Nous avons le plaisir de vous inviter aux
deux prochaines séances du séminaire “Productions et circulations des
biens culturels : le cas des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du
Nord”, qui auront lieu en présence les 21 et 28 mai (16h-18h) dans des salles du 3e étage du bâtiment Sud du Campus Condorcet à Aubervilliers
(5 cours des Humanités, station Front Populaire de la ligne 12 du métro
francilien). Elles se tiendront respectivement dans les salles 3.122 et
3.023.
Ludovica Tua présentera le 21 mai un travail sur
“les usages de l’IA et des réseaux sociaux numériques pour représenter
la tragédie de Gaza” et Sixtine Deroure reviendra le 28
mai sur une partie de sa thèse en cours sur les “martyrs” reconnus
officiellement par l’État égyptien depuis 2011 à partir de
l’étude de la série télévisée al-Ikhtiyār, qui propose un récit de
plusieurs événements politiques marquants de l’Egypte
pos-révolutionnaire. Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de leurs
communications.
Pour suivre à distance les deux séances, il suffira de vous connecter sur le lien suivant :
https://pantheonsorbonne.zoom.us/j/97482946394?pwd=U0gHQbZjSvnGhWTOphpH9gs9TwK2Ji.1
Au plaisir d’échanger,
Maria Adib Doss, Asmaa Azizi, Abdelfettah Benchenna (LabSIC) et Dominique Marchetti (CESSP)
dominique...@gmail.com
Séance 8. Jeudi 21 mai 2026, salle 3.122
Ludovica
Tua – « Devant la douleur des autres » : les usages de l’IA et des
réseaux sociaux numériques pour représenter la tragédie de Gaza
Rédigé
au lendemain des attentats du 11 Septembre, l’ouvrage de Sontag
intitulé « Devant la douleur des autres » (2003) invite à réfléchir à la
manière dont la diffusion et la répétition des images d’atrocités via
les médias risquent d’immuniser le regard et la sensibilité des
personnes non concernées. En s’inspirant de ce cadre théorique, cette
intervention souhaite revenir sur la diffusion virale d’une image
générée par l’IA dans le contexte de la « guerre » à Gaza. Dans un
premier temps, l’objectif est d’analyser la dimension esthétique et
techno-sémiotique de l’illustration, tout en y intégrant une réflexion
portant sur les aspects problématiques ayant soulevé des polémiques au
sein de l’opinion publique. Dans un deuxième temps, je montrerai à quel
point la médiatisation de cette image générée par l’IA sur Instagram et
TikTok, interroge la manière dont l’IA s’avère un outil communicationnel
susceptible de servir des fins militants ou, au contraire, des logiques
de narcissisme numérique typiques des plateformes.
Ludovica Tua
est docteure en Sciences de l’information et de la communication. Après
une thèse de doctorat portant sur les enjeux politiques des séries
télévisées turques, je m’intéresse actuellement aux déclinaisons
contemporaines de l’activisme numérique et, plus précisément, à la
capitalisation de la douleur d’autrui via les réseaux sociaux
numériques.
Séance 9. Jeudi 28 mai 2026, salle 3.023
Sixtine Deroure – Al-Ikhtiyār, fiction d’autorité et production du deuil public dans l’Égypte postrévolutionnaire
Produite
par Synergy Production, une entreprise détenue par les Renseignements
généraux, la série télévisée al-Ikhtiyār, diffusée durant les mois de
Ramadan 2020, 2021 et 2022, a connu un immense succès en Égypte. À
travers la mise en scène des exploits et des sacrifices des « martyrs du
devoir » – soldats et policiers morts dans la « guerre contre le
terrorisme » menée par l’État –, la série retrace certains des
événements politiques les plus controversés survenus dans le pays depuis
la révolution du 25 janvier 2011. Je propose dans cette intervention de
décrypter ce genre que je qualifie de « fiction d’autorité » : la série
reproduit un récit historique officiel, dont la véracité est
authentifiée par une constellation d’acteurs, dans une perspective
légitimante. Cette authentification repose sur plusieurs procédés : la
médiatisation de la participation d’acteurs sécuritaires ayant pris part
aux événements racontés à la production et à la réalisation,
l’utilisation d’archives et de témoignages (réalisateurs, scénaristes,
comédiens, familles de martyrs), ainsi que des techniques de réalisation
spécifiques. Cet ensemble produit des « effets de réel », générant un
flou entre fiction et réalité, et participant à ériger ce récit en
vérité historique. À travers cette analyse, je propose une réflexion sur
la production du deuil public comme outil de légitimation du régime
postrévolutionnaire.
Sixtine Deroure est
doctorante en sociologie politique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et ATER à
l’Université d’Avignon. Elle est rattachée à l’UMR Développement et
Sociétés, et associée au CEDEJ au Caire. Sa thèse, intitulée, « L’État
et ses martyrs : deuil public, institutionnalisation du martyre et
luttes politiques dans l’Égypte postrévolutionnaire » porte sur
différentes catégories de martyrs reconnues officiellement par l’État
égyptien depuis 2011 : les « martyrs de la Révolution », mais aussi les «
martyrs du devoir », policiers et militaires qui meurent dans la «
guerre contre le terrorisme ». Elle étudie notamment les procédés
d’institutionnalisation et de prise en charge de ces différentes
catégories de martyrs et de leurs familles.