Le gouvernement Harper entend donner les moyens à la Gendarmerie
royale du Canada de rouvrir les neuf détachements qui ont été
fermés au Québec en 2005.
Depuis que la GRC a mis la clé sous la porte de ces neuf postes- dont
plusieurs sont situés près des frontières-, les maires des
municipalités concernées ne cessent de dénoncer cette décision
controversée. Ils estiment que, depuis la fermeture de ces
détachements, leurs municipalités se sont transformées en
véritables «passoires» pour les activités criminelles. À
l'époque, la GRC avait justifié sa décision en invoquant des raisons
financières.
Elle avait aussi souligné son besoin de mieux redéployer les
ressources pour lutter plus efficacement contre le terrorisme et le
crime organisé. D'ailleurs, les employés de ces neuf détachements
ont été réaffectés dans les grands centres du Québec, là où la
GRC estime qu'elle peut mieux accomplir son travail.
Or, le gouvernement conservateur a annoncé il y a quelques semaines
son intention d'augmenter le nombre de policiers au pays. Quelque 1000
nouveaux postes pourraient être ouverts. Ainsi, même si la décision
revient à la GRC, les conservateurs espèrent que cette annonce
incitera la Gendarmerie royale du Canada à rouvrir ces bureaux, a
appris La Presse.
«Maintenant que des nouveaux postes ont été annoncés, ce n'est pas
impossible qu'il y ait des réouvertures, a révélé une source
conservatrice. Nous n'avons pas fait cette annonce pour rien. Disons
que nous voulons créer des conditions favorables.»
Les neufs détachements étaient ceux de Joliette, Baie-Comeau,
Rivière-du-Loup, Roberval, Saint-Hyacinthe, Granby, Coaticook,
Lac-Mégantic et des Îles-de-la-Madeleine. La Presse a révélé la
semaine dernière que la GRC a fait de maigres économies annuelles de
252 994 $ à la suite de leur fermeture.
Du côté de la GRC, toutefois, on est avare de commentaires sur la
possibilité de rouvrir les détachements. «S'il y a des ressources
supplémentaires, il incombe à la GRC de les redistribuer de façon à
ce que nous puissions remplir nos mandats», a mentionné le caporal
Sylvain L'Heureux, porte-parole de la GRC au Québec.
Un meilleur déploiement des ressources pour s'attaquer au crime
organisé de haut niveau, voilà l'un des principaux objectifs que
s'est fixé la Gendarmerie royale du Canada.
Pressions
Malgré tout, la pression s'accentue sur le gouvernement Harper pour
que la décision de la GRC soit renversée. En 2005, alors que les
libéraux étaient au pouvoir, les partis d'opposition et même
plusieurs députés libéraux s'étaient farouchement opposés à ces
fermetures.
Plusieurs d'entre eux ont l'intention de poursuivre leur croisade.
C'est d'ailleurs le cas de Paul Crête, député bloquiste de la
circonscription de Rivière-du-Loup-Montmagny. «Le gouvernement
fédéral a des responsabilités, estime-t-il. On souhaite que les neuf
bureaux soient rouverts.» Avec l'intention des conservateurs
d'augmenter le nombre de policiers, M. Crête estime qu'il y a encore
de l'espoir.
Pour sa part, l'ancien député libéral de Brome-Missisquoi, Denis
Paradis, est impatient de voir quelles seront les décisions des
conservateurs. «Ils ont promis durant la campagne la réouverture de
ces postes-là, souligne-t-il. Si c'est impossible, à défaut de la
GRC, créons au moins une patrouille douanière pour assurer la
sécurité», propose M. Paradis.
De leur côté, les neuf maires des municipalités concernées n'ont
pas l'intention de lâcher le morceau. Pour le moment, leur
porte-parole, le maire de Rivière-du-Loup, Jean D'Amours, a plutôt
l'impression que le dossier est tombé dans l'oubli.
Dans une lettre adressée le 16 février 2006 au ministre de la
Sécurité publique, Stockwell Day, les neuf maires demandent une
rencontre à Ottawa avec le responsable du dossier.
«Considérant que votre gouvernement s'est engagé à rouvrir ces neuf
détachements, lors de la campagne électorale, nous souhaitons obtenir
une rencontre en votre compagnie afin d'échanger ensemble sur la suite
à donner à cet engagement», écrit-on dans cette missive obtenue par
La Presse.
Une lettre semblable a également été envoyée au premier ministre
Stephen Harper. Près de deux mois plus tard, ces demandes demeurent
sans réponse. «Pour le moment, nous sommes laissés pour compte»,
déplore M. D'Amours.
Source:
http://www.cyberpresse.ca/article/20060424/CPACTUALITES/604240736/5358/CPPRESSE