Depuis 2022, on observe une montée des exportations de drones de la Thaïlande vers la Russie qui a attiré l’attention internationale. Ce phénomène s’est amplifié avec la guerre en Ukraine, lancée par une offensive à grande échelle du président russe Vladimir Poutine. Dans ce cadre, Moscou cherche des partenaires pour soutenir son effort militaire, ce qui pose la question d’un rôle potentiel de l’Asie du Sud-Est pour contourner les sanctions occidentales.
Au cœur de ce dispositif se trouve Bangkok, où la société Skyhub Technologies, installée dans un bureau discret du quartier des affaires, tient une place centrale. Cette entreprise est le deuxième plus grand importateur de drones chinois en Thaïlande. Selon le magazine Geo, les drones russes et leurs composants arrivent de Pékin puis transitent par la Thaïlande. Une grande partie d’entre eux est ensuite réexportée légalement vers Moscou, qui est une destination clé de ce commerce.
Skyhub Technologies n’est pas la seule impliquée. China Thai Corp., qui avait connu une forte croissance, a été sanctionnée par le Royaume-Uni en 2025 pour son soutien à l’effort militaire russe. L’Union européenne, de son côté, a aussi pris des mesures similaires contre deux entreprises basées en Thaïlande.
Les drones civils, notamment les modèles à vue à la première personne (FPV), fabriqués en Chine, sont au cœur de ces échanges grâce à leurs composants chinois. Cette technologie est plébiscitée pour sa polyvalence, et illustre l’importance des composants dits « à double usage ». Environ 80 % de ces composants viennent de Chine, qui domine le marché mondial des véhicules aériens sans pilote à hauteur de 70-90 %.
Selon Maria Shagina, chercheuse à l’Institut international d’études stratégiques, l’Asie du Sud-Est est une « région à surveiller » pour les méthodes de contournement des sanctions. Passer par des pays tiers et des sociétés écrans reste une stratégie efficace pour maintenir l’accès à des produits restreints. Les États-Unis, même s’ils sont conscients de la situation, ont refusé de commenter directement la légalité des échanges via la Thaïlande.
Les flux commerciaux entre la Thaïlande, la Chine et la Russie ont fortement augmenté. Sur onze mois jusqu’à fin novembre 2025, la Thaïlande a importé 171,12 M€ de produits de Chine et en a réexporté 125 M€ vers la Russie, soit 88 % des exportations thaïlandaises dans ce secteur. Ces échanges, quasi inexistants en 2022, montrent un rapprochement économique net entre Bangkok et Moscou.
Les autorités thaïlandaises décrivent ces opérations comme parfaitement légales. Le directeur général du département des douanes thaïlandais, Phantong Loykulnanta, affirme que « les autorités thaïlandaises respectent la réglementation », tout en précisant qu’une loi doit d’abord être mise en place pour d’éventuels ajustements.
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