IA, la guerre et les centres d'appel

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Gilles Beauchamp

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Mar 5, 2026, 12:19:14 PM (6 days ago) Mar 5
to rqiiac, Gilles Beauchamp
Bonjour à tous.tes

Encore l’IA, me direz-vous ? Oui, mais ce sont des aspects qui ne font pas les premières pages. Et puis je ne parle pas que d’IA : la consommation, l’humanité… 

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J’ai traduit cette interprétation de la pyramide de Maslow, par Nate Hagens, surtout connu pour son podcast The Great Simplification

Pour ce qui est de l’humanité, c’est l’appel au boycott de ChatGPT par Rutger Bregman qui m’a rappelé que j’avais lu et commenté en 2020 son livre Humankind : A Hopeful History. Il a depuis été traduit en français Humanité, une histoire optimiste. Une lecture qui change des grands titres actuels.
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Les gouvernements se précipitent pour utiliser l’IA : Bell annonce son contrat pour « moderniser » les centres d’appel de 3 ministères fédéraux : 
La société mère de Bell Canada, BCE, collaborera avec Genesys Canada, une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle basée à Toronto, afin d’améliorer les services à la clientèle du gouvernement grâce à la mise en œuvre d’outils numériques et d’intelligence artificielle.

Quant au gouvernement du Québec, il se vente de l’augmentation de 54% des projets d’IA menés par ses ministères L’intelligence artificielle au cœur de la modernisation de l’État : en 2024 il y a eu 168 "initiatives en intelligence artificielle au sein des organismes publics ». En 2025, il y en a eu 258. Le gouvernement joue la transparence en offrant des « données ouvertes » sur ces initiatives. Mais pas un mot sur AVEC QUI ces initiatives ? Je disais le 3 mars : 
Cet engouement pour l’IA dans les officines gouvernementales, qui se donne des airs de transparence avec un fichier .xlsx, nous enferme encore plus profondément dans la dépendance aux technologies propriétaires américaines, alors que nous devrions contribuer par nos efforts (financiers, en données, en temps) à la construction d’une IA qui nous appartienne, qui soit sous le contrôle de la collectivité et qui lui profite avant d’enrichir les oligarques américains. Incidemment, les propriétaires (ou fournisseurs externes) des différentes « solutions IA » énumérées ne sont même pas identifiés dans le fichier gouvernemental. Autant pour la transparence et l’utilité de tels fichiers de données « ouvertes ».

La Suisse, avec son Apertus, a construit une telle IA souveraine, rapportent Nathan Sanders et Bruce Schneier dans un article du G&M : OpenAI a démontré qu’on ne pouvait pas lui faire confiance.

Si on doit suivre l’utilisation que fait le gouvernement de ces outils, il faudrait savoir de qui nous devenons dépendants dans l’utilisation de ces « baguettes magiques »… et combien cela nous coûte, en argent, en opportunités (systèmes fermés, à faible interopérabilité), en données (d’usage, de traitement) et en temps et ressources consacrées à l’appropriation et la formation.

L’avènement de ces nouveaux moyens numériques a réactivé un vieux débat chez les socialistes (et sociaux-démocrates) : comment planifier démocratiquement, sans sombrer dans la bureaucratie. J’ai abordé ces questions à la faveur de la traduction de différents articles le 27 février, dans IA, démocratie et planification. Et aussi dans le billet d’aujourd’hui, La première victime de la guerre est la vérité. Dont je reproduis ici le paragraphe de conclusion : 

Rêver de structures intersectorielles de coordination industrielle et d’assemblées citoyennes souveraines en matière d’investissements [comme le fait Benanav] … c’est encore plus « compliqué » et utopique que les rêves de cliniques, coopératives et municipalités expérimentant avec l’IA de Morozov. Malgré mes réticences j’y vois tout de même, dans l’approche de Benanav, une prise en compte de moyens de coordination et de décisions qui doivent se prendre à un niveau plus général et « élevé » que l’initiative locale ou communautaire. Le rêve d’une coordination spontanée émergeant de la base aux multiples initiatives interconnectées… de Morozov n’est pas moins utopique. Mais il flatte les tendances dominantes, adoratrices de l’autonomie individuelle ou locale, promotrices de l’agentivité personnelle avant tout. L’individualisme, quoi. Augmenté de toutes sortes de gadgets, de drogues et de technologies. Une position qui n’ose confronter le préjuger anti-gouvernement qui afflige nos sociétés depuis le lavage de cerveau néolibéral…

Et si vous n'êtes pas tout à fait soulé.e.s de l’IA, j’ai commenté le débat (et traduit quelques articles) entourant le remplacement de Anthropic par OpenIA auprès du « département de la guerre » américain, à la fin du billet du 3 mars en vrac : consommation, IA et politique québécoise
  
Bonnes lectures ! Et, surtout, bon courage !


P.S. je migre graduellement mes courriels ailleurs que chez Gmail… SVP utilisez cette nouvelle adresse pour me joindre. En attendant que nos gouvernements nous fournissent une adresse courriel civique !


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