Le vendredi 30 novembre 2007
Des musulmanes critiquent le Conseil du statut de la femme
La Presse
S'adressant à la commission Bouchard-Taylor, des féministes musulmanes ont critiqué hier la position du Conseil du statut de la femme, la jugeant discriminatoire.
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«Jamais je ne pensais qu'au nom du féminisme, on
bafouerait le droit à la religion. Je ne vois pas pourquoi on pense
qu'on doit limiter les droits à la liberté de religion pour assurer
l'égalité entre les sexes», a dit Leila Bdeir, de l'organisme Présence
musulmane, quelques minutes après s'être adressée aux commissaires
Gérard Bouchard et Charles Taylor.
Dans un avis rendu public en
septembre, le Conseil du statut de la femme a demandé au gouvernement
du Québec de faire primer l'égalité homme-femme sur la liberté de
religion.
L'organisme provincial recommande aussi que les
employés de l'État ne puissent plus porter le foulard islamique ou
d'autres signes religieux ostentatoires dans l'exercice de leur
travail. Les représentantes de Présence musulmane croient que cette
position, soutenue par plusieurs organisations féministes québécoises,
est basée sur une vision obtuse, tentant de faire entrer toutes les
femmes dans le même moule.
Les musulmanes, disent-elles, en sont
les principales victimes. «Ce modèle établit que la modernité ne peut
être atteinte que par le rejet du sacré. Et l'émancipation de la femme
que par sa libération du cadre religieux», a soutenu hier Asmaa
Inbouzahir, coordonatrice de Présence musulmane au Québec, devant les
commissaires qui tenaient hier leur quatrième journée d'audiences
publiques à Montréal.
Nouveau féminisme?
Après la présentation de Présence musulmane,
l'historien et sociologue Gérard Bouchard a avancé que son collègue
Charles Taylor et lui voient s'imposer, depuis le début des travaux, un
féminisme nouveau genre, en réaction au féminisme traditionnel.
«C'est
vrai. On peut parler d'un féminisme qui est né ici parmi les femmes des
communautés qui veulent avoir le droit de se définir elles-mêmes. Au
nom du droit de la femme, je ne veux pas me faire dire ce que je
devrais être et comment je devrais vivre», a noté à ce sujet Leila
Bdeir.
Plus tôt dans la journée, la présidente de l'Association
des femmes iraniennes de Montréal, Élahé Machouf, a elle aussi plaidé
en faveur d'un Québec ouvert, faisant place aux différences. Même si
elle dit avoir souffert de la montée de la dictature religieuse dans
son pays d'origine, Mme Machouf croit que ce serait une erreur de
bannir le port du foulard au Québec.