Féminisme islamique
La « révolution silencieuse » des musulmanes gagne du terrain
Barcelone - «On assiste à une révolution silencieuse qui, dans les années à venir, sera l'un des grands défis de l'islam», assure Abennur Prado, un des organisateurs. Pour la deuxième année consécutive, dans un vaste hôtel sis sur les hauteurs de Barcelone, le «féminisme islamique» a fait l'objet, la semaine dernière, d'un congrès international.
Qu'on ne s'emballe guère: ce mouvement n'a pas grand-chose à voir avec la libération sexuelle prônée par le féminisme laïc occidental. Et loin de rejeter le Coran, il se revendique du «livre sacré». Mais il le relit en s'affranchissant de l'interprétation patriarcale qui en a été faite depuis lors. «On commet depuis longtemps une énorme erreur. On assimile la loi divine à un corpus de lois et de préceptes machistes énoncés dans un contexte de sociétés totalitaires et dominées par l'homme. C'est de tout ce poids répressif dont il faut aujourd'hui nous débarrasser», souligne la pakistanaise Shaheen Sardar Ali. Comme elle, une vingtaine de conférencières, venues d'autant de pays (Indonésie, Iran, Soudan, Mali, Europe occidentale...) ont proposé une vision égalitaire de l' Islam.
Pour ces musulmanes, couvertes ou non d'un voile (rares sont celles qui défendent le port de la burqa ou du nikab), la plupart instruites (intellectuelles, présidentes d'associations féminines, hauts fonctionnaires...), il s'agit d'exiger les mêmes droits pour les deux sexes. En commençant par s'attaquer aux «barbaries», là où elles persistent: lapidation, châtiments corporels, polygamie...
«Dans les pays où la situation est moins terrible, rien n'est tabou, ni la répartition des tâches domestiques, les codes de famille, l'avortement., etc., dit l'Espagnole Ndeye Andujar. Les féministes laïques doivent comprendre que l' islam est parfaitement compatible avec la lutte féministe». «Il y en a assez de cette vision occidentale, compatissante et paternaliste, selon laquelle il faut sauver les pauvres petites musulmanes asservies», enrage l'Iranienne Nayereh Tohidi.
Pour elles, le mouvement de libération doit venir de l'intérieur. «Outre le fait de se heurter parfois à des régimes dictatoriaux, la difficulté de leur combat est que ces Musulmanes réformatrices se situent en porte-à-faux, entre le féminisme laïc et l'obscurantisme fondamentaliste d'un certain islam», dit Shaheed Sardar Ali.
Au sein de l'islam, des luttes pour les droits de la femme n'ont bien sûr pas attendu ce Congrès pour exister. «Notre idée, c'est de fédérer les initiatives, proposer une alternative théologique, et créer des réseaux de solidarité par-delà les frontières. Pour telle Soudanaise ou Pakistanaise en lutte, il est capital de savoir qu'elle a des soutiens extérieurs», dit Abennur Prado, de la Junta islamica (une des deux branches de l' islam en Espagne), organisatrice de l'événement.
La Junta Islamica, soutenue par les autorités de Catalogne, assure que l'impact médiatique du premier congrès a été au-delà des espérances. «Cette année, des centaines de participantes sont venues du monde entier», assure-t-on. Certaines observent même certaines avancées de ce combat titanesque. Pour l'Algérienne Malika Abdelaziz, qui vit à Madrid: «Cette cause féministe peut bien sûr paraître dérisoire. Mais, dans certaines zones, comme la Palestine, le fondamentalisme machiste commence à perdre du terrain.»