Bonjour à toutes et à tous,
La première séance de l’édition 2025 du séminaire « Genre et monde carcéral » aura lieu le
vendredi 17 janvier 2025, de 14h à 18h et portera sur la thématique « Politisation en prison ». Vous trouverez son programme détaillé ci-dessous.
La séance se tiendra en mode hybride. Pour celles et ceux qui peuvent contribuer à nos échanges en présentiel, la séance aura lieu à l’Université Paris-Cité,
Bat Olympes de Gouges, salle 569 (8 place Paul Ricœur, 75013 Paris).
Cette année, pour des questions logistiques, l’inscription est nécessaire (pour la participation en ligne et en présentiel).
Merci de vous inscrire avant le lundi 13 janvier 2025 à partir du lien suivant :
Au plaisir de vous retrouver pour ces prochains échanges,
Les responsables scientifiques : Amélie Bescont (Docteure en science politique, Sciences Po), Natacha Chetcuti-Osorovitz (MCF, HDR en sociologie CentraleSupélec et LCSP Université Paris-Cité) & Valérie Icard (Postdoctorante au CEET/Cnam, chercheuse associée
au Cesdip).
Séance 1 : Politisation en prison
o 14h -14h45 : Cécile Tarjot - Doctorante en langue et littérature française, Université Rennes 2 (CELLAM) :
Les écrits de femmes incarcérées sous la Révolution française : des témoignages de « prisonnières politiques » ?
Cette intervention s’intéressera aux femmes emprisonnées durant la Révolution française, ainsi qu’aux témoignages carcéraux que certaines ont composés pendant ou après leur détention. Si ces femmes ne jouissent pas d’un statut de « citoyennes », leur enfermement
semble pourtant matérialiser un rôle politique. On questionnera la pertinence du statut de « prisonnière politique » à leur endroit, selon leurs motifs d’arrestation – motivée par une appartenance sociale, une opinion et/ou une action jugée contre-révolutionnaire.
Certaines sont arrêtées à la place d’un proche, comme Manon Roland, certaines suivent leur employeur ou un parent en prison, et d’autres sont directement visées, comme Olympe de Gouges. Alors que la société française se reconfigure radicalement, l’incarcération
constitue un outil de contrôle effectif. La prison permet de retenir des corps avant de les soumettre à un jugement et parfois à la guillotine. Cette communication sera l’occasion d’étudier la façon dont ces témoignages carcéraux féminins racontent leur arrestation
et leurs conditions de détention. Nous verrons comment certains textes articulent une réflexion sur l’utilité et le bon fonctionnement des prisons.
o 14h45- 15h30 : Juliette Petit - Docteure en sociologie, Université Paris 8-Vincennes (CRESPPA-GTM)
: Prison, années 1980 : la révolte à l'épreuve du politique. De la critique des conditions de détention à celle du « tout-carcéral », le passage de témoin d'une conscience révolutionnaire.
Entre le ras-le-bol général exprimé par les détenu·es monté·es sur les toits lors des « journées de mai » 1985 et la grève de plateaux d'octobre 1988, suivie par 20 % de la population pénale, que s'est-il passé ? Comment s'est opéré ce déplacement du coup d'éclat
à la colère organisée, de la critique des conditions de détention à l'élaboration de revendications nationales centrées sur le fonctionnement même de l'institution « prison » ? Les ondes FM de l'époque sont en fait un observatoire privilégié de cette mise
au travail du processus de politisation. À travers les archives de l'émission de radio
Parloir libre, et au prisme de l'émergence de nouvelles formes d'organisation (CNP, Rebelles, COPEL et APEL), nous questionnerons les alliances et les divisions entre prisonnier·es politiques et de droit commun durant la décennie 1980 pour construire
un horizon commun, au-delà même de la prison.
o 16h – 16h45 : Agathe Chapelain – Doctorante en droit, Université de Bretagne Occidentale (Lab-LEX) :
Prisonnières politiques et droit international des droits humains
À propos des suffragettes incarcérées en Grande-Bretagne au début du siècle dernier, Sylvia Pankhurst écrivait dans son autobiographie : « Partout, les autorités ont traité ce militantisme comme une forme pernicieuse d'hystérie ». Les politiques publiques étatiques,
régionales et internationales réagissent en effet aux engagements militants des prisonnières. Cela peut faire l’objet d’une analyse en deux temps : l’appréhension juridique des détenues politiques et l’impact de ces dernières sur le droit. Le droit international
et régional des droits humains offre quelques exemples tant par les règles de droit dérivé (la
soft Law) que par les jurisprudences internationales et régionales (Cours et commissions africaines, européennes et interaméricaines relatives aux droits humains). Ainsi, certaines situations de détention politique font l’objet de tentatives de qualification
juridique. À une autre échelle juridique, les détenu·es politiques ont initié ou provoqué des réformes juridiques dans ou hors les murs des prisons. Le public particulier des prisonnières politiques est régulièrement à l’initiative de remises en question de
politiques publiques, notamment carcérales.
o 16h45- 17h30 : Laurena Haurat - Doctorante en sociologie, Université de Bordeaux (Centre Émile Durkheim) :
Comment le genre singularise l’expérience carcérale ? Le cas des prisonnières politiques basques
Grâce à des récits de vie recueillis auprès de 42 ancien·nes prisonnier·es politiques basques, cette communication se propose de revenir sur ce que le genre produit comme variable de singularisation dans la constitution de l’expérience carcérale. En effet,
si on compare les expériences carcérales des prisonnier·es de droit commun avec celles des prisonnier·es politiques basques, on remarque une homogénéisation du vécu carcéral de ces dernier·es. Il s’avère néanmoins que des variables contribuent à singulariser
leur expérience. Parmi elles, on retrouve la temporalité historique du conflit, la parentalité ou encore le genre. Dans cette communication, nous reviendrons sur ce que le genre féminin apporte comme spécificité dans la constitution de l’expérience carcérale,
tant au regard de ses conditions matérielles que des manières de vivre l’enfermement. Nous verrons comment le fait d’être incarcérée auprès d’une communauté contestataire permet de développer des liens de quasi-parenté, là où l’isolement politique produit
des effets ambivalents sur la revendication du statut de prisonnier·e politique.