1976-2016
Paris – Sorbonne – amphithéâtre Emile Durkheim
Sébastien Boulay & Francesco Correale Université Paris Descartes-UMR 196 CEPED & CNRS-UMR 7324 CITERES, Tours
Pour des raisons de places limitées et de plan « Vigipirate », les inscriptions (indiquant les sessions auxquelles vous souhaitez assister) sont obligatoires auprès des organisateurs : sebastien.boulay@parisdescartes.fr ; francesco.correale@univ-tours.fr
En 1975, les dernières régions du continent africain sous domination coloniale s’affranchissaient de leurs métropoles européennes. Cependant, alors que le Mozambique, l’Angola et le Cap Vert empruntaient le chemin de l’indépendance, le Sahara Occidental était discrètement cédé par l’Espagne au Royaume du Maroc et à la République Islamique de Mauritanie (Accords de Madrid du 14 novembre 1975). Les appels de l’ONU demandant depuis 1965 que la population sahraouie puisse exprimer son libre choix à travers un référendum d’autodétermination restaient ignorés. Tandis qu’une partie de la population sahraouie se réfugiait en Algérie, dans des camps de fortune dressés près de Tindouf, pour échapper à la guerre, une autre demeurait dans la zone passée sous contrôle mauritano- marocain. Dans le même temps, le Front Polisario, mouvement nationaliste sahraoui né en 1973, s’opposait par les armes à l’invasion du territoire et inventait un Etat dans l’exil algérien, la République Arabe Sahraouie Démocratique (R.A.S.D.). Après quinze années de guerre, le cessez-le-feu signé entre le Maroc et le Front Polisario en 1991 – la Mauritanie s’étant retirée du conflit en 1979 – inaugurait une nouvelle ère marquée par l’enlisement
diplomatique du conflit, celui-ci se déplaçant également sur les terrains humanitaire, des droits de l’homme et, plus récemment, de la communication.
Quarante ans après le départ précipité de l’Espagne, la « question » du Sahara Occidental reste non seulement irrésolue, mais aussi et surtout largement oubliée des médias internationaux, mal comprise des « experts », et encore assez peu interrogée d’un point de vue académique. Or, plus que jamais, cette question s’impose aujourd’hui comme un objet important de débat sur les héritages de la colonisation dans tout le Sahara et au Maghreb, mais aussi comme une question de recherche complexe tant sont rapides les recompositions sociales et politiques à l’œuvre dans ce territoire disputé et convoité. Une question de recherche urgente enfin, quand on sait les tragédies à répétition vécues par les populations de toute la région sahélo-saharienne et notamment par les Sahraouis.
L’objectif de ce colloque est de réaliser un bilan de la recherche en SHS sur le Sahara Occidental, en offrant aux chercheurs un espace de partage de résultats et d’expériences de terrain et, d’autre part, d’élaboration de futures synergies donnant davantage de visibilité à leur production scientifique. Cet objectif est d’autant plus important que l’accès à une information fiable et à des analyses de qualité sur le Sahara Occidental est devenu un des enjeux majeurs du conflit, dans un contexte de prolifération des outils et espaces de communication (réseaux sociaux, sites d’information, télévisions, agences de presse privées, etc.) et d’instrumentalisation de l’information.
Les réflexions et discussions seront organisées selon les différentes thématiques esquissées ci-dessous, qui donneront lieu à autant de sessions, constituées de trois ou quatre communications de 20 minutes chacune, suivies de 30 à 40 minutes de débat.
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M. Sébastien Boulay Anthropologue, Maître de conférence à l’Université Paris
Descartes-Sorbonne, UMR CEPED & MINWEB
Mme S. Caratini Anthropologue, Directrice de recherche émérite, CNRS, UMR
CITERES
M. Francesco Correale Historien, CNRS, UMR CITERES
M. Francisco Freire Anthropologue, chercheur au CRIA, Université nouvelle de
Lisbonne
M. Juan Carlos Gimeno Martín Anthropologue, Professeur à l’Université autonome de Madrid
M. Alberto López Bargados Anthropologue, Professeur à l’Université de Barcelone
M. Bernabé López García Historien de l’Islam contemporain, Professeur à l’Université
Autonome de Madrid
M. Jacob Mundy Politiste, Professeur en « Peace and conflict studies », Colgate
University
M.Marc-Antoine Pérouse de Montclos
Politiste, Directeur de recherche à l’IRD
Mme Alice Wilson Anthropologue, chercheure à l’Université de Durham
Comité d’organisation : Sébastien Boulay (Université Paris Descartes-Sorbonne, CEPED), Enrique Bengochea Tirado (Université de Valence), Francesco Correale (UMR 7324 CITERES), Michelle Coste (CEPED), Marina Lafay (CEPED & MINWEB), Stéphanie Thoby (CEPED)
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9h00 Ouverture par Joël Lebeaume, doyen de la faculté des sciences humaines et sociales de la Sorbonne et Etienne Gérard, directeur du CEPED
Sébastien Boulay (CEPED) & Francesco Correale (UMR 7324 CITERES)
Histoire et mémoire au/du Sahara Occidental
L’Histoire du Sahara Occidental est évidemment une question sensible puisqu’elle donne ou conteste la légitimité des populations et des acteurs dans la région, occulte ou surexpose la mémoire d’un fait ou d’un événement. Dans cette session, il s’agira de discuter des conditions mêmes d’écriture de l’histoire coloniale et postcoloniale de la région, du rôle des chercheurs
étrangers dans la fabrication de cette histoire et de la place faite dans leurs travaux aux récits des acteurs. On réfléchira également à la façon dont les parties prenantes rendent possible ou empêchent le travail de mémoire, ainsi qu’au rôle des nouveaux médias dans la production, l’archivage et la diffusion de la mémoire collective.
Président : Francesco Correale (historien, UMR 7324 CITERES, Tours)
Discutant : Bernabé López García (historien, UAM, Madrid)
Alberto López Bargados (anthropologue, GRECS-SAFI-Université de
Barcelone)
9h50-10h10 « La ‘Sección Femenina’ dans la Province du Sahara Espagnol (1961- 1975) »
Enrique Bengochea Tirado (historien, Université de Valence)
Romain Simenel (anthropologue, IRD, UMR PALOC)
Isaías Barreñada (Pr en Relations internationales, Université Complutense
de Madrid) 10h50-11h30 Débat 11h30-12h00 Pause café
Animée par F. Correale et A. López Bargados
13h00-14h15 Déjeuner
14h15-16h05 Session 2
L’histoire récente du Sahara Occidental et des Sahraouis reste avant tout l’histoire d’une impossibilité pour cette population d’exprimer son droit à l’autodétermination sur cette ancienne colonie espagnole, droit qui lui a pourtant été reconnu par l’ONU dès 1963. Toutes les revendications contemporaines du peuple sahraoui (souveraineté sur les ressources naturelles de ce territoire, droits économiques et sociaux, libertés d’expression, droit à la mémoire, liberté de circulation malgré le Mur, …) découlent de cette impossibilité. Les interventions s’attacheront à montrer comment et pourquoi le droit international peine à s’appliquer sur ce territoire au statut d’exception et comment les acteurs (gouvernants, sociétés civiles, institutions internationales) tentent soit de contourner voire de bafouer les normes et les instances juridiques internationales dans leurs stratégies locales, soit au contraire de les mobiliser pour faire bouger les lignes politiques, et ceci en articulant l’échelle locale et les cénacles internationaux.
Président : Carlos Ruiz Miguel (juriste, Université de Saint Jacques de Compostelle)
Discutante : Raquel Ojeda García (sociologue, Université de Grenade)
Yahya Zoubir (politiste, Kedge Business School, campus Marseille)
Carolina Jiménez Sánchez (juriste, Université de Malaga)
Delphine Lourtau (juriste, Université Cornell)
Erik Hagen (Western Sahara Natural Resource Watch)
15h35-16h05 Débat
16h05-16h30 Pause café
16h30-18h30 Session 3
Si la situation politique du territoire peut paraître figée et bipolarisée à bon nombre d’observateurs extérieurs, comme si le Mur qui partage le territoire en deux entités séparait aussi la société en deux éléments hermétiques, elle semble au contraire faire débat et donner lieu à des mouvements de personnes (conflits, dissidences, ralliements), d’idées, de productions culturelles, renforcer ou fragiliser les solidarités existantes et susciter de nouvelles compétitions. Cette session portera largement sur les mutations des rapports et des technologies de pouvoir dans la région, au sein de la société sahraouie, mais aussi entre les Sahraouis et les autres composantes de la population actuelle du Sahara Occidental (Marocains, Mauritaniens, …), et surtout entre la population et l’Etat (Royaume du Maroc ou RASD), dans un contexte de « démocratisation » de la vie politique, en particulier depuis le cessez-le-feu de 1991. Pourront également être interrogées dans cette session les raisons de l’absence ou de l’invisibilité de la question religieuse dans le conflit.
Présidente : Sophie Caratini (anthropologue, CNRS, UMR 7324 CITERES)
Discutante : Pénélope Larzillière (sociologue, IRD, UMR CEPED)
16h30-16h50 « Mothers as martyrs, feminised protest and the gendering of custodial punishment: gender and resistance in occupied Western Sahara » Joanna Allan (Etudes littéraires, Université de Leeds)
Alice Wilson (anthropologue, Université de Durham)
Victoria Veguilla del Moral (politiste, Université Pablo de Olavide, Séville)
Elena Fiddian Qasmiyeh (géographe, Co-Director of UCL's Migration
Research Unit) 17h50-18h30 Débat
18h30-19h15
19h15-20h30
« Existimos ! », par GrupOlalarte, mise en espace et en voix de poèmes de La Generación de la amistad
9h00-11h Session 4
Depuis le début des années 1970, la poésie et la chanson ont été mobilisés par les Sahraouis dans la résistance anticoloniale et dans la construction d’une Nation sahraouie, en particulier au cours de la guerre (1976-1991). Mais depuis le début des années 2000 et le développement des nouvelles technologies de communication (téléphone cellulaire et internet), l’enjeu culturel semble, de manière inédite, occuper le devant de la scène du conflit : tandis que l’Etat marocain multiplie les projets de promotion de la culture sahraouie, rebaptisée à l’occasion « hassanie », dans le cadre d’une nation pluriculturelle (obtention d’un label UNESCO pour le Moussem de Tan Tan, création d’une chaîne TV largement dédiée au patrimoine culturel sahraoui, festivals et projets d’édition), le Front Polisario compte sur ses poètes et chanteurs pour porter son projet politique, à l’intérieur même de la société comme à l’étranger, ainsi que sur une nouvelle génération d’activistes des médias qui portent le conflit sur la scène web. Cette session analysera les enjeux culturels, linguistiques et communicationnels actuels du conflit, réfléchira aux formes et mécanismes de patrimonialisation et d’acculturation à l’œuvre, et au rôle du web dans cette situation.
Président : Nicolas Puig (anthropologue, IRD, UMR URMIS)
Discutante : Marina Lafay (anthropologue, CEPED & MINWEB)
Tara Deubel (anthropologue, Université de Floride)
Violeta Ruano Posada (ethnomusicologue, School of Oriental and African
Studies, Université de Londres)
Juan Carlos Gimeno Martín & Juan Ignacio Robles Picón (anthropologues, Université autonome de Madrid)
Sébastien Boulay (anthropologue, Université Paris Descartes-Sorbonne,
UMR CEPED & MINWEB)
10h20-11h Débat
11h00-11h30 Pause café
11h30-12h30 Table ronde « Conditions et éthique de la recherche au Sahara Occidental : accès au terrain, engagement et qualité des données » Animée par S. Caratini, Juan Carlos Gimeno Martín & Juan Ignacio Robles Picón
12h30-14h Déjeuner
14h-16h Session 5
Face à un territoire au statut controversé, héritier d’arbitrages coloniaux, fracturé du nord au sud par un mur de plus de 2700 km de long, pour la souveraineté duquel on a reconnu le droit à l’autodétermination d’une population de culture nomade, la question du peuplement de cet espace semble elle aussi figurer parmi les principaux enjeux du conflit. A tel point que tout déplacement d’individus ou de groupes dans et autour du Sahara Occidental apparaît systématiquement comme favorable à l’un ou l’autre des deux camps et donc hautement sensible. Cette session analysera comment s’exerce de part et d’autre du Mur le contrôle des flux de populations sur cet espace, comment les populations vivent ces situations d’exception (réfugiés, exil, séparation, zones interdites car minées), en accordant une attention particulière au vocabulaire employé pour désigner ces mobilités. On s’intéressera par exemple aux politiques de peuplement du Sahara Occidental et à leurs impacts dans les équilibres sociodémographiques, aux migrations scolaires et universitaires des jeunes Sahraouis de l’un et de l’autre côté du mur et à leurs diverses implications (sociales, culturelles et artistiques en particulier), au vécu de l’exil et au rôle de la diaspora dans les reconfigurations d’un espace social et politique sahraoui.
Présidente : Véronique Petit (socio-démographe, Université Paris Descartes, UMR CEPED)
Discutante : Gulcin Lelandais (sociologue, CNRS, UMR 7324 CITERES)
Enjeux et réussites des associations des migrants sahraouis en Espagne »
Carmen Gómez Martín (sociologue, Flacso-Equateur)
Alice Corbet (anthropologue, CNRS, LAM Sciences Po Bordeaux)
Vivian Solana (anthropologue, Université de Toronto)
Madina Querre (anthropologue, REVeSS & PACTE Université de
Grenoble)
15h20-16h Débat
16h-16h30 Pause café
Animée par Sébastien Boulay & Olivier Quarante (journaliste)
17h30 Clôture du colloque
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Bibliographie sélective
Barbier, Maurice. Le conflit du Sahara Occidental. Paris: Editions L’Harmattan, 1982.
Barbúlo, Tomás, La historia prohibida del Sáhara Español. Barcelona: Ediciones Destino, SA, 2002. Barona Castañeda, Claudia. Hijos de la nube. El Sahara Español desde 1958 hasta la debacle. San
Lorenzo del Escorial: Libros C. de Langre, 2004.
Beristain, Carlos Martín, and González Hidalgo, Eloísa. El oasis de la memoria. Memoria histórica y violaciones de Derechos Humanos en el Sáhara Occidental. 2 vols. Bilbao – Vitoria Gasteiz – Donostia San Sebastián : Editorial Hegoa, 2012
Besenyὅ, János. Western Sahara. Pécs: Publikon Publishers, 2009
Bonte, Pierre. La Saqiya al Hamrâ, berceau de la culture ouest-saharienne, Casablanca, EDDIF La croisée des chemins, 2013
Caratini, Sophie. La République des Sables. Anthropologie d’une révolution. Paris : L’Harmattan, 2003.
Caratini, Sophie. Les Rgaybāt (1610-1934). 2 vols. Paris : L’Harmattan, 1989.
Caro Baroja, Julio. Estudios saharianos. Madrid: CSIC, 1955; Madrid: Calamar Ediciones, 2008. Corbet, Alice. “Nés dans les camps. Changements identitaires de la nouvelle génération de réfugiés
sahraouis et transformation des camps.” Ph. Diss., EHESS, Paris, 2008.
Correale, Francesco et Gimeno Martín, Juan Carlos, eds. Sahara Occidental: mémoires, histoires, cultures. Les Cahiers d’EMAM, n. 24-25 2015.
De Saint Maurice, Thomas. Sahara Occidental 1991-1999. L’enjeu du référendum d’autodétermination. Paris : L’Harmattan, 2000.
Diego Aguirre, José Ramon. Historia del Sahara Español. Madrid: Kayededa, 1988.
Fiddian Qasmiyeh, Elena. Gender, Islam and the Sahrawi Politics of Survival, Syracuse: Syracuse University Press, 2014
Hodges, Tony. Western Sahara. The Roots of a Desert War. Westport, Connecticut: Lawrence Hill & Company, 1983.
Jensen, Erik. Western Sahara: Anatomy of a Stalemate? Boulder, Colorado: Lynne Rienner Publishers, 2011.
López Bargados, Alberto. Arenas coloniales. Los Awlād Dalīm ante la colonización franco-española del Sáhara. Barcelona: Edicions Bellaterra, S.L., 2003.
Martínez Milán, Jesús María. España en el Sáhara Occidental y en la Zona sur del Protectorado en Marruecos, 1885-1945. Madrid : UNED Ediciones, 2003.
Naïmi, Mustapha. La dynamique des alliances ouest-sahariennes. De l’espace géographique à l’espace social, Paris, Maison des sciences de l’homme, 2004.
Pazzanita, Anthony G. Historical Dictionary of Western Sahara. Lanham, Maryland, Toronto, Cambridge: The Scarecrow Press, Inc, 2006.
Tejero Molina, Juan. El Sahara Español de la ‘A’ a la ‘Z’. 2 vols. Madrid: Torres de Papel, 2013- 2014.
Zoubir, Yahia H.. International Dimensions of the Western Sahara Conflict. Westport, CT: Praeger Publishers, 1993.
Zunes, Stephen, and Mundy, Jacob. Western Sahara. War, Nationalism, and Conflict Irresolution.
New York: Syracuse University Press, 2010.
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http://www.ceped.org/evenement/colloque-international-du-2-au-3