Introduction
Fatalement. Le problème, c'est que vous
trouverez
difficilement un cours de grec moderne spécifiquement
fait pour
les gens qui connaissent le grec ancien. Or
dans ce cas, la façon même de
présenter la morphologie
doit suivre l'évolution historique de la langue,
autrement
dit, il faut utiliser la même terminologie que pour le
grec
ancien. Objectivement, il n'y a d'ailleurs pas de raison
de s'en
écarter.
Aspects
Oui, mais il n'y a rien d'original à
cela. Les
valeurs aspectuelles sont, en gros, les mêmes
qu'en grec
ancien.
Modes
Sûrement pas. L'optatif est bien mort,
mais
l'infinitif se rencontre encore et le participe
est toujours là.
Quant au « volitif », ce n'est
pas un mode. Elle confond les formes et
les
emplois, cette fichue terminologie.
Temps
Meuh
non, voyons. Le passé n'existe pas.
Il y a, morphologiquement, un aoriste et
un
imparfait. Le parfait (et le plus-que-parfait) est
très souvent devenu
périphrastique. Le futur
a morphologiquement disparu, pour être
remplacé
par des formes périphrastiques.
A propos du subjonctif.
> si
j'ai bien compris :
> ελπíζω = présent de l'indicatif
Oui.
exactement comme en grec ancien.
Mais c'est aussi le subjonctif
présent,
comme c'était déjà le cas en grec ancien.
Seulement, en grec
ancien, il y avait
l'allongement pour distinguer le subjonctif
de
l'indicatif. En démotique, cette distinction
a totalement disparu et le
résultat est que
même aux autres personnes, on écrit le
subjonctif
exactement comme l'indicatif. Il
s'ensuit que ελπίζεις peut parfaitement
être
le subjonctif (mais il reste des puristes qui
écrivent ελπίζης au
subjonctif et, dans les
textes pas trop récents, la
distinction
orthographique subsiste). Ce qui a commandé
cette évolution
est l'iotacisme et la prononciation
identique des voyelles longues et brèves.
Dès
lors que la prononciation ne distinguait plus
le subjonctif de
l'indicatif, un jour ou l'autre,
l'assimilation orthographique devait se
produire.
Le futur
> θα ελπιζω = présent
du volitif ( donc futur ? )
Volitif, connais pas. Voilà ce qui se
passe.
Il n'y a plus, morphologiquement, d'indicatif futur,
sans doute
parce qu'il était de toute façon trop
proche du subjonctif aoriste et parce
que la
tendance à former des futurs périphrastiques
l'a emporté.
Le
grec s'est mis à faire des futurs un peu comme
le français lorsqu'il utilise
« aller » comme auxiliaire,
sauf que le grec a utilisé le verbe « vouloir »
(θέλω).
Exactement comme l'anglais dit « I will hope », le
grec s'est
mis à dire « Θέλω ίνα ελπίζω » (et « Θέλω
ίνα ελπίσω », parce qu'il a
continué à disposer de
la valeur aspectuelle du présent et de l'aoriste
au
subjonctif).
Et de même que l'anglais, en pratique, tend à
dire
« I'll hope », le « Θέλω ίνα » s'est contracté. D'abord,
le grec a
tendu à ne plus dire ίνα, mais simplement
να. Ensuite, l'ensemble s'est
totalement ramassé
et est devenu « θα » (à toutes les
personnes,
évidemment, puisque le -α n'est jamais que
le bout d'un
ίνα).
Le futur est donc remplacé par Θα + subjonctif.
On peut appeler
cela comme on veut, mais ce
n'est pas un mode.
Le présent du subjonctif
> να
ελπιζω = présent du subjonctif
( comme en français )
> J'ai bon
?
Disons que ελπίζω PEUT être le présent
du subjonctif (ce pourrait
être le présent de
l'indicatif aussi). Ici, c'est clair que c'est
un
subjonctif, parce qu'il y a la conjonction
« ίνα » devant, sous sa
forme « να ». Mais
le να n'est pas plus nécessaire au subjonctif
grec
qu'il ne l'était en grec ancien (d'ailleurs,
le « que » n'est pas nécessaire
au subjonctif
français non plus).
> Mais passé + volitif =
conditionnel
> présent ou passé ?
> Et de même, passé + Subjonctif =
quoi ???
Si on présente les choses comme je viens de
le faire, ces
questions n'ont guère de sens:
il n'y a ni passé ni volitif. Rien que du
subjonctif
et rien que de l'aoriste (ou de l'imparfait).
Θα γράφει
(subjonctif présent. Variante possible:
Θα γράφη) = il écrira, il va écrire
(de façon constante,
pendant le restant de sa vie, régulièrement)
Θά
γράψει (subjonctif aoriste. Variante possible:
Θα γράψη) = il écrira, il va
écrire (ponctuellement)
À cela s'ajoute une finesse qui n'a plus rien à
voir
avec le futur. Un peu comme l'anglais peut dire
« I would see » (je
verrais) ou « I'd see », le grec
peut aller mettre un indicatif imparfait,
derrière ce Θα,
et cela donne θα έγραφα (j'écrirais). Littéralement,
« je
veux que j'écrivais », mais la chose n'est plus
sentie ainsi, naturellement.
C'est tellement vrai que le
verbe θέλω peut lui-même se retrouver là, à
l'imparfait.
On arrive donc à « θα ήθελα νά γράψω », « je voudrais
écrire
», ce qui est, étymologiquement, amusant au
possible. Notez qu'il y a hiatus,
donc tendance à la crase,
de telle sorte qu'en pratique, on dit (et écrit
souvent)
θάθελα να γράψω. Et si vous avez bien suivi ce qui
précède, on
peut aussi avoir θάθελα να γράφω.
Subjonctif présent, cette fois. Cela
pourrait vouloir
dire quelque chose comme « je voudrais passer
mon temps à
écrire ».
θα + indicatif imparfait donne donc une espèce
de
conditionnel présent.
Là ne s'arrête pas la saga du θα. Rien
n'empêche
de lui accoler un indicatif plus-que-parfait
(périphrastique)
et, vous l'aurez deviné, cela va
donner une espèce de conditionnel
passé.
Plus que parfait et parfait.
Le grec a à peu près
perdu, morphologiquement,
son indicatif parfait et son indicatif
plus-que-parfait,
mais ils subsistent sous formes périphrastiques,
avec
έχω comme auxiliaire, suivi d'une forme
totalement invariable en -ει, collé
au radical de
l'aoriste, là où le français met un participe. On a
donc:
έχω γράψει = j'ai écrit (ou plutôt « je suis présentement
dans
l'état de celui qui a écrit », car la valeur aspectuelle
du grec ancien est
intacte);
είχα γράψει = j'avais écrit (ou plutôt « j'étais dans l'état
de
celui qui avait écrit »). Είχα est la première personne du
singulier de
l'indicatif imparfait de έχω. Les terminaisons
secondes ( en -ον) sont encore
comprises et parfois
employées, par archaïsme manifeste, mais
les
terminaisons normales sont dorénavant partout en -α:
on ne dit plus
έβαλον mais έβαλα.
Avec θα, le plus-que-parfait donne ceci:
Θα είχα
γράψει (j'aurais écrit).
[crase possible: θάχα γράψει]
Enfin, pour que
le tableau soit complet, il faut
ajouter qu'on peut mettre l'indicatif
parfait, aussi,
derrière ce θα. Et cela donne ceci:
Θα έχω γράψει
..
[crase possible: θάχω γράψει]
Là, le sens est (c'est devinable),
celui d'un
futur antérieur. En fin de compte, c'est comme
si l'auxiliaire
έχω était au futur. C'est donc
l'équivalent exact de « j'aurai écrit
».
Le retour du subjonctif
Reste à régler son compte à «
να ». Bof, ce
n'est pas trop compliqué. En gros, c'est « ίνα »
et il fait
la même chose qu'en grec ancien.
Θέλω να γράψεις όπως πρέπει (variante
puriste:
γράψης, subjonctif aoriste) = je veux
que tu écrives comme il
faut (ce texte-ci).
Θέλω να γράφεις όπως πρέπει (variante
puriste:
γράφης, subjonctif présent) = je veux que tu
écrives comme il
faut (dans ta vie, d'une
manière constante et générale).
Mais il y a
une astuce: on peut mettre, derrière
le να, un indicatif imparfait. Un peu
comme en
grec ancien avec είθε, cela exprime le souhait
ou le regret,
comme dans la chanson...
Subordonnée conditionnelle ?
Νά
είχα [νάχα] τη δύναμη... (ah si j'avais la force...,
que n'ai-je la
force...)
(τη δύναμη = accusatif moderne au lieu de
την
δύναμιν).
Là encore, on peut appeler cela comme on
veut, mais ce n'est
pas un mode. Ce n'est
qu'un emploi particulier de l'indicatif
imparfait.
Un philologue classe cela au chapitre
« syntaxe », pas au
chapitre « morphologie ».
Merci à Denis pour toutes ces
explications.