Déambulation et retrouvailles.
Une ethnologie du livre de seconde main sur les quais de la Seine
La soutenance aura lieu le mardi 16 juin 2026 à 13h30, à l’Université Paris
Cité, 45 rue des Saints Pères, 75006 Paris, salle des thèses (bâtiment Jacob, 5e étage)
devant un jury composé de :
M. Vincent CHABAULT, Professeur, Université Gustave Eiffel, LISIS, Rapporteur
Mme Sophie CHEVALIER, Professeure, Université Picardie Jules Verne, Habiter
le monde, Rapporteuse
Mme Sophie CORBILLÉ, Professeure, Sorbonne Université, CELSA, GRIPIC,
Examinatrice
Mme Véronique DASSIÉ, Chargée de recherches, CNRS, Examinatrice
M. Octave DEBARY, Professeur, Université Paris Cité, CANTHEL, Directeur de
thèse
M. Thierry PAQUOT, Professeur Émérite, Institut d’urbanisme de Paris, UPEC,
Examinateur
Résumé de la thèse :
Entre 2022 et 2024, j’ai arpenté les quais de la Seine. Non pas en flâneuse, mais en
ethnographe : aux côtés des bouquinistes, des chineurs, des amateurs et des passants
qui font encore vivre ces boîtes vertes, vestiges d’un Paris marchand et poétique.
Mon terrain, ce sont ces livres de seconde main qui voyagent de main en main,
portant les plis, les notes, les auréoles du temps.
Qu’est-ce qui transforme un objet standardisé – un livre imprimé à des milliers
d’exemplaires – en un exemplaire unique, chargé d’histoires ? Par quels gestes,
quelles rencontres, quelles attentions silencieuses un vieux livre cesse-t-il d’être une
chose pour devenir un opérateur de liens ?
Cette thèse raconte ces métamorphoses ordinaires. Elle observe, à hauteur de
femme, comment les bouquinistes restaurent, disposent, transmettent – artisans
d’une patrimonialisation discrète, sans labels ni cérémonies. Elle écoute ceux qui
achètent, feuillètent, repartent avec un ouvrage comme on emporte un rêve ou un
souvenir réveillé.
Contre une pensée qui verrait dans le livre d’occasion une simple marchandise
déchue, ou au contraire un fétiche patrimonial figé, je défends une autre hypothèse :
le livre de seconde main vit. Il circule. Sa valeur n’est pas donnée une fois pour toutes
– elle se joue dans l’échange, la présence, l’événement de la rencontre.
Les quais deviennent alors un espace liminal, à la fois bord de Seine et bord du temps
: on y conserve et on y laisse partir, on y transmet et on y oublie. L’économie qui s’y
déploie tient moins du profit que de l’attente, moins du stock que du geste.
Au fond, cette ethnographie ne se contente pas de décrire ce qui se perd ou ce qui
persiste. Elle participe à ce mouvement. En écrivant ces trajectoires, elle contribue à
faire tenir ensemble ce qui résiste – des attachements modestes, des mémoires
fragiles, des livres qui continuent de parler parce que quelqu’un, un jour, a pris le
temps de les tendre.
Mots-clés : quais de la Seine – bouquinistes – livres de seconde main – circulation –
patrimoine vivant – ethnographie – attachement – économie de la présence