Merci à Jean-Bernard et à Claude Blanchet:
Cité ciné Saint-Hubert: la SGF perd 6,5M$
Francis Vailles
06 novembre 2003 - 07h33
Triste nouvelle pour l'industrie québécoise du cinéma: le Groupe
Moliflex-White et sa Cité ciné de Saint-Hubert viennent de se placer sous la
protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité, a appris La Presse
Affaires.
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Lundi, la société en commandite Moliflex-White et son commandité, Gestion
MFW, ont signifié en Cour supérieure leur intention de faire une proposition
à leurs créanciers. Le groupe doit 23,4 millions de dollars à ses quelque
400 créanciers, dont 13,2 millions à la Banque Nationale, créancier garanti.
Le locateur d'équipements de cinéma Moliflex-White existe depuis une
vingtaine d'années, mais l'entreprise est plus particulièrement connue
depuis le lancement en grande pompe de Cité ciné Montréal, à Saint-Hubert,
en mars 1999. Au total, l'entreprise a aménagé six studios totalisant 76 000
pieds carrés à même les anciens édifices de la base militaire de
Saint-Hubert. C'est dans ce complexe qu'on a d'ailleurs tourné les scènes en
studio du film Un homme et son péché et où est enregistrée la série Loft
Story.
Moliflex, qui détient également les Studios Ice Storm, sur les terrains
Angus, est contrôlée par l'entreprise William F. White, de Toronto,
elle-même détenue par Paul Bronfman, de la célèbre famille. La Société
générale de financement a 40 % des parts de la société en commandite, qui
compte également quatre dirigeants parmi ses commanditaires.
Depuis 1999, la SGF a investi 6 millions de dollars dans l'aventure, auquel
s'ajoute un prêt de 500 000 $.
La société d'État a déjà inscrit une perte de 2 millions dans ses livres
pour ce placement. Il reste donc une perte de 4,5 millions à inscrire dans
ses résultats de 2003, résultats déjà rougis de 181 millions pour les six
premiers mois de l'année.
Toujours en activité
«C'est triste. Tout le monde perd beaucoup d'argent et c'est dur pour les
familles des employés à l'approche de Noël», dit Benoit Hogue, président de
Moliflex-White.
L'homme d'affaires précise que les activités se poursuivent néanmoins, avec
un personnel réduit de quelque 40 personnes. Au plus fort, les studios
comptaient une centaine d'employés.
La firme PricewaterhouseCoopers (PWC) a été mandatée comme syndic et
séquestre intérimaire. La firme supervise les activités de Moliflex en
attendant la vente des éléments d'actif. D'ici deux semaines, PWC lancera un
appel d'offres public pour tous les éléments d'actif, qui pourraient être
vendus d'un seul bloc ou en partie.
«On est intéressé, c'est certain», a déclaré Michel Trudel, copropriétaire
des Studios Mel's, le principal concurrent de Moliflex, avec 13 studios
totalisant 152 000 pieds carrés. Dans l'industrie, on craint cependant qu'en
acquérant l'actif de Moliflex, les Studios Mel's ne deviennent un
quasi-monopole. Benoit Hogue soutient que c'est notamment la compression de
26 millions de dollars du Fonds canadien de télévision, au printemps, qui
est à l'origine de problèmes de l'entreprise. «Ce fut un coup dur pour nos
clients, qui ont eu des difficultés de financement», dit-il. L'entreprise
réalisait entre 15 et 20 millions de chiffre d'affaires annuellement, dont
75 % tiré de la production locale. Moliflex n'avait pas réalisé de profit
net depuis 1999, mais avait une trésorerie positive (cash flow). La filiale
Productions Luc Dussault s'est également protégée de la faillite.
Les dirigeants ont fait un appel de fonds aux principaux commanditaires
(Groupe White et la SGF), sans succès. La société d'État, rappelons-le, a
changé sa mission depuis l'arrivée au pouvoir du Parti libéral, en avril.
Outre la SGF, d'autres fonds publics ont été engloutis dans l'aventure, dont
les 852 000 $ de Développement économique Canada et le million de dollars du
Fonds d'investissement de la culture et des communications (FICC). Cet
organisme est constitué du Fonds FTQ et de la Société de développement des
entreprises culturelles (SODEC). La SODEC a une autre créance de 179 842 $.
Les difficultés de Moliflex ne sont pas sans rappeler le report du projet de
studios à Candiac et la faillite des Studios Bromont, qui projetaient de
faire un complexe de cinéma avec l'ancienne usine Hyundai.
PRINCIPAUX CRÉANCIERS DU GROUPE MOLIFLEX-WHITE
Banque Nationale Toronto(1) 13 201 081 $
Groupe WilliamF. White (2) Toronto 5 795 977 $
Développement économique Canada Longueuil 851 943 $
Onset Vancouver 459 411 $
Les Studios LaSalle LaSalle 237 434 $
SODEC Montréal 179 842 $
ARRI Canada Toronto 158 763 $
Autres créances 2 554 684 $
Total 23 439 135 $
(1)La créance est enregistrée dans une succursale torontoise de la Banque
Nationale
(2)Il s'agit de l'ensemble des créances des différentes entreprises liées à
la société William F. White
Source : PricewaterhouseCoopers