The great pessimistic Romanian-French thinker
E.M. Cioran, in addition to writing his masterful
aphoristic observations of humanity, in books with
odd poetic titles like _Précis de décomposition_,
_Syllogismes de l'amertume_, _La tentation d'exister_,
_Histoire et utopie_, _De l'inconvénient d´être né_,
_Bréviare des vaincus_, and _Le crépuscule des pensées_,
also collected throughout his life short written
'portraits' of famous figures from modern European
history. These were published after his death by
Gallimard as _Anthologie du portrait: de Saint-Simon
à Tocqueville_. Perhaps the most interesting is the
portrait of Napoléon Bonaparte by De Pradt in his
_Histoire de l'ambassade dans le grand duché de Varsovie
de 1812_:
"L'esprit de Napoléon était vaste, mais à la maniere
des Orientaux. Par une pente naturelle, il se tournait
vers l'Orient, pour peu qu'on le placat dans cette
direction; mais, par une disposition contradictoire,
il retombait comme de son propre poids dans des détails
qu'on pourrait dire ignobles. Le premier jet était
toujours grand, le second petit et vil. Il en était
de son esprit comme de sa bourse, dont la magnificence
et la lésine tenaient chacune un cordon. Son génie,
fait à la fois pour la scène du monde et pour les
tréteaux, représentait un manteau des extrêmes,
(La bizarrerie qui a infecté toutes les parties du
caractère de Napoleon se retrouve encore dans celle-ci.
Le même homme qui avait recu de la nature cette
précieuse facilité paraissait dépourvu d'invention par
la fréquence de ses répétition. Quand it avait
recontré quelque bonne fortune d'idée ou d'expression,
elle défrayait sa conversation souvent pendant plusieurs
semaines, et indistinctement aved tout le monde.
Napoléon avait encore plus de mobilité dans l'esprit
que d'invention véritable: au reste, on ne peut assigner
le degré de fécondité qu'eût exigé son penchant pour
la causerie. Chez lui, parler était le premier besoin,
et sûrement it mettait au premier rang des préregatives
du rang suprême de ne pouvoir être interrompu et de
parler tout seul. S'il attachait tant de plaisir á
ces interminables conversations, it y placait aussi sa
force, et il ne doutait pas qu'il ne fût donné à
personne d'échapper au pouvoir de ses paroles. Tout
ennemi qu'il pouvait atteindre avec cette arme lui
paraissait soumis á un charme irrésistible. Aussi ne
cessait-il de rechercher les entrevues avec les princes,
avec tous les hommes en pouvoir de fait ou d'opinion,
les regardant d'avance comme ses conquêtes. Elle
n'était pas dépourvue de charme cette conversation,
et jamais il n'agissait plus fortement que lorsque le
rapprochement le plus facile, l'épanchement naïf de
la confiance, la sirène emmiélant sa parole, adoucissant
sa voix, pénétrait dans votre coeur, en ayant l'air
de vous ouvrir le sien: c'était le moment du danger.
Un des traits les plus frappants de ce singulier
caractère, était sa facilité à déplacer toutes ses
facultés, toutes ses forces: il les portait sur l´heure
toutes à la fois sur l´objet seul dont it était
affecté, sur un ciron comme sur un éléphant, sur un
individu isolé comme sur une armée ennemie. Dans le
moment de la préoccupation, il aurait voulu agir sur
l'un comme il aurait pu le faire sur l'autre. Il est
vrai que le moment après il ne se souvenait plus
l'objet qui l'avait si fort agité, pour lequel il
semblait prêt à bouleverser des empires. Il avait
parlé... L'orageuse nuées s'était dissipée en pluie.
Il désirait et oubliait en enfant. Rien de plus
singulier, mais rien de plus vrai! Qu'on interroge les
hommes qui l'ont approché: j'entends ceux faits pour
observer, et c'était le petit nombre; car il en était
du palais des Tuileries comme de ceux de l'Orient, dans
lequels on sert et on n'observe pas.), l'homme qui,
ayant commandé aux Alpes de s'abaisser, au Simplon
de s'aplanir, à la mer de s'approcher ou de s'éloigner
de ses rivages, a fini par se livrer lui-même à une
croisière anglaise. Doué d'une sagacité merveilleuse,
infinie; étincelant d'esprit saissiant, créant dans
toute question des rapports inapercus ou nouveaux;
abondant en images vives, pittoresques, en expressions
animées, et pour ainsi dire dardées, plus pénétrantes
par l'incorrection même de son langage, toujours un
peu imprégné d'_ètrangeté_: sophiste et subtil, mobile
á l'excès, quoique mathématicien distingué, il
n'argumentait jamais que sur le terrain qu'il s'était
fait, et s'y défendait, soit erreur, soit vérité, avec
la rectitude d'un géometre. Ainsi, ses erreurs on dû
aller a l'infini; et quoiqu'il trompât beaucoup, il
était encore plus souvent trompé que trompeur. De là
est née cetter aversion que l'on remarquait en lui pour
la vérité. Il ne la repoussait pas en sa qualité de
vérité démontrée; au contraire, c'était comme sottise,
comme incompabilité avec ce qui lui paraissait à
lui-même être la vérité. Chez lui, les illusions ont
encore surpassé le mensonge; aussi ne repoussait-il
pas comme opposant, mais comme imbécile, et les
expressions du dédain et du mépris se trouvaient-elles
sans cesse dans sa bouche. Il s'était fait d'autres
règles d'optiques que les autres hommes. Joignez à
ces dispositions la corruption, fille de l'orgueil,
de l'ivresse du succès, de l'habitude de boire dans
une coupe enchantée, de s'enivrer de tout l'encens
de l'univers, et vous serez sur la voie de l'explication
de l'esprit de l'homme qui, unissant dans ses
bizarreries tout ce qu'il y a de plus élevé et de plus
vil parmi les mortels, de plus majestueux dans l'éclat
de la souveraineté, de plus péremptoire dans le
commandement, avec ce qu'il y a de plus ignoble et de
plus lâche jusque dans ses plus grands attentats,
joignant les guetsapens aux détrônement, présente
use espèce de _Jupiter-Scapin_ qui n'avait pas encore
paru sur la scène du Monde. Napoléon était fou, non
pas de cette espèce de dérangement qui affecte les
facultès mentales, mais de ce dérègrement d'idées
qui provient de la bouffissure et de l'exagération,
par laquelle on outre tout, par laquelle on commande
toujours sans calculer jamais; par laquelle on
dépense toujours sans compter jamais; par laquelle,
enfin, à force d'avoir vaincu des obstacles, on
finit par croire qu'on les vaincra toujours, ou plutôt
qu'il n'y aura plus d'obstacles. La facilité que
Napoleon avait toujours rencontrée dans l'obéissance
avait fini par lui persuader que sa charge, à lui,
se bornait à commander, et que l'exécution suivait
infailliblement sa parole. Il avait réduit son rôle
à quelques formules: commander et charger ses
ministres d'exécuter. Telle était la folie de Napoléon,
dont je crois pouvoir assigner les degrés, et
l'attacher à l'époque de la bataille de Wagram et de
son mariage; époque à laquelle, sa raison cessant de
le guider, et peut-être de lui paraître nécessaire,
il s'abandonna sans contrainte aux exagérations qui
ont tout désorganisé en France, et qui on fini par
le perdre."
What I find most fascinating about this remarkable
passage is its vivid and detailed first-hand account of
Napoleon's extremely strange psychological character,
which of course played a significant role in shaping
the course of modern history. What are we to make,
for example, of his almost obsessional drive towards
the repetition of ideas and expressions, or the
geometrical precision of his style of argumentation?
Do these psychological features tell us something
important about the modern Western mind, of which
Napoleon was, for better and for worse, one of the
first and most characteristic exemplars?
Sent via Deja.com
http://www.deja.com/
http://www.pemberley.com/janeinfo/1803npcj.jpg
--
Henry Churchyard chu...@usa.net http://www.crossmyt.com/hc/
smw wrote:
> Marko Amnell wrote:
> > What I find most fascinating about this remarkable
> > passage is its vivid and detailed first-hand account of
> > Napoleon's extremely strange psychological character
>
> Cioran, Napolean, first-hand? Could you elaborate?
Silke, darling, what I posted was not an aphoristic
essay by Cioran on Napoleon, although that would be
interesting. Rather, it was a first-hand account of
the French ogre by De Pradt, a diplomat who served
under Bonaparte and knew him well. Cioran had merely
done the selecting and editing of the texts in the
anthology of 'portraits' in question.
ObBook. Vincent Cronin's bio of Napoleon. A good read.