

Cet engouement pour l’IA dans les officines gouvernementales, qui se donne des airs de transparence avec un fichier .xlsx, nous enferme encore plus profondément dans la dépendance aux technologies propriétaires américaines, alors que nous devrions contribuer par nos efforts (financiers, en données, en temps) à la construction d’une IA qui nous appartienne, qui soit sous le contrôle de la collectivité et qui lui profite avant d’enrichir les oligarques américains. Incidemment, les propriétaires (ou fournisseurs externes) des différentes « solutions IA » énumérées ne sont même pas identifiés dans le fichier gouvernemental. Autant pour la transparence et l’utilité de tels fichiers de données « ouvertes ».La Suisse, avec son Apertus, a construit une telle IA souveraine, rapportent Nathan Sanders et Bruce Schneier dans un article du G&M : OpenAI a démontré qu’on ne pouvait pas lui faire confiance.Si on doit suivre l’utilisation que fait le gouvernement de ces outils, il faudrait savoir de qui nous devenons dépendants dans l’utilisation de ces « baguettes magiques »… et combien cela nous coûte, en argent, en opportunités (systèmes fermés, à faible interopérabilité), en données (d’usage, de traitement) et en temps et ressources consacrées à l’appropriation et la formation.
Rêver de structures intersectorielles de coordination industrielle et d’assemblées citoyennes souveraines en matière d’investissements [comme le fait Benanav] … c’est encore plus « compliqué » et utopique que les rêves de cliniques, coopératives et municipalités expérimentant avec l’IA de Morozov. Malgré mes réticences j’y vois tout de même, dans l’approche de Benanav, une prise en compte de moyens de coordination et de décisions qui doivent se prendre à un niveau plus général et « élevé » que l’initiative locale ou communautaire. Le rêve d’une coordination spontanée émergeant de la base aux multiples initiatives interconnectées… de Morozov n’est pas moins utopique. Mais il flatte les tendances dominantes, adoratrices de l’autonomie individuelle ou locale, promotrices de l’agentivité personnelle avant tout. L’individualisme, quoi. Augmenté de toutes sortes de gadgets, de drogues et de technologies. Une position qui n’ose confronter le préjuger anti-gouvernement qui afflige nos sociétés depuis le lavage de cerveau néolibéral…