Affrontements Thaïlande-Cambodge, l’échec de l’intégration ASEAN

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samlot chit

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Jan 27, 2026, 4:03:20 AM (9 days ago) Jan 27
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Affrontements Thaïlande-Cambodge, l’échec de l’intégration ASEAN

26 janvierpar Pablo Salvary-Gassilloud:https://www.taurillon.org/affrontements-thailande-cambodge-l-echec-de-l-integration-asean

Affrontements Thaïlande-Cambodge, l'échec de l'intégration ASEAN
Montage photo à partir du drapeau du Cambodge (© GoodFon) et du drapeau de la Thaïlande (©Needpix.com)

Depuis début janvier le cessez-le-feu provisoire à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande est régulièrement remis en cause par des incidents militaires. Ce conflit témoigne d’une incapacité propre à l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est ou ASEAN à construire une coopération stable entre ses membres. L’intégration régionale introduite dans cette alliance économique fortement inspirée du modèle européen semble avoir atteint ses limites ces dernières années. L’ASEAN va-t-elle échouer là où l’UE a prouvé la réussite de son processus d’intégration régionale ?

Le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge crée plus d’instabilité en Asie du Sud-Est.

Depuis le 7 décembre 2025, les tensions entre la Thaïlande et le Cambodge concernant leur conflit frontalier autour de la partie centre-nord du Cambodge se sont intensifiées en escarmouches militaires. Des tirs de mortiers et affrontements terrestres entre soldats en parallèle de frappes aériennes visant des infrastructures stratégiques comme des ponts et usines ont dépeint une violence accrue durant le mois de décembre. Des victimes, plus d’une centaine de soldats et civils, ainsi que des déplacements de population, un total dépassant les 500 000 personnes, ont été signalés des deux côtés. Même si le président américain Donald Trump avait annoncé un accord de cessez-le-feu prenant effet samedi 13 décembre, celui-ci s’est révélé inefficace. Les hostilités ont continué jusqu’au 27 décembre, lorsque les deux pays ont conclu une trêve supervisée par la Chine, depuis fragilisée par des incidents “accidentels” militaires comme des tirs au mortier.

Bien que récemment ravivé, ce conflit post-colonial remonte à l’indépendance du Cambodge voyant la France se retirer en 1953. Lors du processus de définition des frontières, la Thaïlande et le Cambodge ont revendiqué la zone environnante du temple de Preah Vihear, qui s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres. Depuis 1962, la Cour internationale de Justice a, à plusieurs reprises, statué en faveur du Cambodge contre une forte désapprobation thaïlandaise. Cependant, le début du 21e siècle a montré l’émergence de quelques confrontations et disputes militaires à petite échelle. L’année 2025, elle, se caractérise par une plus grande récurrence de conflits armés sur une seule et même année. Ce conflit entre deux États majeurs de l’ASEAN renforce l’instabilité politique et diplomatique dans la région. Celui-ci vient s’additionner à la guerre civile en Birmanie, depuis 2021, qui affecte particulièrement les relations du pays avec ses homologues asiatiques, et aux émeutes indonésiennes de 2025 qui ont particulièrement déstabilisé l’un des acteurs régionaux les plus conséquents. Le climat international en Asie du Sud-Est n’est donc pas enclin à la coopération internationale, engendrant un considérable ralentissement des décisions et avancements de l’ASEAN.

Le modèle d’intégration européenne ne s’importe pas, l’ASEAN échoue à promouvoir l’intégration régionale.

Le conflit Thaïlande-Cambodge est un parfait exemple des différends qui empêchent l’ASEAN de franchir l’étape du marché unique. Le succès du système européen est une inspiration pour nombre d’organisations économiques notamment pour le MERCOSUR, le bloc commercial d’Amérique du Nord (ACEUM), et l’ASEAN. L’union européenne est un modèle d’intégration économique régionale, le seul existant à ce jour qui ait réussi à pousser l’intégration vers une monnaie commune et un véritable marché unique. Mais l’avancée de l’ASEAN, pour ne pas parler du MERCOSUR, est incomparable à celle de l’UE, et le chemin vers une intégration plus complète est semé d’embûches. En effet, l’organisation rencontre de nombreux problèmes qui s’additionnent aux récents conflits armés. Les échanges commerciaux restent bas intra-bloc avec une corruption importante au niveau national, des intérêts étatiques divergents et une incapacité à s’entendre sur les objectifs climatiques régionaux.

Mais les pays d’Asie du Sud-Est (Thaïlande, Cambodge, Indonésie, Philippines, Laos, Singapour, Malaisie, Vietnam, Birmanie) ne partent pas sur les mêmes bases historiques que l’UE. Là où une Europe détruite par la Seconde Guerre mondiale formait un terreau fertile pour la création de l’UE, ces pays ont, peu avant la création de l’ASEAN en 1967, été libérés de la domination coloniale de l’occident. Cela se traduit par l’implication réduite des pays membres qui refusent tous d’abandonner une partie de leur jeune souveraineté pour créer une entité contraignante. Cette volonté de rester indépendant prend encore plus de sens dans un environnement où les conflits frontaliers subsistent et les partenaires économiques sont instables. Une autre importante différence avec l’UE est la non-existence du critère démocratique ; il n’existe pas d’obligation démocratique pour les pays membres et cela se ressent particulièrement dans l’instabilité de l’ASEAN.

Les membres de l’ASEAN sauront-ils trouver la bonne approche pour assurer l’avenir de l’organisation régionale.

Le non-respect du cessez-le-feu du 13 décembre démontre que l’approche diplomatique occidentale - et en particulier la position de Donald Trump - est inefficace pour tenter de résoudre ces problèmes régionaux en Asie du Sud-Est. La situation, les intérêts et le cadre socioculturel des nations asiatiques diffèrent largement de l’occident, il en est de même pour la résolution des conflits. Cet échec souligne en outre la nécessité pour les pays voisins du Cambodge et de la Thaïlande de s’impliquer dans la création d’un cadre régional de conciliation dont l’ASEAN est potentiellement la clé.

L’UE l’a prouvé, une intégration régionale réussie amène une paix stable entre les membres d’une organisation économique grâce à l’interdépendance entre chacun d’eux et l’existence d’une entité supranationale. Il est donc possible d’espérer que l’ASEAN puisse maintenir la paix si tant est que de nouveaux caps d’intégration économique soient franchis dans les prochaines années. Seulement, ce modèle propre aux européens n’est certainement pas adapté aux réalités de terrains de l’Asie du Sud Est, et l’UE ne peut se positionner qu’en consultant pouvant témoigner de son expérience plutôt qu’essayer d’exporter ce modèle. Au vu de ces tensions récentes, tous les yeux de la scène internationale sont désormais rivés sur le futur 48e sommet de l’ASEAN, organisé par les Philippines en cette année 2026.

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