Une conférence le 10 avril,
17h30-19h30 : "Islam, justice
sociale et vie politique dans l'Ouest saharien
contemporain"
Lieu : amphithéâtre Emile Durkheim, Sorbonne, Université Paris-Descartes
Inscriptions obligatoires (règles de sécurité Sorbonne) : sebastie...@parisdescartes.fr
L’Islam a joué un rôle important dans la formation de
la société ouest-saharienne. Il a contribué
structurellement à l'évolution de son système social
comme il a facilité et normalisé ses contacts avec les
grands centres urbains de l’Afrique du Nord et du
Moyen Orient.
Cependant, deux facteurs principaux ont déterminé
l’islam dans cette région du monde et ont coloré la
production intellectuelle des lettrés. Un facteur
d’ordre culturel et religieux qui consiste en
l'adoption du modèle théologique sunnite d’al-Ach’ari,
à l’affiliation à la voie mystique d’al-Junayd et à
l’option du rite juridique de l'imam Mâlik, surtout
dans sa version qasimiyya. Un facteur d'ordre
économique, social et politique : il s'agit de la
prédominance du nomadisme chez la majorité des
habitants comme mode de vie et de l'absence d'un
pouvoir central doté de moyens de dissuasion et de
coercition (sayba).
Face à cet islam conçu par les grands docteurs des
premiers siècles qui ont exercé l’interprétation
élargie (ijtihad) et qui s’est traduit dans les rites
connus de droit musulman, dans les écoles de croyance
et dans les tendances de mysticisme, on assiste depuis
trois décennies à l’émergence de plusieurs formes de
religiosité marquées par une forte effervescence
fondamentaliste. Ces formes ont concurrencé cet islam
traditionnel et se sont imposés sur la scène
religieuse et politique.
Cependant, l’attitude de l’État mauritanien vis-à-vis
du religieux semble assez ambigüe. D'une part, il y a
une sorte d’adhésion à l'islam qui se manifeste, plus
particulièrement, dans la dénomination de cet État :
République islamique de Mauritanie et dans les
multiples déclarations des présidents qui se sont
succédé au pouvoir soulignant que l'État n’est pas
laïc. Le général des armées Mouhammed Ould al-Ghazwâni
candidat aux élections présidentielles de juin 2019 et
fils d’un cheikh soufi de la voie ghudfiyya a débuté
ses contacts par les cheikhs et les oulémas pour leur
dire qu‘il compte essentiellement sur leur soutien.
D’autre part, la non application par les autorités de
la Chari’a (peines légales, etc.) et l’adoption d’une
législation tirée du droit positif, tout cela laisse
penser que l’État est distant de la chose religieuse.