Aliments à haut potentiel nutritionnel :
savoirs traditionnels, patrimoine et bioprospection
Atelier
Muséum d’histoire naturelle, Paris
salle Cédrat
lundi 27 avril 2026
Organisation : Chiara Bortolotto et Raúl Matta
Face aux crises écologiques, climatiques et sanitaires contemporaines, les systèmes alimentaires sont devenus un enjeu central des politiques publiques, de la recherche scientifique et des débats sociétaux. Dans ce contexte, certains aliments – souvent issus de systèmes agro-écologiques localisés et associés à des savoirs traditionnels – sont aujourd’hui promus pour leur haut potentiel nutritionnel, voire thérapeutique.
Ces aliments (quinoa, spiruline, huile d’olive, huile d’argan, certains insectes, algues, etc.) circulent désormais bien au-delà de leurs contextes culturels et territoriaux d’origine, au croisement de logiques patrimoniales, sanitaires, économiques et technoscientifiques. Ils constituent ainsi un terrain privilégié pour interroger les recompositions contemporaines des relations entre patrimoine, biodiversité, nutrition, santé globale et marchés.
Ce workshop propose de créer un espace de dialogue interdisciplinaire pour analyser ces dynamiques, leurs promesses, mais aussi leurs tensions et leurs effets ambivalents.
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10.00 - 10.30
Introduction :
Du patrimoine à la ressource
Chiara Bortolotto, CPJ CNRS Patrimoine culturel immatériel et environnement - Chaire UNESCO Patrimoine culturel immatériel et développement durable, UMR Héritages : Culture/s, Patrimoine/s, Création/s
Raul Matta, Chargé de recherche en sciences sociales au Centre de Recherche et d’Innovation de l’Institut Lyfe.
Le point de départ de la réflexion est le tournant durable du patrimoine, qui ne considère plus celui-ci uniquement comme une relique à préserver, mais comme une ressource mobilisable pour faire face aux transformations sociales, environnementales et sanitaires.
Dans cette perspective, les savoirs alimentaires traditionnels sont de plus en plus valorisés :
Ces dynamiques s’inscrivent aussi dans des discours de décolonisation des savoirs, de reconnaissance des peuples autochtones et de justice épistémique, tout en étant traversées par de puissants intérêts économiques et industriels.
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10.30 - 13.00
Interventions :
Savoirs traditionnels, patrimoine et bioprospection
Katim Alaoui, Professeur of Pharmacology, Mohammed V University, Faculty of Medicine and Pharmacy, Rabat & DG Mohammed VI Foundation for Research and Protection of Argan tree
Isabelle Anatole-Gabriel, Membre du Centre de recherche-Ecole du Louvre, chercheuse associée à l’ UMR Héritages : Culture/s, Patrimoine/s, Création/s
Julie Deramond, maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication, Avignon Université
Charles-Édouard de Suremain, Directeur de recherche au laboratoire Paloc (Patrimoines locaux, environnement et globalisation), une cotutelle de l’IRD-MNHN-CNRS.
Cécile Duvelle, ancienne Secrétaire de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel
Fabien Girard, Professeur de droit au Centre de Recherches Juridiques de l’Université Grenoble Alpes.
Wafik Ghommidh, chercheur associé à l’ UMR Héritages : Culture/s, Patrimoine/s, Création/s
Esther Katz, directrice de recherche émérite à l’Institut de Recherche pour le Développement, membre du laboratoire Paloc (Patrimoines Locaux, Environnement et Globalisation), une cotutelle de l’IRD-MNHN-CNRS
Christophe Lavelle, Chargé de recherche au CNRS et au Muséum National d'Histoire Naturelle.
Vincent Marcilhac, Maître de conférences dans le champ des food studies au sein du laboratoire Héritages (UMR 9022) à Cergy Paris Université.
Maxime Michaud, Chargé de recherche et responsable de l’équipe Sciences Sociales au Centre de Recherche et d’Innovation de l’Institut Lyfe.
Les intervenants présenteront la manière dont leurs travaux s’articulent à un ou plusieurs des registres qui structurent les tensions autour des aliments à haut potentiel nutritionnel – la liste ci-dessus n’étant pas exhaustive :
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14.30 - 17.30
Table tonde
Ces dynamiques soulèvent des enjeux sociaux, culturels, juridiques et environnementaux majeurs : droits bioculturels, accès équitable aux ressources, régulation de la bioprospection, partage des bénéfices, protection des savoirs traditionnels, mais aussi compatibilité entre durabilité écologique et réponse à une demande alimentaire globale. La Convention sur la Biodiversité Biologique de 1992 et le Protocole de Nagoya structurent la gouvernance internationale de ces aspects. Cependant, la bioprospection gagne en puissance. D’une part, elle s’appuie de plus en plus sur les technologies digitales et les avancées de la biologie synthétique. D’autre part, elle capitalise sur l’élan des injonctions à la consommation alimentaire durable et à l’optimisation de soi, toujours plus fortes et à l’origine de chaînes de valeur inédites et plus complexes, résultant en des formes de consommation tout aussi inédites et complexes.
À la lumière de ces éléments, la discussion s’articulera autour de trois questions :