24 Avril 1955 :
Le gouvernement décide de regrouper le Constantinois sous un
commandement unique.
24 Avril 1956 :
Trois prêtres ouvriers expulsés de Bône, et de Constantine pour aide
portée aux rebelles.
Le préfet quitte la salle de réunion du conseil général d'Alger, à la
suite d'une intervention musclée du président, qui met en cause la
mollesse de la répression.
La terreur continue dans les villages qui ne se sont pas ralliés au
FLN, 70 personnes (au moins, car souvent ces meurtres ne sont pas
reportés) ont été égorgées en Kabylie.
24 Avril 1957 :
Rien
24 Avril 1958 :
Une femme tuée à la hache dans sa ferme.(A Mascara).
Un autre agriculteur aussi, avec sa propre faux dont il se servait
pour faucher un champs.
24 Avril 1.959 :
Le village Fontaine-des-Gazelles entièrement musulman, manifeste
unanimement pour demander des armes et un poste militaire, de façon à
empêcher les rebelles à continuer à prélever l'impôt révolutionnaire.
De Gaulle gracie trente terroristes condamnés à mort.
Lagaillarde, député d'Alger, s'élève contre la politique des
gaullistes en algérie.
24 Avril 1.960 :
Le général Challe, rageur, quitte l'algérie et son commandement en
chef, pour rejoindre le commandement Centre Europe de l'OTAN. il n'a
été averti que quelques jours auparavant de cette promotion fabuleuse
et a demandé trois mois pour terminer ls négociations avec Si Salah et
la rébellion intérieure, et le nettoyage des bandes armées F.L.N.,
les Aurès n'ayant pas encore subi le rouleau compresseur du plan
Challe.
Debré vient à Alger spécialement pour le convaincre, muni d'une grande
croix de la légion d'honneur. Challe refuse. Alors de Gaulle téléphone
personnellement et se fait charmeur. Challe accepte enfin.
Son successeur, Crepin, celui-là même qui avait donné l'ordre de
prendre les barricades d'assaut en février, annule les opérations
prévues dans les Aurès, et ne sait rien de la négociation Si Salah.
24 Avril 1961 :
Plastic à Orly, un mort, deux blessés.
Gare d'Orsay, 4 blessés.
Gare de Lyon, 5 blessés.
Mollet pour les socialistes, Schuman pour les chrétiens, Bergerac
apportent leur soutien à de Gaulle, contre les " factieux. "
Son téléphone surveillé depuis des mois, son appartement surveillé
ostensiblement par la police, averti qu'il ne va pas tarder à être
arrêté, Soustelle s'échappe dans la voiture d'une voisine, camouflée
sous une couverture à l'arrière, et gagne la Suisse. Sauf une brève
interview en 62, Soustelle ne retrouvera la France qu'en 68.
Pour revenir sur les motivations du mouvement du 22 Avril 1.961, et
particulièrement celles de Challe, voici l'opinion de l'excellente
revue "Veritas" qui se consacre à l'histoire de cette période:
Il y a 40 ans, le 21 avril 1961, le Général Challe, ancien Commandant
en Chef des forces françaises en Algérie (de novembre 1958 à avril
1960) prenait la tête d'un mouvement insurrectionnel à Alger avec les
Généraux Salan, Zeller, Gardy et Jouhaud.
Le caractère tragique de la destinée du Général Challe, homme de haute
valeur morale, combattant authentique de la résistance, arrivé aux
plus hauts grades par son seul mérite et qui fera preuve d'une
abnégation totale dans l'épreuve, le fera jouer de malheur en se
trouvant continuellement en porte-à-faux avec tous les acteurs de la
tragédie algérienne.
Dans son livre" NOTRE REVOLTE" écrit, en grande partie, en prison,
Maurice Challe décrit une scène qui se passe au moment des Barricades
d'Alger en janvier 1960.
L'organisation mise sur pied par Joseph Ortiz, soutenue par les unités
territoriales du Colonel Sapin-Lignières, s'est retranchée, en pleine
ville, après l'échauffourée violente et meurtrière, manigancée par les
gaullistes, qui les a opposés aux gendarmes et aux C.R.S. du Colonel
Debrosse.
Devenu très populaire par ses manières simples et franches et surtout
par le grand succès de sa stratégie - plan Challe - qui, en 1959, a
pratiquement vaincu toute la rébellion sur le terrain, le Général
refuse, de réduire les barricades par la force. Parfaitement en accord
avec le Gouvernement, sa position est claire: Il combat pour une
algérie française. Cependant, il est un peu troublé par le discours
d'autodétermination du 16 septembre précédent et par le renvoi brusque
de Massu "congédié comme un trompette", dit-il, par De Gaulle.
Alors le Général Challe raconte son entrevue avec le Général Ely, Chef
de l'état-major des Armées, envoyé par De Gaulle: "Le Général De
Gaulle est notre seule chance - affirme Ely- sa retraite entraînerait
la perte de l'Algérie. Celle-ci doit rester française! "
Challe se remémore aussi le message écrit de Michel Debré: "La
politique de la France a été clairement définie. Elle seule peut
assurer le maintien de l'autorité française en Algérie".
Tout cela concorde avec ce qu'assurait quelque temps avant cette
explosion de colère, Paul Delouvrier, Ministre résidant, à Mostaganem,
le 30 décembre 1959 : "Je viens de rappeler que nous combattons pour
la France, l'Occident et la liberté, cela veut dire que nous
combattons pour une Algérie française. (Montagnon - La France
Coloniale - Pygmalion 1990- page 399.)
Le 29 janvier 1960, de surcroît, De Gaulle prend la parole. Va-t-il
encore s'exprimer en "charades et rébus", ce qui intrigue les uns et
affole les autres. Non, pour une fois, le langage est clair: "Français
d'Algérie, comment pouvez-vous écouter les menteurs qui vous disent
que De Gaulle et la France, en donnant le libre choix aux
Algériens, veulent vous abandonner, se retirer d'Algérie et la livrer
à la rébellion ?" .
Et s'adressant à l'Armée: " Vous avez à liquider la force rebelle qui
veut chasser la France d'Algérie et faire régner sur ce pays sa
dictature de misère et de stérilité. (Discours et Messages de Charles
De Gaulle Plon 1970- page 164 et J.O. du 30.01.1960) Tout est dit et
tout est clair !
En somme, de Gaulle s'indignait que les Français d'Algérie puissent le
suspecter de faire ce que justement il s'apprêtait à faire et qu'il
fera exactement jusqu'au bout. Aujourd'hui, nous pouvons apprécier à
sa juste valeur la duplicité de Charles De Gaulle et de ses sbires qui
mentaient aussi effrontément, sur ordre, car à cette date le Chef de
l'état avait déjà décidé de rejeter l'Algérie vers ses antiques
malédictions ( c'est lui-même qui l'avoue dans ses "Mémoires
d'espoir"). Ce fut là une des plus belles journées de dupe ! La
fourberie qui y fut déployée, le mépris des hommes qui y fut manifesté
et les drames qui s'ensuivirent offrent peu d'exemples aussi indignes
et aussi révoltants dans toute l'Histoire de France.
Et voilà l'honnête, le fidèle Général Challe, cet homme droit, intègre
et loyal, tiraillé entre sa fidélité à Charles De Gaulle qui ne s'est
jamais démentie dans le passé et son angoisse devant le pire qu'il
appréhende et qu'il pressent vaguement, trop vaguement encore. ..
Hélas! Joseph Ortiz, Michel Sapin-Lignières, Pierre Lagaillarde et
leurs compagnons des Barricades l'ont, eux, parfaitement compris. Ils
savent que De Gaulle va se parjurer et aller jusqu'au crime en
abandonnant les quinze départements français d'Algérie et leurs
populations innocentes aux mains des terroristes du F.L.N. Ils ont
beau l'expliquer, le clamer et accepter spontanément de mourir pour en
faire la preuve, ils ne peuvent convaincre Challe qui refuse de croire
une telle ignominie. Le vrai drame s'est joué à cause de l'incrédulité
pendant ces journées- là !
Sceptique, Maurice Challe choisit de basculer du côté de la discipline
et fit démanteler les Barricades - certes, sans effusion de sang -
laissant arrêter ses principaux organisateurs, dissoudre les Unités
Territoriales, muter, bientôt, les meilleurs officiers.
" Non, De Gaulle ne peut mentir à ce point! " Challe relate dans
"Notre révolte" son impression d'alors. Il ne peut pas croire, il ne
peut même pas concevoir une telle forfaiture! Quinze mois plus tard,
le malheureux devait détruire de ses mains toutes les chances qui lui
seraient restées de réussir lors du mouvement insurrectionnel des
Généraux, le 21 avri1 1961. Voyant qu'une grande partie de l'Armée ne
suivait pas, il choisit de se rendre, tout en étant persuadé qu'il
serait condamné à mort et fusillé. L'échec lamentable de ce putsch
dans lequel de prestigieux officiers avaient englouti, volontairement,
leur vie, leur carrière, leurs biens, leurs familles pour ne conserver
que l'honneur et le respect de la parole donnée, André Rossfelder l'a
parfaitement résumé: " Avec l'Armée, nous, civils algérois, étions des
patriotes en mai 1958. Sans elle, aux Barricades, nous devenions des
factieux, mais sans les civils, la révolte de Challe n 'était plus
qu'une junte".
Sur l'attitude décevante de la majorité des cadres, Hélie de Saint
Marc, qui fut le premier bras séculier de la révolte, exprime, dans
son dernier livre, " Les Sentinelles du Soir" (Prix VERITAS 2000) un
jugement sévère: "L'injustice du monde doit beaucoup à l'incertitude
de ces êtres flottants qui agissent comme des bouchons de liège au gré
des Courants : je me souviens, la nausée aux lèvres, de ces hommes
qui auraient été pour si la révolte militaire avait atteint son but et
qui furent si farouchement contre parce qu'elle avait échouée."
Quelles qu'aient pu être les erreurs de Challe dans cette malheureuse
aventure, il avait choisi les voies de l'honneur avant de capituler
par crainte de voir couler le sang français. VERITAS rend hommage à
son désintéressement, à la noblesse de son attitude qui lui fit
rejeter, tout comme le Général Zeller, le sordide marchandage suggéré
en sous-main par l'ignoble Edmond Michelet: Aveu de culpabilité contre
clémence !
Toute la noblesse du Général Maurice Challe s'exprima dans cette
déclaration qu'il fit devant le Tribunal: "Il n 'y a pas de loi au
monde qui puisse obliger un homme à faire du parjure son pain
quotidien ! "
Face à de tels hommes, que pèsent des Joxe, des Messmer, des Morin ou
des Delouvrier, au gaullisme alimentaire, fidèles à la main
nourricière plutôt qu'à la parole donnée et qui firent tous preuve de
"cette médiocrité qui ne s'imite pas" ?
Rappelons les paroles du général de Pouilly au procès : "Obéissant,
j'ai choisi, avec la nation française la honte d'un abandon, et pour
ceux qui, n'ayant pu supporter cette honte, se sont révoltés contre
elle, l'histoire dira sans doute que leur crime est moins grand que le
nôtre".
On voit que VERITAS met sur le compte du remords la prise de
responsabilité de Challe à la place de Massu, défaillant. C'est une
explication convaincante.
Ce fût, tout au long de cette période un phénomène extraordinaire de
voir les gens se détacher du général de Gaulle au fur et à mesure que
la réalité de ses intentions se précisait et être ainsi réduits par
petits paquets.
Qu'il reste encore du monde pour admirer ces mensonges permanents
aboutissant au génocide des partisans de la france et d'autres partis
que le F.L.N., à la main mise d'une minuscule oligarchie sur un grand
pays, aux massacres subséquents, reste un sujet d'étonnement.
Que les complices de ces ignominies tentent désespérément de se
justifier en ajoutant mensonges et palinodies ignobles à celles du
général est bien plus compréhensible.
Le soir, la foule d'Alger en délire qui attend depuis le matin une
intervention des généraux écoute avec émotion Challe lui dire " nous
sommes venus pour vaincre ou mourir avec vous ", délire.
La situation est de plus en plus confuse en algérie, les généraux
changent d'opinion plusieurs fois par jour, certains perdent leur
contrôle.
A La Calle le 14ème bataillon de chasseur alpin arrête ses officiers.
Ordonnance du gouvernement, destinée à lutter contre l'O.A.S., prise
avec l'accord de toutes les grandes consciences. Elle étend le champs
d'application des internements administratifs, et porte de 5 à 15 le
nombre de jours de garde à vue.
24 Avril 1.962 :
20 morts, 12 blessés.
A Bou Alam, l'armée fait du zèle et recherche ses harkis enlevés (en
contradiction flagrante avec les instructions en vigueur). Elle n'en
retrouve que 7, tous la tête écrasée par des pierres. Le premier Mai,
elle en trouvera une dizaine d'autres dans le même état.
Fouchet explique une fois de plus par radio que l'armée protégera les
pieds noirs, il leur suffit d'ouvrir les yeux pour voir la vérité, ce
discours est destiné à donner bonne conscience aux journalistes qui
eux aussi pourraient ouvrir un peu les yeux, et verraient la vérité de
la rue, pas celle de Fouchet. Il est vrai qu'ils quittent peu le bar
de l'Aletti.
A Oran, la gendarmerie livre à l'O.A.S. le sinistre Si Attou Il est
exécuté immédiatement, ce qui n'empêche pas le F.L.N. de lui faire
porter le chapeau du massacre du 5 juillet (plus de 3000 morts pieds
noirs assassinés au faciès) et d'annoncer son exécution par l'A.L.N. "
au cours d'une tentative d'évasion lors de son arrestation ".
Farès à Paris demande des sous.
Ben Bella, à Tunis annonce (pour rassurer ses copains du Monde et
autres journaux qui commencent à ouvrir les yeux) " nous sommes décidé
à appliquer loyalement les accords d'évian ".
Soulagement à Paris, qui craignait d'avoir à manger son chapeau
jusqu'au ruban.
UBU
La fraternité n'est une et universelle que dans les dogmes ou
les nuages. Dans le monde sensible il en est de toutes sortes.
Jacques Perret.