme du moment et des assurances furent données pour que la
justice puisse faire son travail avec le plus de transparence possible (en
respectant le secret militaire). Il était bien évident à l'expression
affichée par certains visages présents à cette réunion, que les arguments
déguisés et les assurances présentées par le ministre et son responsable des
services de la DRS étaient loin de convaincre, et cachaient mal une
magouille qui sentait le sang.
Quand la parole fut donné aux membres présents, de rares officiers
avaient osé s'exprimer demandant des sanctions allant jusqu'à la démission
de tous les responsables du corps de la sécurité "comme cela se fait dans
toutes les armées du monde", parmi lesquels, le général Hocine Benhadid, le
plus jeune général de l'ANP, le général Khelifa Rahim, chef de la deuxième
région militaire et Le général Yahia Rahal, inspecteur des forces aériennes.
Le général Toufik ne pardonna jamais au général Benhadid de s'être exprimé
en premier comme l'aurait fait un fervent opposant à la politique des
généraux putschistes, mais aussi et surtout d'avoir osé demander au ministre
de la défense de prendre ses responsabilités et de sanctionner les
responsables à haute échelle pour préserver la réputation de l'ANP.
Même le général Mohamed Touati avait essayé d'y mettre du sien en banalisant
la situation qu'il trouvait tout à fait normale vu l'infiltration de l'ANP
par des éléments adhérant au courant islamiste; Boumaarafi était un exemple
typique selon lui et pour palier a cette faille, il fallait selon ses termes
"faire un peu le ménage dans la maison et sectionner tous les membres
malades; "Si ton bras droit te gêne alors coupes-le". Certains officiers ne
partageaient pas l'idée de ce "ménage" et ils le firent savoir; chaque mot
prononcé, résonnait comme un obus dans la salle!
Face au silence du chef d'état major Abdelmalek Guenaizia, Khaled Nezar
finit par perdre son sang froid; ses dernières paroles étaient des menaces
très claires contre tous ceux qui mettraient en danger l'unité du rang
militaire. Les rares opposants avaient reçu des réponses en messages à peine
voilés ; une nouvelle aire avait commencé pour les officiers de l'ANP. Le
seul officier qui avait prit la parole après le ministre de la défense était
le général Mohamed Lamari; son allocution n'avait pour objectif que le
soutien inconditionnel des mesures proposées par Touati et s'était même
permis de proposer à Khaled Nezar de prendre les rênes du pouvoir; les
civils selon Mohamed Lamari étaient des bons à rien, indisciplinés qui ne
pouvaient rien faire d'eux-mêmes ; le peuple algérien qu'il
appelait,"société civile" n'avait aucune maturité politique, et donc
incapable d'être confié la direction de l'état.
Cette intervention avait sauvé Mohamed Lamari; Khaled Nezar qui
cherchait des fonceurs qui ne reculaient devant rien, avait fini par trouver
ce qu'il cherchait. Mohamed lamari fut convoqué le jour même au bureau du
ministre qui lui annonça de bonnes nouvelles. Le nom de Mohamed Lamari fut
rajouté in extremis à la liste des généraux (Mohamed Djenouhat, Tayeb
Derradji, Khelifa Rahim et Djouadi Abdelhamid) promus au grade de "général
major", le 05 juillet 1992. De plus un nouveau corps fut crée spécialement
pour lui, le CCLAS (Commandement de Coordination de la lutte Contre les
Activités Subversives), sa mission: La chasse au sanglier.
Quelques semaines après, d'autres réunions, plus intimes, eurent lieu
entre Khaled Nezar, Mohamed Touati, Mohamed Mediene, Abbess Gheziel et
Abdelmalek Guenaizia, l'ordre du jour était la discussion de l'opération
"Ménage". Les décisions qui avaient découlé de cette mesure étaient à peine
croyables, des mises en retraite anticipée, des radiations sans droits, des
arrestations et même des liquidations physiques de sang froid. Le général
Mohamed Lamari était tout le temps sur le terrain et aidé par Toufik, il
avait réussi plusieurs opérations sur tout le territoire de la première
région militaire, sa devise était de frapper fort et vite les groupes
terroristes et rentrer à la base avec zéro prisonnier. Le ministre de la
défense lui accordait tous les moyens matériels et humains dont il avait
besoin et ses hommes étaient choisis parmi l'élite des forces spéciales
(Commandos). Ses méthodes "choc" ne faisait pas l'unanimité parmi les autres
officiers de l'ANP, et il s'était fait beaucoup d'ennemis parmi lesquels les
généraux : Hocine Behadid, Khelifa Rahim et surtout Abdelmalek Guenaizia, le
chef d'état major qui se plaignait tout le temps à Khaled Nezar du
comportement de son protégé, mais le ministre de la défense ainsi que
Mohamed Touati prenaient toujours la défense de Mohamed Lamari.
Dans le magazine officiel de l'ANP "Eldjeich" paru le 09 mars 1993, le
général major Mohamed Touati (porte-parole du MDN et conseiller politique du
ministre de la défense Khaled Nezar) avait pris l'initiative de publier un
article dans lequel il avait longuement détaillé la position de l'ANP et
avait expliqué les raisons du choix fait par le commandement de l'armée pour
contrer l'islamisme. L'article signé par Touati était sans précédent de part
son contenu, car en réalité le général Touati avait expliqué sa théorie
(déjà connue et approuvée par les "Janviéristes" depuis le coup d'état
contre Chadli) du tout sécuritaire ou l'éradication. Le message était
adressé aux cadres de l'ANP qui devaient comme leurs chefs, adhérer aux
fondements idéologiques de la lutte anti terroriste avec des convictions
comparables aux arguments staliniens, la seule différence était que Touati
avait mis l'accent sur l'unité de l'armée et la sauvegarde de l'Algérie qui
était au seuil d'une guerre civile. L'article repris par la presse nationale
était aussi destiné à la consommation locale, et visait la mobilisation d'
une partie du peuple pour le soutien actif et l'aide des forces de sécurité
dans leur combat contre le chaos et l'obscurantisme. Cet appel aux forces
vives de la nation était aussi une incitation à la révolte et à la formation
d'une résistance locale pour la lutte anti-terroriste.
En claire, le plan de Touati était assez simple, pour ne plus entendre
parler de l'islamisme il fallait suivre un plan précis:
* Centraliser le pouvoir décisionnel au sein de l'ANP et dégager un
noyau de commandement uniforme.
* Identifier les éléments islamistes présents d'abord dans les milieux
de l'ANP et les éliminer au cas par cas.
* Punir avec le plus de sévérité toute personne appelant à la révolte ou
à la désobéissance au sein de l'armée.
* Assigner aux services secrets tous les moyens nécessaires à leur
mission exclusive qui consiste en la récolte et l'exploitation rapide des
informations.
* Ne pas hésiter à pratiquer la méthode de l'exemple à ne pas suivre,
pour montrer la fermeté du commandement. Récompenser les bons éléments avec
beaucoup de générosité et veiller à leurs promotions (la politique du bâton
et de la carotte).
* Impliquer la société civile dans la lutte anti-terroriste et la
création de milices d'autodéfense encadrées par des anciens moudjahidin ou
des ex-militaires.
* Soutenir la lutte des forces de sécurité par une campagne de
propagande médiatique à l'échelle internationale.
* La reprise par l'état de tous les lieux de culte et uniformiser le
discours religieux à travers le pays.
* Reformer la société algérienne dans les domaines sensibles de l'
éducation, la famille et la justice.
* Création de cours spéciales pour le suivit exclusif des affaires liées
au terrorisme et l'application des mesures légales décidées pour la
circonstance.
* Organiser le soutien de la lutte anti-terroriste par la communauté
intellectuelle et politique à l'échelle nationale et internationale.
Ces mesures qui furent appliquées à la lettre par Mohamed Lamari, Toufik
et Smain Lamari ont conduit l'Algérie à une situation catastrophique, car
Touati avait omis un point très important : le peuple algérien ne croyait
plus en ses dirigeants depuis octobre 88.
Pour certains généraux, fervents défenseurs du projet de création d'une
armée professionnelle loin de la politique, comme Le général Hocine
Benhadid, l'implication de l'ANP dans les événements d'octobre en premier
lieu, la destitution de Chadli en second lieu et la mort du président
Boudiaf en dernier lieu avaient mis l'ANP dans une position très vulnérable
vis-à-vis de la société civile. Le plus grave était que l'institution
militaire avait perdu le crédit chèrement acquit pendant la guerre de
libération ; en effet parler de l'ANP revenait à citer le passé glorieux de
l'ALN et rappelait surtout l'amour et la confiance qui la reliait au peuple
algérien, mais tout cela avait disparu. Le tout sécuritaire était une option
sans aucune garantie de réussite et la crise politique devait et ne pouvait
être traitée que par les politiciens.
Cette conviction avait valu à Hocine Benhadid et à ses "alliés" d'être
écarter de la sphère du commandement de l'armée au profit de jeunes loups
comme Mohamed Lamari, Fodil Cherif, Said Bey et d'autres généraux qui
adhéraient aux thèses éradicatrices de Mohamed Touati, le "Mokh".
Tous les ennemis de Mohamed Lamari furent évincés par Khaled Nezar pour
lui ouvrir le chemin vers le sommet, surtout que le ministre de la défense
était malade et que ses voyages à l'étranger pour se soigner devenaient de
plus en plus réguliers et que son absence du ministère n'arrangeait pas la
situation. C'est lors d'une réunion, au début du mois de juillet 1993, au
bureau du ministre de la défense, qu'un problème de taille fut soulevé entre
les officiers janvieristes: la retraite de Nezar et le choix de son
remplaçant. L'ambiance était très houleuse; Touati voulait le poste,
Benabbes Gheziel et toufik ne voulaient pas faire de concessions. Khaled
Nezar avait de la peine à raisonner les uns et les autres pour arriver à un
compromis, et la seule alternative qui avait fait l'unanimité était celle de
rappeler la personne qui avait le plus d'ancienneté après Khaled Nezar
(pendant l'époque Chadli); cette personne était le général Liamine Zeroual.
Le premier problème était réglé, mais Khaled Nezar ne voulait pas partir et
laisser son clone (Mohamed Lamari) sans protection, il réussit à obtenir
pendant cette même réunion, la démission de Abdelmalek Guenaizia de son
poste au profit de Mohamed Lamari qui fut baptisé : Chef Suprême de l'ANP.
Guenaizia fut envoyé à Berne comme ambassadeur d'Algérie en Suisse, une
retraite bien paisible.
La Liquidation des Généraux :
Après le départ de Toufik de la DCSA, il fut remplacé, pendant quelques
mois, par le colonel Zeghloul, jusqu'à l'arrivée du colonel Kamel
Abderrahmane, le seul officier promu au grade de commandant en novembre 88
pour acte de bravoure. Il avait alors sauvé un char Stationné à Elbiar à
Alger, des flammes d'un cocktail molotov et avait payé son acte au prix
fort, par de graves brûlures qui lui avaient laissé d'importantes séquelles,
malgré des mois de soins au Val-de Grâce (Hopital militaire français situé à
Paris).
Le fait que Kamel était chef d'état major de la quatrième région
militaire sous le commandement de Betchine était presque sans importance
pour Le général Toufik, son dossier au sein de la DRS était très rempli et
faisait de lui une marionnette parfaite. En effet c'était presque par hasard
que son nom était apparu dans une affaire connue sous le code "Scanner" dans
laquelle était impliqué le chef de service VIP ( du mot anglais very
Important Personality) de l'hôpital central de l'ANP en l'occurrence Melle
Benhamza Fatiha qui avait réussi à construire un réseau d'informateurs de
haut niveau parmi ses relations et rendait compte à un officier de la DGSE
(elle était tout simplement une espionne). Comme Benhamza était en charge
des soins du Capitaine Kamel Abderrahmane, elle avait depuis novembre 88
établi une relation très personnelle avec cet homme qui avait un grand
penchant pour les femmes. Quand Kamel fut promu au grade de colonel et juste
avant de prendre son poste à la tête de la DCSA, Benhamza était toujours à
son poste de directrice du VIP/HCA et continuait toujours de voir son
colonel qu'elle recevait dans sa villa à Moreti, elle ne fut mise hors
circuit que plus tard. Par égards à ses relations, elle ne fut jamais
inquiétée et eut même droit à un bon pécule à sa sortie de l'HCA.
Kamel Abderrahmane était le parfait serviteur de Toufik en qui il voyait
le génie bienfaiteur, c'était la raison pour laquelle il n'avait presque
aucune autorité sur son directeur des opérations, le colonel Tartag qui
rendait compte directement au général Toufik. Kamel Abderrahmane fut limogé
de la direction de la DCSA en 95 et nommé aux commandes de la 2ème région
militaire à cause d'une faute très grave: il avait perdu, dans la nature, un
élément très compromettant pour les chefs.
C'est à ce moment là que Saidi Fodil devait prendre la tête de la DCSA,
après un décret de nomination signé par Zeroual à la présidence de la
république.
Saidi Fodil fut de loin l'un des meilleurs directeurs de la DDSE; dès sa
nomination à la tête de cette direction, il avait opéré un changement
radical dans les modes de travail en introduisant les techniques modernes de
gestion de l'information, mais il avait surtout essayé de mettre fin à la
pratique des nominations parachutes aux postes de chef de bureau de sécurité
(BSS) dans les ambassades algériennes à l'étranger, le plus souvent au prix
d'une altercation avec ses superieurs Toufik et Smain. Travaillant à l'ombre
du ministère des affaires étrangères, sa réputation de redoutable diplomate
du secret, il l'avait acquis après le succès remporté lors de la résolution
du conflit des Touaregs, qui risquait d'embraser la région entre l'Algérie,
le Niger et le Mali, surtout que le côté français avait longtemps essayé
d'en faire un cheval de bataille à la manière de la question de l'identité
kabyle. De même qu'il avait réussi d'autres coups d'éclats comme celui de la
récupération d'un dossier classé, renfermant des preuves de l'implication
d'un officier des services algériens en poste à Ankara (Turquie) dans une
affaire d'espionnage au profit de la CIA. Il avait aussi obtenu d'importants
résultats sur d'autres plans hautement stratégiques pour la défense du
territoire.
Comme le bon travail ne peut être apprécié que par ceux qui sont
profondément concernés par le devenir de la patrie et de son peuple, le
couple Toufik et Smain avaient tout fait pour lui mettre des batôns dans les
roues, afin de freiner l'ascension de cet officier parachuté par Zeroual,
qui présentait une réelle menace, surtout qu'il était plus instruit que le
reste des chefs à la DRS et incarnait la nouvelle génération d'officiers
issus des grandes écoles. Les raisons de la discorde avec ses chefs étaient
aussi variables que multiples, à commencer par ses liens étroits avec
Zeroual et Betchine auxquels il rendait directement compte, sans passer par
ses chefs hiérarchiques, le directeur de la DRS, Toufik ou le sous-directeur
de la DRS, Smain.
Le général Saidi Fodil, même appuyé par Zeroual ne pouvait affronter
Toufik et Smain, et cela pour des raisons multiples, dont la plus importante
était la non-disposition d'un service opérationnel propre à la DDSE doté de
moyens et capable de mener des investigations comme l'étaient ceux de la
DCSA et la DCE. Il était donc presque impossible d'engager des poursuites ou
d'assurer un suivi opérationnel des informations récoltées à l'étranger par
la DDSE souvent à un prix très élevé.
Le poste de chef de bureau sécurité à l'étranger fut de tout temps très
prisé par les officiers de la DRS, mais généralement les officiers
sélectionnés pour les postes sensibles à l'étranger (comme celui de
Washington, Paris, Genève, Rome, et Londres) étaient ceux qui bénéficiaient
de la confiance des chefs. Il faut rappeler qu'un chef de bureau de sécurité
en poste à Paris par exemple, est au courant de presque toutes les
magouilles et les malversations des hauts fonctionnaires de l'état, c'est la
raison pour laquelle la personne nommée à ce genre de poste doit faire
partie du cercle de confiance immédiat de Toufik et Smain. La gestion des
informations récoltées sert le plus souvent à manipuler les différents
acteurs de la scène politique et militaire algérienne.
Avec le temps il est devenu très clair pour l'ensemble du personnel de
la direction qu'au sein même de la DRS deux catégories d'officiers
coexistent: une qui travaille pour le bien-être de l'Algérie et une autre
qui gère les affaires personnelles des chefs à l'intérieur et à l'extérieur
du pays moyennant des miettes que les chefs cèdent à leurs serviteurs "au
grès de leurs humeurs", surtout que la situation de manque à l'intérieur
même de l'ANP encouragent les uns et les autres à rechercher l'intérêt
personnel avant celui de la nation, et les chefs ont toujours donné l'
exemple à suivre.
Un des problèmes majeurs qui s'était dressé entre Saidi Fodil et Smain
Lamari était le dossier de coopération sécurité avec les autorités
françaises. Smain Lamari ne voulait surtout pas que l'on touche à sa chasse
gardée, et toute forme de correspondance avec le bureau militaire à Paris
(chef de l'antenne DDSE en Europe) devait passer d'abords par lui. Saidi
Fodil trouvait que Smain lui marchait sur ses plats de bandes. Ainsi cette
coopération avec les services français était la source de discorde
permanente surtout que Saidi Fodil n'était même pas mis au courant des
tenants et aboutissants de cette coopération qui avait pour lui un goût de
collaboration "version Vichy" surtout après les concessions faites par Smain
(en charge de la sécurité intérieure du pays) et Toufik concernant la
sécurité de l'ambassade et des consulats français en Algérie où plus de
trois cents militaires français (gendarme pour la plupart, anciens du groupe
du GIGN) avaient élu domicile à Alger, officiellement pour la protection des
Français en Algerie (comme avait été le cas au Tchad, et plus récemment au
Rwanda).
Les normes internationales ne tolèrent pas un nombre de militaires
armés, supérieur au nombre des doigts de la main, au sein des ambassades,
mais à Alger les choses étaient différentes; les questions de souveraineté
avaient été abandonnées au profit d'un intérêt à très court terme, surtout
après la prise d'otages de l'airbus de la compagnie francaise, Air France, à
Alger en décembre 94.
Plusieurs fois, pendant ou après une campagne d'arrestation d'islamistes
algériens en France par la DST, Smain (accompagné du colonel Farid et de
deux officiers) était le jour même à Paris, traitant les résultats de l'
opération avec son homologue français. Cela agaçait Saidi Fodil qui se
voyait doubler à l'extérieur et à l'intérieur du pays ; même ses plaintes
auprès de Zeroual étaient vaines ; Zeroual lui-même était gardé tout à fait
hors circuit, loin de ce qui se passait et de ce qui se tramait à l'ombre.
En définitif, Saidi Fodil avait fini par admettre que le pouvoir central qui
tirait toutes les ficelles, était entre les mains de Toufik et Smain, le
reste n'était qu'un décor pour servir les besoins des penseurs.
Le coup final était venu de l'affaire "JOBE"; dans cette affaire le chef
du BSS à l'ambassade d'Algerie à Genève en l'occurrence le commandant Samir
avait réussi (sous couvert d'un de ses amis algériens: Mohamed Hebri) à
recruter un policier suisse nommé Léon Jobé travaillant pour le compte des
services de sécurité intérieure Suisse (police fédérale Suisse) en charge de
la surveillance des islamistes algériens résidents en suisse et c'est ainsi
que Samir avait réussi à avoir une copie des dossiers des activistes
islamistes, ainsi que ceux d'autres sujets intéressants pour la DRS tel que
Hocine Ait Ahmed. Mais comme Jobe trouvait que les renseignements fournis
valaient plus que la centaine de milliers de francs suisses qu'il avait
reçu, vu leur importance pour le gouvernement algérien ; il était devenu
plus gourmand qu'il ne fallait et faisait chanter Mohamed Hebri; il avait
même commis la faute d'appeler le MDN et de demander à parler à Toufik.
c'est à la suite de cela que Toufik avait décidé de le griller au lieu
d'avoir un scandale avec les autorités suisses.
Saidi Fodil était fou de rage lorsqu' il apprit la nouvelle en décembre
94; il était responsable de cette bavure puisque Samir était organiquement
sous ses ordres. Ceci avait décidé Saidi Fodil à repartir à son corps
d'origine, à savoir le commandement état major ANP, et devant sa persistance
Zeroual n'avait trouvé autre alternative que de le nommer à la tête de la
4ème région militaire, son poste d'origine. A cette époque la lutte des
clans présidence-MDN commençait tout juste à produire ses premières
étincelles.
Une des conditions d'acceptation du poste de la magistrature suprême par
Zeroual était d'avoir les pleins pouvoirs afin d'agir en faveur d'une
solution politique de la crise algérienne (qu'il avait préparé suite à de
nombreuses visites faites aux chefs du FIS incarcérés à la prison militaire
de Blida, avec le soutien des autres courants de la classe politique), la
rectification de la constitution nationale pour consolider ses prérogatives,
la nomination de Mohamed Betchine comme ministre de la défense et la
constitution d'un comité de crise avec pour mission la réconciliation
nationale.
Zeroual, en fait, devait agir comme un vrai chef d'état selon l'accord
passé avec Nezar et Toufik, mais après son éléction tant attendue et qui l'
avait conforté dans son poste, Mohamed Lamari et Toufik ne pouvaient pas
prendre le risque de perdre leurs postes en acceptant la nomination de
Mohamed Betchine comme ministre de la défense par le nouveau président, c'
était le premier désaccord entre Zeroual et le gouvernement secret de l'
Algerie.
Dans le même état d'esprit, Zeroual avait essayé de faire passer par
force la nomination de son ami Saidi Fodil à la tête de la DCSA pour essayer
d'avoir pied dans la structure opaque de la DRS, mais dès la signature, au
debut du mois de Juin 96, du décret de nomination (qui était en fait un
arrêt de mort pour son ami Saidi Fodil), Smain Lamari envoya le 03 Juin 96
une équipe de son escadron de la mort à la 4ème région (region de Ouargla)
avec pour mission la liquidation de Saidi Fodil, et bien que sa voiture fut
du type blindé, une charge de forte puissance placée sous la voiture lui ôta
la vie sur une route droite et déserte le 04 Juin 1996; le maquillage en
accident de la route était parfait et le travail de l'équipe de Smain,
dépêchée par hélicoptère, accompli. Le message était très clair par rapport
à Zeroual qui voulait jouer au président. Une commission d'enquête désignée
par le président en personne devait faire toute la lumière sur les
circonstances du décès de Saidi Fodil, mais le travail n'a jamais été
effectué et le dossier mis aux oubliettes; Mohamed Lamari avait insisté pour
baptiser la promotion sortante de l'academie militaire inter-armes de
Cherchel, le 1er Juillet 96, promotion: Saidi Fodil.
Pire encore, à chaque fois que Zeroual voulait appliquer ce qui avait
été convenu avant les élections, il se voyait doubler et c'était par l'
intermédiaire de la presse qu'il l'apprenait.
Presque le même plan déjà suivi avec Boudiaf était appliqué avec Zeroual
,sauf que dans son cas, sa liquidation fut politique après lui avoir collé
des dizaines de milliers de victimes sur le dos. Ce même dos qu'il tournait
au peuple Algerien, sa peau étant, pour lui, bien plus chère.
La plupart des grands massacres furent systématiquement organisés et
planifiés, soit pour contrecarrer les efforts de paix de Zeroual, soit pour
ralentir les élans de Betchine qui en avait beaucoup sur le cour.
Saidi Fodil ne fut malheureusement pas le seul général qui à être écarté
de cette manière. En 1995, le général Boutighane Ali (l'ennemi farouche de
Mohamed Lamari, le chef d'etat major de l'ANP, à cause des méthodes
inhumaines utilisées par ce dernier dans la lutte anti-térroriste depuis sa
nomination à la tête du CCLAS), fut liquidé à cinq minutes de son bureau au
MDN, sur une route principale à dix heures du matin. Le général Boutighane
Ali entretenait d'étroites relations avec le général Hocine Benhadid qui fut
évincé avec plus d'une centaine d'officiers superieurs car ils constituaient
une menace pour le clan Lamari.
Quand Zeroual était nouveau à la tête de l'état en 1994, il voulait
avoir comme chef d'état major, un homme (un parent aussi) qu'il connaissait
bien, le général Tayeb Derradji qui était réputé au MDN pour son honnêteté
depuis son passage au service finances de l'ANP. Ce projet de nomination
(qui était très possible à l'arrivée de Zeroual de part la notoriété de son
poste de ministre) déchaîna la colère de Mohamed Lamari, qui demanda alors à
Toufik de trouver une solution. Smain Lamari le sous-directeur de la DRS
prit l'initiative de préparer la liquidation de Tayeb Derradji lors d'un
voyage de quelques jours que celui-ci fit à Paris (chez son neveu), à la fin
du mois d'octobre 94, en envoyant une équipe de tueurs pour faire le sale
boulot.
Toute l'opération fut minutieusement préparée par un certain S. Moustapha
alias sous-lieutenant Hafid qui fut rappelé à la dernière minute par Toufik.
En effet lorsque Mohamed Touati fut mis au courant de l'affaire, il exprima
sa farouche opposition, vu les relations qui reliaient Tayeb Derradji au
président d'une part et de la possibilité d'une révolte du clan chaoui à l'
interieur de l'ANP d'autre part. Tayeb Derradji venait d'echapper à un vrai
guet-apens. Le président Zeroual changea sa nomination plus tard au profit
du poste de commandant de la gendarmerie, aprés que Benabbes Gheziel ait
accepté de céder sa position moyenant une très importante somme d'argent (un
million de dollars, prime de fin de fonction), et un poste permanent de
conseiller au MDN.
Toufik avait fait de même avec son chef de la DREC (EX DRE), le général
Salim Benabdellah Alias Slim. Ancien officier pilote du président Chadli et
ex-responsable du corps du "GLAM", cet officier instruit qui fut aussi
pendant longtemps l'attaché militaire auprès de l'ambassade d'Algerie à
Washington, avait désapprouvé les méthodes de gestion du directeur de la
DRS. Les postes affectés à la DREC (Direction des Relations Exterieures et
de la Coopération) avaient toujours attisé les convoitises de Toufik qui les
distribuait à sa guise en forme de récompense à ses hommes de main qui en
profitaient pour se faire de l'argent (des miettes par rapport aux chefs),
au détriment des cadres qui devaient utiliser ces postes pour faire leur
travail. A plusieurs reprises le général Slim s'était accroché avec Toufik
et Smain concernant le travail. Il finit après une grave altercation avec
Smain et craignant pour sa vie, de peur qu'il ne lui arrive la même chose
que Saidi fodil, par abandonner son poste sans prévenir personne, au mois de
Juillet 96. Il s'envola à Washington où vivait toujours sa famille, en
laissant sa démission sur son bureau au siège du MDN. Le poste fut cédé
ensuite à un fidèle de Toufik, le jeune général S.Attafi.
Purification à la DRS:
Dans leur campagne de purification, les généraux Mohamed Mediene Alias
Toufik et Smain Lamari n'ont rien épargné, pas le moindre détail. Ils ont
mené une vraie opération de nettoyage à la manière fasciste en commençant
par l'intérieur même de la DRS.
Plusieurs officiers de très haut rang (dont certains issue du MALG) furent
invités par la voix administrative à faire valoir leur droit à la retraite
anticipée, sans préavis, et cela concernait les officiers qui avaient un
comportement religieux "selon certains", c'est à dire qui faisaient leurs
prières de manière régulière ou qui s'étaient rendu dans le passé à la
Mecque pour faire leur devoir de pèlerinage ou avaient exprimé le désir de
le faire, sachant que les listes des demandeurs de congé pour les lieux
saints étaient disponibles au service du personnel de la direction.
Une vraie chasse aux "sorcières" était engagée, et des cadres qui
faisaient dans le passé la fierté de la DCSM s'etaient retrouvés à cause de
leur appartenance présumée au courant islamiste, désignés comme des ennemies
potentiels du service et donc de la nation parce qu'ils pratiquaient leurs
devoirs religieux comme tout Algérien. En réalité leur vrai crime était
celui d'être restés honnêtes et profondément nationalistes avec un sens aigu
du devoir, sans adhérer aux vices (boisson, femmes, affaires illégales de
tout genre) qui étaient devenus les critères du bon militaire. Il est tout à
fait inimaginable de décrire ce que ces officiers (qui avaient donné leur
jeunesse au service de l'Algérie et qui avaient pour certains plus d'
ancienneté que Toufik et avaient occupé à un certain moment des fonctions
plus importantes au sein de la DCSM) avaient vécu, en fin de carrière leurs
vies furent brisées et leur honneur bafoué.
Concernant le cas des officiers qui s'étaient exprimés ouvertement, soit
en donnant leurs avis ou en dénonçant la politique du tout sécuritaire
adoptée par le commandement de l'armée et avaient osé traîner du pied
lorsqu'il s'agissait d'exécuter les ordres démoniaques de Toufik et Smain
(qui pouvaient aller jusqu'à la liquidation physique), Toufik avait opté
pour la méthode choc en intimant personnellement à Bachir Tertag (Directeur
du CPMI: centre opérationnel de la DCSA à Ben-Aknoun) l'ordre d'arrêter ces
officiers sous le motif classique devenu bien courant en ces temps:
"propagation de propos subversifs visant à porter atteinte aux institutions
de l'état".
Même si les personnes qui étaient dans la ligne de mire n'avaient aucune
relation avec le FIS, l'existence d'un parent même éloigné appartenant au
parti dissous, était un motif bien plus que suffisant pour les mettre hors
circuit, sous le chef d'inculpation :"relation avec une entreprise
terroriste ou non-dénonciation d'une entreprise terroriste ". Le but était
en fait de les casser et d'en faire des exclus et des traîtres.
Ces mesures très répressives et sans commune mesure avec les soi-disant
délits furent ordonnées par le directeur de la DRS et visaient plus
particulièrement les officiers pour en faire des exemples à ne pas suivre
parmi les esprits encore hésitants au sein de la boite (terme sous lequel
était dénommée la DRS) surtout pendant les premières années du conflit.
Toufik avait mis en ouvre une vraie machine de répression qui consommait
exclusivement des vies humaines, des militaires qui se voulaient humanistes
avant toute chose au service de la justice et du droit.
L'ensemble des effectifs des centres opérationnels fut passé au peigne
fin, et les nouveaux éléments furent triés sur le volet parmi les
opportunistes et les délinquants de tous bords ; il ne fallait absolument
pas qu'ils aient des diplômes universitaires; on ne voulait pas de personnes
capables de réfléchir; ce qu'il fallait de préférence, c'était des ex
sous-officiers promus pour la circonstance, des machines qui exécutent les
ordres, n'importe quels ordres.
C'est le CPMI (Sous le commandement du colonel Bachir Tartag alias
Atman) qui fut chargé par Toufik du dossier des militaires gênants qu'il
fallait absolument éliminer par n'importe quel moyen. Depuis la fin de l'
année 92, le nom de Bachir Tartag est devenu synonyme de peur, de terreur et
bien plus grave, ce nom incarne la mort, et la simple citation du centre de
Ben-Aknoun suffit à donner des frissons au plus aguerri des officiers; la
réputation que le commandant du CPMI a acquis lui a valu une place au
soleil: la postérité.
Quand un officier est arrêté (le plus souvent en plein jour et avec
beaucoup de tapage) au sein même de l'établissement militaire d'attache, le
chef du bureau de sécurité (officier de sécurité, détaché par la DRS dans
chaque structure militaire à travers le territoire) est chargé d'entretenir
un climat de peur et de suspicion qui rend la vie au sein des casernes,
invivable à cause de la perte de confiance, même entre de très proches amis.
Dès l'instant où un officier (quel que soit son grade) est sous les feux
croisés des services opérationnels et est pointé du doigt par l'officier de
sécurité de la caserne, il devient déjà un indésirable que le reste du
personnel militaire n'ose plus approcher et d'autant moins lui adresser la
parole. Tout le monde a peur d'être associé à cette personne coupable d'être
différente du moule sculpté par Toufik et Smain.
Cette stratégie de l'exemple à ne pas suivre est basée sur la moralité
du proverbe qui dit : "encore plus virulente que la peste, la peur se
transmet en un clin d'oil". A peine, arrêté, la famille de l'officier est
délestée de tous les avantages sociaux à commencer par le logement; des
dizaines de familles se sont retrouvées à la rue, le logement étant très
vite attribué au plus méritant. Dans plusieurs cas, des familles furent
obligées de sortir sans avoir le droit de prendre leurs affaires
personnelles.
Bachir Tartag a réussi à se construire une réputation des plus macabres,
et à trop vouloir satisfaire Toufik en faisant un peu trop de zèle, il a
fini par avoir presque autant de sang militaire sur les mains que tous les
groupes terroristes réunis. La bavure est admise surtout lorsqu'il s'agit de
liquider des témoins gênants ou des officiers à la conscience immaculée.
Jamais un officier du service opérationnel de la DRS n'a fait aussi long feu
au CPMI (centre principal militaire d'investigation).
Les résultats obtenus par Tartag ont toujours incité Toufik à demander
encore plus, jonglant avec les différents directeurs des services
opérationnels sur le terrain (le GIS, Groupe d'Intervention Spéciale,
commandé par le colonel Abdelkader Khemel, le Centre Antar, commandé à l'
époque par le colonel Farid et le CPMI, commandé par Tartag), Toufik faisait
figure de chef d'orchestre, et en jouant sur le principe sacro-saint du
cloisonnement, il n'hésitait pas à monter un service contre l'autre pour
inciter tout le monde à la concurrence et au surpassement.
Il est à la fois difficile et même insoutenable de décrire ce que des
officiers, sous-officiers de la république, des cadres militaires supérieurs
ont vécu dans les centres opérationnels tel que le CPMI. Mais par devoir de
justice, pour que leurs mémoires (pour ceux qui ont péri) soient respectées,
il convient de raconter leurs calvaires et leurs descentes aux enfers de
Tartag.
A l'arrestation, le sujet est introduit dans la voiture, sa tête est
placée entre ses jambes pour qu'il ne reconnaisse pas la destination ; une
fois arrivé au centre, la voiture est stationnée devant la porte de la
bâtisse qui sert de prison. Le sujet est descendu de la voiture et conduit à
l'intérieur avec une cagoule qui est enlevée une fois à l'intérieur. Il est
ensuite délesté de tous ses vêtements sous des regards humiliants, pour
mettre une combinaison militaire aux odeurs nauséabondes (du même modèle que
celle des mécaniciens mais de couleur verte), déjà utilisée par des dizaines
de victimes et entachée de sang. Généralement le nouvel arrivé est accueilli
par les cris et les supplices d'un autre détenu interrogé dans une des
salles réservées à cet usage. C'est le premier choc que reçoit la personne
arrêtée, qui devient à partir de ce moment, objet à tous les dépassements.
La suite des événements dépend du futur décidé par les chefs pour la
personne arrêtée, et suivant le cas une attitude bien spécifique est adoptée
par les hommes de Tartag chargés de mener l'interrogatoire, et si le sujet
jouit d'une recommandation supérieure, c'est Tartag en personne qui s'en
charge.
Schéma du batiment d'arrêt au CPMI (Ben-Aknoun)
Si la personne est condamnée à mort, les séances de torture commencent
immédiatement par des coups, et la combinaison n'est même pas nécessaire. Le
cas du commandant Mohamed Abbassa, un officier marin, est un exemple
typique. Arrêté au siège du MDN le matin du premier mercredi du mois de
janvier 94; il fut transporté au CPMI où il décéda deux jours plus tard.
Depuis le premier jour, ce fut Tartag en personne qui s'occupa de son cas;
le motif de l'arrestation: "suspicion d'appartenance à une entreprise
terroriste" (son nom avait surgi lors d'un précédent interrogatoire avec un
autre officier qui osait dire "non"), et c'est biensûr des noms que Tartag
voulait lui arracher, aidé par un autre officier du CPMI (lieutenant
Mohamed) qui prenait du plaisir à torturer des officiers supérieurs, gifles
et coups de manche à balai pour commencer. Il fut ensuite allongé tout nu
sur un sommier métallique et attaché par des sangles et arrosé d'un seau d'
eau. Le lieutenant Mohamed lui mis les électrodes aux pieds puis aux organes
génitaux, Tartag dirigeait l'opération et demandait la collaboration sous
peine de poursuites de la séance de vérité. A chaque fois que le courant
était branché, le lit en entier se déplaçait. Et ce qui rendait Tartag plus
nerveux était le silence et la résistance du commandant Abbassa. Et dans les
rares moments de répit, la seule réponse de Abbassa était "vous ne savez pas
ce que vous faites à l'Algérie, êtes vous seulement conscients ? ". Le
chalumeau, la manche à balai, les bouteilles, les fourchettes, toute la
panoplie de la torture fut employée par Tartag et son second, et à chaque
fois que le commandant Abassa perdait connaissance, Tartag devenait encore
plus furieux et le lieutenant tortionnaire était presque dans un état de
transe. Au soir de la deuxième journée, ce fut un corps méconnaissable,
enflé et brûlé, même au yeux, qui rendit l'âme en murmurant des mots à peine
audibles. La dépouille n'eut même pas droit à un enterrement correct.
Un nombre impressionnant d'hommes a péri dans des conditions atrocement
semblables, et à chaque fois les corps étaient jetés pendant la nuit dans la
rue comme des chiens que l'ont abat; ils avaient quand même droit à une
mention dans les colonnes des journaux du régime "un terroriste a été abattu
durant la nuit...". Devant ce spectacle de l'apocalypse, il faut dire que
les plus chanceux étaient ceux que le commandement avait décidé de liquider
par balle : comme c'était le cas du Docteur lieutenant-colonel Redouane
Sari, docteur en physique nucléaire et chef du programme nucléaire Algérien.
Il occupait aussi la fonction de conseiller spécial du ministre de la
défense Khaled Nezar depuis 1990 et s'opposait farouchement à l'arrêt du
processus électoral. En 93 Toufik et Smain avaient chargé une équipe de l'
escadron de la mort pour exécuter la tâche.
Un soir en rentrant chez lui à Bouzareah, du ministère de la défense, il
fut intercepté sur la route par l'équipe de l'escadron 192, à dix minutes de
sa demeure. Un travail propre, trois balles dans la tête et la mission était
accomplie. Ils n'avaient même pas pris la peine de prendre ses armes (un
Makarov et un Kalachnikov qu'il avait dans la malle de la Mazda bleu 626 du
MDN). Redouane Sari eut quand même droit aux honneurs militaires lors de son
enterrement, et de plus les terroristes qui avaient fait le coup furent
abattus selon la presse.
D'autres officiers ont eu un traitement très particulier, par des
éléments de l'équipe de Tartag qui se sont spécialisés dans le remodelage et
la rééducation. Casser les hommes est devenue leur mission, et pour casser
un homme ils ont trouvé la formule : arracher cette qualité qui fait d'un
homme, un homme, sa virilité, son honneur. En plus des castrations devenues
assez courantes, le viol des hommes est pratiqué comme un moyen de contrôle
et de soumission de certains durs aux yeux de Tartag. . Les éléments de l'
équipe de Tartag avaient accès à toutes les commodités et se permettaient
tout lors des arrestations, ils se servaient au passage de bijoux, d'argent,
voitures et ont pour la plupart, amassé de vraies fortunes.
Bien plus encore, quand une femme était au goût d'un des officiers en charge
de l'arrestation, il était bien simple pour lui de revenir et de l'arrêter
plus tard, même si elle était mariée, cela importait peu. Elle devenait
"après son kidnapping", une complice, une terroriste aussi, puisque arrêtée
sous le même chef d'inculpation que l'homme de la famille.
Des années durant et le même cycle infernal faisait grossir la liste des
fidèles un peu plus chaque jour. Des officiers cadres de la nation, des
docteurs d'état, médecins, professeurs, ingénieurs, techniciens que l'
Algérie avait formé au prix fort furent exécutés par des assassins, et
traités comme des déchets de l'institution militaire.
Les dépassements constituent encore un autre sujet que seules les
victimes rescapées ont le droit de raconter, par égards et par respect pour
leur dignité bafouée. Un dossier special sera consacré à ce sujet.
Il va sans dire aussi que le centre opérationnel "ANTAR" situé aussi à
Ben-Aknoun (côté parc Zoologique), et commandé par le colonel Farid, Sous la
tutelle directe de Smain Lamari, fut aussi le théatre d'horribles
évènements, puisqu'il est le repère de l'escadron de la mort et le berceau
du fameux "GIA".
l'Algérie Meurtrie:
Devant cette situation de désolation, qui a jeté le discrédit sur les
institutions de l'état algérien à commencer par son armée, des êtres sans
scrupules ont profité et profitent toujours de la situation qu'ils ont crée,
en se remplissant les poches ; l'économie de la guerre leur a permis de
multiplier leurs fortunes mais surtout de blanchir une masse d'argent
colossale, que les uns et les autres ont réinvesti dans la reprise de
sociétés et entreprises nationales coulées puis rachetées au dinar
symbolique. Les rares cadres qui se sont dressés pour éviter la catastrophe
se sont retrouvés grâce à l'agent "Ouyahiya" en prison. Le pillage à grande
échelle d'un peuple profondément meurtri a jeté le peuple algérien dans les
abîmes de la pauvreté, la famine et la dépendance. La société algérienne a
vu apparaître ces dernières années des maux extrêmement graves : de la
prostitution infantile pour un bout de pain, aux réseaux des dealers de
drogue qui sont protégés d'en haut pour aider la jeunesse algérienne à
oublier qu'elle a des droits sur ses dirigeants et sur son armée.
Aucune armée au monde n'est aussi fameuse pour les affaires de
corruption et d'enrichissement illicite que notre armée, et les individus
suivants, se sont tout permis; ils croient, pour l'on ne sait quelle raison
que l'Algérie est leur patrimoine personnel et qu'ils ont le droit de se la
départager:
* Général Larbi Belkheir:
Sa fortune s'estime à plusieurs centaines de millions de dollars. Il a
plusieurs biens immobiliers et fonciers en France, en Suisse, en Espagne, au
Maroc, aux Etats-Unis et au Canada. Le général Belkheir a spolié les biens
de l'état et du peuple algérien de trois façons. Quand il était secrétaire à
la présidence, il avait la responsabilité du budget de cette institution. La
deuxième source de sa rapine a été le projet Fiat que les Italiens ont
essayé de monter en Algérie depuis 1985, sans succès à ce jour. Belkheir a
touché d'immenses commissions pour ce projet. Son troisième cambriolage est
le projet de construction de l'oléoduc gazier, projet qui devait être
attribué à une compagnie nationale mais dont bénéfiçia une compagnie
italienne; Belkheir obtient une rente mensuelle astronomique.
* Le général Mohamed Lamari:
Il touche des commissions de marché des compagnies pharmaceutiques
françaises en Algérie. Il est l'ami et le partenaire de Mohamed Ait-Djeddou,
le magnat de l'importation pharmaceutique en Algérie. Une grande partie des
dizaines de millions de dollars qu'il a amassé vient en fait des contrats d'
armement passés avec l'Afrique du sud et la France en particulier, en plus
biensûr du pourcentage de la rente annuelle du pétrole.
* Général Khaled Nezzar:
Il a amassé sa fortune particulièrement lorsqu'il était ministre de la
défense. Il a des comptes bancaires en France, en Suisse et aux Etats-Unis.
Il possède de nombreuses villas à Alger, à Batna et à Constantine. Il
détient des biens immobiliers et fonciers dans plusieurs wilayas. Il possède
une villa aux Etats-Unis, achetée en 1992 avec l'argent du contribuable
algérien. Son fils, qui a le monopole d'importation de plusieurs produits
agro-alimentaires, a monté sa compagnie avec un prêt bancaire de la Banque
nationale d'Algérie avec un taux d'intérêt avoisinant le zéro et un délai de
paiement indéfini. Nezzar Junior s'est lancé dernièrement dans l'aviation
civile avec une compagnie aérienne privée.
* Général Mohamed Mediene:
Il a une fortune colossale dont l'estimation n'est pas connue. Il est le
principal actionnaire de la société sud-africaine de prospection d'or et de
diamant dans le Hoggar. Il s'est assuré une rente importante de plusieurs
multinationales de prospection pétrolière. Son homme de main qui supervise
ses affaires et gère ses richesses est M.Hanchi. Le fils aîné de Mediene
fait partie du conseil d'administration de Daweoo en Algérie et qui avec le
démantèlement partiel, perfide de l'ENIE, contrôle une partie importante du
marché d'importation de l'électronique, de l'électroménager et de la
voiture.
* Général Mohamed Betchine:
Sa fortune s'élève à plusieurs dizaines de millions de dollars. Il
possède des biens immobiliers immenses dans l'est algérien, mais aussi en
Syrie, en Tunisie, en Suisse et en France. Il est le principal importateur
et distributeur de sucre dans l'est algérien. Il contrôle une part
importante du marché d'importation d'autres produits agro-alimentaires. Il
possède plusieurs journaux et une maison d'édition. Il touche une rente
régulière des compagnies pétrolières américaines Anadarko et Arco. Il a
aussi touché des pots-de-vin dans les contrats de modernisation du système
de défense aérienne.
* Général Abdelmadjid Taghit:
Il est dans une alliance d'affaires avec son frère qui a dirigé la
Cosider. Il possède plusieurs biens immobiliers en Algérie. Il s'est enrichi
considérablement en revendant des boutiques à Riadh El Feth acquises à des
prix dérisoires.
* Général Mohamed Attailia:
Ex-chef de la 1ère région militaire, il est dans le brigandage des biens
de l'état depuis 1965. Il possède un hôtel, un restaurant et une boucherie
en France. Il possède aussi une usine de verrerie dans le midi de la France.
Il a de vastes biens immobiliers en Algérie et des biens fonciers à
Bouchaoui.
* Général Smain Lamari:
De part la sensibilité de son poste, il a réussi à monter un empire d'
import-export et la plupart des transactions se font à l'extérieur du pays.
En plus des biens achetés en France, il a eu de larges commissions sur les
contrats d'armement réalisés avec les Français (couverture radar de l'
ensemble du territoire). Avec des amis français, il reçoit en échange d'
ouverture du marché algérien de généreuses commissions à chaque marché et
assure aussi la protection des investisseurs. Sa fortune s'élève à plusieurs
dizaines de millions de dollars.
* Général Kamel Abderrahim:
Commandant en chef des forces terrestres jusqu'en 1989, il possède des
biens immobiliers en Algérie, ainsi qu'un restaurant et un hôtel en France.
Il possède une usine ultramoderne de fabrication de consommables pour les
hôpitaux à Ain Taya .
* Général Moustafa Belloucif:
Il s'est enrichi en s'accaparant les comptes bancaires du richissime
Zeggar évalués à plusieurs millions de dollars. Il s'est aussi enrichi par
la revente de biens de l'état achetés à des prix dérisoires. Il possède des
biens immobiliers très cotés à Alger et à Annaba.
* Général Mohamed Touati:
Son importance au sein la hiérarchie militaire lui a permis d'utiliser à
fond son influence et à recevoir en conséquence des commissions sur tous les
grands projets d'investissement ou de prospection des champs pétroliers dont
il assure la sécurité avec ses compagnies privées de protection moyennant un
pourcentage sur chaque puits. Il possède des biens immobiliers dans tout le
territoire national et de même en France et en Suisse. Sa fortune est de
plusieurs dizaines de millions de dollars.
* Général Mohamed Hartani:
Ancien directeur de l'hôpital central de l'armée à Alger, c'est en cette
qualité qu'il a amassé sa fortune. Il a touché d'immenses commissions de
marché de Siemens et d'autres compagnies de matériaux de construction. Il
est le représentant de Siemens en Algérie sous la couverture de son épouse.
Il a des biens immobiliers en Algérie, en suisse, en France et en Allemagne.
Il possède plusieurs commerces à Alger, à Constantine et à Annaba.
* Général BenAbbes Gheziel:
Il a amassé sa fortune, estimée à plusieurs millions de dollars, par les
pots-de-vin et les commissions de marché dans l'achat d'équipements pour la
Gendarmerie nationale, en particulier de la compagnie Beretta. Il a des
biens immobiliers et fonciers en Algérie et en France. Il rapine aussi dans
l'import-export.
* Général Mohamed Dib:
Ancien chef de la Garde républicaine, ce général discret a une fortune
estimée à plusieurs millions de dollars. Il a amassé sa fortune par la
restructuration de la Garde républicaine (commissions de marché lors de la
rénovation de son infrastructure et achat au prix symbolique et revente des
systèmes et matériels). Il possède des biens immobiliers et fonciers en
Algérie.
* Général Cherif Ouadani:
Spécialiste du pillage, sa fortune s'élève à plusieurs dizaines de
millions de dollars. Il possède des biens immobiliers dans les quartiers
chics de Paris, des propriétés luxueuses et des chevaux à Deauville. Il est
actionnaire à Peugeot dont il est le représentant en Algérie depuis 1990. Il
a de grands biens immobiliers à Alger et à Tlemcen. Il possède une usine de
confection de vêtements luxueux à Tlemcen. Il détient le monopole d'
importation du textile en Algérie.
* Colonel Hocine Senoussi:
Bras droit de Belkheir, ami de Chadli, il a amassé sa fortune immense
lors de la construction à Alger du monument Maqam Echahid. Il a touché des
commissions de marché sur ce projet qui a coûté près de 350 millions de
dollars au contribuable algérien. Il s'est aussi accaparé plusieurs magasins
du complexe commercial de Riadh El Feth qu'il a revendu au prix fort. Il
possède des biens immobiliers à Alger, à Oran et surtout à Tlemcen et
biensûr à l'étranger.
D'autres généraux tels que: Abdelmalek Guenaizia, Abdelhamid Djouadi, M.
Lakehal Ayat, Abdelmadjid Cherif, Mohamed Ghenim, Said Bey.etc. ont aussi
amassé des fortunes colossales, et la liste est malheureusement longue pour
le reste des militaires corrompus, indignes de porter les emblèmes de l'ANP.
Ce dossier de la corruption des chefs sera traité à l'avenir avec plus de
détails.
Il est vrai qu'après tous ces faits, il est difficile de se taire et d'
ignorer avec le silence "malgré tout complice", ces pratiques qui salissent
la réputation de notre armée et de notre pays.
Le Mouvement Algérien des Officiers Libres ne peut que condamner
fermement les pratiques criminelles des généraux et autres officiers
algériens, impliqués dans l'enrichissement illicite, et qui font durer le
deuil du peuple et plongent l'Algérie dans le chaos afin de favoriser leurs
opérations économiques et financières funestes.
Le Mouvement Algérien des Officiers Libres condamne également les
"hommes de main" des généraux criminels, qu'ils soient civils ou militaires,
qui veillent à la gestion de leurs affaires et à la fructification de leurs
fortunes mal acquises. Ces "commis-affairistes" ont autant de responsabilité
dans le pillage des richesses nationales que leurs mandataires galonnés.
Le Mouvement Algérien des Officiers Libres appelle tous les officiers et
sous-officiers, à tous les niveaux de la hiérarchie militaire, et l'ensemble
du peuple algérien à demander des comptes et à ne plus accepter cet état de
fait où le bradage de notre patrie se passe sous nos yeux et en plein jour.
Le Mouvement Algérien des Officiers Libres tient à préciser à ceux qui
disent que nous entachons l'image de l'armée par nos révélations, que le
peuple algérien a le droit de connaître la vérité, il a aussi le droit de
savoir que les vrais responsables de la faillite de l'Algérie sont ceux qui
ont assassiné le président Mohamed Boudiaf, Kasdi Merbah, Saidi Fodil, Ali
Boutiguene, Redouane Sari,.... ,tous les fidèles, Pr. Boucebsi, Tahar
Djaout,....,et le peuple Algérien.
Le Mouvement Algérien des Officiers Libres affirme qu'il reste encore des
hommes jaloux et fiers au sein de l'ANP qu'ils défendent et protègent au
prix de leurs vies.
Le Mouvement Algérien des Officiers Libres lutte pour que l'armée nationale
populaire retrouve sa fierté et son honneur d'antan et que vive l'Algérie.