Lés Juifs algériens, dit M. Reclus, ont été naturalisés en bloc, par
décret, pendant que nous
luttions contre les hordes disciplinées du peuple évangélique. Ils ne
l'avaient pas certes
mérité, occupés qu'ils étaient uniquement de banque, de commerce, de
courtage, de
colportage et d'usure ; nul d'entre eux ne tient la charrue, n'arrose
les jardins ou ne taille les
vignes, et il y a très peu d'hommes de métiers parmi ces arrières
neveux du supplanteur
d'Esaü.
Aucun n'avait péri dans nos rangs, sous les boulets du Nord, comme ces
Berbères, ces
Arabes, ces nègres, qui furent parmi les héros de Reichshoffen; et
s'ils n’ont point défendu
l'Algérie contre nous, de 1830 à 1871, ils ne la défendront pas non
plus contre nos ennemis.
Ces Juifs s'étaient-ils au moins recommandés par leur amour pour la
France`? Ils s'étaient
bornés, selon leur coutume, à gagner de l'argent dans les deux camps.
« Au commencement de la conquête, dit le capitaine
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Villot, ils servaient d'espions tour à tour pour les Français et pour
El Hadj Abd-El-Kader, se
tenant dans une attitude habituellement neutre, jusqu'à ce que la
fortune se fût décidée en
notre faveur. »
Tandis que les Arabes se battaient pour nous, les Juifs, au contraire,
applaudissaient à nos
défaites avec le plus indécent cynisme. Le capitaine Villot a raconté
les scènes qui se
passèrent à Constantine à la nouvelle du désastre de Sedan. Toute
cette population
cosmopolite, « réellement ivre de joie, » trépignait de bonheur et se
livrait dans les rues à des
danses ignobles. Il y eut cependant un détail touchant. On avait jeté
sur le pavé le buste de
l'Empereur; quelques indigènes en ramassèrent les débris et les
emportèrent. N'est-ce pas
émouvant, ce souverain qui a possédé le plus bel empire de la terre et
qui n'a plus pour
fidèles que quelques Arabes, qui se souviennent que ce vaincu est venu
jadis leur rendre
visite dans tout l'éclat de sa puissance, qu'il s'est intéressé à eux,
qu'il a empêché leur
dépossession?
Les Juifs ne manifestèrent leur dévouement à la France qu'en se ruant,
avec des Espagnols et
des Maltais, sur le malheureux général Walsin-Esterhazy qui, souffrant
encore d'une blessure
et incapable de se défendre, fut accablé de mauvais traitements, roué
de coups et obligé de se
rembarquer (1).