Nous évoluons dans une ère où l'on souhaiterait que plus rien ne soit donné et contraint, et que tout soit choisi. Stuart Mills affirme que même l'altruisme est un égoïsme, et que la société fonctionne comme interaction. Tous ces égoïsmes font des deals entre eux, du donnant donnant. Mais au travers des livres de Yuval Harari comme Sapiens, des neurobiologistes, des biologistes et évolutionnistes, nous comprenons que si nous sommes une espèce qui a réussi à conquérir la planète, c'est parce qu'elle a coopéré et que nous possédons le langage qui est un outil merveilleux. Mais ce qui m'inquiète au plus haut point, c'est la disparition du texte au profit de l'image. Notre cerveau va-t-il s'en trouver modifier? Que va devenir cet outil de communication et de coopération qu'est la langue et qui, dans le cas de mon livre par exemple, est la source d'un malentendu extraordinaire: quand Claire déclare "j'aime tous mes élèves", elle est obligée d'ajouter "mais pas comme mon mari". C'est du délire! Les Grecs avaient sept mots pour amour. Du côté francophone, nous n'avons même pas de distinction comme like ou love... juste aimer. L'on peut dire à un ami je t'aime. Si nous ne lisons plus, ne verbalisons plus, que vont devenir les nuances? La société digitalisée isole paradoxalement les individus, ce qui peut déboucher sur la perte d'un langage commun.