Les effets pervers de la gestion de l'offre de sirop d'érable.

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ANNA

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Apr 16, 2006, 10:05:12 AM4/16/06
to qc.mrcdugranit
Comme l'a bien montré l'émission La semaine verte de Radio-Canada, la
mise en place d'un monopole syndical dans l'industrie du sirop
d'érable produit plusieurs effets pervers.

Tout d'abord, en raison des surplus accumuléés dans les entrepôts de
la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ), qui est
affiliée à l'Union des producteurs agricoles (UPA), les 7 200
entreprises acéricoles qui vendent leur sirop en vrac doivent depuis
deux ans limiter leur production à un niveau représentant 75 % de ce
qu'il était dans les années antérieures. L'an dernier, elles ont
réalisé des revenus de 150 M$ et produit 69 M de livres de sirop,
alors que leur capacité de production était de 90 M de livres. Les
surplus actuels sont évalués à 56 M de livres.

Les quotas ont pour but de maintenir les prix à des niveaux plus
élevés que ceux que donnerait le marché. Pierre Fortin, économiste
à l'UQAM, estime que si les prix baissaient de 10 %, la consommation
de sirop d'érable s'accroîtrait de 20 %. Plus de restaurateurs en
offriraient et plus de consommateurs le préfèreraient aux sirops de
canne ou de maïs aromatisés.

Les bonzes de la FPAQ prétendent le contraire, comme si le sirop
d'érable échappait à la loi de l'offre et de la demande. En
réalité, ils s'en contrefichent, leur but étant tout simplement de
réduire la production de sirop et d'assurer à leurs membres des prix
élevés, comme le fait aussi dans son secteur la Fédération des
producteurs de lait de l'UPA. C'est à cause de ce système que les
fabricants de fromage ne peuvent acheter du lait à un prix qui leur
permettrait d'exporter leurs produits à des prix concurrentiels. C'est
ce qui amène Saputo à investir à l'étranger, où elle trouve le
lait nécessaire pour fabriquer et exporter ses fromages.

Les producteurs de sirop en vrac reçoivent 2,25 $ la livre pour le
sirop le plus clair. Ce prix descend graduellement jusqu'à 1,80 $ pour
le sirop foncé et à 1,65 $ pour le sirop non classé. À cause de
cette échelle de prix et du système de quotas, des producteurs s'en
tiennent aux sirops les plus clairs, qui sont produits au début de la
saison, et délaissent les autres catégories, avec le résultat qu'il
manque du sirop pour des usages industriels (sirops et sucres
incorporés dans des produits alimentaires). Il s'ensuit une perte de
revenu pour des transformateurs comme la Coopérative des producteurs
de sirop d'érable du Québec, que l'on connaît davantage pour sa
marque Citadelle.

Depuis la création, en 2002, de l'agence de vente de la FPAQ, qui a
été reconnue par la Régie des marchés agricoles, cette coopérative
doit elle aussi s'approvisionner aux prix et aux conditions de la FPAQ.
La coopérative, qui compte 2 000 producteurs (elle en avait 2 500 en
2000), a porté son combat jusqu'à la Cour suprême, mais cette
dernière a refusé de l'entendre sur son appel de la décision de la
Cour d'appel, qui avait reconnu la légalité du système québécois
de gestion de l'offre. Les producteurs membres de la coop sont
maintenant payés par la FPAQ pour leur sirop et reçoivent une
ristourne de leur coopérative si celle-ci fait des profits sur les
produits qu'elle met en marché (95 % de sa production est exportée
dans 35 pays). Son existence pourrait être compromise : quand il y a
un conflit entre une coopérative de producteurs et le syndicat qui les
représente, c'est la coop qui doit se tasser.

La FPAQ n'a toutefois pas le monopole total du sirop d'érable. Le
sirop produit et transformé par les producteurs et vendu directement
aux consommateurs échappe au contrôle de l'agence. C'est différent
dans le cas du lait, dont 100 % de la production est vendue à la
Fédération des producteurs de lait, qui le revend aux transformateurs
(laiteries, fromageries, etc.).

Le système de gestion de l'offre de sirop d'érable, qui répugne à
des dizaines de producteurs, favorise un marché noir. Du sirop
québécois est vendu à des grossistes du Nouveau-Brunswick, qui
l'exportent aux États-Unis. L'Agence de vente les espionne et
multiplie les plaintes à la Régie des marchés agricoles.

Les entrepôts recèlent des barils de sirop datant de 2000, qui a
commencé à fermenter. Personne ne peut dire ce qu'il en adviendra.

Ce système ne fonctionne pas grâce à des prières. La FPAQ, qui
bénéficie d'une ligne de crédit de 100 M$ de la Financière
agricole, a reçu récemment un financement additionnel de 25 M$ sur
cinq ans de cette même société d'État. Le fédéral lui a aussi
accordé 800 000 $ pour appuyer ses efforts de commercialisation.

Cet échafaudage n'est pas optimal, car les consommateurs paient des
prix artificiellement élevés, et des producteurs abandonnent. Avec un
peu de chance, certains vendent leur érablière à des gentleman
farmers en quête d'un hobby qui les rapproche de leur origine
terrienne. Dans ce cas, c'est un moindre mal.
Source:
http://www.lesaffaires.com/fr/Aujourdhui/detail.asp?id=228154&id_section=472

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