Par Hamidou B.
Ahmed Mahsas, personnalité historique de la révolution algérienne, revient
dans la deuxième partie de l'entretien accordé au quotidien arabophone El
Youm, dans son édition d'hier, sur certaines péripéties de la Révolution,
des hommes et des périodes de l'histoire poste-indépendance de l'Algérie.
Mahsas révèlera qu'Abane Ramdane a dépêché un groupe pour l'assassiner à
Tunis en 1956 en précisant, sur un autre plan, qu'il était chargé de
protéger toutes les personnalités algériennes que des responsables de l'
intérieur devaient assassiner.
Responsable à cette époque de l'acheminement des armes et de la sécurité de
la Révolution (Egypte-Tunisie-Libye), il dira : «Je me suis opposé au plan
des liquidations, comme j'étais contre la liquidation des frères sous
prétexte qu'ils étaient des traîtres et ont rejoint en retard la
Révolution.» Il accusera les moudjahidine de l'intérieur «qui ont perdu
toute confiance en n'importe quel homme politique à cause des conflits à l'
intérieur du PPA-MTLD». Revenant sur le congrès de la Soummam, le dirigeant
historique de la Révolution algérienne soulignera qu'une minorité a
participé à ce congrès en précisant que seules étaient présentes la wilaya
III (la Kabylie), la wilaya II (Constantinois) et une fausse représentation
de la wilaya IV. La wilaya V, la wilaya I, la Fédération de France et les
dirigeants de la Révolution à l'extérieur étaient absents à ce conclave.
«Ce congrès s'est tenu entre cinq ou six personnes qui avaient la décision
entre les mains. J'ai un enregistrement dans lequel Bentobal parle des
débats Abane nous demandait de signer des documents à la rédaction desquels
nous n'avions pas pris part». Mahsas dira que c'est pour cette raison qu'
Abane a commis une erreur en organisant le congrès en Kabylie. Il fera
remarquer que «ce congrès est une fabrication des médias du colonialisme
français qui l'ont amplifié en considérant qu'Abane Ramdane était l'
architecte de la Révolution, alors qu'il se trouvait en prison en 1955 et qu
'il n'était même pas au courant du déclenchement de la Révolution de 1954.
Mahsas indiquera qu'il avait envoyé une lettre à Abane, après le congrès de
la Soummam, dans laquelle il lui signifiait que les compagnons qui étaient
contre la tenue de ce congrès et lui-même ont été mis devant le fait
accompli. Dans cette même lettre, Mahsas dira qu'il avait recommandé à Abane
de ne pas publier les documents de la Soummam, ce qu'Abane s'empressa de
publier, selon Mahsas. «La réponse d'Abane à cette lettre était l'envoi à
Tunis d'un groupe pour m'assassiner», révèlera Mahsas.
Dans ce même contexte, Mahsas parlera du détournement de l'avion qui
transportait les cinq dirigeants de la Révolution (Ben Bella, Aït Ahmed,
Boudiaf, Khider, Bitat et Lachraf) en précisant que ce détournement s'est
produit en même temps que le trio qui a attaqué l'Egypte et ce, pour
liquider la tendance arabo-islamique de la Révolution, «en laissant tout le
poids à la tendance du congrès de la Soummam». «C'est ce qui s'est
exactement passé et tout historien arrivera à ce constat», précisera Mahsas
qui soulignera, un peu plus loin, que Ferhat Abbas et certains laïcs - comme
Abane Ramdane - même s'ils étaient nationalistes, ne croyaient pas en une
Algérie islamique. «Ils ne croyaient pas en la profondeur arabo-islamique de
la Révolution algérienne», dira-t-il. Pour ce qui de l'assassinat d'Abane qu
'il ne considère pas comme un génie, Mahsas soulignera que c'est ce dernier
qui avait programmé sa fin dans la mesure où après la Bataille d'Alger, il
ne lui restait aucun pouvoir.
«Il avait perdu tout moyen de sa politique en tentant en vain de diriger
Bentobal, Boussouf et Krim Belkacem qui ont senti le danger, préparé un
dossier sur lui puis liquidé». A propos de l'ancien président de la
République, Ahmed Ben Bella, Mahsas affirme que ce dernier a révélé les
secrets de l'Organisation paramilitaire (OS) avant qu'il ne soit torturé.
H. B.
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