Ce jour-là, j'assiste à un séminaire de droit, auquel j'étais inscrite de longue date: Comment réussir et sécuriser le montage juridique de vos joint-ventures?. Dit comme ça, ça en jette, mais pratiquement il s'agit de savoir comment réussir un mariage entre deux entreprises. Les conférenciers, tous spécialistes du montage d'entreprises conjointes, nous expliquent quelle forme juridique choisir selon les objectifs que l'on souhaite atteindre: société anonyme, société en nom collectif ou encore groupement d'intérêt économique? Que faut-il impérativement prévoir dans le contrat? Comment se répartir les pouvoirs, le capital et les voix? Et bien d'autres subtilités encore, destinées à assurer au mieux les intérêts de son entreprise. Les participants travaillent pour la plupart au sein d'études d'affaires internationales. On survole la situation des pays asiatiques: la Chine, la Corée, le Vietnam et les exigences juridiques dont une entreprise européenne doit tenir compte si elle souhaite s'y allier. Et puis aussi celles des pays anglo-saxons. Bref, la qualité y est. C'est tonique et vivifiant. Conforme aussi. Tout cela se déroule au Pavillon Dauphine, en bordure du bois de Boulogne. On est fort bien traités. Cafés, croissants, eau minérale. Les repas de midi se prennent en compagnie des participants. On y croise des avocats, des professeurs d'université, des arbitres ou encore la nouvelle génération des juristes d'entreprise. Des Français entre 25 et 30 ans. Et on cause. De tout et de rien. Des projets de développement de son entreprise à l'étranger. Des stages qu'on pourra y faire. De la grève des services publics. De ses retombées, désastreuses bien entendu, sur l'économie. De la difficulté à trouver un poste de juriste en province. De la vie parisienne. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, ou presque. Lorsque le séminaire se termine, chacun s'en retourne à ses occupations professionnelles ou familiales, non sans avoir échangé quelques cartes de visite. Je m'apprête à en faire de même et, après avoir enfilé mon manteau, je sors en me réjouissant de retourner à l'hôtel.
A peine sur le trottoir, l'ouverture brusque et bruyante de la porte latérale d'une petite camionnette blanche me fait sursauter. Elle est parquée au bord d'un grand boulevard bruyant et irrespirable. Un homme en sort. Rapidement. Tête baissée. Une grosse blonde se penche à travers la portière, remet ses seins dans son balconnet en lui disant au revoir, puis souffle la flamme d'une bougie posée sur le tableau de bord. Stupéfaite, je n'ai pas tout de suite compris ce qui se passait et j'ai dû observer un moment le va-et-vient de la dame pour constater que Porte Dauphine, les codes étaient inversés: au contraire des taxis, la lumière de la bougie indiquait que la blonde était occupée et que le prochain client devait attendre son tour. Au suivant.
" Ses cheveux noirs cachés sous une perruque blonde, elle entre dans la tiédeur du lupanar aux tapisseries usées ; les seins maintenus par un réseau d'or, (...), elle accueille avec des cajoleries quiconque se présente et réclame son salaire. Quand le tenancier congédie les filles, elle se retire à regret. (...) Encore ardente du prurit de ses sens tout vibrants, elle s'en va, fatiguée de l'homme, mais non pas rassasiée. Hideuse avec ses joues plombées que souille la suie de la lampe, elle apporte au lit impérial les relents du lupanar. " (Juvénal, " Satires ", VI, 114-132)
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